{"id":2111,"date":"2014-01-16T20:30:00","date_gmt":"2014-01-16T19:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=2111"},"modified":"2025-02-10T13:58:12","modified_gmt":"2025-02-10T12:58:12","slug":"malade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2014\/01\/malade\/","title":{"rendered":"Le Malade imaginaire"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Malade imaginaire<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de Moli\u00e8re \/ mise en sc\u00e8ne Jean Liermier \/ Th\u00e9\u00e2tre de Carouge \u00e0 Gen\u00e8ve \/ du 14 janvier au 9 f\u00e9vrier 2014 \/ Critique par Cecilia Galindo, Suzanne Balharry, Alice Bottarelli, Amandi Rosset. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Cecilia Galindo\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La v\u00e9rit\u00e9 au carnaval des mensonges<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"300\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9595\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_3.jpg 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_3-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_3-267x200.jpg 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 M. Vanappelghem<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Entre d\u00e9guisements color\u00e9s et sc\u00e9nographie hybride, les com\u00e9diens dirig\u00e9s par Jean Liermier ont su s\u00e9duire le public du Th\u00e9\u00e2tre de Carouge hier soir avec <\/em>Le Malade imaginaire<em>, derni\u00e8re com\u00e9die de Moli\u00e8re. Ici, ce ne sont pas les rem\u00e8des qui font fuir la mort, mais le rire.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les rideaux ne sont pas encore lev\u00e9s que des voix se font entendre. Caverneuses, comme venues d\u2019outre-tombe, elles ne sont pas rassurantes. Des fant\u00f4mes semblent hanter le Th\u00e9\u00e2tre de Carouge. Puis les rideaux s\u2019\u00e9cartent et d\u00e9voilent, dans une atmosph\u00e8re sombre et bleut\u00e9e, l\u2019angoisse nocturne d\u2019un homme qui tente de faire reculer la mort, planante et mena\u00e7ante, \u00e0 coups d\u2019ordonnances. Mais lorsque les premi\u00e8res lignes du texte de Moli\u00e8re sont prononc\u00e9es, l\u2019ambiance se fait plus l\u00e9g\u00e8re et la mort ne fait plus peur. Au contraire, le th\u00e8me de la mort devient sujet \u00e0 rire et fera tomber les masques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet l&rsquo;histoire&nbsp;: Argan, hypocondriaque cr\u00e9dule, se laisse manipuler comme une marionnette par les bonimenteurs qui l\u2019entourent. Des m\u00e9decins bien s\u00fbr, qui en veulent plus \u00e0 son argent qu\u2019\u00e0 sa bonne sant\u00e9, mais aussi sa seconde femme B\u00e9line, qui enfouit sa cupidit\u00e9 derri\u00e8re une grande attention mal intentionn\u00e9e. Pour assurer ses arri\u00e8res, Argan souhaite int\u00e9grer un m\u00e9decin dans sa famille et conclut ainsi un accord avec l&rsquo;un d&rsquo;eux, l&rsquo;obs\u00e9quieux Monsieur Diafoirus, dont le fils Thomas sera bient\u00f4t re\u00e7u m\u00e9decin lui aussi. L\u2019affaire est simple pour notre pr\u00e9tendu malade&nbsp;: Ang\u00e9lique, sa fille a\u00een\u00e9e, devra \u00e9pouser Thomas. Mais un probl\u00e8me vient compliquer le dessein d\u2019Argan, car Ang\u00e9lique aime Cl\u00e9ante et refuse le mariage que son p\u00e8re lui impose. Elle pourra compter sur la malicieuse servante Toinette, qui, \u00e0 force de ruses, cherchera \u00e0 ouvrir les yeux d\u2019Argan quant \u00e0 la vraie nature de ceux qui l&rsquo;entourent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une mise en sc\u00e8ne ludique et hors-temps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa troisi\u00e8me rencontre avec Moli\u00e8re en tant que metteur en sc\u00e8ne (apr\u00e8s <em>Le M\u00e9decin malgr\u00e9 lui<\/em> en 2007 au Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers et <em>L\u2019Ecole des femmes<\/em> en 2010 au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge) Jean Liermier, directeur du Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, propose un <em>Malade imaginaire<\/em> intemporel, o\u00f9 les signes de diff\u00e9rentes \u00e9poques cohabitent sur sc\u00e8ne. Argan, incarn\u00e9 avec brio par Gilles Privat (qui signe sa deuxi\u00e8me collaboration avec Jean Liermier, apr\u00e8s <em>L\u2019Ecole des femmes<\/em>), ressemble \u00e0 un malade d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;: v\u00eatu d\u2019une blouse turquoise, il passe son temps sur un lit d\u2019h\u00f4pital avec dossier r\u00e9glable et sonnette d\u2019alarme int\u00e9gr\u00e9e, et sa canne en main, il enclenche et d\u00e9clenche un m\u00e9canisme \u2013 autre gadget \u2013 qui lui donne un acc\u00e8s direct \u00e0 la salle de bains. Sur un simple clic, les murs bougent et laissent appara\u00eetre une pi\u00e8ce cach\u00e9e. Voil\u00e0 donc notre <em>Malade imaginaire<\/em> enti\u00e8rement modernis\u00e9&nbsp;! Pourtant, les d\u00e9cors n\u2019\u00e9voquent ni un h\u00f4pital, ni un appartement du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En effet, les tapisseries, les fauteuils et les grands tableaux \u2013 qui repr\u00e9sentent tous des sc\u00e8nes m\u00e9dicales \u2013 rappellent un int\u00e9rieur bourgeois et le luxe d\u2019un autre temps. Les costumes des personnages viennent \u00e9galement brouiller les pistes, puisqu\u2019ils appartiennent \u00e0 des p\u00e9riodes diverses. B\u00e9line, par exemple, dans une robe rouge glamour, s\u2019affiche en femme fatale des ann\u00e9es 1950 alors que les Diafoirus se pavanent dans des costumes de <em>dandies<\/em> du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La mise en sc\u00e8ne de Liermier n\u2019ancre donc pas le texte de Moli\u00e8re dans un contexte particulier, et c&rsquo;est l\u00e0 sa force, car ce choix met en \u00e9vidence l\u2019universalit\u00e9 de la pi\u00e8ce, pertinente de si\u00e8cle en si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019habit ne fait pas le moine&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les costumes, au-del\u00e0 de leur fonction de rep\u00e8res (an)historiques, portent \u00e9galement la trace d\u2019un accent mis sur l\u2019aspect burlesque de l\u2019intrigue. \u00c0 maintes reprises, dans la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re, les personnages se d\u00e9guisent et jouent des r\u00f4les. Comme Jean Liermier l\u2019indique, \u00ab&nbsp;le carnaval entre en sc\u00e8ne&nbsp;: la servante devient m\u00e9decin&nbsp;; le pr\u00e9tendant, professeur de musique&nbsp;; le p\u00e8re, le mort&nbsp;; la m\u00e8re aimante, la mar\u00e2tre\u2026&nbsp;\u00bb. Ici, les habits en disent long. Ainsi, ce n\u2019est pas un hasard si les affreux Diafoirus suscitent le rire du public d\u00e8s leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne, avant m\u00eame d\u2019ouvrir la bouche. Leur accoutrement, d\u2019une \u00e9l\u00e9gance excessive et artificielle, para\u00eet d\u00e9cal\u00e9 et en dit beaucoup sur le caract\u00e8re hypocrite des deux m\u00e9decins. Dans d&rsquo;autres cas, le d\u00e9guisement s\u2019av\u00e8re \u00e9touffant et contre-nature, comme pour Ang\u00e9lique, qui se lib\u00e8re du collet qui lui serre le cou et du n\u0153ud accroch\u00e9 \u00e0 ses cheveux au moment o\u00f9 elle exprime sa r\u00e9sistance aux plans que son p\u00e8re tente de lui imposer. Elle quitte alors le r\u00f4le que ce dernier lui a demand\u00e9 de jouer. Ainsi, l\u2019habit est un \u00e9l\u00e9ment essentiel dans la caract\u00e9risation du personnage. Ne suffit-il pas de porter la robe et le bonnet de m\u00e9decin pour exercer le m\u00e9tier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re mise en sc\u00e8ne de Jean Liermier convainc par son originalit\u00e9, sa sc\u00e9nographie (sign\u00e9e notamment par le regrett\u00e9 Jean-Marc Stehl\u00e9) pleine de surprises, o\u00f9 des g\u00e9ants de carton p\u00e2te s&rsquo;invitent sur sc\u00e8ne, et ses com\u00e9diens qui incarnent leurs diff\u00e9rents r\u00f4les \u00e0 merveille. <em>Le Malade imaginaire<\/em> r\u00e9sidera au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge du 14 janvier au 9 f\u00e9vrier 2014 et vous attend confortablement dans son lit. N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 venir lui rendre visite, le rire est bon pour la sant\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Cecilia Galindo\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cecilia-galindo\/\">Cecilia Galindo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Suzanne Balharry\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/suzanne-balharry\">Suzanne Balharry<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mourir, rire, attendrir<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"300\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9594\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_2.png 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_2-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_2-267x200.png 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 M. Vanappelghem<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Indign\u00e9 de ce qu\u2019on ne lui t\u00e9moigne pas plus d\u2019attention, Argan s\u2019\u00e9gosille et se r\u00e9volte depuis son lit contre la solitude dans laquelle laisse un pauvre malade. Les plaintes boudeuses et la na\u00efvet\u00e9 de l\u2019hypocondriaque, magnifiquement interpr\u00e9t\u00e9es par Gilles Privat, le rendent fragile et attachant. Dans la mise en sc\u00e8ne de Jean Liermier, le malade imaginaire hant\u00e9 par la peur de la mort fait parfaitement rire malgr\u00e9 lui.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se d\u00e9ploie dans une ronde de cris, de couleurs et de termes pseudo-m\u00e9dicaux. Argan est le jouet de tous les personnages&nbsp;: les m\u00e9decins lui prescrivent des rem\u00e8des dont il n\u2019a pas besoin, sa servante n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 tromper ses sens pour lui ouvrir les yeux, et sa femme attend sa mort pour h\u00e9riter. L\u2019usurpation est omnipr\u00e9sente, et les com\u00e9diens pr\u00eatent leur dynamisme \u00e0 toutes les formes de travestissements.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation d\u00e9lectable de Philippe Gouin, qui incarne le pr\u00e9tendant Thomas Diafoirus, se distingue particuli\u00e8rement. Aux \u00e9logieuses civilit\u00e9s de ce m\u00e9decin, dont la plus grande qualit\u00e9 est qu\u2019il conteste les suppos\u00e9es d\u00e9couvertes m\u00e9dicales du si\u00e8cle, l\u2019acteur ajoute une gestuelle exasp\u00e9rante. Ses mouvements amples et maladroits donnent ainsi corps au motif de la p\u00e9danterie et de l\u2019usurpation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de la mort est lui aussi central. En effet, si <em>Le Malade Imaginaire<\/em> d\u00e9peint un hypocondriaque, le personnage n\u2019en est pas moins hant\u00e9 par la peur de la mort. Selon Jean Liermier, Moli\u00e8re aurait lui aussi \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par cette peur. Sa mise en sc\u00e8ne cherche \u00e0 souligner une \u00ab&nbsp;incroyable mise en ab\u00eeme qui conf\u00e8re \u00e0 la pi\u00e8ce une profondeur qui r\u00e9sonnera encore longtemps&nbsp;\u00bb. Au sujet de Moli\u00e8re, dont son fr\u00e8re veut lui faire lire les com\u00e9dies, le personnage d\u2019Argan d\u00e9clare qu\u2019il m\u00e9rite d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9 par la m\u00e9decine. Pour Jean Liermier, Moli\u00e8re \u00ab&nbsp;avait d\u2019une fa\u00e7on inconsciente une prescience de la mort \u00e0 venir&nbsp;\u00bb. Le metteur en sc\u00e8ne met donc l\u2019accent sur l\u2019oppressante peur de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Les couleurs ternes des costumes solennels des m\u00e9decins, par contraste avec les couleurs vives qu\u2019abordent les autres personnages, soulignent ce th\u00e8me. Il est \u00e9galement mis en valeur par l\u2019apparition dans le cadre bourgeois confortable de certains \u00e9l\u00e9ments d\u00e9mesur\u00e9s qui cr\u00e9ent des images fortes, telle une marionnette de la mort elle-m\u00eame, g\u00e9ante, angoissante et habilement manipul\u00e9e. Cette sc\u00e9nographie originale est sign\u00e9e de Jean-Marc Stehl\u00e9, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en ao\u00fbt 2013, pendant la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Malade Imaginaire<\/em> est le troisi\u00e8me Moli\u00e8re que met en sc\u00e8ne Jean Liermier, apr\u00e8s le <em>M\u00e9decin malgr\u00e9 lui<\/em> en 2007 au Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers et l?<em>Ecole des femmes<\/em> en 2010 au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, avec Gilles Privat. Cette pi\u00e8ce est donc l\u2019occasion pour le metteur en sc\u00e8ne et directeur du Th\u00e9\u00e2tre de Carouge de retrouver l\u2019acteur genevois qui a gagn\u00e9 le Moli\u00e8re du com\u00e9dien en 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>La complicit\u00e9 entre les deux artistes se ressent dans la pi\u00e8ce, et la mise en sc\u00e8ne de Jean Liermier donne \u00e0 tous les acteurs l\u2019occasion de manifester leur bonheur de jouer. Ils habitent pleinement l\u2019impressionnante sc\u00e9nographie et font surgir un rire qui l\u2019emporte sur la peur de la mort. A voir jusqu\u2019au 9 f\u00e9vrier au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge \u00e0 Gen\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Suzanne Balharry\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/suzanne-balharry\">Suzanne Balharry<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Alice Bottarelli\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alice-botarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les vertus m\u00e9dicinales de l\u2019art sc\u00e9nique<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"608\" height=\"445\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_6.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9596\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_6.jpg 608w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_6-232x170.jpg 232w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_6-273x200.jpg 273w\" sizes=\"auto, (max-width: 608px) 100vw, 608px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 M. Vanappelghem<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Sous les yeux d\u2019un public surnum\u00e9raire et enthousiasm\u00e9, Jean Liermier propose une pi\u00e8ce bien rod\u00e9e et sans (mauvaises) surprises, qui met en conflit la mort et le rire \u2013 pour le triomphe, sinon \u00e9ternel, du moins \u00e9clatant, du second. Gr\u00e2ce \u00e0 la finesse d\u2019un Argan plus attendrissant que tonitruant et aux ruses salutaires des personnages, la com\u00e9die devient un savoir-vivre, le jeu une cure, le d\u00e9guisement un m\u00e9dicament.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vertiges et myst\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Liermier, apr\u00e8s avoir mont\u00e9 <em>L\u2019\u00c9cole des femmes <\/em>en 2010, s\u2019attaque \u00e0 un autre monument du grand dramaturge fran\u00e7ais, employant comme atout cl\u00e9 le com\u00e9dien Gilles Privat qui avait d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 ce pr\u00e9c\u00e9dent Moli\u00e8re, et qui assume d\u00e9sormais le r\u00f4le d\u2019Argan avec toute la subtilit\u00e9 et l\u2019\u00e9paisseur qui permettent de l\u2019ancrer au centre de la pi\u00e8ce. Et ce, aussi bien sur le plan de l\u2019intrigue que sur celui du dispositif sc\u00e9nographique, puisque le lit qu\u2019occupe le malade appara\u00eet comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment central du d\u00e9cor. C\u2019est autour de ce lit que se d\u00e9roulent les sc\u00e8nes, que se meuvent les com\u00e9diens, que se d\u00e9voilent les trahisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moment cl\u00e9 du <em>Malade imaginaire<\/em>, celui qui cristallise et interroge l\u2019essentiel de ses enjeux, le n\u0153ud (non seulement celui qui r\u00e9unit les probl\u00e9matiques, mais aussi celui qui se forme alors dans le ventre du spectateur), c\u2019est une conversation tenue sur ce lit, entre fr\u00e8res, entre Argan et B\u00e9ralde. Une de ces conversations o\u00f9 tout est mis sur la table, parce que les deux hommes sont proches, la sc\u00e8ne intime, parce que B\u00e9ralde est pr\u00e9sent\u00e9 comme un individu fut\u00e9, clairvoyant, parce qu\u2019il conna\u00eet bien son hypocondriaque de fr\u00e8re et ses extravagances, ses ent\u00eatements, ses aveuglements, et parce qu\u2019il faut que l\u2019hypocrisie de certains personnages soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au grand jour pour faire cesser les injustices en cours. B\u00e9ralde dit tout. Il dit l\u2019avarice et les calculs mesquins de la femme d\u2019Argan. Il dit l\u2019absurdit\u00e9 de donner sa fille en mariage \u00e0 un parti peu sortable et odieux pour la simple raison que le pr\u00e9tendant est m\u00e9decin. Et surtout, il dit l\u2019irrationnel assujettissement du pr\u00e9tendu malade face aux docteurs. B\u00e9ralde invoque alors ce qui est sans doute l\u2019avis de Moli\u00e8re lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9nonce l\u2019inefficacit\u00e9 patent\u00e9e de la m\u00e9decine contemporaine &#8211; et Argan lui r\u00e9plique sans vergogne, en parlant de l\u2019auteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;si j\u2019\u00e9tais que des m\u00e9decins, je me vengerais de son impertinence&nbsp;; et quand il sera malade, je le laisserais mourir sans secours [\u2026] et je lui dirais&nbsp;: <em>Cr\u00e8ve, cr\u00e8ve&nbsp;!<\/em> \u00bb. Or Moli\u00e8re \u00e9tait bel et bien pr\u00e9sent dans sa propre pi\u00e8ce, il y jouait m\u00eame un r\u00f4le central. Mais pas celui de son porte-parole B\u00e9ralde. Moli\u00e8re jouait Argan.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Liermier souligne la fascination vertigineuse que cette mise en abyme suscite chez lui&nbsp;: l\u2019auteur, lui-m\u00eame v\u00e9ritablement malade alors, et finissant par s\u2019\u00e9vanouir juste derri\u00e8re le rideau pour ne pas revenir \u00e0 lui, ne cessa jamais de jouer. Aux yeux de Liermier, il d\u00e9fiait la mort en montant sur sc\u00e8ne. Notons que cette vision d\u2019un Moli\u00e8re se d\u00e9vouant corps et \u00e2me au th\u00e9\u00e2tre pour repousser le spectre de la maladie reste tr\u00e8s romanc\u00e9e&nbsp;: celle-ci ne le mena\u00e7ait pas de longue date, mais l\u2019atteignit sous la forme d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de fluxion de poitrine qui fut fatale pour bien d\u2019autres en cet hiver 1673. Il n\u2019en reste pas moins que le dramaturge cultivait le pouvoir subversif du th\u00e9\u00e2tre comique, et d\u00e9fiait sinon la mort, du moins certains d\u00e9tenteurs d\u2019une autorit\u00e9 morale qu\u2019il jugeait imm\u00e9rit\u00e9e, tels les m\u00e9decins, les pr\u00e9cieux ou les faux d\u00e9vots, en somme tous ceux qui employaient le discours et ses artifices comme outil de pouvoir au d\u00e9triment d\u2019autrui. C\u2019est cette audace et cet affranchissement qui titillent notre metteur en sc\u00e8ne&nbsp;: le besoin de rire au nez de ses semblables &nbsp;comme de soi, la conscience qu\u2019on ne lib\u00e8re pas ais\u00e9ment les hommes de leurs peurs et de leur soumission \u00e0 ceux qui les manipulent et les aveuglent par de belles paroles &#8211; et la conscience pourtant qu\u2019il faut jouer, toujours, inverser les rapports, risquer le carnaval, malgr\u00e9 le danger que repr\u00e9sente le m\u00e9tier de com\u00e9dien quand on le laisse intervenir dans sa vie m\u00eame. La fiction peut donc r\u00e9v\u00e9ler une violence des rapports humains, puisqu\u2019elle laisse d\u00e9couvrir des traitrises, des infid\u00e9lit\u00e9s. Mais elle est surtout une salvation, la meilleure et la seule des m\u00e9decines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le difficile d\u00e9sir de l\u2019inattendu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019on s\u2019appr\u00eate \u00e0 voir un Moli\u00e8re aujourd\u2019hui \u2013 un de plus, un parmi tant d\u2019autres, un <em>apr\u00e8s<\/em> tant d\u2019autres \u2013 il est d\u00e9licat de mettre de c\u00f4t\u00e9 ses exigences d\u2019originalit\u00e9, cette envie accaparante d\u2019y trouver du neuf, cet \u00e9trange besoin d\u2019\u00eatre d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par une mise en sc\u00e8ne r\u00e9volutionnaire, de se sentir submerg\u00e9 par le jamais-vu. Il faudrait r\u00e9apprendre l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 du novice, qui d\u00e9couvrirait au fur et \u00e0 mesure des r\u00e9pliques un texte qu\u2019il n\u2019aurait jamais lu, qui prendrait de plein fouet chaque retournement dramatique, qui se noierait avec d\u00e9lice dans le double jeu des personnages, en bref qui aborderait les terres du comique moli\u00e9resque comme un Nouveau Monde, vierge de toute entreprise humaine. Or voil\u00e0, on en conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 les rouages, bien huil\u00e9s d\u00e8s l\u2019\u00e9criture, risquant l\u2019\u00e9rosion au fil des si\u00e8cles. On en vient alors peut-\u00eatre \u00e0 souhaiter une lecture fortement ax\u00e9e, une interpr\u00e9tation r\u00e9solument tranch\u00e9e et in\u00e9dite.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas la ligne qu\u2019a choisie Liermier. Pourtant sa mise en sc\u00e8ne fonctionne, s\u00e9duit sans aucun doute, s\u2019\u00e9quilibre avec une justesse toute classique. Le d\u00e9cor, un int\u00e9rieur bourgeois luxueux envahi par des tableaux classiques figurant op\u00e9rations et dissections (dont <em>La Le\u00e7on <\/em>de Rembrandt), et par un lit et des toilettes d\u2019h\u00f4pital tout ce qu\u2019il y a de plus modernes, n\u2019indique pas une vis\u00e9e interpr\u00e9tative claire. Il n\u2019est toutefois pas injustifiable, puisqu\u2019il propose un pont entre les \u00e9poques et questionne la relation des malades d\u2019aujourd\u2019hui avec la m\u00e9decine. Les dialogues et la dynamique des rapports entre les com\u00e9diens sont d\u2019une coh\u00e9rence ind\u00e9niable, m\u00eame si par contraste, une forme d\u2019arythmie ou quelques asp\u00e9rit\u00e9s dans l\u2019\u00e9change des r\u00e9pliques auraient l\u2019int\u00e9r\u00eat de faire \u00e9clater cette impeccable nettet\u00e9 du texte. Ang\u00e9lique et Cl\u00e9ante, le couple qui finit par vaincre l\u2019opini\u00e2tret\u00e9 du p\u00e8re au nom de l\u2019amour, use de toute la panoplie des regards furtifs et des acquiescements timides pour traduire la force douce des sentiments partag\u00e9s et secrets. La distribution et le jeu des acteurs sont donc irr\u00e9prochables, quoique un brin convenus. Il en va de m\u00eame pour Toinette et la plupart des personnages secondaires, qui s\u2019accordent parfaitement avec l\u2019ensemble m\u00e9lodique, mais n\u2019osent pas briser le diapason. Sans grand regret toutefois, puisque tout sonne juste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un rire tranquillisant \u2013 et tranquillis\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En somme, une mise en sc\u00e8ne qui \u00e9tonne peu, ne prend pas de risques d\u00e9raisonn\u00e9s, mais ne manque pas de charme et d\u2019intelligence. Deux figures, notamment, rayonnent&nbsp;: Argan d\u2019une part, Thomas Diafoirus de l\u2019autre. Le premier nous touche au travers d\u2019un jeu tr\u00e8s corporel, qui r\u00e9v\u00e8le sa fragilit\u00e9. L\u2019\u00eatre physique, avec tout ce qu\u2019il s\u00e9cr\u00e8te, devient in\u00e9luctablement pr\u00e9sent, susceptible d\u2019\u00eatre la victime du trivial ou du d\u00e9go\u00fbtant, et pourtant jamais humili\u00e9 ou ab\u00eati par le ridicule. Derri\u00e8re le p\u00e8re de famille despotique et born\u00e9 se d\u00e9couvrent un corps et une grande humanit\u00e9. Thomas Diafoirus, l\u2019ignoble pr\u00e9tendant d\u2019Ang\u00e9lique, est pour sa part admirablement d\u00e9testable, chaque geste trahissant sa mesquinerie de caract\u00e8re. Tous deux m\u00e9nagent adroitement le comique, sans se borner au grotesque. Ainsi Jean Liermier nous offre une pi\u00e8ce qui remplit les attentes, sans transgressions, pour le plaisir d\u2019un public charm\u00e9 par ce rire qui repousse les peurs. Car face \u00e0 l\u2019effroi de l\u2019inconnu il reste cette possibilit\u00e9 de jouer tous les r\u00f4les, tel Argan se faisant m\u00e9decin, dans le th\u00e9\u00e2tre de sa propre vie, d\u00e9sormais apais\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Alice Bottarelli\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/alice-botarelli\/\">Alice Bottarelli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Amandine Rosset\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/amandine-rosset\">Amandine Rosset<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un classique m\u00e9dical surprenant<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"300\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9593\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_1.png 400w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_1-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2014\/01\/malade_1-267x200.png 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 M. Vanappelghem<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Jean Liermier met en sc\u00e8ne chez lui, au Th\u00e9\u00e2tre de Carouge, la derni\u00e8re com\u00e9die de Moli\u00e8re, <\/em>Le&nbsp;Malade imaginaire<em>. Une mise en sc\u00e8ne qui modernise et actualise, en jouant parfois sur la surprise, la critique des autorit\u00e9s morales qui profitent de la cr\u00e9dulit\u00e9 des hommes.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent. Une voix grave, puissante et angoissante envahit la salle. A l\u2019ouverture des rideaux, les lumi\u00e8res d\u00e9voilent la Mort sous la forme d\u2019une gigantesque marionnette (cr\u00e9ation Jean-Marc Stehl\u00e9) qui flotte au dessus d\u2019un homme allong\u00e9 sur un lit d\u2019h\u00f4pital. Ce malade, bien s\u00fbr, c\u2019est Argan jou\u00e9 par le franco-suisse Gilles Privat. Il compte ce qu\u2019il doit \u00e0 son apothicaire et lit ses ordonnances pour lui m\u00eame. La chambre dans laquelle il se trouve est tr\u00e8s peu meubl\u00e9e, mais les murs orn\u00e9s de dorures discr\u00e8tes montrent qu\u2019il est ais\u00e9. Des tableaux repr\u00e9sentant des m\u00e9decins, notamment <em>La Le\u00e7on d\u2019anatomie du Dr Tulp<\/em> de Rembrandt, d\u00e9corent le haut de la pi\u00e8ce. Une table remplie de rem\u00e8des jouxte le lit. Ces \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor tr\u00e8s simples au premier abord r\u00e9servent pourtant quelques surprises. Un mur s\u2019ouvre sur un simple geste d\u2019Argan pour laisser place \u00e0 un petit cabinet de toilette \u2026 qui sera souvent utilis\u00e9 pendant le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019atmosph\u00e8re du d\u00e9but deviendra vite plus l\u00e9g\u00e8re, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de Gilles Privat, qui met en avant la na\u00efvet\u00e9 du personnage qu\u2019il incarne. Quant au reste de la distribution, on retiendra particuli\u00e8rement Philippe Gouin en Thomas Diafoirus, qui se pr\u00e9sente \u00e0 sa future femme avec une gestuelle et une expression d\u2019un ridicule hilarant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9decins sont en partie repr\u00e9sent\u00e9s par de grandes poup\u00e9es de pl\u00e2tre qui apparaissent en fond de sc\u00e8ne et parlent d\u2019une voix grave, afin d\u2019effrayer Argan et de renforcer ses convictions sur l\u2019utilit\u00e9 de la science m\u00e9dicale. Le th\u00e8me m\u00e9dical est aussi fortement li\u00e9 \u00e0 celui de la mort. On l\u2019a dit, cette derni\u00e8re appara\u00eet en personne \u00e0 l\u2019ouverture des rideaux. Le comique de la pi\u00e8ce joue justement de la peur qu\u2019elle inspire. Et Argan, dont les proches rient de son angoisse, la simulera dans une sc\u00e8ne d\u00e9cisive afin de conna\u00eetre ce que sa femme et sa fille pensent de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les spectateurs accoutum\u00e9s aux classiques trouveront du plaisir \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne fid\u00e8le \u00e0 Moli\u00e8re.&nbsp;<em>Le Malade imaginaire<\/em> est \u00e0 d\u00e9couvrir ou red\u00e9couvrir au th\u00e9\u00e2tre de Carouge du 14 janvier au 9 f\u00e9vrier 2014.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 janvier 2014<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Amandine Rosset\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/amandine-rosset\">Amandine Rosset<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Moli\u00e8re \/ mise en sc\u00e8ne Jean Liermier \/ Th\u00e9\u00e2tre de Carouge \u00e0 Gen\u00e8ve \/ du 14 janvier au 9 f\u00e9vrier 2014 \/ Critique par Cecilia Galindo, Suzanne Balharry, Alice Bottarelli, Amandi Rosset.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9593,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,7],"tags":[20,30,37,36],"class_list":["post-2111","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-carouge","tag-alice-bottarelli","tag-amandine-rosset","tag-cecilia-galindo","tag-suzanne-balharry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2111","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2111"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2111\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21721,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2111\/revisions\/21721"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9593"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2111"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2111"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2111"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}