{"id":19999,"date":"2024-11-22T16:50:15","date_gmt":"2024-11-22T15:50:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=19999"},"modified":"2025-03-31T15:16:26","modified_gmt":"2025-03-31T13:16:26","slug":"toute-intention-de-nuire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire\/","title":{"rendered":"Toute intention de nuire"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Toute intention de nuire<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Adrien Barazzone \/ \u00a0La Grange &#8211; Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ 20, 21 et 23 novembre 2024 \/ Critique par Lou Sicovier . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2024 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lou-sicovier\/\">Lou Sicovier <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un roman infamant ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire_couverture-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20000\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire_couverture-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire_couverture-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire_couverture-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/11\/toute-intention-de-nuire_couverture.jpg 1065w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Doroth\u00e9e Th\u00e9bert\n\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans une salle d\u2019audience, Alexandre Badadone accuse l\u2019\u00e9crivaine Pauline Jobert d\u2019avoir utilis\u00e9, pour \u00e9crire son quatri\u00e8me roman, un secret qu\u2019il lui a confi\u00e9 dans un moment priv\u00e9. Il intente un proc\u00e8s contre cette \u0153uvre litt\u00e9raire et la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il croit discerner dans ce livre, qui a re\u00e7u le prix Femina. Le c\u0153ur de ce proc\u00e8s oscille autour de cette question : cette \u0153uvre est-elle r\u00e9ellement un reflet de la vie d\u2019Alexandre Badadone, et lui porte-elle pr\u00e9judice&nbsp;? &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Face au plateau de la Grange, le public n\u2019est pas dans une salle de th\u00e9\u00e2tre, mais bien dans une salle d\u2019audience. Il est pris \u00e0 parti par les avocats, la pr\u00e9sidente, l\u2019accus\u00e9e, et les nombreux t\u00e9moins qui se succ\u00e8dent \u00e0 la barre. Le roman &nbsp;de Pauline Jobert, invent\u00e9 en creux pour le spectacle et pr\u00e9tendument paru \u00e0 la rentr\u00e9e litt\u00e9raire de septembre 2023, est l\u2019\u00e9l\u00e9ment-cl\u00e9 de ce proc\u00e8s. Il raconte l\u2019histoire de deux couples qui se rencontrent en Italie et sympathisent durant l\u2019\u00e9t\u00e9. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a Alice et Joe, artistes tous les deux. De l\u2019autre, il y a Bel et Sophie, plus probl\u00e9matiques. Bel humilie souvent sa femme devant l\u2019autre couple, ne la laisse pas parler, et le lecteur du roman, de m\u00eame que les spectateurs, comprennent rapidement que Sophie est une femme battue. Bel, avocat parisien, est imbu de sa personne et se \u00ab&nbsp;sent l\u00e9gitime en toute situation&nbsp;\u00bb (selon Pauline Jobert). Alexandre Badadone raconte la rencontre entre son couple et celui de Pauline Jobert et son mari, qui a eu lieu l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dant la parution du roman. Plusieurs co\u00efncidences troublantes sont d\u00e9voil\u00e9es entre le roman et la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: le physique du personnage de Bel, le lieu, les discussions, les professions des principaux concern\u00e9s, et m\u00eame une ressemblance dans les consonnances des pr\u00e9noms. Mais le c\u0153ur du sujet, c\u2019est un secret qu\u2019Alexandre-Bel confie \u00e0 Pauline-Alice&nbsp;concernant la paternit\u00e9 de sa fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Badadone, qui plaide lui-m\u00eame sa cause, expose le cas&nbsp;: sa vie a vol\u00e9 en \u00e9clat apr\u00e8s que sa femme et sa fille ont lu ce roman, et l\u2019y ont reconnu dans les traits de Bel. Alexandre veut d\u00e9fendre son droit \u00e0 la sph\u00e8re intime, bafou\u00e9e par la r\u00e9v\u00e9lation de ce secret familial. &nbsp;Pauline Jobert maintient qu\u2019il ne s\u2019agit que de fiction, et qu\u2019elle ne s\u2019est jamais appropri\u00e9e la confidence d\u2019Alexandre pour tracer l\u2019intrigue de son roman. Elle invoque notamment la vraisemblance litt\u00e9raire, et le fait que ses livres parlent avant tout des femmes dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale&nbsp;: sa propre vie lui fournit parfois des points de d\u00e9part, mais jamais une trame toute faite.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec des costumes de magistrats, un d\u00e9cor int\u00e9grant des barres pour t\u00e9moigner, et des coloris qui \u00e9voquent l\u2019ambiance d\u2019une salle d\u2019audience, la mise en sc\u00e8ne permet aux spectateur\u00b7ices de questionner leur propre v\u00e9rit\u00e9, et leur jugement de la fiction. Chaque partie propose des arguments recevables, prenant tour \u00e0 tour la parole et utilisant des t\u00e9moins pour \u00e9tayer ses dires. Pauline Jobert met en avant son imagination et la libert\u00e9 artistique, et Alexandre Badadone attendrit le public en montrant tous les basculements qui sont survenus dans sa vie \u00e0 cause de ce livre. Le s\u00e9rieux de ces deux t\u00e9moignages renforce l\u2019impression de v\u00e9racit\u00e9. Mais ce sentiment est contrebalanc\u00e9 par les apparitions des t\u00e9moins, qui font preuve de beaucoup d\u2019humour en incarnant des st\u00e9r\u00e9otypes&nbsp;: l\u2019humoriste qui utilise le proc\u00e8s comme terreau pour ses futurs spectacles&nbsp;; la d\u00e9tective priv\u00e9e, qui explique en d\u00e9tail son processus de recherche \u00ab&nbsp;en entonnoir, pour se rapprocher de sa cible&nbsp;\u00bb&nbsp;; le psychiatre, qui analyse les sc\u00e8nes \u00e9rotiques du roman&nbsp;; la chroniqueuse radio, qui a ador\u00e9 ce roman lu sur une plage italienne&nbsp;; la secr\u00e9taire juridique, qui tente maladroitement de d\u00e9fendre l\u2019honneur de son employeur. Ces t\u00e9moins se d\u00e9battent tous dans ce n\u0153ud juridique, utilisant leur propre appr\u00e9ciation du roman pour donner leur avis sur le cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le myst\u00e8re autour du roman est aussi l\u2019un des ressorts dramaturgiques. On ne comprend pas imm\u00e9diatement ce que reproche Alexandre Badadone \u00e0 Pauline Jobert, si ce n\u2019est l\u2019omnipr\u00e9sence de ce secret le reliant au personnage de Bel. Au fur et \u00e0 mesure de l\u2019avanc\u00e9e du spectacle, on en vient presque \u00e0 vouloir que ce roman existe afin de pouvoir le lire et se forger sa propre opinion sur le proc\u00e8s. La v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas claire, et elle se trouble au fur et \u00e0 mesure des t\u00e9moignages et des confidences, tandis que les lumi\u00e8res s\u2019assombrissent aussi. Les quatre acteurs (Alain Borek, Marion Chabloz, M\u00e9lanie Foulon et David Gobet) jouent leur r\u00f4le dans le proc\u00e8s, mais ils incarnent aussi les diff\u00e9rents t\u00e9moins qui interviennent \u00e0 la barre, ce qui floute encore plus le rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. L\u2019effet de brouillage est encore accentu\u00e9 par l\u2019incarnation d\u2019un dialogue cens\u00e9 \u00eatre une sc\u00e8ne du livre, dans lequel David Gobet, qui incarne Bardadone, prend ici les traits de Bel. Le public repart donc de cette salle en s\u2019interrogeant encore sur l\u2019impact qu\u2019a pu causer ce roman sur la vie priv\u00e9e d\u2019Alexandre Badadone, et sur les limites que la fiction entretient avec la r\u00e9alit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2024 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lou-sicovier\/\">Lou Sicovier <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lhommededos.ch\/tidn\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Adrien Barazzone \/ \u00a0La Grange &#8211; Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ 20, 21 et 23 novembre 2024 \/ Critique par Lou Sicovier .<\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":20000,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[295],"class_list":["post-19999","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-lou-sicovier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19999","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19999"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19999\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23073,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19999\/revisions\/23073"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20000"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19999"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19999"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19999"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}