{"id":19869,"date":"2024-10-18T19:45:09","date_gmt":"2024-10-18T17:45:09","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=19869"},"modified":"2024-11-09T15:17:38","modified_gmt":"2024-11-09T14:17:38","slug":"la-tempete-ou-la-voix-du-vent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/10\/la-tempete-ou-la-voix-du-vent\/","title":{"rendered":"La Temp\u00eate ou La Voix du Vent"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Temp\u00eate ou La Voix du Vent<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau (Renens-Malley) \/ Du 24 septembre au 13 octobre 2024 \/ Critiques par Lou Sicovier, Loris Ferrari, Odile Jaques, Anna Chialva, Lucie Ortet, Hadrien Halter et Auxane Bolanz. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Tableau d\u2019une \u00eele magique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 octobre 2024 <\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lou-sicovier\/\">Lou Sicovier<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19870\" style=\"width:299px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au TKM, Omar Porras propose un spectacle envo\u00fbtant aux allures de conte, o\u00f9 la pi\u00e8ce de Shakespeare, servie par des personnages comiques et hauts en couleurs, est teint\u00e9e d\u2019enjeux actuels et revue \u00e0 travers le prisme de la magie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Assieds-toi, car je veux te raconter une histoire&nbsp;\u00bb. Les mots de Prospero sonnent comme un conte, tant pour sa fille Miranda que pour le public. Chass\u00e9 de son duch\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une conspiration men\u00e9e par son fr\u00e8re, Prospero s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 sur une \u00eele avec son enfant. Le hasard am\u00e8ne cependant les instigateurs du complot pr\u00e8s de cette \u00eele, permettant ainsi \u00e0 Prospero de faire usage de sa magie pour se venger. &nbsp;Il somme Ariel, esprit du vent, de provoquer une temp\u00eate. L\u2019\u00e9quipage se trouve ainsi livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e9parpill\u00e9 sur l\u2019\u00eele, et \u00e0 la merci de Prospero. Les diff\u00e9rentes sc\u00e8nes se succ\u00e8dent par un jeu de couleurs et de lumi\u00e8re, accompagn\u00e9es par une musique qui maintient le spectateur en haleine. Chacun des personnages est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eele et ses myst\u00e8res, r\u00e9v\u00e9lant ainsi sa personnalit\u00e9 et ses v\u00e9ritables d\u00e9sirs. Le prince Ferdinand tombe fou amoureux de Miranda. Antonio et S\u00e9bastien souhaitent rejouer la trahison de Prospero contre le roi Alonso. Gonzalo garde sa figure d\u2019homme sage et philosophe, ayant aid\u00e9 Prospero par le pass\u00e9. Caliban, monstre de l\u2019\u00eele, est pr\u00eat \u00e0 tout pour se venger de Prospero, qui l\u2019a r\u00e9duit en esclavage. Et il y a surtout Ariel, voix guidant les personnages et les spectateurs tout au long de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>La dimension magique et merveilleuse de <em>La Temp\u00eate<\/em> est mise en valeur gr\u00e2ce \u00e0 de nombreux moyens techniques&nbsp;: de la musique se superpose aux r\u00e9pliques des com\u00e9diens&nbsp;; les changements de sc\u00e8nes se font par des moyens spectaculaires, comme des explosions lumineuses, de grandes bandes de tissus balayant l\u2019espace, des pluies de fleurs et de paillettes&nbsp;; les costumes des personnages sont brillants et extravagants, et ils portent diff\u00e9rents masques, qui conf\u00e8rent un caract\u00e8re grotesque et intense au spectacle&nbsp;; les com\u00e9diens r\u00e9citent leurs r\u00e9pliques de mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e, dans une nouvelle traduction du texte qui m\u00eale des expressions famili\u00e8res \u00e0 un langage plus relev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jeu appuy\u00e9 et ces d\u00e9cors impressionnants sont caract\u00e9ristiques des mises en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras&nbsp;; ils fonctionnent particuli\u00e8rement bien avec cette pi\u00e8ce, car ils permettent de mettre en valeur &nbsp;la dimension magique de l\u2019\u00eele. Il y a un aspect tr\u00e8s textur\u00e9 dans cette adaptation, o\u00f9 le public est constamment stimul\u00e9 par de nouveaux \u00e9l\u00e9ments. Il faut un investissement visuel des spectateurs pour comprendre chaque d\u00e9tail, tant du d\u00e9cor que des actions des personnages, puisqu\u2019ils permettent l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019intrigue. Certains personnages sont ainsi mis plus en \u00e9vidence, comme Ariel qui semble presque manipuler le d\u00e9nouement de la pi\u00e8ce, ou Caliban, qui est une des figures les plus ambigu\u00ebs dans ses actes et ses attentes. A premi\u00e8re vue, il inspire la piti\u00e9 par sa dimension path\u00e9tique, mais le spectateur comprend vite qu\u2019il a tent\u00e9 de violer Miranda et d\u2019assassiner Prospero. Pourtant, une sc\u00e8ne le montre entour\u00e9 d\u2019esprits qui semblent l\u2019\u00e9couter et le comprendre, comme s\u2019il \u00e9tait au noyau de l\u2019\u00eele et de sa magie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, tant Ariel que Caliban permettent un d\u00e9centrement par rapport \u00e0 l\u2019intrigue amoureuse, somme toute assez basique, entre Miranda et Ferdinand. Mis \u00e0 part le costume de ce dernier, ce couple correspond tout \u00e0 fait aux codes des com\u00e9dies romantiques et aux attentes du public. Mais Ariel et Caliban soul\u00e8vent des questionnements comme la qu\u00eate de libert\u00e9, l\u2019aspect sauvage de l\u2019\u00eele et le d\u00e9tachement de la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e par la cour d\u2019Alonso. Ces contrastes sont pr\u00e9sents dans toutes les dimensions du spectacle : l\u2019aspect sombre et d\u00e9labr\u00e9 de l\u2019\u00eele en opposition aux costumes color\u00e9s et aux \u00e9clairages lumineux&nbsp;; les masques d\u00e9formants et les tenues exub\u00e9rantes des personnages masculins, par rapport \u00e0 la tenue et au visage sans artifices de Miranda&nbsp;; la na\u00efvet\u00e9 des jeunes amoureux contre les froids calculs d\u2019Antonio et S\u00e9bastien, et \u00e9galement de Prospero, qui semble tirer les ficelles de cet amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Omar Porras r\u00e9interpr\u00e8te cette pi\u00e8ce en m\u00ealant des cultures diff\u00e9rentes, visibles \u00e0 plusieurs moments du spectacle. Les esprits de l\u2019\u00eele, qui \u00e9voluent dans l\u2019espace gr\u00e2ce \u00e0 un jeu de marionnettes, \u00e9voquent le th\u00e9\u00e2tre et les dessins d\u2019animations japonais, ainsi que les costumes de carnaval colombiens, ou encore la f\u00eate des morts au Mexique. Ces r\u00e9f\u00e9rences se trouvent dans la plupart de ses mises en sc\u00e8ne, en raison de sa double culture et des diff\u00e9rents projets qu\u2019il a men\u00e9s dans sa carri\u00e8re. Son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019op\u00e9ra explique aussi la pr\u00e9sence de nombreux interludes et accompagnements musicaux, qui se m\u00ealent aux dialogues et permettent de mettre en valeur la dimension magique. Ainsi, ce spectacle permet sans doute une nouvelle lecture des enjeux entourant l\u2019intrigue de <em>La Temp\u00eate.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>2 octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lou-sicovier\/\">Lou Sicovier<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ariel ou la voix du destin<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/loris-ferrari\/\">Loris Ferrari<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19884\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec cette adaptation de <\/em>La Temp\u00eate<em> de Shakespeare, Omar Porras fait le choix de pr\u00e9senter un conte merveilleux en faisant voyager les spectateurs sur une \u00eele magique et myst\u00e9rieuse. Sur celle-ci, presque rien de totalement humain&nbsp;; c\u2019est un lieu rempli d\u2019esprits, dont l\u2019un se d\u00e9marque pour mener le jeu&nbsp;: Ariel, l\u2019esprit du vent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quel malheur, des cris partout, d\u00e9solation partout&nbsp;: une temp\u00eate, cr\u00e9\u00e9e par Ariel, un esprit au service de Prospero, fait rage. Le navire d\u2019Alonso, roi de Naples, et du duc de Milan Antonio, assailli par la furie des flots, fait naufrage et les hommes s\u2019\u00e9chouent sur une \u00eele. C\u2019est celle de Prospero, ancien duc de Milan, destitu\u00e9 il y a douze ans par Alonso et Antonio, abandonn\u00e9 sur une barque avec sa fille Miranda. Apr\u00e8s \u00eatre arriv\u00e9 miraculeusement sur cette \u00eele remplie d\u2019esprits, il en prit le contr\u00f4le gr\u00e2ce \u00e0 ses pouvoirs surnaturel. Il a aujourd\u2019hui l\u2019occasion de se venger&nbsp;: il ordonne au fid\u00e8le Ariel d\u2019\u00e9parpiller les hommes du navire en petits groupes, et de les torturer, sauf un, Ferdinand, fils du roi, qui se retrouve seul et rencontre par \u00ab&nbsp;hasard&nbsp;\u00bb Miranda. Les deux jeunes gens tombent fous d\u2019amour l\u2019un pour l\u2019autre, pour le plus grand plaisir de Prospero. Cette idylle l\u2019am\u00e8ne \u00e0 abandonner sa vengeance au profit d\u2019un pardon. Tout se termine par la promesse d\u2019un mariage \u00e0 Naples et la restitution du duch\u00e9 de Milan.<\/p>\n\n\n\n<p>La temp\u00eate calm\u00e9e, l\u2019\u00eele appara\u00eet. Une vision happe les spectateurs&nbsp;: Prospero et Miranda, le p\u00e8re et sa fille, sur un rocher entour\u00e9 d\u2019une brume, uniquement \u00e9clair\u00e9s par un rond de lumi\u00e8re vaporeux. Autour, un noir presque complet. Nous voici immerg\u00e9s dans un monde \u00e9sot\u00e9rique rempli de magie. Omar Porras fait le choix de raconter un conte merveilleux s\u2019inscrivant dans un imaginaire \u00e0 la faune foisonnante et rempli d\u2019individus \u00e9tranges, magiques et \u00e9th\u00e9r\u00e9s. Les influences de la culture japonaise, que le metteur en sc\u00e8ne conna\u00eet bien, se ressentent fortement avec la repr\u00e9sentation, en marionnettes, de certains esprits masqu\u00e9s, recouverts d\u2019un voile, sans forme d\u00e9finie, tel le Sans-Visage du <em>Voyage de Chihiro <\/em>de Myazaki ou les figures du th\u00e9\u00e2tre traditionnel du n\u00f4. Les traditions pluriculturelles dont Porras s\u2019inspire pour cr\u00e9er ses spectacles&nbsp;apparaissent \u00e9galement de la <em>commedia dell&rsquo;arte<\/em> aux carnavals sud-am\u00e9ricains et particuli\u00e8rement de Colombie, son pays natal.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie absorbe les spectateurs dans un monde de fantasy des ann\u00e9es 1980 \u00e0 la <em>Dark Crystal<\/em>. La sc\u00e8ne elle-m\u00eame est l\u2019\u00eele, le regard est attir\u00e9 par la vision d\u2019arbres tordus, de vieilles colonnes de pierre abim\u00e9es par le temps, de plantes grimpantes, de fleurs \u00e9tranges. Gr\u00e2ce \u00e0 une ma\u00eetrise exceptionnelle de la lumi\u00e8re (cr\u00e9ation Mathias Roche), ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments se r\u00e9v\u00e8lent progressivement et captivent \u00e0 tout instant. Omnipr\u00e9sents, la musique et les sons permettent de s\u2019impr\u00e9gner de chaque sc\u00e8ne et de vivre pleinement l\u2019intrigue du conte. De plus les \u00e9l\u00e9ments techniques tels que ceux qui pr\u00e9sident \u00e0 la cr\u00e9ation en direct de la temp\u00eate, de la brume ou \u00e0 la r\u00e9alisation \u00e0 vue d\u2019effets de magie plongent imm\u00e9diatement dans l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019un lieu o\u00f9 ce ne sont pas les hommes qui r\u00e8gnent en ma\u00eetres mais les esprits de l\u2019\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>Les demi-masques sur le visage des acteurs ont une importance capitale, ils les transforment en ne les rendant plus totalement humains, ce qui les int\u00e8gre parfaitement \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re sibylline du spectacle. La plus frappante des transformations est celle du personnage d\u2019Ariel, le puissant esprit du vent au service de Prospero. Sa gestuelle, ses mimiques, sa voix parfois aigu\u00eb, stridente, rieuse, ainsi que le jeu de lumi\u00e8re qui le pr\u00e9sente toujours entre l\u2019ombre et la lumi\u00e8re en font un a\u00e9rien inqui\u00e9tant et myst\u00e9rieux. Tout chez lui l\u2019\u00e9loigne de la mat\u00e9rialit\u00e9 des autres personnages et le place sur un plan astral. De plus, Ariel a une place centrale dans la mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras&nbsp;: il est le vent, la voix du destin, omnipr\u00e9sent et pourtant discret. Parfois avec subtilit\u00e9, parfois avec force, il fait se d\u00e9rouler les \u00e9v\u00e9nements cr\u00e9ant ainsi un fil rouge et une transition plaisante entre les sc\u00e8nes. Bien que tout ce qu\u2019il fasse soit sur les ordres de Prospero, Ariel semble aller au-del\u00e0 de ceux-ci. L\u2019amour entre Miranda et Ferdinand en est peut-\u00eatre l\u2019exemple le plus parlant&nbsp;: Ariel a pour consigne de les faire se rencontrer pour qu\u2019une attirance r\u00e9ciproque se cr\u00e9e, mais pour forcer le destin ou l\u2019aider \u00e0 se r\u00e9aliser, l\u2019esprit souffle sur eux avec sa sarbacane. Esprit ancien, malicieux et dangereux m\u00eame, Ariel incarne ici le destin qui joue avec les hommes comme avec des marionnettes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/loris-ferrari\/\">Loris Ferrari<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De masque et de paix<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/19828-2\/\">Odile Jaques<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19908\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>S\u2019il clame une ile comme d\u00e9serte, l\u2019homme peut-il assujettir ce qui y vit&nbsp;? La faune, la flore, les esprits&nbsp;? et les humains&nbsp;? Cette ile est-elle toujours d\u00e9serte&nbsp;? En \u00e9cho \u00e0 ces questions, Omar Porras adapte la tragi-com\u00e9die de Shakespeare pour en faire une com\u00e9die, au moyen de demi-masques, de marionnettes, de musique, de th\u00e9\u00e2tre noir et de pyrotechnie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut que je l\u2019avoue, <em>a priori<\/em> je n\u2019aime pas les masques, ils me terrifient. Pourtant, dans cette salle du TKM de Renens, dans la mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras, je fus conquis par ce choix artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Destitu\u00e9 par son fr\u00e8re Antonio, Prosp\u00e9ro, le duc de Milan, a \u00e9chou\u00e9 il y a douze ans avec sa fille Miranda sur une ile d\u00e9serte. L\u00e0, il a rencontr\u00e9 Caliban et Ariel, esprits de l\u2019ile, qu\u2019il a asservis \u00e0 sa volont\u00e9. L\u2019histoire commence quand un bateau transportant Antonio et le roi de Naples passe \u00e0 proximit\u00e9. Prosp\u00e9ro ordonne alors \u00e0 Ariel, esprit du vent, de provoquer une temp\u00eate pour les amener sur l\u2019ile et confronter son fr\u00e8re. Apr\u00e8s moultes p\u00e9rip\u00e9ties et une histoire d\u2019amour entre Miranda et le prince de Naples, Prospero choisira finalement le pardon et la paix.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9langer les mots de William Shakespeare, les demi-masques et le jeu de la <em>commedia dell&rsquo;arte<\/em> est ici un pari r\u00e9ussi. L\u2019aspect grossi des trais aide les spectateur\u00b7ice\u00b7s \u00e0 entrer dans la di\u00e9g\u00e8se&nbsp;: on croit d\u2019autant plus \u00e0 ce monde qu\u2019il est moins r\u00e9aliste. Par exemple, on croit tr\u00e8s peu \u00e0 la premi\u00e8re explosion de magie mais plus on voit l\u2019univers dans lequel se d\u00e9roule l\u2019histoire, plus les tours de magie paraissent faire partie de cet univers qui est de moins en moins le n\u00f4tre. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet univers magique, l\u2019effrayant se m\u00eale au doux. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, la temp\u00eate m\u00e9lange les bruits du tonnerre qui gronde avec la m\u00e9lodie d\u2019une berceuse. Plus tard, les marionnettes des esprits de l\u2019ile sont \u00e9galement terrifiantes et tendres \u00e0 la fois. Comme pour distinguer leur aspect (voir image) myst\u00e9rieux et fantomatique de leur d\u00e9sir pacifique, ils se tiennent l\u00e0 calmement, ils sont l\u2019ile en elle-m\u00eame, ils ne font pas de mal \u00e0 une mouche. Le spectacle ne semble pas s\u2019adresser sp\u00e9cifiquement \u00e0 un public d\u2019enfants. Pourtant, par les couleurs, les tours de magie, les costumes et les masques, la mise en sc\u00e8ne semble s\u2019adresser \u00e0 l\u2019enfant qui a grandi. Shakespeare est un artiste qui a suscit\u00e9 tant de discours savants qu\u2019on oublie de prendre ses histoires pour ce qu\u2019elles sont. Heureusement, Porras nous rappelle que la temp\u00eate est un conte qu\u2019on peut prendre simplement en tant que tel, une belle histoire qui finit bien.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il y avait un enfant dans la salle, ou plut\u00f4t sur la sc\u00e8ne&nbsp;: Ariel. L\u2019ajout au titre original de la pi\u00e8ce de Shakespeare \u2013 devenu ici <em>La Temp\u00eate ou la Voix du vent<\/em> \u2013 est li\u00e9 \u00e0 certaines coupures dans le texte, et \u00e0 la place centrale que la mise en sc\u00e8ne donne \u00e0 ce personnage. Il est au service de Prosp\u00e9ro mais reste l\u2019esprit du vent. Il r\u00eave de libert\u00e9, de jeu, de voler. Il joue avec la lumi\u00e8re, la nature et l\u2019ile d\u00e8s que Prosp\u00e9ro lui laisse un moment. Ce personnage est extr\u00eamement touchant et attachant. Le jeu de Jeanne Pasquier le rend \u00e9galement \u00e9lastique et fluide comme le vent. On comprend aussi qu\u2019il est puissant et qu\u2019il ne vaut mieux pas en faire son ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, un personnage qui passe plus difficilement aujourd\u2019hui est celui de Caliban. Pour \u00eatre honn\u00eate, on peut difficilement rejeter la faute sur Omar Porras ou le com\u00e9dien Antoine Joly. Shakespeare a \u00e9crit Caliban comme un indig\u00e8ne r\u00e9duit en esclavage par les colons blanc qui prennent procession de l\u2019ile. Il est d\u00e9peint comme stupide, feignant, violent, violeur, inculte \u00e0 la peau noire. Comment donc le pr\u00e9senter \u00e0 un public contemporain&nbsp;? La tentative Omar Porras a \u00e9t\u00e9 de rendre le personnage blanc et de lui attribuer un lien plus fort avec les esprits de l\u2019ile, de faire clamer \u00e0 Caliban, et non plus \u00e0 Prospero, le monologue final qui invite \u00e0 la libert\u00e9, et de lui donner une plume comme accessoire, comme si la narration de l\u2019histoire lui appartenait ou, du moins, que c\u2019\u00e9tait \u00e0 lui de la r\u00e9\u00e9crire ou d\u2019en \u00e9crire la suite. Pourtant, son masque ressemble grandement \u00e0 celui de Polichinelle dans la <em>commedia dell&rsquo;arte<\/em><em>, <\/em>c\u00e9l\u00e8bre valet paresseux et bouffon. \u00c0 mon avis, avec un tel texte&nbsp;: \u00ab&nbsp;esclave venimeux&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;r\u00e9pugnant&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;monstre&nbsp;menteur \u00bb et \u00ab&nbsp;fumier&nbsp;\u00bb, l\u2019adaptation de Caliban ne peut \u00eatre qu\u2019un rafistolage entre le texte et les intentions de la mise en sc\u00e8ne et mettre mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Un choix \u00e9trange, attribuable en revanche pleinement \u00e0 un parti pris de mise en sc\u00e8ne, est celui de ne pas donner de masque au personnage de Miranda. Il est vrai que dans la tradition de la <em>commedia dell&rsquo;arte<\/em> on ne met pas de masque au personnage de la \u00ab&nbsp;jeune premi\u00e8re&nbsp;\u00bb. Pourtant, en la privant de masque, on la prive d\u2019\u00eatre sur le m\u00eame plan narratif ou dramaturgique que les autres&nbsp;: elle vit les aventures et ses \u00e9motions de mani\u00e8re beaucoup plus r\u00e9aliste et parait ne pas appartenir au registre de la com\u00e9die. Ce sentiment est renforc\u00e9 quand Miranda chante car la technique sonore la fait chanter avec \u00e9norm\u00e9ment d\u2019\u00e9cho, qui se prolonge souvent quand elle commence \u00e0 parler. &nbsp;On pourrait r\u00e9pondre qu\u2019elle appartient de fait \u00e0 un autre genre, celui de la romance. &nbsp;Mais si c\u2019\u00e9tait le cas, pourquoi Ferdinand n\u2019est-il pas trait\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on&nbsp;? Trop souvent, au th\u00e9\u00e2tre, les femmes n\u2019ont pas le droit d\u2019\u00eatre laides, ou les femmes \u00ab&nbsp;vertueuses&nbsp;\u00bb n\u2019ont pas le droit d\u2019\u00eatre ridicules ou m\u00eame dr\u00f4les.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mis \u00e0 part ces chansons, toutes les cr\u00e9ations musicales de Christophe Fossemalle et Omar Porras, s\u2019adaptant \u00e0 chaque fois \u00e0 la situation, font mouche&nbsp;: la musique est magnifique, d\u00e8s la chanson des marins qui fait office de prologue et la berceuse de la temp\u00eate, jusqu\u2019\u00e0 la musique des saluts.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/19828-2\/\">Odile Jaques<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un conte post-moderne<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/anna-chialva\/\">Anna Chialva<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_anna-chialva-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19923\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_anna-chialva-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_anna-chialva-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_anna-chialva-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_anna-chialva-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_anna-chialva.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s <\/em>Othello <em>en 1995 et <\/em>Rom\u00e9o et Juliette<em> dans une tourn\u00e9e franco-helv\u00e9tico-japonaise en 2012, Omar Porras revient \u00e0 Shakespeare avec une adaptation de <\/em>La Temp\u00eate<em> sur le mode du conte contemporain. &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Spectacle pour enfant ou spectacle pour adultes&nbsp;? Les tours de magie et l\u2019univers merveilleux pourraient faire penser d\u2019abord \u00e0 un spectacle pour enfants&nbsp;; pourtant, la gravit\u00e9 des th\u00e8mes abord\u00e9s m\u00ealant l\u2019amour, le pouvoir, la mort, la cupidit\u00e9, la jalousie et la violence \u2013 constitutifs de la pi\u00e8ce de Shakespeare et conserv\u00e9s dans la version de Porras \u2013 et surtout l\u2019angle choisi par le metteur en sc\u00e8ne orientent vers un spectacle qui s\u2019adresse plut\u00f4t \u00e0 un public adulte anim\u00e9 d\u2019un esprit critique.<\/p>\n\n\n\n<p>Shakespeare reprend dans <em>La Temp\u00eate<\/em> un th\u00e8me qui lui est familier, celui de l&rsquo;usurpation : \u00e9vinc\u00e9 par son propre fr\u00e8re Antonio (aid\u00e9 du roi de Naples, Alonso) alors qu&rsquo;il se consacrait \u00e0 la philosophie et \u00e0 l&rsquo;occultisme, le duc de Milan, le prince-philosophe Prosp\u00e9ro, trouve refuge avec sa fille Miranda sur une \u00eele de la M\u00e9diterran\u00e9e. L\u00e0, il impose son pouvoir \u00e0 l&rsquo;aide de la magie \u00e0 des esprits, parmi lesquels Ariel, qu&rsquo;il maintient en esclavage, tout comme Caliban, fils de la sorci\u00e8re Sycorax et v\u00e9ritable possesseur de l&rsquo;\u00eele. Douze ann\u00e9es plus tard, et c&rsquo;est le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, Prosp\u00e9ro provoque une temp\u00eate pour faire \u00e9chouer le navire transportant Antonio et Alonso, accompagn\u00e9s de courtisans, de serviteurs et de Ferdinand, fils du roi de Naples. La pi\u00e8ce qui, exceptionnellement dans l&rsquo;\u0153uvre shakespearienne, respecte les trois unit\u00e9s, montre comment Prosp\u00e9ro va mettre en sc\u00e8ne sa vengeance en imposant \u00e0 ses adversaires une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9preuves qui les conduira sur le chemin du repentir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Porras, le choix de r\u00e9adaptation de <em>La Temp\u00eate<\/em> de Shakespeare n\u2019est pas anodin puisque la pi\u00e8ce, dans la c\u00e9l\u00e9bration des pouvoirs magiques du d\u00e9miurge Prosp\u00e9ro, propose une mise en abyme du th\u00e9\u00e2tre qui d\u00e9bouche finalement sur le renoncement aux arts de l&rsquo;illusion et la r\u00e9signation devant la condition humaine. Ainsi, Prosp\u00e9ro propose \u00e0 l\u2019acte IV une r\u00e9flexion sur la magie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du th\u00e9\u00e2tre, un th\u00e9\u00e2tre qui est aussi l&rsquo;image du monde&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nos divertissements sont finis. Ces acteurs,\/ J&rsquo;eus soin de le dire, \u00e9taient tous des esprits&nbsp;:\/ Ils se sont dissip\u00e9s dans l&rsquo;air, dans l&rsquo;air subtil.\/ Tout de m\u00eame que ce fantasme sans assises, [&#8230;]\/ Les temples solennels et ce grand globe m\u00eame\/Avec tous ceux qui l&rsquo;habitent, se dissoudront,\/S&rsquo;\u00e9vanouiront tel ce spectacle incorporel\/Sans laisser derri\u00e8re eux ne f\u00fbt-ce qu&rsquo;un brouillard.\/ Nous sommes de la m\u00eame \u00e9toffe que les songes\/Et notre vie infime est cern\u00e9e de sommeil&#8230;&nbsp;\u00bb (acte&nbsp;IV, sc\u00e8ne&nbsp;1).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa mise en sc\u00e8ne \u00ab&nbsp;baroque&nbsp;\u00bb de <em>La Temp\u00eate<\/em>, Porras se pla\u00eet \u00e0 convoquer tous les artifices et artisanats de la sc\u00e8ne, des machineries aux costumes, en passant par les d\u00e9cors. L\u2019exacerbation de la \u00ab&nbsp;magie th\u00e9\u00e2trale&nbsp;\u00bb passe \u00e0 la fois par l\u2019emploi extraordinaire des moyens techniques&nbsp;; par le recours \u00e0 des genres th\u00e9\u00e2traux divers et vari\u00e9s tels que la pantomime, la <em>commedia dell\u2019arte<\/em>, la com\u00e9die musicale, le th\u00e9\u00e2tre noir, les marionnettes&nbsp;; ainsi que par le choix des masques, r\u00e9v\u00e9lateurs pour Porras de l\u2019\u00ab&nbsp;essence de l\u2019art du com\u00e9dien&nbsp;\u00bb et plus g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral : \u00ab&nbsp;Chez moi, il n&rsquo;y a pas de sexe, de race, de langue ou de couleur. Le th\u00e9\u00e2tre est cet art qui rassemble tout, c&rsquo;est le pays de l&rsquo;extraordinaire, celui de la tromperie, de la magie et de l&rsquo;illusion. \u00bb (entretien du 10 mars 2017 avec No\u00ebl Cordonier dans le Journal <em>24 heures<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport au texte de Shakespeare, la mise en sc\u00e8ne de Porras accentue la pr\u00e9sence sc\u00e9nique et l\u2019importance dramaturgique de certains personnages, notamment Ariel, l\u2019esprit du vent, caract\u00e9ris\u00e9 ici par des mouvements rapides et une voix de lutin, qui appara\u00eet encore plus d\u00e9miurge que Prosp\u00e9ro&nbsp;; Miranda, sans masque et avec une voix ang\u00e9lique, seul personnage que la mise en sc\u00e8ne excepte du ridicule, et Caliban, l\u2019anti-h\u00e9ros ici ridiculis\u00e9, qui appara\u00eet plus proche de l\u2019univers des esprits que de celui des humains. C\u2019est \u00e0 lui qu\u2019il revient de d\u00e9clamer l\u2019\u00e9pilogue, attribu\u00e9 \u00e0 Prosp\u00e9ro dans la pi\u00e8ce originale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle de Porras est bien plus ax\u00e9 sur le comique que sur le tragi-comique, comme c\u2019\u00e9tait le cas chez Shakespeare. Le spectateur adulte est invit\u00e9, par la mise en sc\u00e8ne, \u00e0 revivre dans cet univers merveilleux son innocence enfantine, mais en m\u00eame temps, dans le jeu conscient et plaisant de l\u2019ironie qui lui est propos\u00e9, \u00e0 en \u00e9prouver le deuil. Le jeu \u00ab&nbsp;adulte&nbsp;\u00bb pr\u00e9suppose un esprit pr\u00eat \u00e0 accueillir et \u00e0 comprendre un discours ench\u00e2ss\u00e9 : \u00e0 premi\u00e8re vue, en effet, Porras construit un univers merveilleux et innocent&nbsp;; mais derri\u00e8re cette apparence, il th\u00e9matise diff\u00e9rentes formes de l\u2019imaginaire collectif (par le recours \u00e0 diff\u00e9rentes cultures th\u00e9\u00e2trales), tout en rendant visible en filigrane un discours m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2tral qui montre les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019adaptation d\u2019une pi\u00e8ce shakespearienne \u00e0 la sensibilit\u00e9 contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/anna-chialva\/\">Anna Chialva<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une temp\u00eate enchanteresse<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucie-ortet\/\">Lucie Ortet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19884\" style=\"width:299px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/La-Tempete_Loris-Ferrari.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une tension surprenante. Omar Porras propose une interpr\u00e9tation de la nature sauvage de l\u2019\u00eele de Caliban sous un angle comique et magique qui fait voyager les spectateurs vers un monde imaginaire et amusant. C\u2019est un retour en enfance, comme lors d\u2019une r\u00e9citation d\u2019un conte.&nbsp;En m\u00ealant magie et rupture du quatri\u00e8me mur, le spectacle montre que l\u2019illusion n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre enti\u00e8rement trompeuse pour qu\u2019on y adh\u00e8re, et questionne les possibilit\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre et de la com\u00e9die \u00e0 faire croire \u00e0 un univers surnaturel.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pi\u00e8ce de William Shakespeare, \u00e9crite au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, Prosp\u00e9ro, ancien Duc de Milan, raconte \u00e0 sa fille Miranda, avec laquelle il s\u2019est retrouv\u00e9 sur une \u00eele sauvage, comment il a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 par son propre fr\u00e8re Antonio, alli\u00e9 au Roi de Naples. Il d\u00e9tient les secrets de la magie et contr\u00f4le les faits et gestes de tous les \u00eatres pr\u00e9sents sur l\u2019\u00eele, notamment les esprits de la for\u00eat. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide d\u2019Ariel, esprit rus\u00e9 de l\u2019\u00eele, il provoque une temp\u00eate pour faire \u00e9chouer Antonio et le roi de Naples, avec leur suite, sur cette \u00eele. Ariel, personnage androgyne et ambivalent qui aide Prosp\u00e9ro mais qui appartient \u00e0 la communaut\u00e9 de l\u2019\u00eele, sert Prosp\u00e9ro pour le remercier de l\u2019avoir lib\u00e9r\u00e9 du r\u00e8gne terrible de la sorci\u00e8re Sycorax, la m\u00e8re de Caliban. Caliban est aussi ambivalent qu\u2019Ariel. Il est \u00e0 la fois une victime, \u00e0 cause de l\u2019intrusion de Prosp\u00e9ro sur son \u00eele et du meurtre de sa m\u00e8re, et un agresseur qui a tent\u00e9 de violer Miranda et qui ensuite tente de tuer Prosp\u00e9ro.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 Caliban qui ne d\u00e9tient aucun pouvoir et qui ne fait que subir les actions men\u00e9es par les autres, les personnages d\u2019Ariel et de Prosp\u00e9ro ont du pouvoir. Ce dernier guide le spectacle tel un metteur en sc\u00e8ne et manipule les autres personnages \u00e0 sa guise. \u00c0 plusieurs reprises, il contr\u00f4le non seulement le d\u00e9roulement de l\u2019intrigue mais aussi les d\u00e9cors. Prosp\u00e9ro semble produire lui-m\u00eame des feux d\u2019artifice, des explosions et des petites lumi\u00e8res. Par exemple,&nbsp;dans une sc\u00e8ne o\u00f9 il endort sa fille, une pluie de paillettes flotte sur elle.&nbsp;Quant \u00e0 Ariel, une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre noir rend visible sa transformation en harpie.&nbsp;Le jeu subtil entre les lumi\u00e8res et la musique fait croire \u00e0 un enchantement tant l\u2019arrangement des effets est spectaculaire. Le terme de spectacle est plus qu\u2019ad\u00e9quat car il y a toujours un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 regarder qui attire l\u2019attention et qui immerge les spectateurs. Ariel et Prosp\u00e9ro, personnages repr\u00e9sentant le plus d\u2019ambivalences, r\u00e9v\u00e8lent aux spectateurs l\u2019existence des esprits et la magie de l\u2019\u00eele. Ariel le fait avec des tintements et sa fl\u00fbte capable de transformer une sc\u00e8ne ou de manipuler un personnage. Et Prosp\u00e9ro manipule l\u2019espace avec son b\u00e2ton magique et sa diction digne d\u2019un conte de f\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie et les effets de lumi\u00e8res produisent le m\u00eame r\u00e9sultat. Les esprits phosphorescents brillent et poss\u00e8dent des formes surnaturelles. L\u2019imagination du spectateur n\u2019est pas m\u00e9nag\u00e9e et les proc\u00e9d\u00e9s techniques utilis\u00e9s forment une illusion de magie. L\u2019ajout d\u2019\u00e9tincelles et d\u2019explosions rapides persuade les spectateurs qu\u2019il y a du feu sur la sc\u00e8ne, ce qui laisse entrevoir une ma\u00eetrise des effets sp\u00e9ciaux par les com\u00e9diens. Ces effets, qui encouragent \u00e0 croire au surnaturel, donnent l\u2019impression qu\u2019il y a vraiment du feu sur sc\u00e8ne. Mais alors que la fiction s\u2019invite dans le monde des spectateurs, ceux-ci sont eux-m\u00eames happ\u00e9s et attir\u00e9s dans la di\u00e9g\u00e8se. La d\u00e9marcation entre la fiction et la r\u00e9alit\u00e9 se brouille. Le dispositif th\u00e9\u00e2tral op\u00e8re une transcendance du spectateur dans un nouveau monde imaginaire. Ce monde ambivalent n\u2019existe que dans la salle de spectacle o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 et la di\u00e9g\u00e8se sont assez flout\u00e9es pour que les deux co-existent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La nature d\u00e9natur\u00e9e rendue surnaturelle est offerte aux spectateurs comme magique.&nbsp;&nbsp;Ce ph\u00e9nom\u00e8ne commence avec la temp\u00eate o\u00f9 il est possible de voir des \u00e9clairs et entendre la pluie au sein m\u00eame d\u2019une salle de spectacle. Dans un entretien, Omar Porras explique que \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eele [\u2026] repr\u00e9sente la nature, l\u2019espace vide qui est investi par l\u2019imagination de l\u2019acteur, par les outils de cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb. La for\u00eat et les branches d\u2019arbres dispensent des ombres. Les rochers qui sortent de la brume ajoutent \u00e0 cette ambiance mystique et l\u2019oc\u00e9an de fum\u00e9e flotte sur la sc\u00e8ne telles des vagues qui s\u2019\u00e9chouent sur le bord de l\u2019\u00eele.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, m\u00eame si les personnages aussi semblent \u00e9maner d\u2019un monde imaginaire, le rapport \u00e0 la fiction qu\u2019ils induisent est diff\u00e9rent&nbsp;: ils portent tous, \u00e0 l\u2019exception de Miranda, des masques. Alors que la sc\u00e9nographie essaie de repr\u00e9senter une nature qui invite les spectateurs \u00e0 prendre l\u2019imaginaire au s\u00e9rieux, les personnages sont de toute \u00e9vidence du registre de l\u2019absurde et du comique. Les masques accentuent leurs traits. Leurs fa\u00e7ons de se mouvoir leur donnent un air de marionnettes. Ils sont tellement caricatur\u00e9s que l\u2019illusion s\u2019estompe et que le voile est lev\u00e9. L\u2019artifice est trop \u00e9vident, comme si le spectacle superposait deux registres diff\u00e9rents, d\u2019une part un monde imaginaire et f\u00e9erique, d\u2019autre part un monde d\u2019absurdit\u00e9 comique. Le jeu des com\u00e9diens donne aux personnages une allure absurde et l\u00e9g\u00e8re qui appelle au rire et \u00e0 la d\u00e9rision par leurs mouvements saccad\u00e9s et leurs expressions exag\u00e9r\u00e9es. Est-ce pour critiquer ou s\u2019amuser de l\u2019\u0153uvre originale de Shakespeare&nbsp;?&nbsp;&nbsp;Le Prince Ferdinand, par exemple, sursaute pour un rien et incarne le clich\u00e9 de la noblesse fragile et eff\u00e9min\u00e9e&nbsp;; Antonio, grand m\u00e9chant, s\u2019appr\u00eatant \u00e0 tuer le Roi et son conseiller, fait un \u00e9norme geste caricatural pour designer qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 abattre le couteau mais s\u2019immobilise en plein air d\u00e8s qu\u2019il se fait surprendre par Ariel. Lors de ces passages, l\u2019\u00e9merveillement laisse la place au burlesque, comme si l\u2019on m\u00e9langeait une com\u00e9die bouffonne (<em>slapstick<\/em>&nbsp;en anglais) et une com\u00e9die surr\u00e9elle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un \u00e9lan de rire et une temp\u00eate d\u2019\u00e9merveillement, l\u2019imaginaire place au second plan les th\u00e8mes plus lourds et plus sinueux abord\u00e9s par la pi\u00e8ce de Shakespeare. Si le viol est mentionn\u00e9 deux fois sous la forme de plaisanteries, les notions d\u2019esclavagisme, de colonialisme, de meurtre, de trahison, de pouvoir et de politique disparaissent ici dans l\u2019ombre, laissant place \u00e0 une myriade de lumi\u00e8res et d\u2019illusions sc\u00e9niques. Cette tension entre un registre comique tr\u00e8s pr\u00e9sent et une volont\u00e9 de produire un \u00e9merveillement qui se montre explicitement comme un dispositif de th\u00e9\u00e2tre et produit un spectacle r\u00e9ellement enchanteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucie-ortet\/\">Lucie Ortet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le choix du conte comique <\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19908\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/tempete_odile-jaques.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans une adaptation de la tragi-com\u00e9die de Shakespeare \u00e0 la mani\u00e8re de la <\/em>commedia dell\u2019arte<em>, Omar Porras et sa troupe emm\u00e8nent sans m\u00e9nagement leur public dans un univers enfantin port\u00e9 par un jeu burlesque et par une technique sans reproche, mais qui occulte les parties les plus sombres de la pi\u00e8ce du barde d\u2019Avon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9chou\u00e9s sur une \u00eele d\u00e9serte au large de l\u2019Italie, le roi de Naples et sa cour fragment\u00e9e cherchent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment le prince Ferdinand, s\u00e9par\u00e9 de son p\u00e8re. Celui-ci se retrouve confront\u00e9 \u00e0 Ariel, esprit malicieux des vents, et son ma\u00eetre Prospero, duc de Milan, exil\u00e9 depuis plus de dix ans sur ce rocher. Il s\u2019\u00e9prendra de la belle Miranda, fille du duc banni. C\u2019est Prospero lui-m\u00eame qui a caus\u00e9 la terrible temp\u00eate et a rapproch\u00e9 Ferdinand de sa fille, tout cela dans le but de se venger de ceux qui l\u2019ont banni il y a si longtemps. Entre les tentatives d\u2019assassinat du roi de Naples et la r\u00e9volte amorc\u00e9e par une partie de ses serviteurs et par Caliban, esprit mauvais sous le joug de Prospero, les naufrag\u00e9s et les exil\u00e9s se rejoindront finalement, querelles oubli\u00e9es, exils abolis, justice rendue, amours naissants.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le num\u00e9ro musical introductif jusqu\u2019aux derni\u00e8res paroles prononc\u00e9es par Caliban (Antoine Joly), la mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras emporte le spectateur \u00e0 travers deux heures d\u2019une joyeuse d\u00e9bauche de costumes color\u00e9s, de masques expressifs et de d\u00e9cors renfor\u00e7ant l\u2019atmosph\u00e8re merveilleuse de cette <em>Temp\u00eate<\/em>. A aucun moment le spectateur n\u2019est perdu, malgr\u00e9 le rythme toujours soutenu, sans aucun doute gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019accompagnement musical et sonore de Christophe Fossemalle, constant mais jamais envahissant, qui guide en tout temps son oreille, l\u2019accompagnant dans la d\u00e9couverte des tours et d\u00e9tours du sc\u00e9nario et harmonisant avec nuance et force les effets parfois tape-\u00e0-l\u2019\u0153il de la mise-en-sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est tout particuli\u00e8rement la repr\u00e9sentation de l\u2019enchantement magique qui marque, entre mimes et jeux de lumi\u00e8res et de sons, entre portage de voix et repr\u00e9sentations symboliques. La mise en sc\u00e8ne n\u2019utilise jamais v\u00e9ritablement deux fois les m\u00eames techniques, laissant le public toujours agr\u00e9ablement surpris et curieux de d\u00e9couvrir la nouvelle trouvaille qui sera utilis\u00e9e. La repr\u00e9sentation des esprits de l\u2019\u00eele sous la forme de marionnettes inqui\u00e9tantes, silencieuses et imposantes, frappe par sa subtilit\u00e9 et son \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En accord avec l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 des esprits de l\u2019\u00eele mais d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait diff\u00e9rente, on salue la performance remarquable de Jeanne Pasquier en Ariel, esprit des vents prenant des traits fac\u00e9tieux et joueurs, non d\u00e9nu\u00e9s de piquant, dans un m\u00e9lange entre la F\u00e9e Clochette et Peter Pan, et dont les pitreries et tours sont du d\u00e9but \u00e0 la fin un plaisir \u00e0 suivre. L\u00e0 o\u00f9 le jeu de la plupart des com\u00e9dien.ne.s se place fermement dans la tradition de la <em>commedia<\/em> <em>dell\u2019arte<\/em>, sur un mode expressif, exag\u00e9r\u00e9, presque pantomimique, Ariel se d\u00e9tache comme un personnage l\u00e9ger, aux gestes et comportement plus f\u00e9briles et nuanc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les masques soutiennent \u00e0 merveille le jeu des acteurs par leur traits grotesques et exag\u00e9r\u00e9s. Seule priv\u00e9e d\u2019un masque, comme pour renforcer son exceptionnelle beaut\u00e9 compar\u00e9e au reste de ses compagnons, Miranda (Marie-Evane Schallenberger) est la seule exempte de ce jeu \u00ab&nbsp;cartoonesque&nbsp;\u00bb, ce qui la place \u00e0 part des autres personnages qui sont tous dr\u00f4les ou ridicules. Quelle \u00e9trange paire forment alors le bouffon Ferdinand (Pierre Boulben) et la gracieuse&nbsp;Miranda \u2013 au point qu\u2019il est un peu difficile de croire \u00e0 leur romance.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait regretter l\u2019adoucissement notable des parties plus tragiques, ou du moins s\u00e9rieuses, de la pi\u00e8ce de Shakespeare, tourn\u00e9es en ridicule par la mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras. Au-del\u00e0 de la romance un peu bancale de Ferdinand et Miranda, les tentatives d\u2019assassinat du duc sont tourn\u00e9es en d\u00e9rision et Caliban, esprit m\u00e9chant et dangereux chez Shakespeare, est ici ridiculis\u00e9 par son jeu et son costume. L\u2019esclave de Prospero n\u2019est jamais pris au s\u00e9rieux par les autres personnages, toujours courb\u00e9, la voix geignarde, au point qu\u2019il en devient difficile de voir en lui plus qu\u2019au pauvre h\u00e8re path\u00e9tique, tr\u00e8s loin de ce qu\u2019il pourrait \u00eatre, une menace et le maitre revendiqu\u00e9 de l\u2019ile. Dans le m\u00eame sens, les gestes exag\u00e9r\u00e9s des conspirateurs Antonio et Sebastian lors de leurs multiples tentatives d\u2019assassinat du roi de Naples enl\u00e8vent tout s\u00e9rieux et toute dangerosit\u00e9 \u00e0 l\u2019acte, au profit d\u2019un comique burlesque. Ces plaisanteries font tr\u00e8s souvent mouche, certes, mais elles brisent parfois l\u2019immersion dans le r\u00e9cit, lorsqu\u2019elles interviennent lors des moments abordant des sujets comme l\u2019assassinat, le viol ou l\u2019esclavage. Cela permet \u00e9videmment d\u2019\u00e9voquer avec plus de facilit\u00e9 ces th\u00e8mes durs, mais en leur enlevant une certaine force et un certain impact. Dans le texte shakespearien, c\u2019est pourtant cet \u00e9quilibre entre s\u00e9rieux et comique qui nourrit la pi\u00e8ce, permettant aux th\u00e8mes plus sombres de \u00ab&nbsp;passer&nbsp;\u00bb plus facilement et aux plaisanteries de faire davantage mouche, comme des respirations entre des moments plus dramatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est possible d\u2019expliquer la disparition de ces \u00e9l\u00e9ments plus graves par la volont\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne de proposer un conte enfantin, nombre de ces contes connus de tous comportent pourtant des parts tr\u00e8s sombres, bien souvent tournant autour de leurs m\u00e9chants. Sans cette touche de noir, on se retrouve face \u00e0 un magnifique tableau \u00e9clatant et color\u00e9, qui aurait m\u00e9rit\u00e9 peut-\u00eatre une touche d\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que la proposition d\u2019Omar Porras trouve son public&nbsp;: en t\u00e9moignent la salle comble qui a accueilli la repr\u00e9sentation et la longue ovation qui a conclu le spectacle. On en sort fascin\u00e9s par le tourbillon fluide de couleurs et de musique qui nous a emport\u00e9s pendant plus de deux heures.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/hadrien-halter\/\">Hadrien Halter<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Shakespeare magique<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/auxane-bolanz\/\">Auxane Bolanz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19870\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/la-tempete_couverture.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Lauren Pasche<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s <\/em>Othello<em> et<\/em> Rom\u00e9o et Juliette<em>, Omar Porras revient \u00e0 Shakespeare avec une adaptation de <\/em>La Temp\u00eate <em>orient\u00e9e sur &nbsp;la magie&nbsp;: sons, lumi\u00e8res et artifices en d\u00e9voilent plusieurs facettes, violentes, spectaculaires, ou encore joueuses, mais toujours en mouvement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Abracadabra, et le tour est jou\u00e9&nbsp;! Si cette formule de magie tir\u00e9e des contes semble \u00eatre facile, elle n\u2019est pourtant pas toujours suffisante. Omar Porras travaille ici le texte de Shakespeare en mettant en exergue l\u2019importance des sentiments dont sont capables les humains, surpassant les possibilit\u00e9s offertes par la magie. Le spectacle aux tonalit\u00e9s comiques reprend l\u2019histoire de Prosp\u00e9ro qui, apr\u00e8s douze ans sur une \u00eele, a enfin l\u2019opportunit\u00e9 de se venger des hommes qui l\u2019on chass\u00e9 de chez lui. En effet, ceux-ci passent en bateau dans les environs de l\u2019\u00eele et sont forc\u00e9s de s\u2019y r\u00e9fugier gr\u00e2ce \u00e0 une temp\u00eate magique provoqu\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela. Aid\u00e9 d\u2019Ariel, esprit de l\u2019\u00eele qui lui est loyal depuis sa lib\u00e9ration, Prosp\u00e9ro tourmente ses ennemis mais finit par les confronter et pardonner leur traitrise. Pendant tout le spectacle, les personnages \u00e9voluent sur cette \u00eele, entre les pierres qui servent de si\u00e8ges, les arbres omnipr\u00e9sents, et un vieux mur perc\u00e9 de trois arches, qui ouvre vers un ailleurs en fond de sc\u00e8ne. La mise en sc\u00e8ne de la magie, avec l\u2019utilisation d\u2019effets sonores, de nombreux jeux de lumi\u00e8res, et d\u2019une grande quantit\u00e9 de paillettes, utilise des moyens actuels pour montrer le surnaturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre du spectacle, <em>La Temp\u00eate ou la Voix du Vent<\/em>, annonce l\u2019importance que va avoir le personnage d\u2019Ariel, l\u2019esprit du vent. En effet, sa pr\u00e9sence sc\u00e9nique est bien plus importante que ce qu\u2019indiquent les didascalies de Shakespeare. Ce personnage est invisible la grande majorit\u00e9 de la pi\u00e8ce, pour tous les personnages sauf Prosp\u00e9ro, mais le public a la chance de pouvoir d\u00e9couvrir ses mimiques et attitudes. En plus du costume, du travail sur la voix et sur la posture qui en font un personnage androgyne, Ariel est aussi un personnage joueur, tel le vent. A plusieurs reprises, il y a un double jeu entre Ariel et la lumi\u00e8re orang\u00e9e qui l\u2019accompagne, comme s\u2019il devait toujours \u00eatre dans cette lumi\u00e8re, qui est sienne mais qui fait des siennes. Lors de d\u00e9placements, c\u2019est parfois la lumi\u00e8re qui guide Ariel, et parfois Ariel qui doit encourager la lumi\u00e8re \u00e0 suivre le rythme. Ces d\u00e9placements sont rapides, quelques peu d\u00e9sordonn\u00e9s et presque enfantins. De mani\u00e8re presque po\u00e9tique, la simplicit\u00e9 et la libert\u00e9 de l\u2019esprit du vent sont pr\u00e9sents dans toutes ses interventions. Cette mani\u00e8re d\u2019\u00eatre d\u2019Ariel t\u00e9moigne du projet artistique d\u2019Omar Porras, de mettre en avant les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s, leurs corporalit\u00e9s et leurs gestes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement sur sc\u00e8ne est particuli\u00e8rement impressionnant lors de la premi\u00e8re sc\u00e8ne de ce spectacle, qui repr\u00e9sente la temp\u00eate. Sur un bateau, des marins et des nobles luttent pour ne pas tomber \u00e0 l\u2019eau, sans succ\u00e8s. Cette temp\u00eate n\u2019est pas naturelle, mais bien d\u2019origine magique. Cr\u00e9\u00e9s par Ariel, les vents se d\u00e9cha\u00eenent, le tonnerre gronde, et les \u00e9clairs ne laissent voir que par flashs ce qui se passe sur les planches. La mise en place de la temp\u00eate, d\u2019un point de vue technique, n\u2019est pas cach\u00e9e au regard des spectateurs et spectatrices. Ce qui plus tard est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comme \u00e9tant de la magie est un complexe assemblage d\u2019effets de lumi\u00e8res, de son, et de sc\u00e9nographie. Les grands pans de drap blanc pendus au milieu de la sc\u00e8ne s\u2019effondrent peu \u00e0 peu, alors que des lumi\u00e8res blanches stroboscopiques appuient l\u2019intensit\u00e9 de la temp\u00eate. Ce d\u00e9ploiement de magie d\u2019Ariel n\u2019est visible que dans ses effets spectaculaires sur les personnages et ce qui les entoure. La magie permet \u00e0 Omar Porras de cr\u00e9er le mouvement de nombreuses mani\u00e8res diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Prosp\u00e9ro ma\u00eetrise aussi quelques tours, qu\u2019il a appris dans des livres. La repr\u00e9sentation de la magie de Prosp\u00e9ro est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de la magie d\u2019Ariel. En effet, alors que seul le r\u00e9sultat est visible dans les actions d\u2019Ariel, la magie de Prosp\u00e9ro est expos\u00e9e dans son exercice m\u00eame. On le voit par exemple lancer avec son b\u00e2ton le sort magique qui endort sa fille, et une pluie de paillettes tombe du plafond. Ces tours visibles renforcent l\u2019impression qu\u2019il poss\u00e8de un grand contr\u00f4le sur l\u2019\u00eele et ses habitants, et rendent d\u2019autant plus \u00e9clatant son renoncement final \u00e0 cette puissance magique, au profit du pardon qu\u2019il accorde \u00e0 ses anciens ennemis, pour permettre \u00e0 sa fille de s\u2019\u00e9panouir loin de l\u2019\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>1er octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/auxane-bolanz\/\">Auxane Bolanz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/la-tempete\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau (Renens-Malley) \/ Du 24 septembre au 13 octobre 2024 \/ Critiques par Lou Sicovier, Loris Ferrari, Odile Jaques, Anna Chialva, Lucie Ortet, Hadrien Halter et Auxane Bolanz. <\/p>\n","protected":false},"author":1002847,"featured_media":19870,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[283,306,305,303,295,304,302],"class_list":["post-19869","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-anna-chialva","tag-auxane-bolanz","tag-hadrien-halter","tag-loris-ferrari","tag-lou-sicovier","tag-lucie-ortet","tag-odile-jaques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19869","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002847"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19869"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19869\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19960,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19869\/revisions\/19960"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19870"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19869"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19869"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19869"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}