{"id":19822,"date":"2024-10-09T18:46:33","date_gmt":"2024-10-09T16:46:33","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=19822"},"modified":"2024-10-25T15:30:53","modified_gmt":"2024-10-25T13:30:53","slug":"dans-la-solitude-des-champs-de-coton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/10\/dans-la-solitude-des-champs-de-coton\/","title":{"rendered":"Dans la solitude des champs de coton"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Dans la solitude des champs de coton<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de Bernard-Marie Kolt\u00e8s. Mise en sc\u00e8ne de Maya B\u00f6sch \/ TPR \u2013 Th\u00e9\u00e2tre populaire romand (La-Chaux-de-Fond) \/ Du 27 au 28 septembre 2024 \/ Critique par Odile Jaques. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le partage de deux solitudes \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un n\u00e9on<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 septembre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/19828-2\/\">Odile Jaques<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/Dans-la-solitude-des-champs-de-coton_couverture-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19823\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/Dans-la-solitude-des-champs-de-coton_couverture-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/Dans-la-solitude-des-champs-de-coton_couverture-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/Dans-la-solitude-des-champs-de-coton_couverture-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/Dans-la-solitude-des-champs-de-coton_couverture-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/10\/Dans-la-solitude-des-champs-de-coton_couverture.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">@ Christian Lutz<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La nuit, dans une ruelle, \u00e0 un \u00e9tranger, on peut dire la v\u00e9rit\u00e9, celle qu\u2019on ne dit qu\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;aux arbres, que face au mur d\u2019une prison ou que dans la solitude d\u2019un champ de coton dans lequel on se prom\u00e8ne nu&nbsp;\u00bb. Mais il y a aussi le risque que cette v\u00e9rit\u00e9 ne plaise pas et qu\u2019on perde sa chemise au beau milieu de cette m\u00eame ruelle. Au th\u00e9\u00e2tre du TPR \u00e0 la Chaux-de-Fond, Maya B\u00f6sch met en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce de Kolt\u00e8s de mani\u00e8re aussi d\u00e9pouill\u00e9e qu\u2019intense.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En fait, cela ne parle pas de l\u2019esclavage aux \u00c9tats-Unis, les champs de cotons ne sont l\u00e0 que pour y hurler ses envies cach\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, de quoi \u00e7a parle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De deux hommes, d\u2019une nuit et de beaucoup de choses sur le c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une rue \u00e9clair\u00e9e par un n\u00e9on, un Dealer (Laurent Sauvage) aborde un Client (Fred Jacot-Guillarmod). Il ne lui propose pas de marchandise, mais lui offre de nommer son d\u00e9sir, quel qu\u2019il soit. Le Client proteste, clamant qu\u2019il n\u2019a pas de d\u00e9sir et qu\u2019il s\u2019est retrouv\u00e9 en face du dealer par le hasard de sa route. S\u2019ensuit alors un d\u00e9bat, une joute verbale sur ce que c\u2019est que d\u2019\u00eatre dealer, ou d\u2019\u00eatre client et sur deux visions du monde que tout oppose. Tout en gardant l\u2019horizon d\u2019un conflit, ils finiront par se confier des secrets qu\u2019on ne dit d\u2019habitude pas aux inconnus.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Maya B\u00f6sch se montre sobre afin de laisser la place au texte de Kolt\u00e8s, si bien qu\u2019on ne sait pas si le fond est un d\u00e9cor ou le fond de sc\u00e8ne mis \u00e0 nu. Cette sc\u00e9nographie refl\u00e8te \u00e0 la fois l\u2019image d\u2019une ruelle lugubre et r\u00e9pond \u00e0 l\u2019id\u00e9e des personnages qui se d\u00e9voilent et se montrent sans apparat.<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re du n\u00e9on blanc, qui traverse la sc\u00e8ne de cours \u00e0 jardin, relie les deux personnages que tout oppose. Le dealer est habill\u00e9 d\u2019une tenue bleue comprenant chemise, veston, pantalon et chaussures. Comme pour affirmer qu\u2019il se trouve sur son territoire, un autre n\u00e9on, bleu cette fois-ci, s\u2019allume au d\u00e9but et \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Le client, lui, porte un d\u00e9bardeur, un pantalon de travail et des chaussures rouges et, peut-\u00eatre pour souligner le moment o\u00f9 il a la mainmise sur la situation, une lumi\u00e8re de face \u00e9claire toute la sc\u00e8ne en rouge vers le troisi\u00e8me quart du spectacle. Le client dit plusieurs fois qu\u2019il habite en haut d\u2019un immeuble et n\u2019aime pas descendre parmi la pl\u00e8be et les dealers. Pourtant, c\u2019est son interlocuteur qui est habill\u00e9 d\u2019une tenue qu\u2019on associerait aux personnes ais\u00e9es. En m\u00eame temps que ce contraste invite \u00e0 ne pas se fier aux apparences des personnages, il montre la mainmise du Dealer sur la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re ces subtilit\u00e9s de mise en sc\u00e8ne, le texte de Kolt\u00e8s est mis en avant par la diction spectaculaire des deux com\u00e9diens. Chaque mot est appuy\u00e9 par une intensit\u00e9 de jeu et une tension qui ne redescendent jamais, au point qu\u2019elles ne laissent pas le temps aux spectateur\u00b7ice\u00b7s de souffler et ne permettent que peu de crescendo ou de decrescendo dans les \u00e9motions. Lorsque le ton est aussi intense pour parler, il ne reste plus qu\u2019\u00e0 hurler si l\u2019on veut vraiment montrer l\u2019\u00e9nervement.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc dans la gestuelle que se lisent les gradations \u00e9motionnelles. Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du spectacle, les personnages sont presque immobiles, se toisant d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du n\u00e9on dans une atmosph\u00e8re de western. La tension est palpable et on attend que tout explose d\u2019une minute \u00e0 l\u2019autre. Le Dealer a des gestes pr\u00e9cis, l\u00e8ve un doigt et ne fera aucun autre mouvement pendant l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses r\u00e9pliques. C\u2019est souvent lui qui initie le d\u00e9placement dans l\u2019espace quand il fait trois pas avant de revenir \u00e0 sa place. Sous son bout de n\u00e9on, le Client ose faire trois pas et revenir. Lui a des gestes beaucoup plus brouillons, se frotte les mains sur son pantalon, courbe le dos dans une posture presque suppliante.<\/p>\n\n\n\n<p>Contre toute attente, le passage o\u00f9 les deux protagonistes se battent survient aux deux tiers du spectacle, au moment o\u00f9 rien ne le laissait pr\u00e9sager, comme une forme de transition qui viserait \u00e0 justifier l\u2019\u00e9change de leurs places sur leur bout de n\u00e9on. Tout \u00e0 coup, la musique commence tr\u00e8s fort (la personne \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi a sursaut\u00e9) et des sons \u00e9tranges se font entendre. Les deux personnages entament un combat de boxe ou une partie de <em>Just dance<\/em> au milieu de la sc\u00e8ne, au milieu du spectacle, au milieu du n\u00e9on. On peine \u00e0 comprendre ce qui justifie exactement ce tableau soudain aux allures comiques. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la musique, constitu\u00e9e d\u2019une note unique jou\u00e9e sur un orgue et un synth\u00e9tiseur, survient \u00e0 des moments inattendus, \u00e0 la fin de certaines r\u00e9pliques, comme s\u2019il s\u2019agissait de rendre percutantes des r\u00e9pliques qui ne le seraient pas assez en elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t-il un gagnant \u00e0 cette joute verbale&nbsp;? La lumi\u00e8re, les costumes et la direction d\u2019acteur semblent indiquer que c\u2019est le Dealer qui gagne. Il est sur son territoire, \u00e0 ses heures et il est le seul \u00e0 connaitre les r\u00e8gles du jeu. Le Client, lui, est en terrain \u00e9tranger et il en a peur&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne crains pas de me battre, mais je redoute les r\u00e8gles que je ne connais pas&nbsp;\u00bb. En d\u00e9signant un vainqueur, la mise en sc\u00e8ne de Maya B\u00f6sch propose une lecture originale de la pi\u00e8ce de Kolt\u00e8s, chez qui les deux protagonistes semblent se passer la coupe de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre sans que personne ne l\u2019emporte \u00e0 la fin. Cette d\u00e9faite du Client peut \u00eatre le fait de sa lecture de la pi\u00e8ce, aussi bien que d\u2019une volont\u00e9 de faire gagner le pauvre, comme un mythe de David et Goliath.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, ce sont les mots, ceux de Kolt\u00e8s, qui marquent les esprits, si bien port\u00e9s, mis en avant et respect\u00e9s pour ce qu\u2019ils sont. Ce sont eux qui restent dans les m\u00e9moires et qui laissent \u00e0 la fin un trop-plein d\u2019\u00e9motions et de r\u00e9flexions dont on ne peut se d\u00e9faire. La vraie prouesse de la mise en sc\u00e8ne est de laisser la place \u00e0 ces mots et d\u2019accepter qu\u2019\u00e0 la fin, toute la sc\u00e8ne n\u2019est que la \u00ab&nbsp;corne de taureau&nbsp;\u00bb qui porte le monde mais pas le monde en lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 septembre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/19828-2\/\">Odile Jaques<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tpr.ch\/saison-24-25\/dans-la-solitude-des-champs-de-coton\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Bernard-Marie Kolt\u00e8s. 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