{"id":19195,"date":"2024-06-19T15:34:55","date_gmt":"2024-06-19T13:34:55","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=19195"},"modified":"2024-10-18T14:37:37","modified_gmt":"2024-10-18T12:37:37","slug":"il-ny-a-que-les-chansons-de-variete-qui-disent-la-verite-nouvelle-generation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/06\/il-ny-a-que-les-chansons-de-variete-qui-disent-la-verite-nouvelle-generation\/","title":{"rendered":"Il n\u2019y a que les chansons de vari\u00e9t\u00e9 qui disent la v\u00e9rit\u00e9 (nouvelle g\u00e9n\u00e9ration)"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Il n\u2019y a que les chansons de vari\u00e9t\u00e9 qui disent la v\u00e9rit\u00e9 (nouvelle g\u00e9n\u00e9ration)<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte et mise en sc\u00e8ne par Alexandre Doublet \/ Th\u00e9\u00e2tre les Halles (Sierre) \/ du 12 au 18 juin 2024\/ critique par Mathilde Feraud . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Platonov<\/em>&nbsp;\u00e0 paillettes en hit machine&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1500\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/compagnieAD-2-hdt\u00a9\ufe0f-Olivier-Lovey.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19198\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/compagnieAD-2-hdt\u00a9\ufe0f-Olivier-Lovey.jpeg 1500w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/compagnieAD-2-hdt\u00a9\ufe0f-Olivier-Lovey-250x200.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/compagnieAD-2-hdt\u00a9\ufe0f-Olivier-Lovey-1024x819.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/compagnieAD-2-hdt\u00a9\ufe0f-Olivier-Lovey-213x170.jpeg 213w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/compagnieAD-2-hdt\u00a9\ufe0f-Olivier-Lovey-768x614.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Olivier Lovey<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>10 ans apr\u00e8s, Alexandre Doublet revient avec son spectacle&nbsp;<\/em>Il n\u2019y a que les chansons de vari\u00e9t\u00e9 qui disent la v\u00e9rit\u00e9<em>. La nouvelle \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;\u00bb de&nbsp;<\/em><em>com\u00e9dien.ne.s.&nbsp;<\/em><em>talentueux.se.s<\/em>&nbsp;<em>pr\u00eate sa voix et son corps non seulement aux diff\u00e9rentes chansons, actualis\u00e9es et inclusives, qui jalonnent la repr\u00e9sentation, mais aussi au fabuleux texte-\u00e9bauche&nbsp;<\/em>Platonov,&nbsp;<em>pi\u00e8ce de jeunesse, r\u00e9put\u00e9e longuissime et injouable, du dramaturge russe Anton Tchekhov. Le texte de 1880 jaillit au milieu de Baschung, Farmer et Lara Fabian, faisant tomber les masques, questionnant les r\u00f4les, mais presque un peu trop tard et au milieu d\u2019un peu trop de bruit\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Accueilli en chorale et attendu par&nbsp;les&nbsp;com\u00e9dien.ne.s.x,&nbsp;le&nbsp;public s\u2019installe et assiste \u00e0 la pr\u00e9sentation des personnages.&nbsp;On rencontre Leila, ma\u00eetresse de maison et veuve, Aim\u00e9e et Ange avec leur b\u00e9b\u00e9-poussette, Nicolas, dit \u00ab&nbsp;Poleinte&nbsp;\u00bb pour ce soir-ci, Alex et Chris, couple gay fraichement mari\u00e9, Lily, bonne de la maison, et le couple lesbien de Charly et June.&nbsp;En ce jour de printemps estival, audible par les bruits d\u2019oiseaux, tout le monde est impatient de revoir Aim\u00e9e Platonov, institutrice adul\u00e9e, philosophe, admir\u00e9e, aim\u00e9e par touxtes. Se jouent sous les yeux du public leurs retrouvailles, leurs discussions, leurs altercations, qui d\u00e9voilent peu \u00e0 peu les rapports entre les personnages. \u00ab&nbsp;Il faut qu\u2019\u00e7a bouge, il faut qu\u2019\u00e7a tremble, il faut qu\u2019\u00e7a transpire encore&nbsp;\u00bb.Pour tromper l\u2019ennui de cette microsoci\u00e9t\u00e9 arrive la premi\u00e8re temp\u00eate&nbsp;: la f\u00eate.&nbsp;Alcoolis\u00e9.e.x., drogu\u00e9.e.x., chacun.e.x danse, laisse libre cours \u00e0 ses d\u00e9sirs. Les passions se d\u00e9cha\u00eenent et le plateau se fait de plus en plus th\u00e9\u00e2tre de mensonges, de coups port\u00e9s par amour, d\u2019aveux&nbsp;:<strong>&nbsp;<\/strong>\u00ab&nbsp;j\u2019essaie de t\u2019oublier avec un autre, le temps ne semble pas gommer tes fautes.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vient le calme, apr\u00e8s la temp\u00eate. Dans la seconde partie du spectacle, iels nous attendent de nouveau, mais cette fois dans le silence de la nuit, qui est aussi celui de l\u2019h\u00e9b\u00e9tude provoqu\u00e9e par l\u2019alcool, de la gravit\u00e9 et de l\u2019effondrement progressif. Le public assiste aux d\u00e9chirures, aux cons\u00e9quences de la f\u00eate&nbsp;: \u00ab&nbsp;pars, pars, dis-le-moi sans trembler, que t\u2019en as plus rien \u00e0 cirer.&nbsp;\u00bb Entrecoup\u00e9es par des questions pos\u00e9es par Lily, devenue une sorte de voix tragique,&nbsp;les relations se nouent et se d\u00e9nouent. Le magn\u00e9tisme exerc\u00e9 par Aim\u00e9e entra\u00eene les autres dans une spirale, qui ne se soldera que par des morts\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La force du spectacle r\u00e9side dans la rupture entre ses deux parties, accentu\u00e9e par la musique, identit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re. Elle est personnalis\u00e9e par Baptiste Mayoraz, musicien multi-instrumentiste qui joue le r\u00f4le du musicien de la maison. La musique dynamise la premi\u00e8re partie du spectacle. Elle permet d\u2019exprimer mieux que par des mots les \u00e9motions des personnages&nbsp;\u2013 \u00ab&nbsp;on ne parle pas de notre d\u00e9sespoir, on le chante&nbsp;\u00bb \u2013 et de cr\u00e9er l\u2019ambiance festive de la soir\u00e9e. Mais dans la seconde partie, elle se m\u00e9tamorphose. La pi\u00e8ce perd progressivement sa gaiet\u00e9. S\u2019il y a le m\u00eame nombre de morceaux de vari\u00e9t\u00e9 que dans la premi\u00e8re partie, ceux-ci narrent d\u00e9sormais des ruptures. C\u2019est souvent un seul protagoniste qui chante, simplement accompagn\u00e9 d\u2019un piano, cr\u00e9ant un effet plus intimiste. Le piano lui-m\u00eame prend des accents lugubres et ne laisse bient\u00f4t plus que des bruits de temp\u00eate, ponctu\u00e9s par des questions de plus en plus pr\u00e9sentes tir\u00e9es de&nbsp;<em>Platonov,<\/em>&nbsp;ce qui rapproche le spectacle du texte original.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace, lui aussi, se fait moins accueillant&nbsp;: la sc\u00e9nographie avant ouverte, \u00e9tendue, modulable, munie d\u2019un frigo \u00e0 bulles et d\u2019un parasol jaune canari, cr\u00e9ant tant\u00f4t un jardin d\u2019\u00e9t\u00e9, tant\u00f4t un dancefloor et une table de f\u00eate, se replie sur elle-m\u00eame. Elle devient une sorte de huis clos, o\u00f9 l\u2019impression d\u2019\u00e9touffement se cr\u00e9e, m\u00eame si touxtes regardent le ciel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si la spirale infernale s\u2019enclenche tr\u00e8s rapidement, sans qu\u2019on en comprenne distinctement l\u2019origine, elle ralentit ensuite, se faisant longue par moments. Il devient dur de saisir le sens du propos. Malgr\u00e9 d\u2019excellent.e.s\u00a0acteur.ice.x.s\u00a0&#8211; chanteur.euse.x.s et une\u00a0musique sur mesure, le texte de Tchekhov ne retentit pas vraiment, bien qu\u2019on l\u2019entende.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s tant de mots d\u00e9j\u00e0 dits, chant\u00e9s et cri\u00e9s sur le plateau, sa pr\u00e9sence dans la seconde partie du spectacle, bien plus importante que dans la premi\u00e8re, cr\u00e9e m\u00eame un effet alourdissant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On soulignera n\u00e9anmoins la finesse de l\u2019adaptation&nbsp;qui passe par une inclusivit\u00e9 sur tous les fronts, notamment par le casting&nbsp;: Platonov est incarn\u00e9 par un.e artiste non binaire, une femme transgenre (Aur\u00e9lien Gwschind), et ce sont des individus de tout \u00e2ge, tout genre et toute origine qui repr\u00e9sentent les divers personnages de Tchekhov. L\u2019insertion de la chanson de vari\u00e9t\u00e9, remani\u00e9e, les costumes identiques \u00e0 nos propres v\u00eatements vont \u00e9galement dans cette direction. Si Alexandre Doublet, dans son adaptation, donne corps et voix&nbsp;sur sc\u00e8ne aux membres LGBTQI+, il le fait tout en maintenant un niveau d\u2019accessibilit\u00e9 pour le public.&nbsp;Pour ne pas perdre le spectateur, les personnages l\u00e8vent leur main \u00e0 chaque mention de leur nom. En cassant donc l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 qui dominait dans la premi\u00e8re version de son spectacle, Doublet permet aux spectateurs de comprendre ce que cherchait sans doute \u00e0 faire Tchekhov&nbsp;: peindre la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019ennui et l\u2019opacit\u00e9 de celle-ci dans ses recoins les plus intimes et donner \u00e0 voir non pas des personnes enferm\u00e9es dans des st\u00e9r\u00e9otypes, mais bien des \u00eatres, remplis de questions m\u00e9taphysiques, rong\u00e9s par le doute et dansant dans leur spleen, au son de la vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.theatre-leshalles.ch\/spectacles\/il-ny-a-que-les-chansons-de-variete-qui-disent-la-verite-nouvelle-generation\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte et mise en sc\u00e8ne par Alexandre Doublet \/ Th\u00e9\u00e2tre les Halles (Sierre) \/ du 12 au 18 juin 2024\/ critique par Mathilde Feraud .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":19197,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,14],"tags":[284],"class_list":["post-19195","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-les-halles","tag-mathilde-feraud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19195","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19195"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19195\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19217,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19195\/revisions\/19217"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19197"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19195"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19195"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19195"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}