{"id":18899,"date":"2024-06-03T20:34:11","date_gmt":"2024-06-03T18:34:11","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=18899"},"modified":"2025-02-07T12:01:53","modified_gmt":"2025-02-07T11:01:53","slug":"plutot-vomir-que-faillir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/06\/plutot-vomir-que-faillir\/","title":{"rendered":"Plut\u00f4t vomir que faillir"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Plut\u00f4t vomir que faillir<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Mise en sc\u00e8ne par R\u00e9becca Chaillon \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 29 mai au 2 juin 2024 \/ Critiques par Cl\u00e9lie Vuillaume et Piera Biondina. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ton reflet dans l\u2019assiette&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17553\">Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"864\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19679\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume.jpg 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume-300x135.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume-1024x461.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume-250x113.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume-768x346.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Plutot-vomir-que-faillir_Rebecca-Chaillon_Par-Clelie-Vuillaume-1536x691.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marike Lahana<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pour sa derni\u00e8re cr\u00e9ation<\/em>&nbsp;Plut\u00f4t vomir que faillir<em>, l\u2019artiste fran\u00e7aise d\u2019origine martiniquaise R\u00e9becca Chaillon tenait \u00e0 r\u00e9invoquer par la performance les dures ann\u00e9es de son adolescence. Une p\u00e9riode charni\u00e8re o\u00f9 se jouent la n\u00e9gociation d\u00e9licate entre la famille, l\u2019origine, l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019ordre \u00e9tabli \u2013 bref, ce qui est l\u00e0 et avec quoi il faut faire \u2013 et la libert\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir, l\u2019identit\u00e9 \u00e0 construire, les normes \u00e0 requestionner et \u00e0 oser d\u00e9-ranger<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Pavillon du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, quatre adolescent.e.x.s v\u00eatu.e.s de couleurs vives s\u2019affairent \u00e0 mettre le couvert. Ce soir, c\u2019est leur perspective qu\u2019iels vont poser sur la table. Pas celle que les adultes ont sur elleux, la leur, la vraie, la crue. Une immense assiette occupe tout le centre du plateau. Sur la gauche de la sc\u00e8ne, une triple rang\u00e9e de micro-ondes superpos\u00e9s. Sur la droite, le buffet d\u2019une cantine aux services en plastique. En bon.ne.s petit.e.s enfants, puis en bon.ne.s petit.e.s \u00e9l\u00e8ves, les com\u00e9dien.ne.x.s apportent couteau, fourchette, cuiller et verre et s\u2019installent dans l\u2019assiette pour une le\u00e7on d\u2019anglais dirig\u00e9e par une professeure invisible \u00e0 la voix de l\u2019intelligence artificielle. Cette autorit\u00e9 immat\u00e9rielle et froide les fait r\u00e9p\u00e9ter des phrases jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde sans s\u2019enqu\u00e9rir de leurs r\u00e9ponses. Une premi\u00e8re d\u00e9nonciation de l\u2019\u00e9ducation \u2013 qu\u2019elle soit familiale ou scolaire \u2013 comme un gavage exempt de r\u00e9flexion et de sensibilit\u00e9 est d\u2019embl\u00e9e d\u00e9pos\u00e9e. En effet, il y a peut-\u00eatre plus essentiel que de \u00ab fauter d\u2019orthographe \u00bb, mais tes troubles, tes questions, ton corps, tes r\u00e8gles, tes boutons, tes poils et tes d\u00e9sirs, tu te les gardes pour toi, pas de place pour \u00e7a : tu n\u2019es pas dans ton assiette ? Il va bien falloir que tu rentres dans le moule. Bois ton d\u00e9sespoir et gobe notre savoir : plut\u00f4t vomir que faillir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9becca Chaillon investit dans ce spectacle une th\u00e9matique qui lui est ch\u00e8re, celle de l\u2019alimentation \u2013 de l\u2019ingestion \u00e0 la digestion \u2013 comme une m\u00e9taphore fil\u00e9e qui fonctionne particuli\u00e8rement bien en ce qu\u2019elle permet d\u2019ancrer le propos dans un rapport constant au corps ; ce lieu de toutes les transformations adolescentes. La performance est d\u2019ailleurs le moyen le plus appropri\u00e9 pour non seulement parler mais aussi r\u00e9actualiser ces transformations. Elle s\u2019illustre notamment dans la pr\u00e9paration et l\u2019utilisation sur sc\u00e8ne de nourriture, comme quand l\u2019un des personnages, Zakary, se fait nourrir \u2013 \u00e0 la&nbsp;<em>grosse&nbsp;<\/em>cuiller \u2013 de pur\u00e9e, ou qu\u2019il se recouvre le corps de ketchup et de moutarde, dans un acte c\u00e9r\u00e9moniel qui rappelle le rite de passage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte interpr\u00e9t\u00e9 dans la premi\u00e8re partie de la performance se caract\u00e9rise par un style lyrique, qui joue habilement sur les mots \u2013 \u00ab j\u2019ai mal \u00e0 l\u2019\u00e2ge \u00bb, \u00ab ma peau s\u00e9cr\u00e8te ses secrets \u00bb \u2013 et est sign\u00e9 R\u00e9becca Chaillon. Dans un deuxi\u00e8me temps, les com\u00e9dien.ne.x.s \u2013 Chara Afouhouye, Zakary Bairi, M\u00e9lodie Lauret, et Anthony Martine \u2013 t\u00e9moignent tour \u00e0 tour de leur adolescence propre. Si R\u00e9becca Chaillon a retravaill\u00e9 leurs propositions, iels ont eu la possibilit\u00e9 de traiter de leur exp\u00e9rience singuli\u00e8re. Quand les personnages parlent d\u2019eux-m\u00eames, le ton change et devient beaucoup plus familier, presque improvis\u00e9, ce qui rend le propos plus accessible et plus touchant. Une proximit\u00e9 d\u2019autant plus marqu\u00e9e que les com\u00e9dien.ne.x.s jouent des personnages portant leur propre pr\u00e9nom. Sur ce plateau qui leur sert autant de capsule \u00e0 remonter dans le temps que de laboratoire \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation, chacun.e rejoue pour soi et pour nous son passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme autant de papillons \u00e0 venir, les adolescent.e.s cherchent par les rares chemins qu\u2019on leur accorde \u00e0 d\u00e9ployer leurs ailes arc-en-ciel. La m\u00e9tamorphose implique de laisser derri\u00e8re soi ce qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 condition\u00e9.e \u00e0 \u00eatre mais qu\u2019on ne veut pas devenir. Dans ce spectacle tout \u00e0 la fois dr\u00f4le et cru, elle prend une teinte politique profonde, incarnant la r\u00e9volution qu\u2019est toute prise de pouvoir sur son \u00eatre et son identit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle conquiert par sa vitalit\u00e9 contagieuse, sa rage folle et enjou\u00e9e, l\u2019audace de sa mise en sc\u00e8ne et la franchise de son propos. Si l\u2019assiette est d\u2019abord le lieu du chaos o\u00f9 aliments et ressentiments se m\u00e9langent, elle devient ensuite un \u00e9cran o\u00f9 les personnages et les images qui les racontent sont projet\u00e9.e.s en gros plan. En elle se refl\u00e8tent ainsi tout autant la personne que tu \u00e9tais que celle que tu deviens quand tu t\u2019opposes, tu t\u2019imposes, ou que, ce qui n\u2019est pas loin d\u2019\u00eatre la m\u00eame chose, tu fais la paix, et tu recolles les morceaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17553\">Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vomir contre l\u2019ordre \u00e9tabli&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>04 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/piera-biondina\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16933\">Piera Biondina<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1209\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-30-a-21.47.06.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-17988\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-30-a-21.47.06.png 1209w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-30-a-21.47.06-202x200.png 202w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-30-a-21.47.06-1024x1016.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-30-a-21.47.06-171x170.png 171w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/Capture-decran-2024-04-30-a-21.47.06-768x762.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1209px) 100vw, 1209px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marike Lahana<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une affirmation qui a le go\u00fbt ultra-dramatique de l\u2019adolescence donne, avec raison, le titre \u00e0 ce spectacle \u00e0 la fois dr\u00f4le et d\u00e9go\u00fbtant, o\u00f9 chaque orifice du corps est mentionn\u00e9 et d\u2019immenses quantit\u00e9s d\u2019aliments (et pas que) sont ingurgit\u00e9es.&nbsp;<\/em>Plut\u00f4t vomir que faillir<em>&nbsp;est une restitution de l\u2019exp\u00e9rience physique de l\u2019adolescence, dont tant l\u2019humour que la laideur sont transmis gr\u00e2ce aux r\u00e9cits racont\u00e9s avec une na\u00efvet\u00e9 touchante et au jeu des interpr\u00e8tes. Il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9rience visc\u00e9rale&nbsp;<\/em><em>pour les com\u00e9dien\u00b7<\/em><em>nes comme pour le public, qui ne peut pas rester indiff\u00e9rent face aux \u00e9preuves alimentaires auxquelles les artistes se soumettent<\/em><em>.&nbsp;<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pendant que le public finit de prendre sa place dans la salle,&nbsp;<\/em>quatre com\u00e9dien\u00b7nes dans le r\u00f4le d\u2019\u00e9colie\u00b7\u00e8re\u00b7x\u00b7s font leur apparition sur sc\u00e8ne et s\u2019efforcent de d\u00e9placer une assiette gigantesque pos\u00e9e au milieu du plateau.&nbsp;La sc\u00e9nographie est \u00e0 la fois famili\u00e8re et insolite&nbsp;:&nbsp;si, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, on reconna\u00eet une cantine d\u2019\u00e9cole&nbsp;; de l\u2019autre on est frapp\u00e9 par la pr\u00e9sence d\u2019une improbable mosa\u00efque de fours \u00e0 micro-ondes. Les personnages, satisfaits de leur travail, sortent alors de notre champ de vision pour y revenir quelques instants apr\u00e8s avec des couverts deux fois plus grands qu&rsquo;elleux et un verre dans lequel une personne peut entrer enti\u00e8rement. Le th\u00e8me de la nourriture, d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 par R\u00e9becca Chaillon (<em>L\u2019estomac dans la peau, 2015&nbsp;; Monstres d\u2019amour (je vais te donner une bonne raison de crier), 2017<\/em>), est donc toujours pr\u00e9sent. Il est d\u00e9ploy\u00e9 ici pour raconter et montrer, voire pour faire&nbsp;<em>ressentir<\/em>, l\u2019adolescence dans tout son splendide d\u00e9go\u00fbt.&nbsp;<em>Plut\u00f4t vomir que faillir<\/em>&nbsp;met en effet en sc\u00e8ne le&nbsp;corps qui change et se couvre de poils et de boutons, mais aussi les \u00e9motions qui fluctuent et qui sont ressenties comme \u00e0 travers un amplificateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point fort du spectacle est sans doute sa capacit\u00e9 \u00e0 affecter d&rsquo;abord le corps, et de l\u00e0, l&rsquo;esprit. Par exemple, d\u00e8s le d\u00e9but de la performance, l\u2019inconfort remplit la salle lorsqu\u2019un personnage dessine avec de la peinture sur les pages d\u2019un carnet juste avant de les d\u00e9chirer et de les manger les unes apr\u00e8s les autres. Peu apr\u00e8s, des toilettes sont amen\u00e9es au centre de l\u2019assiette gigantesque. Un des personnages s\u2019assoit alors dessus, \u00e0 moiti\u00e9 nu, et commence un long monologue pendant que ses camarades lui donnent des \u00e9normes bouch\u00e9es et cuiller\u00e9es de pur\u00e9e de patates, pr\u00e9par\u00e9e sur place avec les micro-ondes. Le r\u00e9cit de l\u2019enfance solitaire du personnage est rythm\u00e9 par son ingurgitation, de plus en plus difficile \u00e0 observer et lourde \u00e0 supporter. Tout au long de la sc\u00e8ne, de grosses quantit\u00e9s de la mixture jaune tombent sur le corps du com\u00e9dien et sur l\u2019assiette avec des bruits qui font rire ou g\u00e9mir de d\u00e9go\u00fbt les spectateurices. La mise en sc\u00e8ne et le jeu du com\u00e9dien parviennent \u00e0 restituer la difficult\u00e9 \u00e9motionnelle, susceptible de devenir physique, \u00e9prouv\u00e9e par le personnage pendant son enfance et le d\u00e9but de son adolescence, lorsque sa famille et la soci\u00e9t\u00e9 ont tent\u00e9 de lui inculquer certaines valeurs qu&rsquo;il a promptement rejet\u00e9es pour en adopter d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du spectacle, la fameuse assiette, d\u00e9sormais compl\u00e8tement salie, est transport\u00e9e au fond de la salle, o\u00f9 elle est suspendue et sert d\u2019\u00e9cran. C\u2019est sur cette surface que les personnages partagent les images du t\u00e9l\u00e9phone portable qu\u2019ielleux commencent \u00e0 utiliser.&nbsp;&nbsp;La sc\u00e8ne est alors d\u00e9doubl\u00e9e&nbsp;: le public peut observer les personnages interagir entre elleux sur le plateau&nbsp;et, en m\u00eame temps, voir le visage projet\u00e9 sur l\u2019assiette et d\u00e9form\u00e9 par la proximit\u00e9 de la cam\u00e9ra du t\u00e9l\u00e9phone. Successivement, d\u2019autres personnages racontent leurs exp\u00e9riences non seulement d\u2019adolescent\u00b7e\u00b7x\u00b7s mais aussi d\u2019exclu\u00b7e\u00b7x\u00b7s, que cela soit pour leur orientation sexuelle ou pour leur origine. Ielleux se servent de la danse, mais aussi d\u2019un langage tr\u00e8s po\u00e9tique et rempli d\u2019images puissantes \u2013 la plupart du temps rattach\u00e9 \u00e0 la nourriture, au corps et \u00e0 ses s\u00e9cr\u00e9tions \u2013 ou encore de l\u2019archive identitaire que sont les r\u00e9seaux sociaux, qui gardent trace du parcours d\u2019un des personnages \u00e0 travers des photographies, des vid\u00e9os et m\u00eame des&nbsp;<em>chats<\/em>&nbsp;Facebook.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 faire ressentir une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9motions,&nbsp;<em>Plut\u00f4t vomir que faillir<\/em>&nbsp;offre une exp\u00e9rience \u00e9trangement cathartique et amusante. Parall\u00e8lement au rejet des personnages du&nbsp;<em>statu quo<\/em>&nbsp;familial, en effet, le public est rendu susceptible d\u2019\u00e9prouver une pl\u00e9thore de sensations qui, bien qu\u2019elles rel\u00e8vent pour la plupart de l\u2019\u00e9c\u0153urement et de la r\u00e9pugnance, ont un effet lib\u00e9rateur. Il s\u2019agit d\u2019un spectacle qui, plut\u00f4t qu&rsquo;observ\u00e9, est v\u00e9cu avec le corps et qui nous d\u00e9range tout en ne cessant jamais de nous faire rire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>04 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/piera-biondina\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16933\">Piera Biondina<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/fr\/evenement\/plutot-vomir-que-faillir\/#generique\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en sc\u00e8ne par R\u00e9becca Chaillon \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ Du 29 mai au 2 juin 2024 \/ Critiques par Cl\u00e9lie Vuillaume et Piera Biondina.<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":19683,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[287,281],"class_list":["post-18899","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-clelie-vuillaume","tag-piera-biondina"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18899","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18899"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18899\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19681,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18899\/revisions\/19681"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19683"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18899"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18899"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18899"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}