{"id":18855,"date":"2024-06-03T11:48:57","date_gmt":"2024-06-03T09:48:57","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=18855"},"modified":"2025-03-06T11:11:31","modified_gmt":"2025-03-06T10:11:31","slug":"medee-superstar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/06\/medee-superstar\/","title":{"rendered":"M\u00e9d\u00e9e Superstar"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">M\u00e9d\u00e9e Superstar<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte et mise en sc\u00e8ne par la Cie Les Bernardes \/ La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ du 25 au 26 mai 2024 \/ Critiques par Cl\u00e9lie Vuillaume et Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une justice pour soi<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17553\">Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1080\" height=\"720\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Clelie-Vuillaume.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19688\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Clelie-Vuillaume.jpg 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Clelie-Vuillaume-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Clelie-Vuillaume-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Clelie-Vuillaume-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Clelie-Vuillaume-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Charles Mouron<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La compagnie suisse-romande&nbsp;<\/em>Les Bernardes<em>&nbsp;pr\u00e9sente dans le cadre de la deuxi\u00e8me \u00e9dition du festival&nbsp;<\/em>Les Ravines<em>&nbsp;une r\u00e9actualisation \u00ab&nbsp;pop&nbsp;\u00bb du mythe antique de M\u00e9d\u00e9e qui met \u00e0 l\u2019honneur des femmes, stars des projecteurs ou stars de l\u2019ombre, qui un jour sont sorties du silence et se sont affranchies de la violence par la violence. Une cr\u00e9ation d\u2019apr\u00e8s trois textes&nbsp;in\u00e9dits&nbsp;de Val\u00e9rie Poirier, Judith Bordas et B\u00e9atrice Bienville.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quand trois femmes s\u2019approprient la sc\u00e8ne pour y jouer de leur propre instrument (basse, guitare ou synth\u00e9tiseur), y chanter \u00e0 l\u2019unisson leur col\u00e8re, cela donne&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e Supersar.&nbsp;<\/em>Une ode \u2013 \u00ab&nbsp;joliment&nbsp;\u00bb enrag\u00e9e \u2013 aux superpouvoirs de ces femmes de tous les jours et d\u2019aujourd\u2019hui qui n\u2019ont pas fini de se battre pour leur droit, le respect, l\u2019\u00e9galit\u00e9, et qui cette fois le font sans d\u00e9tours&nbsp;: chaque coup donn\u00e9, elles le renvoient&nbsp;; la justice, elles se la rendent elles-m\u00eames.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une entr\u00e9e en mati\u00e8re musicale tout en douceur, la premi\u00e8re com\u00e9dienne s\u2019avance timidement vers le micro central. Sur un ton intime qui annonce le r\u00e9cit d\u2019une histoire personnelle, elle nous demande d\u2019imaginer. Performance et confidence se partagent ici une sc\u00e8ne aux allures de plateau t\u00e9l\u00e9 kitch, comme un monde de paillettes d\u00e9sabus\u00e9&nbsp;: en fond l\u2019\u00e9criteau \u00e9clair\u00e9 \u00ab&nbsp;M\u00e9d\u00e9e superstar&nbsp;\u00bb est suspendu \u00e0 un rideau rouge en bande de plastique larges. Au sol, un tapis rond couleur cr\u00e8me. De part et d\u2019autre, une panth\u00e8re et un tigre en peluche. Des petits escaliers en carton, une statue de femme aux t\u00e9tons censur\u00e9s par du scotch noir, une colonne antique, du mat\u00e9riel de musique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginez. Vous partez pour Marseille, un jour d\u2019avril. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de vous dans ce train (et le trajet sera long), un homme s\u2019installe, ouvre son livre et comme si ceci impliquait cela, \u00e9carte r\u00e9solument les jambes. Il empi\u00e8te sur votre si\u00e8ge, vos peaux se touchent. Imaginez qu\u2019au bout d\u2019un moment, il se d\u00e9cide \u00e0 poser sa main entre ses cuisses et imaginez que peu \u00e0 peu, ici dans ce train direction Marseille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous, il commence \u00e0 se caresser le sexe. Vous \u00eates prise d\u2019un malaise, vous vous levez et partez vous isoler dans les toilettes. Dans la petite cabine qui vous sert de refuge, l\u2019empathie qu\u2019on vous a conditionn\u00e9e \u00e0 \u00e9prouver lui cherche des excuses&nbsp;: du&nbsp;<em>manspreading<\/em>&nbsp;? Non, on sait bien que les hommes ont besoin de laisser respirer leur entre-jambe, et puis sa main a s\u00fbrement d\u00fb glisser d\u2019abord, puis il ne s\u2019est pas rendu compte, ou alors il souffre d\u2019un probl\u00e8me d\u2019ordre mental et on ne peut pas lui en vouloir&nbsp;! Ou alors \u2026&nbsp; Mais vous n\u2019y croyez rien, et en vous \u00e7a s\u2019agite, \u00e7a bouillonne, \u00e7a implose. Souvent, vous ne ferez rien. Aujourd\u2019hui, vous l\u2019avez fait&nbsp;: M\u00e9d\u00e9e (vous) est revenue, et M\u00e9d\u00e9e c\u2019est celle qui se venge&nbsp;: d\u2019un passager choquant, mais aussi d\u2019un amant imposteur \u00e0 qui elle a donn\u00e9 sa confiance, son argent, son c\u0153ur tout entier rempli d\u2019amour, ou d\u2019un adulte pervers pour qui elle a sacrifi\u00e9 son corps, son sourire et ses r\u00eaves.&nbsp;<ins><\/ins><\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ces trois r\u00e9cits, des t\u00e9moignages fictionnels pas si surnaturels, que les com\u00e9diennes nous confessent et nous confient chacune \u00e0 leur tour. Le tout est rythm\u00e9 par des interm\u00e8des musicaux qui vont du pop au rock en passant par Dalida. On d\u00e9couvre trois interpr\u00e9tations, trois jeux et trois sensibilit\u00e9s auxquelles on s\u2019attache chaque fois diff\u00e9remment. L\u2019aveu est humble, parfois na\u00eff, toujours sinc\u00e8re&nbsp;; nous reconnaissons la col\u00e8re des personnages, nous compatissons. Nous comprenons que leur vengeance, pourtant impardonnable, n\u2019a pu na\u00eetre que de la plus grande d\u00e9sillusion&nbsp;; qu\u2019elle prend sa source dans une foi et un amour infini pour le monde et pour l\u2019homme&nbsp;; qu\u2019elle est le fruit d\u2019une confiance cruellement d\u00e9\u00e7ue. Une com\u00e9dienne l\u2019affirme&nbsp;: si cette fois vous avez frapp\u00e9, vous avez bless\u00e9, vous avez tu\u00e9, c\u2019\u00e9tait \u00ab&nbsp;par amour, par amour pour vous&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son podcast f\u00e9ministe \u00ab&nbsp;Un podcast \u00e0 soi&nbsp;\u00bb, Charlotte Bienaim\u00e9e a consacr\u00e9 quatre \u00e9pisodes \u00e0 la question du rapport des femmes \u00e0 la violence. \u00ab&nbsp;Interroger la puissance au prisme du genre&nbsp;\u00bb, c\u2019est comprendre que \u00ab&nbsp;si elle est avant tout une puissance d\u2019agir pour les hommes, pour les femmes l\u2019usage de la violence est quasiment toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de violences masculines et \/ou \u00e9conomiques, sociales, institutionnelles&nbsp;\u00bb. On peut conc\u00e9der au spectacle une vis\u00e9e similaire \u00e0 celle du travail de Charlotte Bienaim\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;sans d\u00e9responsabiliser et, par l\u00e0 m\u00eame, d\u00e9poss\u00e9der les femmes de leurs actes, cet \u00e9pisode permet d\u2019envisager la construction genr\u00e9e d\u2019un imaginaire violent d\u00e9pourvu de femmes&nbsp;\u00bb. D\u00e8s lors qui de mieux que M\u00e9d\u00e9e pour r\u00e9investir la figure d\u2019une femme trahie qui se venge. De ces deux productions contemporaines \u00e9mergent des questions importantes similaires, que la description du podcast pose en ces termes&nbsp;: en tant que femmes, \u00ab&nbsp;comment reprendre le pouvoir sur nos vies ? Comment \u00eatre pleinement autonome ? Malgr\u00e9 les institutions qui enserrent, les dominations qui \u00e9crasent, les culpabilit\u00e9s int\u00e9rioris\u00e9es, les d\u00e9sirs \u00e9touff\u00e9s ? Quelle couleur aurait le pouvoir f\u00e9ministe ? Celle&nbsp;du soin ou de la violence ? De l&rsquo;\u00e9coute ou de la vengeance ?&nbsp;\u00bb Le traitement th\u00e9\u00e2tral a la particularit\u00e9 d\u2019offrir un lieu physique, bien que fictionnel, pour exp\u00e9rimenter l\u2019affranchissement. \u00c0 la fin de la pi\u00e8ce, les personnages livrent une derni\u00e8re performance musicale furieuse, lib\u00e9ratrice&nbsp;; soit une opportunit\u00e9, une mani\u00e8re et une possibilit\u00e9 d\u2019acter \u00ab&nbsp;publiquement&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire sous nos yeux, et au travers de notre participation spectatrice) leur r\u00e9volte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Porteur d\u2019un discours qui malheureusement raisonne vivement et m\u00e9rite d\u2019\u00eatre encore et toujours expos\u00e9 et entendu,&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e Superstar<\/em>&nbsp;invite les femmes \u00e0 s\u2019emparer de leur force et d\u00e9culpabilise leur riposte, elles qui, au sein de ce monde qui les violente d\u00e9j\u00e0 en tout impunit\u00e9, sont en quelque sorte dans un \u00e9tat de \u00ab&nbsp;perp\u00e9tuel l\u00e9gitime d\u00e9fense&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\">Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Attiser la col\u00e8re personnelle&nbsp;: \u00e9loge de la vengeance collective<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1080\" height=\"720\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Joaquin-Marine-Pinero.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19690\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Joaquin-Marine-Pinero.jpg 1080w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Joaquin-Marine-Pinero-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Joaquin-Marine-Pinero-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Joaquin-Marine-Pinero-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Medee-superstar_la-Cie-Les-Bernardes_Joaquin-Marine-Pinero-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Charles Mouron<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Des exp\u00e9riences individuelles ou une r\u00e9alit\u00e9 collective. Ces histoires se r\u00e9pondent, r\u00e9sonnent et cr\u00e9ent une v\u00e9rit\u00e9 commune. Par l\u2019actualisation d\u2019un mythe, les musiciennes-com\u00e9diennes de la Cie Les Bernardes nous enjoignent \u00e0 (re)penser M\u00e9d\u00e9e comme une figure de lutte. Prenant les r\u00eanes de sa vie et men\u00e9 \u00e0 la vengeance, ce personnage souligne la n\u00e9cessit\u00e9 \u2013 et la beaut\u00e9 \u2013 de s\u2019insurger.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comment d\u00e9passer la division entre le r\u00e9cit personnel \u2013 singularisant \u2013 d\u2019une histoire partag\u00e9e et nos r\u00e9alit\u00e9s collectives&nbsp;? La pi\u00e8ce propose trois trames successives racont\u00e9es par chacune des trois artistes. Coralie Vollichard, Giulia Belet puis Cl\u00e9mence Mermet lient une histoire personnelle et contemporaine (rappelant ainsi le genre du t\u00e9moignage, ici fictionnel) au mythe de M\u00e9d\u00e9e \u2013 figure caract\u00e9ris\u00e9e par sa soif de vengeance, son amour et la figure manipulatrice de Jason.&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e Superstar&nbsp;<\/em>explore l\u2019abolition du niveau individuel et universel en jouant sur l\u2019usage diff\u00e9rentiel des pronoms&nbsp;: elle, je, vous, nous. Le versant englobant est subtilement amen\u00e9 dans des r\u00e9cits pourtant situ\u00e9s&nbsp;: un train pr\u00e9cis (le 9456 direction de Marseille), des m\u00e9tiers et des univers occidentaux (h\u00f4pitaux, concours de miss). En somme, la particularit\u00e9 de ces histoires les rend r\u00e9elles sans nous mettre \u00e0 distance. M\u00eame si elles ne nous concernent pas directement, ces t\u00e9moignages nous ram\u00e8nent \u00e0 nos v\u00e9cus tel un mythe s\u2019appliquant \u00e0 diverses r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bonsoir Lausanne&nbsp;! \u00c7a va&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019adresse aura au moins \u00e9t\u00e9 directe. D\u00e8s les premiers instants du spectacle, le public est mobilis\u00e9. \u00c0 la suite d\u2019une chanson des&nbsp;<em>Carpenters<\/em>&nbsp;interpr\u00e9t\u00e9e par les trois com\u00e9diennes, l\u2019une d\u2019elles s\u2019est avanc\u00e9e au centre pour entamer le premier des trois monologues. Elle se tient face au public derri\u00e8re un micro sur pied. Elle se trouve sur le haut du demi-cercle d\u2019une moquette qui recouvre en partie la sc\u00e8ne. Le d\u00e9cor est sobrement kitsch. Sur ce grand tapis cr\u00e8me sont pos\u00e9es deux peluches de tigre se faisant face&nbsp;; un petit escalier de trois marches c\u00f4t\u00e9 jardin se dresse derri\u00e8re l\u2019un des animaux. Il est recouvert par la moquette blanche et une lampe de chevet est pos\u00e9e sur la marche du haut. Derri\u00e8re cette petite estrade apparaissent une colonne et une statue&nbsp;blanches&nbsp;\u2013 une image ramenant visuellement le mythe grec sur sc\u00e8ne. C\u00f4t\u00e9 cour et sur la moquette, trois micros sur pieds et les instruments (piano, guitares, basse) utilis\u00e9s pour les ponctuations musicales. Malgr\u00e9 la frugalit\u00e9 du d\u00e9cor, un \u00e9l\u00e9ment ressort. Un n\u00e9on constamment allum\u00e9 d\u2019un rose fluo brille au milieu des rideaux rouges du fond (lieu d\u2019entr\u00e9es et de sorties des com\u00e9diennes).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier monologue th\u00e9matise directement la complexit\u00e9 de l\u2019exercice envisag\u00e9 par cette cr\u00e9ation. Pour actualiser le mythe de M\u00e9d\u00e9e, la premi\u00e8re personne est choisie. Le genre du t\u00e9moignage invite \u00e0 utiliser la pronominalisation en&nbsp;<em>je.&nbsp;<\/em>Le livret de pr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce navigue d\u00e9j\u00e0 entre les diff\u00e9rentes formes. D\u2019une d\u00e9termination ind\u00e9finie et collective (\u00ab&nbsp;une femme&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;des femmes&nbsp;\u00bb) exprimant la probl\u00e9matique sociale g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9coule une reprise \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier. Ce qui \u00ab&nbsp;me fascine et me d\u00e9range&nbsp;\u00bb pourrait en fait \u00eatre exprim\u00e9 par quiconque. Les r\u00e9flexions propos\u00e9es dans l\u2019\u0153uvre pourraient provenir des exp\u00e9riences sexistes pas si extraordinaires. Le d\u00e9pliant se conclut par cette phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je r\u00eave d\u2019un avenir dans lequel nous puissions accueillir et aborder la col\u00e8re et la violence des femmes&nbsp;\u00bb. Le r\u00eave semble personnel, il invite pourtant un&nbsp;<em>nous&nbsp;<\/em>collectif \u00e0 l\u2019incarner pour le rendre actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des forces de&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e Superstar&nbsp;<\/em>r\u00e9side certainement l\u00e0&nbsp;: actualiser un r\u00e9cit dans sa dimension collective. L\u2019adresse directe du premier monologue interpelle les spectatrices et cette interpellation se poursuit. \u00ab&nbsp;Vos yeux. Mes yeux. Je dis&nbsp;<em>vos<\/em>, c\u2019est plus facile de raconter&nbsp;\u00bb explique la narratrice. Elle finit par reprendre avant de continuer son r\u00e9cit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nos yeux [\u2026]&nbsp;\u00bb. Port\u00e9 par le pacte de sinc\u00e9rit\u00e9 (\u00ab&nbsp;c\u2019est v\u00e9ridique l\u00e0, tout, tout&nbsp;\u00bb), le r\u00e9cit premier se veut proche de ce que n\u2019importe qui pourrait vivre. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme dont le voisin de si\u00e8ge se touche au gr\u00e9 de sa lecture \u00e9rotique lors d\u2019un trajet de train. Pr\u00e9sent\u00e9e comme une exp\u00e9rience v\u00e9cue et singuli\u00e8re, cette histoire prend une dimension englobante en passant par le mythe grec. Face \u00e0 la violence morale qu\u2019il inflige, la narratrice d\u00e9fend l\u2019envie de lui r\u00e9pondre par la m\u00eame violence physique. La pronominalisation en&nbsp;<em>nous<\/em>&nbsp;nous y guide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attention port\u00e9e \u00e0 l\u2019environnement sonore constitue un autre point fort en ce qu\u2019elle permet l\u2019immersion dans les r\u00e9cits partag\u00e9s. Produites sur sc\u00e8ne, les atmosph\u00e8res auditives sont d\u00e9ploy\u00e9es par les deux musiciennes ne prenant pas la parole. Des petits tocs tocs tocs sur un micro permettant de ramener la narration au moment pr\u00e9cis o\u00f9 l\u2019on toque \u00e0 la porte ou des notes r\u00e9p\u00e9titives et intenses accompagnant la cri\u00e9e de num\u00e9ros de loto, ce sont l\u00e0 des exemples de ces jeux sonores. En plus du d\u00e9cor sonore, des r\u00e9f\u00e9rences actuelles nous rapprochent de ces r\u00e9cits&nbsp;; de Dalida \u00e0 Britney Spears, les ic\u00f4nes musicales contemporaines sont associ\u00e9es \u00e0 l\u2019intemporel M\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de conclure, il me faut relever un&nbsp;<em>petit&nbsp;<\/em>(terme d\u00e9nonc\u00e9 dans un monologue \u00e0 cause de son emploi r\u00e9ducteur et excessif)paradoxe de la pi\u00e8ce. Pour que le genre du t\u00e9moignage soit efficace, il doit susciter une forme d\u2019empathie&nbsp;ou de projection. Cependant, dans&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e,&nbsp;<\/em>l\u2019empathie est critiqu\u00e9e, tax\u00e9e de frein \u00e0 l\u2019action punitive et l\u00e9gitime. Les trois r\u00e9cits personnels ne sauraient avoir le m\u00eame impact s\u2019ils ne cr\u00e9ent pas la compassion. Nous pourrions nous interroger sur quelle empathie pourrait nous motiver \u00e0 prendre part \u00e0 l\u2019action collective et \u00e0 quel degr\u00e9. Est-ce que l\u2019invitation \u00e0 se d\u00e9faire de toute empathie (ici vis-\u00e0-vis d\u2019un agresseur) impliquerait de perdre notre qualit\u00e9 empathique vis-\u00e0-vis des personnages&nbsp;? Cette \u0153uvre invite certainement \u00e0 conscientiser et choisir nouvellement ce que l\u2019on fait de notre tendance \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019autre. Pour le spectacle, compatissons face aux histoires partag\u00e9es mais, confront\u00e9es \u00e0 l\u2019agression, choisissons de se refuser \u00e0 notre \u00e9ducation docilisante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>M\u00e9d\u00e9e superstar<\/em>&nbsp;r\u00e9ussit par des jeux d\u2019\u00e9nonciation \u00e0 nous embarquer dans ses univers musicaux, individuels et collectifs. \u00c0 la fin, le spectacle appara\u00eet comme une suite d\u2019appels \u00e0 s\u2019exprimer et \u00e0 se r\u00e9volter contre une socialisation destructrice. Il ne s\u2019agira plus de se laisser faire par empathie. Si les spectatrices sortent inapais\u00e9es (la r\u00e9volte port\u00e9e par les multiples M\u00e9d\u00e9es n\u2019est ni tout \u00e0 fait soulag\u00e9e ni compl\u00e8tement ignor\u00e9e), il leur faudra alors s\u2019inspirer des trois r\u00e9cits pour se convaincre d\u2019\u00eatre moins polies.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.grange-unil.ch\/evenement\/medee-superstar\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte et mise en sc\u00e8ne par la Cie Les Bernardes \/ La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ du 25 au 26 mai 2024 \/ Critiques par Cl\u00e9lie Vuillaume et Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":19687,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[287,278],"class_list":["post-18855","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-clelie-vuillaume","tag-joaquin-marine-pinero"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18855","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18855"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18855\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22915,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18855\/revisions\/22915"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18855"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18855"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18855"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}