{"id":18850,"date":"2024-06-03T11:30:38","date_gmt":"2024-06-03T09:30:38","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=18850"},"modified":"2025-02-07T12:03:27","modified_gmt":"2025-02-07T11:03:27","slug":"neandertal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/06\/neandertal\/","title":{"rendered":"Neandertal"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Neandertal<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte et mise en sc\u00e8ne par David Geselson \/ La Com\u00e9die (Gen\u00e8ve) \/ du 22 au 26 mai 2024 \/ Critique par Mathilde Feraud . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un os au microscope&nbsp;et, au microscope,&nbsp;la vie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1400\" height=\"934\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Neandertal_David-Geselson_Mathilde-Feraud.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19692\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Neandertal_David-Geselson_Mathilde-Feraud.jpg 1400w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Neandertal_David-Geselson_Mathilde-Feraud-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Neandertal_David-Geselson_Mathilde-Feraud-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Neandertal_David-Geselson_Mathilde-Feraud-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/06\/Neandertal_David-Geselson_Mathilde-Feraud-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1400px) 100vw, 1400px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Simon Gosselin<br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>&nbsp;\u00ab&nbsp;Tr\u00e8s librement inspir\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019ouvrage&nbsp;<\/em>N\u00e9andertal, \u00e0 la recherche des G\u00e9nomes perdus<em>, du prix Nobel de m\u00e9decine et de physiologie Svante&nbsp;P\u00e4\u00e4bo, le spectacle pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve propose de suivre quatre chercheurs en g\u00e9n\u00e9tique, dans leur qu\u00eate visant \u00e0 prouver la parent\u00e9 et le m\u00e9lange entre les hommes de N\u00e9andertal et les homo sapiens. Si l\u2019on assiste \u00e0 leurs recherches, \u00e0 leurs conf\u00e9rences, on plonge \u00e9galement dans leurs intimit\u00e9s, qui s&rsquo;entrecroisent et participent, de pr\u00e8s ou de loin, \u00e0 la qu\u00eate scientifique. Ce sont des bribes des vies de Rosalind Franklin, Gregor Mendel, Craig Venter et Maja Paunovic que l&rsquo;on c\u00f4toie, les personnages empruntant les biographies de r\u00e9els chercheurs. Liant Histoire et \u00ab vies minuscules \u00bb, tout comme dans l\u2019un de ses pr\u00e9c\u00e9dents spectacles&nbsp;<\/em>En route-Kaddish<em>, David Geselson, acteur et metteur en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce, signe un spectacle qui \u00e9meut par son actualit\u00e9 br\u00fblante, qui \u00e9branle et questionne les repr\u00e9sentations de puret\u00e9 raciale et ethnique.&nbsp;<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pourquoi&nbsp;est-ce que vous \u00eates&nbsp;l\u00e0&nbsp;? Vous venez d\u2019o\u00f9 ? Avant vous, assis \u00e0 cette place, il y avait qui&nbsp;?&nbsp; Celui qui \u00e9tait assis l\u00e0,&nbsp;est-ce qu&rsquo;il est parti parce qu&rsquo;il est tomb\u00e9 amoureux ? &nbsp;Est-ce le changement de rang qui a fait&nbsp;l\u2019ADN&nbsp;des sapiens&nbsp;?&nbsp;Comment on est devenus ce qu\u2019on est devenus&nbsp;? Qui est le p\u00e8re ? Est-ce que le&nbsp;lieu&nbsp;o\u00f9 l\u2019on&nbsp;vit change nos g\u00eanes&nbsp;?&nbsp;Le lieu&nbsp;o\u00f9 l&rsquo;on vit est-il \u00e9crit dans nos&nbsp;g\u00eanes ? Si oui, est-ce que cela veut dire qu\u2019il nous appartient&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;Pas de panique, il ne&nbsp;faut&nbsp;ni&nbsp;avoir de notions pointues, ni m\u00eame r\u00e9pondre \u00e0 ces questions durant le spectacle, qui aborde la g\u00e9n\u00e9tique par le biais de questionnements universels.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une voix, affol\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 vomir de peur, se rend compte qu\u2019elle n\u2019est pas seule. Dans le noir complet, elle fait&nbsp;connaissance&nbsp;avec une seconde&nbsp;voix.&nbsp;Tous&nbsp;deux sont des chercheurs, qui se sont mutuellement vus et entendus \u00e0&nbsp;la conf\u00e9rence qu\u2019ils ont donn\u00e9e le matin m\u00eame, et qui a \u00e9t\u00e9 interrompue par l&rsquo;explosion de la centrale&nbsp;Chernobyl. \u00c0 la lueur de la flamme d\u2019un briquet retrouv\u00e9, qui n\u2019est pas sans rappeler la rencontre originelle de l\u2019homme et de la femme ainsi que l\u2019invention du feu, les deux personnages \u00e9changent sur leurs vies, sur les latrines du XVe si\u00e8cle et l&rsquo;oreille int\u00e9rieure d\u2019une momie \u00e9gyptienne, qui ont permis de d\u00e9couvrir des ADN d&rsquo;un autre temps. Ils tombent amoureux. La lumi\u00e8re se rallume et nous sommes&nbsp;ramen\u00e9s quelques heures&nbsp;en arri\u00e8re. Nous assistons justement au symposium de biologie mol\u00e9culaire de l\u2019universit\u00e9 de Berkeley, \u00e0 San Francisco, en 1986. La chercheuse y intervient, avec son compagnon.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De public de la conf\u00e9rence, le spectateur devient tr\u00e8s vite t\u00e9moin de la vie de Ludo, Rosa, Luca et Ad\u00e8le, g\u00e9n\u00e9ticiens qui cherchent l&rsquo;ADN de l\u2019homme de Neandertal. On assiste aux drames de leurs existences individuelles :&nbsp;&nbsp;Ludo est un fils abandonn\u00e9 par son p\u00e8re, prix Nobel. Ad\u00e8le est une femme qui enregistre ses mots pour sa fille, parce que ses recherches ne lui permettent pas de la voir grandir. Malade, elle lutte contre sa&nbsp;m\u00e9moire qui fond, \u00ab&nbsp;un peu comme de la glace&nbsp;\u00bb.Rosa est une femme qui&nbsp;ne sait pas&nbsp;o\u00f9&nbsp;est son pays, qui aimerait aller en Isra\u00ebl voir sa famille pour comprendre. Ludo veut \u00e0 tout prix \u00ab\u00a0avoir rendez-vous avec l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb mais Ad\u00e8le lui conseille \u00ab\u00a0d&rsquo;avoir d\u2019abord rendez-vous avec lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Dans le couple de Rosa et Luca, la peur est devenue le personnage principal.&nbsp;&nbsp;Ces individus, d\u00e9chir\u00e9s entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent et d\u00e9chir\u00e9s par le pr\u00e9sent, se r\u00e9fugient dans le pass\u00e9 des os qu\u2019ils examinent, dans la solitude de leur laboratoire, au microscope\u2026 Si certains ont les pieds sur terre, tout en diss\u00e9quant les os, ils ouvrent aussi \u00e0 vif, dans le m\u00eame mouvement, leurs propres plaies, qui ne peuvent, elles, \u00eatre aseptis\u00e9es par de la Javel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Durant la premi\u00e8re heure, le spectacle avance dans un rythme effr\u00e9n\u00e9, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, imitant l&rsquo;euphorie que peut procurer la recherche \u2013 tout comme la vie&nbsp;: les destins se m\u00ealent, la pi\u00e8ce fait alterner ces histoires priv\u00e9es, le suspense li\u00e9 \u00e0 la recherche et des documents vid\u00e9o, qui retracent l\u2019histoire des relations isra\u00e9lo-palestiniennes dans les ann\u00e9es 1986-1995, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;assassinat de Yitzhak Rabin. Ces images glacent par leur actualit\u00e9. Mais ensuite, la pi\u00e8ce, tout comme la recherche, tire un peu en longueur. Les chercheurs doivent, afin de reconstituer la s\u00e9quence d\u2019ADN de l&rsquo;homme de N\u00e9andertal, examiner plus d\u2019os&nbsp;; la collection la plus prometteuse \u00e9tant celle de Zagreb, ils doivent s\u2019y rendre. Des sc\u00e8nes un peu clich\u00e9es se suivent&nbsp;: le p\u00e8re revient voir son fils abandonn\u00e9 et se fait rejeter, le triangle amoureux se gonfle de non-dits. Le rapport au public se fait aussi moins direct&nbsp;; dans la seconde conf\u00e9rence \u00e0 laquelle on assiste, dat\u00e9e de 2001, les questions ne nous sont plus adress\u00e9es.&nbsp;Peut-\u00eatre est-ce \u00e0 dessein que le spectacle laisse cette lenteur s\u2019installer&nbsp;: n\u2019est-elle pas celle de la recherche et de la vie r\u00e9elles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Si Ludo, au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, hurle sur Ad\u00e8le qui touche les os avec ses mains non gant\u00e9es \u2013 \u00ab\u00a0le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, cela ne se m\u00e9lange pas&nbsp;!\u00a0\u00bb \u2013 on ne peut que constater \u00e0 quel point, depuis les ann\u00e9es 1980, pass\u00e9 et pr\u00e9sent se m\u00e9langent dans la tragique actualit\u00e9 g\u00e9opolitique du propos, qui rend le spectacle encore plus sensible et plus engag\u00e9. Les recherches aboutissent \u00e0 un r\u00e9sultat&nbsp;inesp\u00e9r\u00e9 : les N\u00e9andertaliens et les Sapiens, qu\u2019on croyait jusque-l\u00e0 distincts, se sont m\u00e9lang\u00e9s il y a 42000 ans, et cela s\u2019est fait sur la terre m\u00eame de l\u2019actuel conflit isra\u00e9lo-palestinien. La pi\u00e8ce prend soin de distiller des gouttes d\u2019espoir, de tendresse. Il y a toujours la m\u00e9moire. Et il reste ce que dit Ad\u00e8le \u00e0 sa fille, pour ses dix ans,&nbsp;qu&rsquo;on souhaiterait performatif : \u00ab&nbsp;elle&nbsp;gagne toujours la douceur, m\u00eame si c\u2019est plus long. \u00bb&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>03 juin 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/neandertal\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte et mise en sc\u00e8ne par David Geselson \/ La Com\u00e9die (Gen\u00e8ve) \/ du 22 au 26 mai 2024 \/ Critique par Mathilde Feraud .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":18847,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[284],"class_list":["post-18850","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-mathilde-feraud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18850","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18850"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18850\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19693,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18850\/revisions\/19693"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18850"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18850"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18850"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}