{"id":17934,"date":"2024-04-25T09:28:44","date_gmt":"2024-04-25T07:28:44","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17934"},"modified":"2024-09-03T14:03:27","modified_gmt":"2024-09-03T12:03:27","slug":"entretien-avec-giulia-rumasuglia-sur-cassandre-peut-etre-neuchatel-cafe-le-glob-vendredi-29-mars-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/04\/entretien-avec-giulia-rumasuglia-sur-cassandre-peut-etre-neuchatel-cafe-le-glob-vendredi-29-mars-2024\/","title":{"rendered":"Entretien\u00a0avec Giulia Rumasuglia sur\u00a0cassandre, peut-\u00eatre\u00a0(2022)"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00a9 C\u00e9line Michel<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de l&rsquo;op\u00e9ration In\u00e9dits textes dramatiques, en collaboration avec le journal&nbsp;<em>Le Courrier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Un entretien autour de la pi\u00e8ce <em>cassandre peut-\u00eatre&nbsp;<\/em>(2022)\/ de Giulia Rumasuglia \/ <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2023\/08\/06\/cassandre-peut-etre\/\">Plus d&rsquo;infos<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/piera-biondina\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16933\">Piera Biondina<\/a><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/04\/le-mythe-dans-une-autre-frequence\/\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/04\/17931\/\">Voir aussi le c<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/04\/17931\/\">ompte rendu sur <em>cassandre peut-\u00eatre&nbsp;<\/em>(2022)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class=\"wp-block-image size-medium wp-image-14055\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"760\" height=\"902\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/cassandre-peut-etre_Giulia-Rumasuglia_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19696\" style=\"width:204px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/cassandre-peut-etre_Giulia-Rumasuglia_couverture.jpg 760w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/cassandre-peut-etre_Giulia-Rumasuglia_couverture-169x200.jpg 169w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/04\/cassandre-peut-etre_Giulia-Rumasuglia_couverture-143x170.jpg 143w\" sizes=\"auto, (max-width: 760px) 100vw, 760px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 C\u00e9line Michel<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Neuch\u00e2tel, Caf\u00e9 Le Glob, vendredi 29 mars 2024<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Piera&nbsp;Biondina, pour l\u2019Atelier critique (P.B.)<\/strong>&nbsp;: Dans le texte, il n\u2019y a pas de didascalie pour d\u00e9crire les lieux de la pi\u00e8ce. On sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9\u00e9criture de la pi\u00e8ce&nbsp;<em>Agamemnon<\/em>&nbsp;d\u2019Eschyle, mais il y a \u00e9galement des \u00e9l\u00e9ments m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2traux qui laissent penser que cette pi\u00e8ce se d\u00e9roule sur un plateau de th\u00e9\u00e2tre. Quelle&nbsp;\u00e9tait l\u2019image que vous aviez en&nbsp;t\u00eate en \u00e9crivant ce texte et en le mettant en sc\u00e8ne&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Giulia&nbsp;Rumasuglia<\/strong> <strong>(G.R.)<\/strong>&nbsp;: Je pensais surtout&nbsp;\u00e0&nbsp;des voix, \u00e0 une partition vocale. Je cherchais le rythme et j\u2019\u00e9tais concentr\u00e9e sur la langue et non pas sur ce qu\u2019elle allait produire sur sc\u00e8ne. J\u2019ai essay\u00e9&nbsp;de s\u00e9parer la personne qui \u00e9crit et celle qui va mettre en sc\u00e8ne. C\u2019\u00e9tait justement une difficult\u00e9 ensuite, pendant la mise en sc\u00e8ne, de ne pas modifier sans arr\u00eat le texte. Avec la personne qui s\u2019occupait de la sc\u00e9nographie (Antonie Oberson) il y avait l\u2019id\u00e9e de repr\u00e9senter des ruines, mais des ruines avec lesquelles on peut recomposer quelque chose de nouveau, un peu comme je fais avec le texte. Je travaille avec les ruines d\u2019un texte, car le texte d\u2019Eschyle a&nbsp;de nombreuses lacunes, et j\u2019\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00e0&nbsp;ce qu\u2019on met dans ces trous. Pour la sc\u00e9nographie, j\u2019avais aussi envie de travailler avec de la mati\u00e8re molle, parce que le mou peut \u00e9touffer la voix. Il faut aussi se rappeler que j\u2019ai travaill\u00e9 avec un texte qui a \u00e9t\u00e9 traduit du grec ancien et on peut se r\u00e9emparer des choses&nbsp;\u00e0&nbsp;travers la traduction, surtout d\u2019une langue morte. Et apr\u00e8s, il s\u2019agit de voir ce qu\u2019on en fait aujourd\u2019hui et comment&nbsp;cela&nbsp;nous parle. La traduction du texte d\u2019Eschyle avec laquelle j\u2019ai travaill\u00e9 (Florence Dupont, chez l\u2019Arche) est d\u00e9crite par la traductrice comme une&nbsp;\u00ab&nbsp;partition musicale&nbsp;\u00bb&nbsp;et cela me plaisait pas mal. C\u2019\u00e9tait donc une imagination tr\u00e8s sonore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong>&nbsp;Ce sont surtout les voix de \u201c13\u201d et de&nbsp;\u201c14\u201d qui peuplent cette histoire : est-ce que vous pourriez en parler&nbsp;? Pourquoi ces noms, pour commencer&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;:<\/strong> Dans le ch\u0153ur du th\u00e9\u00e2tre grec, il y a toujours douze personnes, repr\u00e9sentant la soci\u00e9t\u00e9. Dans&nbsp;<em>Agamemnon<\/em>, le ch\u0153ur est compos\u00e9 de douze vieillards. Dans&nbsp;<em>cassandre, peut-\u00eatre<\/em>, on a en revanche 13 et 14, qui sont jou\u00e9es par des jeunes femmes. Je les voyais comme les rempla\u00e7antes du ch\u0153ur, qui avaient toujours attendu de pouvoir jouer et&nbsp;n\u2019en&nbsp;avaient jamais eu l\u2019occasion.&nbsp;13 et 14 ont enfin l\u2019occasion de venir parler, mais elles vont raconter l\u2019histoire&nbsp;\u00e0&nbsp;leur mani\u00e8re et elles ne sont pas forc\u00e9ment d\u2019accord sur la mani\u00e8re de faire cela, il y a des frottements entre les diff\u00e9rentes versions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong> Et puis il y a aussi la radio, avec laquelle&nbsp;cassandre \u00ab&nbsp;joue&nbsp;\u00bb&nbsp;et&nbsp;qui \u00e9met des bulletins m\u00e9t\u00e9o et des morceaux de musique, dont les titres sont int\u00e9gr\u00e9s&nbsp;au&nbsp;texte. D\u2019o\u00f9&nbsp;vient ce choix de la radio comme \u00e9l\u00e9ment structurant&nbsp;de la pi\u00e8ce&nbsp;?&nbsp;&nbsp;Les bulletins&nbsp;sont-ils comme des proph\u00e9ties&nbsp;li\u00e9es au personnage de cassandre, auxquelles on ne croit peut-\u00eatre pas tout le temps ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;: <\/strong>cassandre est une proph\u00e9tesse qui&nbsp;\u00e0&nbsp;un moment d\u00e9cide d\u2019arr\u00eater de parler parce qu\u2019elle voit que cela ne sert&nbsp;\u00e0&nbsp;rien, et je m\u2019imaginais qu\u2019\u00e0 un moment elle commence&nbsp;\u00e0&nbsp;se consoler en \u00e9coutant des bulletins m\u00e9t\u00e9o, qui sont une sorte de proph\u00e9ties mais<em>&nbsp;low key<\/em>.&nbsp;\u00c0&nbsp;la base c\u2019\u00e9tait donc la voix de cassandre qui revient par cette radio. Mais ces bulletins m\u00e9t\u00e9o parlent beaucoup de feu, aussi. J\u2019ai&nbsp;\u00e9crit la pi\u00e8ce pendant l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;2022, un&nbsp;\u00e9t\u00e9 avec beaucoup d\u2019incendies, et le feu est un \u00e9l\u00e9ment qui revient tout le temps dans la pi\u00e8ce d\u2019Eschyle. J\u2019avais envie de faire un lien avec le message qu\u2019est le feu&nbsp;: est-ce qu\u2019on l\u2019\u00e9coute&nbsp;? qu\u2019est-ce qu\u2019on en fait&nbsp;? Il y a un petit clin d\u2019\u0153il \u00e9cologique, au changement climatique. De plus, le feu est le signal de la victoire de la guerre et la pi\u00e8ce porte le nom d\u2019Agamemnon, qui revient vainqueur de cette guerre, alors qu\u2019en fait il ne parle pas tellement. Pourquoi donc&nbsp;?&nbsp;&nbsp;Les trag\u00e9dies grecques, ce sont tous des contextes de concours, il s\u2019agit de gagner. C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019id\u00e9e de s\u2019extraire de cette culture de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, de la comp\u00e9tition, de&nbsp;<em>l\u2019agon,&nbsp;<\/em>enfin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong> Cette pi\u00e8ce semble fonctionner&nbsp;\u00e0&nbsp;travers un dispositif de conversations rat\u00e9es, ou de dialogues vou\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chec.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;:<\/strong> Oui, c\u2019est vrai qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une pi\u00e8ce o\u00f9&nbsp;on essaie de raconter une histoire mais o\u00f9&nbsp;il y a toujours des choses qui viennent emp\u00eacher&nbsp;ce r\u00e9cit. 13 et 14, au d\u00e9but, veulent la narrer comme elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite, mais la pr\u00e9sence&nbsp;perturbatrice de cassandre et de son silence emp\u00eachent de raconter cette histoire. Quand je dis cassandre, c\u2019est aussi la radio, qui est une autre force qui vient proposer autre chose. Et ici la musique devient tr\u00e8s importante. J\u2019ai beaucoup travaill\u00e9 avec la musique des pionni\u00e8res de la musique \u00e9lectronique, comme Daphne Oram,&nbsp;Eliane Radigue, Delia Derbyshire, \u2026Parmi les premi\u00e8res personnes \u00e0 faire de la musique \u00e9lectronique, il y avait beaucoup de femmes, car c\u2019\u00e9tait accessible en dehors&nbsp;des institutions et du syst\u00e8me contr\u00f4l\u00e9 par les hommes. Je trouve cette musique fascinante, parce que c\u2019est un travail sur des fr\u00e9quences sp\u00e9ciales qui modifient les perceptions.&nbsp;J\u2019ai ins\u00e9r\u00e9 des morceaux de musique dans le texte parce que pour moi les moments dans la pi\u00e8ce avec ces silences musicaux sont des moments o\u00f9&nbsp;les choses peuvent venir ensemble. La radio diffuse ces sons et les personnages peuvent se retrouver l\u00e0-dedans. C\u2019est l\u2019\u00e9chec du&nbsp;<em>logos<\/em>, qui ne peut pas nous amener tr\u00e8s loin. On a donc besoin d\u2019une autre fr\u00e9quence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;: <\/strong>Je pense aussi au multilinguisme de la pi\u00e8ce&nbsp;: on retrouve des phrases en italien, en suisse allemand, en anglais, cassandre parle une langue \u00e9trang\u00e8re. Est-ce que cela aussi fait partie de votre r\u00e9flexion autour de cet&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e9chec du logos&nbsp;\u00bb&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;: <\/strong>cassandre parle une langue \u00e9trang\u00e8re parce qu\u2019elle vient d\u2019ailleurs.&nbsp;D\u00e9j\u00e0&nbsp;dans la pi\u00e8ce d\u2019Eschyle,&nbsp;c\u2019est comme&nbsp;\u00e7a, et j\u2019ai voulu le garder. Pour ce qui concerne le multilinguisme, il s\u2019agit de quelque chose d\u2019important pour moi. Je trouve qu\u2019avoir plusieurs courants de paroles qui ne se comprennent pas forc\u00e9ment peut porter&nbsp;\u00e0&nbsp;quelque chose. Si on m\u00e9lange les langues il y a peut-\u00eatre autre chose qui va \u00e9merger. Dans ma vie je suis au milieu de plusieurs langues car j\u2019ai un p\u00e8re italien et une m\u00e8re suisse allemande et, bien que ma langue maternelle soit le fran\u00e7ais,&nbsp;\u00eatre autour d\u2019autres langues me met dans un endroit o\u00f9&nbsp;justement je ne comprends pas tout mais en&nbsp;m\u00eame temps je peux comprendre d\u2019autres choses, des choses sous la langue. Et cela m\u2019int\u00e9resse beaucoup, le fait de faire intervenir d\u2019autres langues au th\u00e9\u00e2tre. Il ne s\u2019agit pas de tout comprendre mais plut\u00f4t de voir ce que&nbsp;\u00e7a cr\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong> Vous dites&nbsp;\u00ab&nbsp;sous la langue&nbsp;\u00bb. Sous le silence de cassandre aussi&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;:&nbsp;<\/strong>cassandre a clairement une influence sur 13 et 14&nbsp;\u2013&nbsp;qui sont des personnes de parole&nbsp;\u2013&nbsp;et lorsqu\u2019\u00e0 la fin elle leur laisse sa radio, c\u2019est leurs voix qui en sortent, c\u2019est leur v\u00e9rit\u00e9. Je voulais voir comment cassandre pouvait contaminer 13 et 14 avec son silence. On sort de l\u2019histoire du mythe et c\u2019est un autre type de langage qui peut ainsi advenir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong> La tirade finale a effectivement un air de manifeste pour la fin du mythe. J\u2019ai eu l\u2019impression que votre pi\u00e8ce faisait<em>tabula rasa<\/em>&nbsp;du mythe, qu\u2019elle le vidait. Est-ce que cela est en ligne avec cette volont\u00e9 dont vous venez de parler de&nbsp;\u00ab&nbsp;sortir de l\u2019histoire du mythe&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;:<\/strong> Oui, c\u2019est vraiment&nbsp;\u00ab&nbsp;passer en revue&nbsp;\u00bb. Pour moi un des moments&nbsp;centraux dans la pi\u00e8ce c\u2019est lorsque 14 joue Clytemnestre et elle est cens\u00e9e avoir un dialogue avec cassandre. Dans la pi\u00e8ce originale on a d\u00e9j\u00e0&nbsp;un silence de Cassandre, mais ici 14 dit qu\u2019elle n\u2019est pas d\u2019accord avec ce qui se passe dans l\u2019histoire. Pour moi, c\u2019est un peu le pivot de la pi\u00e8ce&nbsp;: s\u2019arr\u00eater et remettre en question tout ce qu\u2019on s\u2019est toujours racont\u00e9 pour r\u00e9fl\u00e9chir au fait qu\u2019il y a d\u2019autres r\u00e9cits. Donna Haraway parle de \u00ab&nbsp;r\u00e9cits mineurs&nbsp;\u00bb qu\u2019il faut ramener. Il faut faire la&nbsp;<em>tabula rasa<\/em>&nbsp;des grands noms, des h\u00e9ros, pour voir ce qu\u2019il y a au-dessous, ou&nbsp;\u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong> Vous parlez du moment o\u00f9 14<em>&nbsp;joue<\/em>&nbsp;Clytemnestre.&nbsp;<em>cassandre peut-\u00eatre<\/em>&nbsp;est en effet une pi\u00e8ce m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale .&nbsp;Etait-ce n\u00e9cessaire pour vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;: <\/strong>La difficult\u00e9 \u00e9tait de comprendre jusqu\u2019o\u00f9&nbsp;expliquer le mythe et la pi\u00e8ce d\u2019Eschyle. Il faut toujours penser&nbsp;\u00e0&nbsp;qui on s\u2019adresse et choisir&nbsp;\u00e0&nbsp;quel point on prend le temps d\u2019expliquer. Mais finalement, la chose importante \u00e9tait de comprendre qu\u2019on d\u00e9tourne le mythe et on fait parler d\u2019autres gens, et le public va prendre ce qu\u2019il y a&nbsp;\u00e0&nbsp;prendre. C\u2019est une pi\u00e8ce m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2trale&nbsp;au sens o\u00f9&nbsp;je voulais proposer une r\u00e9flexion sur la question de&nbsp;\u00e0&nbsp;qui on donne la parole et ce qu\u2019on fait dire \u00e0 ces personnes, et j\u2019aime que cette question soit tiss\u00e9e dans la narration.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;: <\/strong>L\u2019id\u00e9e que la langue ne suffit peut-\u00eatre pas est importante pour vous.&nbsp;Est-ce la raison des nombreux&nbsp;n\u00e9ologismes qu\u2019on trouve dans votre&nbsp;pi\u00e8ce, ou du geste de coller ensemble plusieurs mots. Pour donner des exemples, les personnages utilisent des termes comme&nbsp;\u00ab&nbsp;postdire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;pyroguerre&nbsp;\u00bb&nbsp;et&nbsp;\u00ab&nbsp;traumatexte&nbsp;\u00bb. Ce dernier mot, par exemple, pourriez-vous en parler ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;: <\/strong>Les textes de la trag\u00e9die ancienne, ce sont des textes d\u2019une violence&nbsp;inou\u00efe. C\u2019est tr\u00e8s sanglant ce qui se passe&nbsp;dans&nbsp;<em>Agamemnon<\/em>. D\u00e9j\u00e0, il retourne d\u2019une guerre, et apr\u00e8s il se fait tuer, et Cassandre aussi se fait tuer. C\u2019est un v\u00e9ritable bain de sang. La trag\u00e9die, c\u2019est beaucoup&nbsp;\u00e7a aussi, et je voulais prendre du recul et poser la question de ce qu\u2019on pourrait faire apr\u00e8s&nbsp;ce choc. Pour les n\u00e9ologismes, ils renvoient aux carcans de la langue, \u00e0 la mani\u00e8re dont la langue nous enferme. Je voulais proposer des r\u00e9flexions autour du langage : qu\u2019est-ce qui passe par les mots, qu\u2019est-ce qui ne passe pas par les mots, dans le silence par exemple. Et donc je me disais que c\u2019\u00e9tait bien,&nbsp;pour ces personnages qui n\u2019ont pas tellement le droit&nbsp;\u00e0 la parole, d\u2019inventer leurs propres mots. 13 et 14 ont besoin de nouveaux mots pour dire leur v\u00e9rit\u00e9. Et puis aussi c\u2019est une forme de lib\u00e9ration. Jouer avec la langue et ne pas respecter les r\u00e8gles c\u2019est un outil f\u00e9ministe. Je viens de r\u00e9aliser que dans la pi\u00e8ce&nbsp;<em>femme dispara\u00eet (versions)<\/em>, \u00e0&nbsp;laquelle je travaille actuellement, Julia Haenni fait elle aussi ce type de geste. Cela me fait penser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une v\u00e9ritable n\u00e9cessit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B&nbsp;: <\/strong>Pour conclure, pourquoi le&nbsp;\u00ab&nbsp;peut-\u00eatre&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du nom de cassandre dans le titre ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R&nbsp;:<\/strong> C\u2019est&nbsp;\u00ab&nbsp;peut-\u00eatre&nbsp;\u00bb&nbsp;parce qu\u2019on n\u2019est pas dans la certitude. cassandre n\u2019est pas dans la certitude&nbsp;: elle va peut-\u00eatre parler, peut-\u00eatre pas, on va peut-\u00eatre la croire, peut-\u00eatre pas. Le \u00ab&nbsp;peut-\u00eatre&nbsp;\u00bb&nbsp;indique pour moi l\u2019interstice entre le mot et le silence. Cela remet \u00e9galement en question le fait qu\u2019elle soit un personnage important.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.B.&nbsp;:<\/strong> Vous avez cit\u00e9 votre prochain projet,&nbsp;<em>femme dispara\u00eet (version)<\/em>&nbsp;de Julia Haenni, pour lequel vous vous occupiez de la mise en sc\u00e8ne.&nbsp;Pouvez-vous en dire quelques mots, ainsi que de vos&nbsp;autres futurs projets&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.R.&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Je travaille&nbsp;\u00e0&nbsp;la mise en sc\u00e8ne d\u2019une pi\u00e8ce&nbsp;\u00e9crite par Julia Haenni qui s\u2019intitule&nbsp;<em>femme dispara\u00eet (versions)<\/em> repr\u00e9sent\u00e9e au Poche&nbsp;\u00e0 Gen\u00e8ve du 15 avril au 5 mai 2024. C\u2019est aussi une pi\u00e8ce qui remet en question les scripts qui sont toujours assign\u00e9s aux femmes. Je travaille \u00e9galement&nbsp;\u00e0&nbsp;une traduction et adaptation d\u2019une pi\u00e8ce de Friedrich D\u00fcrrenmatt,&nbsp;<em>Hercule et les Ecuries d\u2019Augias<\/em>. Dans cette version, intitul\u00e9e simplement&nbsp;<em>Hercule<\/em>, une actrive va incarner Hercule, et le h\u00e9ros aura pour t\u00e2che non pas de montrer ses muscles, mais de flexer sa voix.&nbsp;Ce&nbsp;spectacle&nbsp;sera cr\u00e9\u00e9&nbsp;au Th\u00e9\u00e2tre de&nbsp;Vidy \u00e0&nbsp;Lausanne en novembre 2024 et tournera en 2025 au Th\u00e9\u00e2tre Benno-Besson \u00e0&nbsp;Yverdon-les-Bains et&nbsp;\u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Piera Biondina. <\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":19696,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[281],"class_list":["post-17934","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-piera-biondina"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17934","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17934"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17934\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19704,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17934\/revisions\/19704"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19696"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17934"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}