{"id":17781,"date":"2024-03-23T22:55:59","date_gmt":"2024-03-23T21:55:59","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17781"},"modified":"2025-02-07T12:05:32","modified_gmt":"2025-02-07T11:05:32","slug":"rectum-crocodile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/03\/rectum-crocodile\/","title":{"rendered":"Rectum Crocodile"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Rectum Crocodile<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Marvin M&rsquo;toumo \/ L&rsquo;Arsenic (Lausanne)\/ du 21 au 24 mars 2024 \/ Critiques par Mathilde Feraud et Cl\u00e9lie Vuillaume. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une arche de No\u00e9 de la col\u00e8re<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"714\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17782\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-2.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-2-280x200.jpg 280w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-2-238x170.jpg 238w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-2-768x548.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Albane Durand-Viel &amp; Sarah Marachly<br><br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Marvin M\u2019Toumo pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019Arsenic, <em>\u00e0 l&rsquo;occasion du festival \u00ab&nbsp;Programme commun&nbsp;\u00bb, <\/em>son deuxi\u00e8me spectacle, cr\u00e9\u00e9 au Pavillon ADC de Gen\u00e8ve fin 2023. Entre performance, d\u00e9fil\u00e9, th\u00e9\u00e2tre, po\u00e9sie jou\u00e9e, danse et chant,&nbsp;<\/em>Rectum Crocodile<em>&nbsp;livre un conte m\u00ealant habilement Histoire et histoire. Sous ses allures de cabaret \u00e0 la fois tragique et carnavalesque, le spectacle hurle les r\u00e9alit\u00e9s de la colonisation, bien trop souvent oubli\u00e9es. Spectateurs, pr\u00e9parez-vous&nbsp;\u00e0 \u00eatre \u00e9clabouss\u00e9s par une vague de col\u00e8re qui ne va pas vous laisser indemnes.&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On entre dans la p\u00e9nombre sur la sc\u00e8ne, ou plut\u00f4t dans une sorte de clairi\u00e8re aseptis\u00e9e&nbsp;: pelouse vert billard, agr\u00e9ment\u00e9e de quelques bosquets de fausses plantes grasses. Un ennuyant bruit de mouches nous assaille, \u00e0 peine sommes-nous assis. Le dispositif est quadrifrontal&nbsp;: le premier rang, immerg\u00e9 totalement sur le plateau, a les pieds sur l\u2019aire de jeu. Ce dispositif nous met, tout comme va le faire le spectacle, en face de nous-m\u00eames, mais nous donne \u00e9galement l\u2019impression d\u2019assi\u00e9ger la sc\u00e8ne.&nbsp;&nbsp;Le noir se fait et une voix d\u2019enfant prend la parole, sans se montrer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une fois, il \u00e9tait\u2026&nbsp;\u00bb. La voix, tout au long du spectacle, \u00ab raconte l\u2019amertume des tropiques.&nbsp;\u00bb En ce \u00ab&nbsp;matin de col\u00e8re&nbsp;\u00bb, les animaux souhaitent venir s\u2019exprimer sur la colonisation, le racisme et sur la violence faite aux hommes au nom de leurs diff\u00e9rences.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le bestiaire se fait au d\u00e9but charmant et d\u2019allure l\u00e9g\u00e8re, presque enfantine&nbsp;:&nbsp;&nbsp;sur la sc\u00e8ne d\u00e9sormais&nbsp;<em>catwalk<\/em>, dans des tenues \u00e0 poils et \u00e0 plumes dignes de grands d\u00e9fil\u00e9s, les acteurs paradent, se pr\u00e9lassent. Se succ\u00e8dent le coq, coqueluche des Fran\u00e7ais, puis le chat sans race, incarn\u00e9 par un.e performeur.euse marchant \u00e0 quatre pattes \u00e0 reculons, une t\u00eate de chat pos\u00e9e sur son derri\u00e8re. Iel montre au public ses griffes. Puis vient le chien b\u00e2tard cr\u00e9ole, \u00ab&nbsp;sans papier, sans niche et sans amour&nbsp;\u00bb. Il y aura \u00e9galement des oiseaux blancs, des oiseaux noirs, un dodo jaune miracul\u00e9. Chacun de ces animaux porte \u2013 marqu\u00e9 au fer rouge dans ses entrailles \u2013 l\u2019exclusion, un fouillis identitaire, de multiples origines et la cruaut\u00e9 des hommes. Ce sont des laiss\u00e9s-pour-compte. Ils aboient, miaulent, coassent sur le public avec leur panache&nbsp;: ils sont plus beaux et bien plus agiles que nous\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si les animaux n\u2019ont que leurs bruits pour s\u2019adresser aux hommes et les intimider, les femmes qui leur succ\u00e8dent nous sollicitent par leur parole. Entrent tour \u00e0 tour une \u00ab&nbsp;diablesse cacao et son enfant choco&nbsp;\u00bb, par\u00e9e comme une reine, sortant de son d\u00e9collet\u00e9 des tasses et invitant le public \u00e0 boire l\u2019urine de son fils, qui est du chocolat. Puis entrent une esclave fuyant sa plantation, poursuivie par des chiens sonores, une jeune femme meurtrie d\u2019amour pour son ma\u00eetre et d\u2019autres encore.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque personnage nous donne des bribes de son histoire et surtout de ses r\u00eaves, r\u00eaves o\u00f9 \u00ab&nbsp;les mangeurs de b\u00e9b\u00e9s chocos&nbsp;\u00bb seraient accabl\u00e9s par des mouches ou d\u00e9capit\u00e9s. Tous.tes r\u00eavent d\u2019un d\u00e9luge, d\u00e9luge de leur col\u00e8re, de leur vengeance. Toutes et tous nous questionnent et nous condamnent dans notre rapport au monde, que cela soit \u00e0 propos de la nature, de nos animaux, du racisme, de la consommation, de l\u2019amour, de la foi, de la violence physique, de la colonisation, de la domination culturelle, de la tendance de l\u2019homme \u00e0 \u00ab&nbsp;exterminer, d\u00e9truire, puis larmoyer de ses erreurs&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;Ils nous posent en ch\u0153ur cette question&nbsp;: \u00ab&nbsp;As-tu pens\u00e9 \u00e0 la traite atlantique ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Plus les personnages d\u00e9filent, plus le podium devient un lieu d\u2019affrontement. Non pas entre les divers personnages&nbsp;\u2013&nbsp;ils partagent tous la m\u00eame col\u00e8re&nbsp;\u2013&nbsp;mais entre les acteurs.rices\/performeurs.euses et le public.&nbsp;&nbsp;Assign\u00e9 \u00e0 son si\u00e8ge, le spectateur est t\u00e9moin de la d\u00e9tresse et de l\u2019histoire de ces \u00eatres, ce qui le renvoie \u00e0 sa propre culpabilit\u00e9. Bien qu\u2019on lui demande son aide, son \u00e9coute, bien qu\u2019il soit exhort\u00e9 \u00e0 l\u2019action, il est scotch\u00e9 sur sa chaise, il ne peut rien faire, ou du moins, n\u2019ose rien faire. Le conte n\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019un pr\u00e9texte&nbsp;pour refl\u00e9ter sa passivit\u00e9 dans le face-\u00e0-face avec l\u2019Histoire. En plus d\u2019\u00eatre incrimin\u00e9s \u00e0 raison, les spectateurs sont renvoy\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames par l\u2019ing\u00e9nieux dispositif sc\u00e9nique : ils peuvent observer leur stupeur, leur embarras dans les yeux des spectateurs d\u2019en face. Ils ne peuvent \u00e9chapper, ni s\u2019\u00e9chapper&nbsp;face \u00e0 ce tribunal de fortune, form\u00e9 par des malheurs dont nous sommes la cause. Malgr\u00e9 quelques longueurs qui d\u00e9vitalisent par moments le propos, on reste \u00e9bahis par la fluidit\u00e9 de la d\u00e9marche, auquel on n\u2019assiste pas sans impunit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable arche de No\u00e9 de la col\u00e8re, la performance nous met face aux rescap\u00e9s d\u2019un d\u00e9luge, celui de la violence\u00a0et de la b\u00eatise humaines, de la haine de l\u2019homme envers l\u2019Autre. G\u00e9nocides, ostracisme\u2026 Nous sommes face \u00e0 des battants, dont les anc\u00eatres ont lutt\u00e9 et qui nous offrent \u00e0 voir leur lutte, de sang et de boue, dans leur \u00e9clatante beaut\u00e9. Li\u00e9s par l\u2019Histoire et l\u2019histoire, ils font entendre leur col\u00e8re au monde. Elle\u00a0tonitrue \u00e0 nos oreilles, dans un texte par moments po\u00e9tique et habilement rim\u00e9,\u00a0port\u00e9 par un \u00e9clairage subtil, une bande-son, mais aussi par des costumes aux allures baroques, de couleurs tropicales qui nous murmurent\u00a0:\u00a0<em>sois r\u00e9volutionnaire<\/em>\u00a0mais\u00a0<em>make it fashionable<\/em>\u2026 Le spectacle nous enivre, tout en nous pr\u00e9venant\u00a0: \u00ab\u00a0Ne vous enivrez pas de la po\u00e9sie qui dit le mot n\u00e8gre.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0Attention donc\u00a0: ouvrez vos oreilles. Attention \u00e0 la vague, elle risque de vous emporter.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9filer le coton<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17553\"> Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"714\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17789\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-280x200.jpg 280w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-238x170.jpg 238w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/1701790802-768x548.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Albane Durand-Viel &amp; Sarah Marachly<br><br><br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans le cadre du festival \u00ab&nbsp;Programme commun&nbsp;\u00bb, Marvin M\u2019Toumo pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019Arsenic une performance cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019ADC (Association pour la danse contemporaine) de Gen\u00e8ve en fin 2023. D\u00e9nonciatrice \u00e9poustouflante et n\u00e9cessaire, elle est un champ dans lequel les \u00ab&nbsp;cr\u00e9atures&nbsp;\u00bb de l\u2019ombre reconqui\u00e8rent un cri, une voix, une lumi\u00e8re, et un corps.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9filer&nbsp;: acte inverse de filer. Sur Internet, je lis qu\u2019 \u00ab&nbsp;il est important de&nbsp;noter que ces deux processus sont g\u00e9n\u00e9ralement irr\u00e9versibles : une fois que le coton a \u00e9t\u00e9 fil\u00e9 en fil, il ne peut pas \u00eatre retransform\u00e9 en fibres de coton, et une fois qu\u2019un fil a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fait, il ne peut pas \u00eatre facilement r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans le tissu&nbsp;\u00bb.&nbsp;R\u00e9v\u00e9lateur,&nbsp;me dis-je, de l\u2019irr\u00e9vocabilit\u00e9 de certains gestes. Comme celui, encore et \u00e0 jamais coupable, de la traite historique des noir.e.x.s, dont les descendant.e.x.s portent encore dans leur peau, les blessures non pans\u00e9es, impensables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette Histoire, trop longtemps tue, il faut la raconter. Dans une \u00e9criture qui s\u2019empare des mots et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer avec eux, le discours se d\u00e9ploie, important, primordial, politiquement engag\u00e9 en faveur d\u2019une lutte d\u00e9coloniale d\u2019abord, mais aussi, et parce que ces revendications se recoupent, f\u00e9ministe, queer, anticapitaliste et \u00e9cologique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La narration est assum\u00e9e par la voix enregistr\u00e9e d\u2019un enfant. Sur le mode du conte, po\u00e9tique, presque mythologique, c\u2019est lui qui introduit les personnages qui entrent tour \u00e0 tour sur sc\u00e8ne \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un d\u00e9fil\u00e9. Le d\u00e9cor est l\u00e9g\u00e8rement v\u00e9g\u00e9tal&nbsp;; au sol, quelques plantes. Mais ce sont principalement les jeux de lumi\u00e8res et les remarquables costumes \u2013 la casquette de designer de Marvin M\u2019Toumo, dipl\u00f4m\u00e9 \u00e0 la HEAD en 2019, se r\u00e9v\u00e8le ici on ne peut plus magistralement \u2013 qui font l\u2019atmosph\u00e8re de chaque r\u00e9cit. Se succ\u00e8dent ainsi une s\u00e9rie de cr\u00e9atures convi\u00e9es pour raconter \u00e0 leur mani\u00e8re leur version des faits, des crimes. Je dis&nbsp;<em>cr\u00e9atures<\/em>, car les performeur.euse.x.s interpr\u00e8tent des animaux \u2013 mais s\u2019agit-il d\u2019humains animalis\u00e9s ou d\u2019animaux humanis\u00e9s&nbsp;? \u2013 dans une gestuelle travaill\u00e9e avec pr\u00e9cision, et il est fascinant de voir comment, sous nos regards, une jambe devient patte et une main devient griffe. D\u00e9filent aussi des humains qui parlent et accusent, qui dansent leur d\u00e9sespoir et combattent leur d\u00e9mons, dans une expression qui m\u00eale une physicalit\u00e9 toujours impressionnante \u00e0 une expressivit\u00e9 du visage d\u00e9routante. On donne aussi la parole \u00e0 un cocotier, celui dont \u00ab&nbsp;on a fait le symbole de [notre] enfer paradisiaque&nbsp;\u00bb, celui qui a tout vu de l\u00e0-haut, et t\u00e9moigne aujourd\u2019hui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comment vomir ce pass\u00e9 qui empi\u00e8te, et qui contamine encore, comme crier ce cri impossible, dig\u00e9rer la souffrance, et la faire ne serait-ce qu\u2019un peu r\u00e9sonner chez l\u2019autre, qui malgr\u00e9 tout, ne pourra jamais vraiment comprendre&nbsp;? Comment sensibiliser, brusquer, choquer, blesser l\u2019autre sans violence&nbsp;? La sc\u00e8ne devient ici le lieu d\u2019une possible vengeance, d\u2019une possible&nbsp;justice.&nbsp;La mise en sc\u00e8ne est astucieuse : le public est plac\u00e9 tout autour et tout proche des com\u00e9dien.ne.x.s. Ce dispositif l\u2019engage n\u00e9cessairement activement et assure \u00e0 la performance son caract\u00e8re d\u00e9cid\u00e9ment immersif et prenant. Il est&nbsp;troublant de ressentir le frisson que laisse le mouvement d\u2019une performeuse qui passe juste devant soi. Il est d\u00e9sar\u00e7onnant de se&nbsp;faire juger par un regard fier qu\u2019elle plante dans le v\u00f4tre, menacer par un geste, humili\u00e9 par un discours tranchant de v\u00e9rit\u00e9. Le th\u00e9\u00e2tre doit pouvoir offrir ce genre d\u2019exp\u00e9rience.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Spectateur.ice.x.s blanc.he.x.s pr\u00e9parez-vous&nbsp;\u00e0 recevoir quelques claques bien d\u00e9risoires, en comparaison \u00e0 la violence v\u00e9cue et narr\u00e9e. Le spectacle est r\u00e9probateur, confrontant, mais aussi terriblement jouissif, car sous nos yeux des hommes, des femmes, et peu importe, on ne sait pas et on s\u2019en fout, bouffent l\u2019espace, incarnent avec une force d\u00e9lirante et r\u00e9volt\u00e9e leur personnages, crient, aboient, miaulent et rient, et se r\u00e9approprient, le temps d\u2019un instant, leur corps et leur voix. L\u2019effet est cathartique, le pouvoir presque sacr\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9filer le coton, pour effacer un pass\u00e9\u00a0d\u2019esclavage, c\u2019est impossible. Mais d\u00e9filer le coton pour se trouver ici, sur sc\u00e8ne, un espace pour la r\u00e9volte et un\u00a0pas vers la r\u00e9paration, c\u2019est possible. D\u00e9fier le colon, pour lui exposer, comme une adresse impos\u00e9e, ce qu\u2019il a \u00e0 voir, et ce qu\u2019il a \u00e0 voir l\u00e0-dedans.\u00a0<em>Rectum crocodile,\u00a0<\/em>ou<em>\u00a0C\u00f4lon<\/em>\u00a0et<em>\u00a0b\u00eates sauvages,\u00a0<\/em>ou bien encore et m\u00eame plut\u00f4t colons b\u00eates et sauvages, est une invitation, lyrique mais brutale, belle mais cruelle, \u00e0 op\u00e9rer un changement de perspective \u2013 rappelez-vous, ici la main devient griffe et la griffe devient main \u2013 pour une fois, sur l\u2019histoire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17553\"> Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/rectum-crocodile-marvin-mtoumo\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Marvin M&rsquo;toumo \/ L&rsquo;Arsenic (Lausanne)\/ du 21 au 24 mars 2024 \/ Critiques par Mathilde Feraud et Cl\u00e9lie Vuillaume.<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":17783,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[287,284],"class_list":["post-17781","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-clelie-vuillaume","tag-mathilde-feraud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17781","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17781"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17781\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19176,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17781\/revisions\/19176"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17783"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}