{"id":17740,"date":"2024-03-21T14:25:04","date_gmt":"2024-03-21T13:25:04","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17740"},"modified":"2025-02-07T12:06:10","modified_gmt":"2025-02-07T11:06:10","slug":"tchaika","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/03\/tchaika\/","title":{"rendered":"Tcha\u00efka"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Tcha\u00efka<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Librement inspir\u00e9 de\u00a0La Mouette d\u2019Anton Tchekhov\u00a0\/\u00a0mis en sc\u00e8ne par Natacha Belova et Tita Iacobelli \/ Th\u00e9\u00e2tre des marionnettes (Gen\u00e8ve)\/ du 19 au 24 mars 2024 \/ Critiques par Mathilde Feraud et Marguerite Thery. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une ode \u00e0 la vieillesse et au th\u00e9\u00e2tre<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-7-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17749\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-7-2.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-7-2-133x200.jpg 133w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-7-2-683x1024.jpg 683w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-7-2-113x170.jpg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-7-2-768x1152.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre des Marionnettes de Gen\u00e8ve<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au Th\u00e9\u00e2tre des Marionnettes de Gen\u00e8ve, la marionnette Tcha\u00efka (\u00ab&nbsp;la Mouette&nbsp;\u00bb en russe) entame le dernier r\u00f4le de sa vie, interpr\u00e9tant la pi\u00e8ce la plus fameuse du plus connu des dramaturges russes<\/em>.<em>&nbsp;Un spectacle attendrissant, v\u00e9ritable ode \u00e0 la vieillesse, au th\u00e9\u00e2tre et aux com\u00e9diennes illustres. Emport\u00e9s pendant cinquante minutes, ballot\u00e9s entre souvenirs d\u2019une com\u00e9dienne et bribes de <\/em>La Mouette<em>, on se prend \u00e0 souhaiter que la pi\u00e8ce de Tchekhov ait eu plus de quatre actes pour faire durer le plaisir\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une vieille dame est assise derri\u00e8re son miroir, \u00e0 une table. Elle est sur le point de se maquiller pour&nbsp;<em>le dernier acte&nbsp;de sa vie.<\/em>&nbsp;Elle veut se poudrer, mais \u00e0 peine saisit-elle son pinceau qu\u2019elle tremble. Est-ce l\u2019\u00e9ternel trac, compagnon fid\u00e8le des acteurs&nbsp;qui lui rend visite pour la derni\u00e8re fois ? Ou est-ce sa vieillesse qui lui rappelle qu\u2019elle est au cr\u00e9puscule de sa vie, malgr\u00e9 toutes celles qu\u2019elle a jou\u00e9es&nbsp;? Le premier spectacle de la compagnie Belova-Iacobelli (compagnie chilio-belgo-russe), en tourn\u00e9e depuis 2018, pose la question fondamentale de ce que devient un artiste sans son art, dans sa vieillesse, qui limite d\u00e9sormais ses possibles&nbsp;: comment incarner ce qu\u2019on ne peut plus toucher&nbsp;? Ce qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 mais vers lequel on ne peut plus retourner ? Comment accepter que les r\u00f4les se redistribuent&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tcha\u00efka<\/em>&nbsp;pourrait sembler par son titre \u00eatre un seul en sc\u00e8ne, mais Tcha\u00efka n\u2019est de loin pas seule sur la sc\u00e8ne&nbsp;: Tita Iacobelli, sa marionnettiste, est pr\u00e9sente \u00e0 vue et lui pr\u00eate sa voix et m\u00eame son corps&nbsp;: telles des siamoises, elles partagent les m\u00eames jambes. Tcha\u00efka est une marionnette port\u00e9e, \u00e0 bras-le-corps. Iacobelli ne donne pas seulement vie \u00e0 Tcha\u00efka&nbsp;: elle est aussi un personnage. C\u2019est une petite voix, parfois le souvenir de ce qu\u2019\u00e9tait Tcha\u00efka jeune et l\u2019assistante de celle qui a \u00ab&nbsp;jou\u00e9&nbsp;<em>la Mouette<\/em>&nbsp;des millions de fois&nbsp;\u00bb, une jeune femme qui doit lui rappeler constamment son texte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Car Tcha\u00efka doit interpr\u00e9ter Arkadina, c\u00e9l\u00e8bre com\u00e9dienne, m\u00e8re de Constantin, un po\u00e8te aspirant. Arkadina vient \u00e0 la campagne assister \u00e0 la premi\u00e8re pi\u00e8ce de son fils, mais ne la comprend pas. Elle la trouve \u00ab&nbsp;apocalyptique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;d\u00e9cadente&nbsp;\u00bb. Tcha\u00efka pr\u00e9f\u00e8rerait jouer Nina, la jeune actrice prometteuse, dont elle conna\u00eet le texte mieux que le sien. La mise en abyme d\u2019une marionnette interpr\u00e9tant elle-m\u00eame un r\u00f4le d\u2019actrice n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans \u00e9voquer&nbsp;<em>La Mouette<\/em>, dont les personnages eux-m\u00eames sont com\u00e9diens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tcha\u00efka arrive au milieu d\u2019un plateau aux allures de grenier. Elle se d\u00e9sole d\u2019un d\u00e9cor si minimaliste, qu\u2019elle ne comprend pas et qu\u2019elle trouve elle aussi \u00ab&nbsp;apocalyptique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;d\u00e9cadent&nbsp;\u00bb. Un long rideau blanc tombe en cascade sur la sc\u00e8ne au centre&nbsp;; c\u00f4t\u00e9 cour, une table ovale est recouverte d\u2019un drap de la m\u00eame couleur que le rideau et un fauteuil cossu est lui aussi emball\u00e9 dans le tissu blanc. \u00ab Mais pourquoi il n\u2019y a pas de lac&nbsp;? c\u2019est l\u2019\u00e2me de&nbsp;<em>la Mouette,<\/em>&nbsp;le lac&nbsp;\u00bb, s\u2019indigne-t-elle.&nbsp;&nbsp;Elle doit jouer, mais ne trouve personne \u00e0 qui donner la r\u00e9plique. Elle doit donc s\u2019improviser \u00e0 la fois Arkadina, son amant l\u2019\u00e9crivain, son fils Constantin, Nina, et \u00e9voluer dans ce d\u00e9cor dont elle n\u2019a pas l\u2019habitude. Elle d\u00e9plore de devoir discuter avec une peluche en guise de fils.&nbsp;&nbsp;Mais elle doit aussi lutter pour ne pas oublier qu\u2019elle est sur sc\u00e8ne. Le plateau poussi\u00e9reux abrite par son d\u00e9cor les vestiges de souvenirs, que Tcha\u00efka ressasse et ram\u00e8ne \u00e0 la vie, regrettant sa jeunesse perdue&nbsp;: elle rejoue son pass\u00e9 de grande actrice, redevient pour un temps Gertrude, la m\u00e8re d\u2019Hamlet, puis La Traviata\u2026 Mais elle doit terminer la pi\u00e8ce, tenir, jouer, co\u00fbte que co\u00fbte. Elle doit briller une derni\u00e8re fois. Tcha\u00efka ne joue-t-elle pas son propre r\u00f4le en incarnat Arkadina ? N\u2019incarne-t-elle pas sa propre trag\u00e9die, celle d\u2019une femme qui n\u2019envisage pas sa vie sans la sc\u00e8ne et qui doit malheureusement c\u00e9der sa place ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hommage discret au dramaturge russe se sent au travers du d\u00e9cor minimaliste qui respecte le principe dit du \u00ab&nbsp;fusil&nbsp;\u00bb de Tchekhov (tout ce qui figure sur sc\u00e8ne est utilis\u00e9) mais il se per\u00e7oit aussi dans le texte, dont la composition ing\u00e9nieuse se d\u00e9veloppe \u00ab&nbsp;autour&nbsp;\u00bb de Tchekhov et qui a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 \u00e0 partir d\u2019improvisations. Si la marionnette est hybride, le spectacle l\u2019est aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action oscille entre les souvenirs de Tcha\u00efka, sa gloire, des airs italiens et des fragments de&nbsp;<em>La Mouette<\/em>.&nbsp;&nbsp;Le spectacle fait habilement circuler le spectateur entre les diff\u00e9rents niveaux de fiction et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 franchir le quatri\u00e8me mur, ou m\u00eame \u00e0 discourir sur la pi\u00e8ce dans la pi\u00e8ce. Arkadina \u2013 ou est-ce Tcha\u00efka&nbsp;? \u2013&nbsp;d\u00e9plore de jouer seulement devant un public de 67 personnes, nombre exact de personnes pr\u00e9sentes dans la salle ce soir-ci : \u00ab Des adieux de merde&nbsp;\u00bb, constate-t-elle. Mais, parfois, le plateau s\u2019assombrit et nous la voyons regarder la neige qui tombe sur sc\u00e8ne, comme si elle \u00e9tait suspendue entre deux mondes. Les diff\u00e9rents niveaux de la pi\u00e8ce sont \u00e9galement brouill\u00e9s par la proximit\u00e9 saisissante des trois femmes. Arkadina, russe, et Tcha\u00efka, d\u2019origine italienne, jouent dans une langue qui leur est \u00e9trang\u00e8re, le fran\u00e7ais.&nbsp;&nbsp;Tita Iacobelli, chilienne, a appris le fran\u00e7ais pour pouvoir jouer la pi\u00e8ce. Toute ces femmes se rencontrent donc dans un espace au-del\u00e0 de la fiction, cet espace \u00e9tant lui-m\u00eame un clin d\u2019\u0153il au dramaturge russe&nbsp;:&nbsp;<em>La Mouette&nbsp;<\/em>regorge de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 d\u2019autres \u0153uvres, qui sont ici mises en sc\u00e8ne sous forme d\u2019\u00e9bauches, et se r\u00e9v\u00e8lent partie int\u00e9grante de la vie de Tcha\u00efka.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les spectateurs auraient pu \u00eatre d\u00e9rout\u00e9s par ces points de rencontres qui brouillent les fronti\u00e8res entre le r\u00e9el et la fiction, mais la marionnette les guide. Finalement elles inverseront leurs r\u00f4les pour le grand final&nbsp;: c\u2019est la marionnette qui guidera la marionnettiste, comme si elle avait enfin apprivois\u00e9 sa libert\u00e9, si elle se laissait, mouette, enfin libre de voler vers de nouveaux horizons et d\u2019accepter son \u00e2ge, illustrant \u00e0 la fois la beaut\u00e9 de la vieillesse et la richesse de la pi\u00e8ce intemporelle du dramaturge russe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/mathilde-feraud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17544\">Mathilde Feraud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le dernier tour d\u2019une marionnette\u00a0<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/marguerite-thery\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17550\">Marguerite Thery<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-2-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17744\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-2-2.jpg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-2-2-160x200.jpg 160w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-2-2-819x1024.jpg 819w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-2-2-136x170.jpg 136w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/TCHAIKA-2-2-768x960.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Th\u00e9\u00e2tre des Marionnettes de Gen\u00e8ve<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La marionnettiste Natacha Belova et la com\u00e9dienne-metteuse en sc\u00e8ne&nbsp;<\/em><em>Tita Iacobelli&nbsp;<\/em><em>s\u2019inspirent de&nbsp;<\/em>La Mouette<em>&nbsp;de Tchekhov \u2013 Tcha\u00efka en russe \u2013 pour un seul en sc\u00e8ne. Avec une marionnette \u00e0 gaine, une peluche, un livre et son propre corps, la marionnettiste interpr\u00e8te les quatre personnages principaux de la pi\u00e8ce de Tchekhov. L\u2019intrigue originale d\u00e9vie et se m\u00eale aux diff\u00e9rents niveaux de fiction pour \u00e9voquer surtout avec beaucoup de subtilit\u00e9 les affres que ressent une com\u00e9dienne vieillissante qui doit jouer le r\u00f4le principal, Arkadina.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tita Iacobelli et Natacha Belova se sont rencontr\u00e9es au Chili, o\u00f9 est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019un projet commun. Originaire de Russie,&nbsp;Tita Iacobelli&nbsp;propose de reprendre la pi\u00e8ce de Tchekhov, cr\u00e9\u00e9e en 1896. Celle-ci, en quatre actes, conte l\u2019histoire de Nina, une actrice en devenir, Arkadina, une diva d\u00e9chue, Konstantin, son fils et&nbsp;Trigorine, son amant. Au d\u00e9but du projet, elles cr\u00e9ent ensemble le masque pour la marionnette d\u2019Arkadina, \u00e0 partir du visage de Natacha Belova, qu\u2019elles vieillissent. Celui-ci prend de plus en plus de place dans la cr\u00e9ation, au point que les artistes aiment affirmer que c\u2019est ce masque, devenu marionnette, qui a d\u00e9cid\u00e9 de la place qu\u2019il souhaitait prendre dans le spectacle, et du r\u00f4le v\u00e9ritable qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9, celui du personnage d\u2019une ancienne diva abandonn\u00e9e sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre alors qu\u2019elle doit jouer&nbsp;<em>La Mouette<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son errance, le personnage de l\u2019ancienne com\u00e9dienne install\u00e9e dans la marionnette conserve une haute d\u2019estime d\u2019elle-m\u00eame. Loin des clich\u00e9s d\u2019une vieille dame g\u00e2teuse, gentillette, la diva refuse d\u2019\u00eatre prise par la main. Elle veut tenir : tenir son r\u00f4le de com\u00e9dienne, tenir son corps qui tremble. Perdue au milieu de ce d\u00e9cor&nbsp;o\u00f9&nbsp;elle ne reconna\u00eet rien, elle d\u00e9nonce l\u2019utilisation du livre pour jouer son amoureux, de la table qui remplace le lac cens\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9&nbsp;l\u2019\u00e2me de la mouette. Elle r\u00e9v\u00e8le les artifices des spectacles \u2013 celui o\u00f9 elle joue Arkadina et celui auquel les spectateurs assistent \u2013 elle d\u00e9signe la peluche et le livre comme objets et non plus comme personnages, elle enl\u00e8ve les draps qui servent de d\u00e9cors pour montrer ce qu\u2019il y a dessous. Dans cette qu\u00eate de v\u00e9racit\u00e9 et de rep\u00e8res, elle ne remet jamais en question son existence en tant que personnage. Si elle conc\u00e8de que ses l\u00e8vres ne bougent pas, elle ne va jamais jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019elle ne parle pas. La&nbsp;puissance&nbsp;de son regard t\u00e9moigne de sa pleine existence. Le public est happ\u00e9 par ce regard. M\u00eame lorsque le visage de la com\u00e9dienne se retrouve c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec celui de la marionnette, c\u2019est ce dernier qui est le plus expressif. Il bouleverse, prend aux tripes, c\u2019est dans ses yeux immobiles que passe l\u2019\u00e9motion. Son corps se r\u00e9duit \u00e0 des v\u00eatements et pourtant sa gestuelle est incroyablement riche. Ses tremblements, ses rides, sa pudeur et en m\u00eame temps sa fiert\u00e9, sa droiture, toutes les subtilit\u00e9s de son caract\u00e8re sont transmises au public par les mouvements de cou, de jambes, de bras, de t\u00eate, de voix de la marionnettiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle superpose les actes de l\u2019artiste et le personnage qu\u2019elle joue, la com\u00e9dienne est le support r\u00e9el de la marionnette, et en m\u00eame temps, l\u2019incarnation d\u2019un personnage qui aide l\u2019actrice-marionnette \u00e0 jouer Arkadina. \u00c0 la fin du spectacle, les r\u00f4les s\u2019inversent, l\u2019ancienne actrice transmet \u00e0 la nouvelle ses connaissances, et c\u2019est finalement la marionnette qui semble aider la com\u00e9dienne \u00e0 faire grandir son jeu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>21 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/marguerite-thery\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17550\">Marguerite Thery<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p> <a href=\"https:\/\/www.marionnettes.ch\/spectacle\/tchaika\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Librement inspir\u00e9 de\u00a0La Mouette d\u2019Anton Tchekhov\u00a0\/\u00a0mis en sc\u00e8ne par Natacha Belova et Tita Iacobelli \/ Th\u00e9\u00e2tre des marionnettes (Gen\u00e8ve)\/ du 19 au 24 mars 2024 \/ Critiques par Mathilde Feraud et Marguerite Thery.<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":17741,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,182],"tags":[286,284],"class_list":["post-17740","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-des-marionnettes","tag-marguerite-thery","tag-mathilde-feraud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17740"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17740\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19177,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17740\/revisions\/19177"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17741"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}