{"id":17681,"date":"2024-03-16T11:10:49","date_gmt":"2024-03-16T10:10:49","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17681"},"modified":"2025-03-06T11:13:12","modified_gmt":"2025-03-06T10:13:12","slug":"peut-etre-quun-jour-quelque-chose-dinattendu-jaillira-de-ces-estomacs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour-quelque-chose-dinattendu-jaillira-de-ces-estomacs\/","title":{"rendered":"Peut-\u00eatre qu\u2019un jour quelque chose d\u2019inattendu jaillira de ces estomacs"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Peut-\u00eatre qu\u2019un jour quelque chose d\u2019inattendu jaillira de ces estomacs<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception, \u00e9criture et mise en sc\u00e8ne\u00a0Jonas Lambelet \/La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL\u00a0\/\u00a0du 27 f\u00e9vrier au 03 mars 2024 \/ Cr\u00e9ations libres inspir\u00e9es par le spectacle par Marguerite Thery, Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero, Cl\u00e9lie Vuillaume, Emma Chapatte et Anna Chialva. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Consultation<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/marguerite-thery\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17550\">Marguerite Thery<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1225\" height=\"817\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peutetre-hitzahitz-theus-125cmiriam-theus.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17683\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peutetre-hitzahitz-theus-125cmiriam-theus.jpg 1225w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peutetre-hitzahitz-theus-125cmiriam-theus-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peutetre-hitzahitz-theus-125cmiriam-theus-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peutetre-hitzahitz-theus-125cmiriam-theus-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peutetre-hitzahitz-theus-125cmiriam-theus-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1225px) 100vw, 1225px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><br>\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u2013 Elle s\u2019appelle Carole. Carole, parce qu\u2019elle est chiante. Carole, elle d\u00e9barque toujours dans ta chambre quand t\u2019es sur le point de t\u2019endormir. Elle pense toujours qu\u2019elle a raison, m\u00eame si la preuve du contraire est sous ses yeux. Elle te regarde bien droit dans les yeux, et te ment. La v\u00e9rit\u00e9 lui passe \u00e0 mille lieux au-dessus de la t\u00eate, et le pire, c\u2019est que les gens la croient.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019abuse un peu. Elle n\u2019est pas tout le temps p\u00e9nible, Carole. Parfois, on passe de bons moments ensemble. L\u2019autre soir, elle est venue s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur le canap\u00e9 alors que je regardais&nbsp;<em>La maison au toit rouge.&nbsp;<\/em>L\u2019avoir comme \u00e7a coll\u00e9e \u00e0 moi, c\u2019\u00e9tait FORT, \u00e7a passait dans mon ventre, mes jambes, le bas de mon dos, j\u2019en avais les larmes aux yeux. Elle choisit ses moments pour appara\u00eetre et me surprendre au d\u00e9tour d\u2019une conversation, une photo, un trajet\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, je viens vous voir aujourd\u2019hui parce que depuis que Carole est partie, ou plut\u00f4t, depuis que j\u2019ai vir\u00e9 Carole de chez moi, j\u2019ai un mal de ventre atroce. Je dors mal, je me r\u00e9veille toutes les nuits \u00e0 cause d\u2019un cauchemar o\u00f9 je suis ensevelie par des bo\u00eetes\u2026 des bo\u00eetes, des bo\u00eetes, des bo\u00eetes, des montagnes de bo\u00eetes. Au moment o\u00f9 j\u2019essaie d\u2019en ouvrir une pour d\u00e9couvrir ce qu\u2019il y a dedans, je me r\u00e9veille. J\u2019ai lu tout Internet. Il dit que les bo\u00eetes dans un r\u00eave repr\u00e9sentent&nbsp;<em>un endroit de notre inconscient o\u00f9 sont enferm\u00e9s de vieux souvenirs, des histoires class\u00e9es ainsi que des aspects de notre personnalit\u00e9 que nous r\u00e9futons.&nbsp;<\/em>Bon\u2026 comme \u00e7a disait aussi que des bo\u00eetes pleines repr\u00e9sentent un mariage satisfaisant et que je ne suis pas mari\u00e9e, je ne me suis pas trop attard\u00e9e l\u00e0-dessus. Je me suis concentr\u00e9e sur les rem\u00e8des pour le mal de ventre. J\u2019ai essay\u00e9 les tisanes de thym, les bouillottes de noyaux de cerise, les bains chauds\u2026 Rien n\u2019y a fait. Je suis all\u00e9e chez la m\u00e9decin qui m\u2019a conseill\u00e9 de me d\u00e9tendre. C\u2019est bien connu, il n\u2019y a rien de mieux pour se soigner que d\u2019entendre quelqu\u2019un vous dire de vous d\u00e9tendre. Elle m\u2019a renvoy\u00e9e chez moi avec une ordonnance pour du Spasfon. Rien n\u2019a chang\u00e9, j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 avoir mal au ventre. Une amie m\u2019a parl\u00e9 de vous. Elle m\u2019a dit que vous aviez fait des miracles pour ses migraines. Je me suis dit que je n\u2019avais rien \u00e0 perdre, alors me voici.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bonjour Alex, je suis ravie que vous soyez venue me voir. Je pr\u00e9f\u00e8re vous pr\u00e9venir tout de suite, je ne fais pas de miracle. Ici, je travaille avec vous \u00e0 lib\u00e9rer les tensions et blocages dans votre corps. C\u2019est un travail que l\u2019on fait ensemble au cours des s\u00e9ances et que vous continuez par vous-m\u00eame ensuite. On va commencer. Je vais vous demander de vous d\u00e9shabiller et de vous installer confortablement sur cette chaise. Vous pouvez utiliser les couvertures pour vous couvrir.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si c\u2019est ok pour vous, je vais poser mes mains sur vous et faire un scan de votre corps. Si \u00e0 n\u2019importe quel moment, vous ressentez un inconfort ou des tensions, c\u2019est important que vous le partagiez avec moi. Je sens que votre estomac est tr\u00e8s tendu. Je vais descendre sur le nerf au niveau de vos pieds pour travailler sur les tensions, \u00e7a peut \u00eatre douloureux alors je vais y aller doucement mais n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 me dire si \u00e7a fait trop.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;<em>ARGGGGHH<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 OK, c\u2019est tr\u00e8s sensible, je vais m\u2019arr\u00eater l\u00e0 pour aujourd\u2019hui. Ce que je vous propose, c\u2019est qu\u2019on se revoie la semaine prochaine. Entre temps, j\u2019aimerais que vous parliez avec votre estomac. Je sais, c\u2019est surprenant, mais croyez-moi, \u00e7a fonctionne. Je vais vous proposer un exercice de mouvements&nbsp;pour engager ce dialogue. Il s\u2019agira pour vous de \u00ab&nbsp;danser&nbsp;\u00bb ou plut\u00f4t de faire les mouvements que votre estomac vous demande sur la musique que je vais vous envoyer. Alors oui, c\u2019est inhabituel, \u00e7a va prendre un peu de temps pour que vous r\u00e9cup\u00e9riez un corps sensible et que vous puissiez comprendre ce dont votre corps et votre estomac ont besoin. Prenez le temps. Ne vous arr\u00eatez pas apr\u00e8s quelques musiques, essayez d\u2019aller jusqu\u2019au bout de la playlist, soyez curieuse. Si vous n\u2019arrivez pas avec cette consigne, contentez-vous de faire des mouvements qui vous font du bien. \u00c0 la fin, allongez-vous, prenez ce que \u00e7a fait et OUVREZ grand.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Alex rentre chez elle perplexe. Cette femme lui a laiss\u00e9 une telle impression de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de puissance qu\u2019elle d\u00e9cide de se prendre au jeu et lance la playlist.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Commence alors, sur le plateau, une longue sc<\/em><em>\u00e8ne de danse. Alex se laisse emporter, on la voit puissante, enrag\u00e9e, rieuse, joyeuse, amus\u00e9e\u2026 Le public voit qu\u2019il se passe quelque chose. Les mouvements sont de plus en plus amples et pr\u00e9cis. Alex quitte la sc\u00e8ne.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On retrouve le plateau rempli de bo\u00eetes. Les boites s\u2019ouvrent, on y d\u00e9couvre\u2026&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/marguerite-thery\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17550\">Marguerite Thery<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dis-moi, \u00e7a faisait quoi d\u2019\u00eatre ma star&nbsp;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>18 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1110\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19716\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star.jpg 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star-300x173.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star-1024x592.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star-250x145.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star-768x444.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/dis-moi-star-1536x888.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><br>\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>J\u2019ai pris le temps de voir les choses. C\u2019est tout ce qui me reste et tout ce qui me manque, le temps. Je me rappelle, maintenant que tu me le demandes, gentil Jonas, ta pi\u00e8ce qui me mettait en lumi\u00e8re. J\u2019incarnais le r\u00f4le central. Pendant plus d\u2019une heure et demie, tout le monde me regardait&nbsp;: j\u2019\u00e9tais in\u00e9vitable. Si, un jour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 une \u00ab&nbsp;star&nbsp;\u00bb, comme tu le signifies, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la Grange dans&nbsp;<\/em>Peut-\u00eatre qu\u2019un jour quelque chose d\u2019inattendu jaillira de ces estomacs.&nbsp;<em>Je vais te raconter comment on fait d\u2019un vieux drap l\u2019incarnation d\u2019une t\u00eate fragment\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Initialement, je croyais avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu comme un simple tapis sur la sc\u00e8ne. Une grande mais sobre nappe de sol. Ah oui\u2026 je pr\u00e9cise ici simplement que ma m\u00e9moire me fait d\u00e9faut et qu\u2019il ne faut pas croire tout ce que je dis. Je raconte&nbsp;<em>mon<\/em>&nbsp;histoire mais tout le monde ne sera pas d\u2019accord pour dire que c\u2019\u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9. D\u2019ailleurs, Jonas, si tu veux me corriger, fais-le&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, non, que chacun-e \u00e9crive et raconte ce qu\u2019iel veut. Tu sais que \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 mon processus. L\u2019authenticit\u00e9 o\u00f9 l\u2019invention r\u00e9elle s\u2019accouple dans nos t\u00eates et dans nos textes. De toute fa\u00e7on, c\u2019est le processus qui compte. Ce qu\u2019on fait aujourd\u2019hui de ce qui \u00e9tait hier. Ce qui nous fait \u00eatre individuellement et se recoupe collectivement. Ce qui &#8211;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allez, laisse le plateau aux entit\u00e9s qui m\u00e9ritent l\u2019attention. Je reprends mon v\u00e9cu de ta pi\u00e8ce et peu m\u2019importe \u00e0 vrai dire si je dis n\u2019importe quoi. Aujourd\u2019hui, c\u2019est ce qui est r\u00e9el pour moi.&nbsp;&nbsp;<br>J\u2019aimais bien le d\u00e9but. Ce moment o\u00f9 chaque personnage n\u2019est encore aucun mot, aucune caract\u00e9ristique. Rien que des silhouettes dansant ensemble sur des palpitations sonores. Des tambours\u2026 non d\u2019autres percussions\u2026 Ah non, \u00e7a me revient&nbsp;! De la basse et des grelots attach\u00e9s \u00e0 vos membres. C\u2019\u00e9tait le musicien c\u00f4t\u00e9 cour qui rythmait ces mouvements. Sacr\u00e9 luron, celui-l\u00e0. Il ne s\u2019arr\u00eatait de jouer qu\u2019une fois le spectacle fini. Il savait habiller une sc\u00e8ne de trois notes de guitare et de son ordinateur.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>J\u2019adorais ce moment initial o\u00f9 je pouvais m\u2019allonger partout sur le plateau. Ouais&nbsp;: j\u2019\u00e9tais reine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ah, et d\u00e9sol\u00e9 de te titiller, mon Jonas, mais j\u2019ai m\u00eame entendu une fois un spectateur, \u00e0 la sortie, partager sa frustration de n\u2019avoir jamais pu d\u00e9couvrir ce qu\u2019il y avait sous mes bras. Il avait pass\u00e9 la pi\u00e8ce \u00e0 essayer de deviner ce que cachait mon manteau. On ne pouvait que tenter de projeter ce qui pourrait surgir si on me glissait au sol. (En r\u00e9alit\u00e9, rien de plus qu\u2019une \u00e9chelle, mais on pouvait s\u2019imaginer, cach\u00e9, le meuble que l\u2019on voulait.)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bon. Mais c\u2019est toute la magie de la sc\u00e9nographie, non&nbsp;? Inviter les spectateur.ice.s \u00e0 se projeter dans un univers incertain, aux teintes ternes et grises, aux n\u00e9ons forts. Ce d\u00e9cor permet la saillance d\u2019un fil rouge le temps de la sc\u00e8ne des Parques, par exemple.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, enfin, moi \u00e7a m\u2019allait bien. Si tu avais voulu de la couleur, tu ne serais pas venu chercher une surface cr\u00e8me immacul\u00e9e comme la mienne. J\u2019ai toujours aim\u00e9 me d\u00e9finir ainsi. Ni trop blanche, ni trop grasse. Cr\u00e8me-immacul\u00e9e.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Bref, je m\u2019\u00e9gare.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Ce qui \u00e9tait super, dans cette gloire sc\u00e9nique que tu m\u2019offrais, c\u2019est la diversit\u00e9 dont je me parais. Tant\u00f4t robe de mari\u00e9e, tant\u00f4t figure fantomatique (et r\u00e9surgence d\u2019un pass\u00e9 et de ses oubli\u00e9s), ou encore comme drap\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une maison d\u00e9laiss\u00e9e&nbsp;: j\u2019\u00e9tais tout ce qui est rendu inaccessible \u00e0 la conscience. La m\u00e9moire lacunaire qui se voile et se d\u00e9voile parfois. Je n\u2019exposais que des fragments \u00e0 d\u00e9couvrir sporadiquement.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tes com\u00e9dien.ne.s&nbsp;? Je ne les ai pas connu.e.s pendant la p\u00e9riode de cr\u00e9ation de vos textes. Je vous imagine attabl\u00e9.e.s pendant vos r\u00e9sidences. Piocher dans vos t\u00eates pleines de souvenirs, de questionnements et de r\u00e9ponses r\u00e9elles ou fictives (mais des r\u00e9ponses tout de m\u00eame). Je pense que \u00e7a s\u2019est vu que c\u2019\u00e9tait en partie vous qui parliez. Vos adresses, toujours claires, semblaient correspondre \u00e0 ce que vos personnes, en dehors de la sc\u00e8ne, auraient pu dire. En tout cas, moi, j\u2019y ai cru&nbsp;; ce n\u2019\u00e9taient pas que des personnages. Bon, je dois avouer aussi que le prologue et l\u2019\u00e9pilogue me ramenaient toujours au pacte fictionnel th\u00e9\u00e2tral. D\u2019ailleurs, je ne les ai jamais vraiment appr\u00e9ci\u00e9es, ces s\u00e9quences\u2026 Non que je n\u2019aime pas les mots de Ramuz pour lancer une \u0153uvre\u2026 mais comment dire\u2026 Je d\u00e9teste le feu. C\u2019est simple, si on me mouille, je me s\u00e8che. Si on me br\u00fble, je disparais. Je me transforme \u00e0 jamais. Finie la vie de star.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Quand bien m\u00eame c\u2019\u00e9tait toi, Jonas, qui incarnait la premi\u00e8re prise de parole, je pr\u00e9f\u00e9rais ignorer ces instants, \u00e0 cause du th\u00e8me, repris du d\u00e9but \u00e0 la fin, de cette \u00e9clatante lumi\u00e8re ardente. Pourtant tu avais le choix parmi moultes th\u00e9matiques abord\u00e9es.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>En fait, le feu est trop radical dans son tri. Quiconque prendra du temps \u00e0 choisir ses mots, comment il s\u2019\u00e9crit, comment il se dit, comment il cr\u00e9e sa m\u00e9moire, comment il se trie. Le feu, non. Il br\u00fble. C\u2019est tout. C\u2019est irr\u00e9vocable. C\u2019est trop. Vous faisiez le contraire du feu. Vous \u00e9criviez et me montriez comment on \u00e9crit sa m\u00e9moire. Quels mots choisir&nbsp;? Quelle histoire r\u00e9\u00e9crire \u2013 celle de la succession mat\u00e9rielle, la r\u00e9ussite, la victoire d\u2019Hitler ou la mort annonc\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Excuse-moi, beau drap, mais si je reviens sur le feu deux secondes, mon probl\u00e8me, c\u2019est surtout qu\u2019il est trop rapide. J\u2019aime le temps qu\u2019offre la sc\u00e8ne. Un rythme choisi qui entra\u00eene les spectateur.ice.s dans une navigation assur\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je veux bien te croire que tu aimes prendre le temps. Ce n\u2019\u00e9tait pas pour me d\u00e9plaire, plus longue est la p\u00e9riode, plus intense devient le regard. De laisser tout le monde sur sc\u00e8ne le plus souvent permettait aussi \u00e7a&nbsp;: laisser les regards divaguer entre les divers personnages. Lorsqu\u2019iels ne racontaient rien avec des mots, iels accompagnaient le r\u00e9cit par les gestes. Passant de la repr\u00e9sentation personnelle \u00e0 la figuration appuyant les autres discours. Malgr\u00e9 les blocages&nbsp;&nbsp;de la m\u00e9moire \u2013 comme des moments de vie (un village, des objets) qui auraient d\u00fb d\u00e9clencher des souvenirs et qui ne finissaient pas de le faire \u2013, vous trouviez toujours des strat\u00e9gies pour quand m\u00eame vous raconter. C\u2019\u00e9tait un grand jeu de pr\u00e9t\u00e9rition. J\u2019\u00e9tais \u00e9mue d\u2019en \u00eatre votre repr\u00e9sentante et le suis encore plus de poursuivre l\u2019exercice aujourd\u2019hui.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Voil\u00e0\u2026 J\u2019ai \u00e9t\u00e9 une star, je crois. Dissimulant des objets, incarnant des instants, drapant des moments. D\u00e9sol\u00e9 si j\u2019ai failli aux d\u00e9tails, la m\u00e9moire est un long processus illimit\u00e9. Litt\u00e9ralement. Merci Jonas pour le temps. Il est tout ce qui nous reste et tout ce qui nous manque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">&nbsp;La vedette cr\u00e8me-immacul\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>18 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 retrouver<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>18 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\">Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>A&nbsp;<s>acheter<\/s>, \u00e0 retrouver&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(Cherche&nbsp;: dans vieux placards, vieux tiroirs, derri\u00e8re les miroirs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de silence.)<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Une pile d\u2019anciens journaux r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s et gard\u00e9s (on ne sait jamais)&nbsp;; sur une table, jeu d\u2019\u00e9chec&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un rideau de perles en plastique vert pomme \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un balcon&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un tigre en peluche sur un canap\u00e9 style Louis\u202fXV<\/li>\n\n\n\n<li>Des poup\u00e9es en porcelaine&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une t\u00e9l\u00e9 dans une armoire&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des meubles de service \u00e0 roulettes&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des \u00e9pingles, qui fixent les napperons des accoudoirs des fauteuils&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des rideaux de velours&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un agenda pas \u00e0 jour, pr\u00e8s d\u2019un bottin de t\u00e9l\u00e9phone, avec calepin et tabouret&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une porte qu\u2019on n\u2019a pas le droit d\u2019ouvrir&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une porte concomitante toujours ferm\u00e9e&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une chambre qu\u2019on ne conna\u00eet pas&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des secrets cach\u00e9s derri\u00e8re les portes&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des amandes&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un miroir soleil&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des tapisseries&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des broderies&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des peintures&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des chapeaux&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des fourrures parures de vrais animaux morts\u202f!&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des fioles et flacons de parfums enferm\u00e9s l\u00e0 depuis des lustres&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des lustres d\u2019ailleurs&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des toilettes basses&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une couverture lourde&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des tapis qui en cachent d\u2019autres, des tapis sur des tapis, sur des tapis tapis&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des cannes aux diff\u00e9rents becs&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des objets dont on ne connait pas le nom&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Spectres d\u2019espoirs assassin\u00e9s&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un encrier&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un coupe-papier&nbsp;(un ouvre-lettre)<\/li>\n\n\n\n<li>Des ciseaux de fer fin dor\u00e9s&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des mots d\u2019adultes<\/li>\n\n\n\n<li>Deux fusils accroch\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e<\/li>\n\n\n\n<li>Des rires d\u2019enfants<\/li>\n\n\n\n<li>Un chat sauvage<\/li>\n\n\n\n<li>Des assiettes en porcelaine&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des couverts en argents&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des questions d\u2019enfants&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des r\u00e9ponses muettes<\/li>\n\n\n\n<li>Une biblioth\u00e8que bien organis\u00e9e&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des langages ind\u00e9chiffrables&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une odeur de rago\u00fbt&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>La couleur d\u2019une tension, d\u2019une g\u00eane, d\u2019un probl\u00e8me d\u2019adulte (les enfants et le chat la ressentent)&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un piano, touches en ivoire<\/li>\n\n\n\n<li>Un pilulier<\/li>\n\n\n\n<li>Des magnets sur un frigo. Des magnets \u00e9tonnants\u202f: raisin, banane, p\u00eache, tarte, \u2026&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Une cuisine minuscule&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des couvercles mis sur les eaux qui bouillent&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un sol qui colle&nbsp;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des chaussons fourr\u00e9s&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Des petits drames, des grands spectacles&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Un m\u00e9tronome tic-tac-tic-tac sur le piano&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>De l\u2019amour, mais pas comme un cadeau qu\u2019on apporte \u00e0 un anniversaire. De l\u2019amour en poussi\u00e8re ou en miettes\u202f: qui tra\u00eene sur les choses, sur les gens, \u00e9parpill\u00e9 par terre ou qui volette dans l\u2019air. De l\u2019amour comme ce qui est l\u00e0, in\u00e9vitablement.&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Env. 5&rsquo;324.-&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>18 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/clelie-vuillaume\/\">Cl\u00e9lie Vuillaume<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pour ne pas oublier d&rsquo;o\u00f9 viennent nos callosit\u00e9s<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16624\">Emma Chapatte<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/spectacle-grange-19credit-fabrice-ducrestcunil.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17727\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/spectacle-grange-19credit-fabrice-ducrestcunil.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/spectacle-grange-19credit-fabrice-ducrestcunil-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/spectacle-grange-19credit-fabrice-ducrestcunil-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/spectacle-grange-19credit-fabrice-ducrestcunil-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/spectacle-grange-19credit-fabrice-ducrestcunil-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><br>\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au centre de la sc\u00e8ne, au milieu des draps, une sixi\u00e8me protagoniste s\u2019avance. Elle tient un t\u00e9l\u00e9phone portable dans la main.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Grand-maman, c\u2019est la t\u00e9moin d\u2019une Suisse pass\u00e9e. D\u2019une Suisse de l\u2019ancien temps qui nous para\u00eet si loin de nos jours. Qui dans nos t\u00eates n\u2019existe plus que dans les livres d\u2019histoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Elle enclenche un enregistrement sur son t\u00e9l\u00e9phone, qui fait entendre une voix d\u2019enfant.&nbsp;Raconte grand-maman, raconte encore comment c\u2019\u00e9tait quand tu \u00e9tais petite.&nbsp;<\/em>Les dix fr\u00e8res et s\u0153urs, la vie \u00e0 la ferme. La r\u00e9colte interminable des patates. Les haricots \u00e0 \u00e9queuter. La pi\u00e8ce pour saler la viande qu\u2019ils produisaient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nouvelle mise en marche de l\u2019enregistreur, dont sort la voix d\u2019une vieille femme.<\/em>&nbsp;<em>Le jambon dans le temps tu sais c\u2019est incomparable, j\u2019ai jamais retrouv\u00e9 le go\u00fbt de la viande. Maintenant le jambon il est bon, mais\u2026 Le jambon dans le temps \u00e7a n\u2019avait rien \u00e0 voir.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre auto-suffisants \u2013 ou presque \u2013 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 cela allait de soi. Les douze livres de pains confectionn\u00e9es le dimanche pour toute la semaine.&nbsp;<em>Raconte grand-maman, raconte&nbsp;!&nbsp;<\/em>Le travail aux champs, pendant les vacances. Les marchands itin\u00e9rants, qui allaient de fermes en fermes avec leur bric \u00e0 brac. Les quarante-cinq minutes de marche \u00e0 travers les collines du district de la Sarine pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les le\u00e7ons donn\u00e9es par les bonnes s\u0153urs. La messe le dimanche, les filles d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les gar\u00e7ons de l\u2019autre. Pendant la guerre, les jeunes Polonais envoy\u00e9s \u00e0 la ferme. \u00ab&nbsp;En vacances&nbsp;\u00bb qu\u2019ils disaient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>On avait le t\u00e9l\u00e9phone tu sais, le seul du coin. Les gens venaient s\u2019en servir chez nous.&nbsp;<\/em>L\u2019entreprise de ma\u00e7onnerie du papa, attenante \u00e0 la ferme. Les commandes des clients qu\u2019on allait livrer, les gamins envoy\u00e9s porter des sacs de ciment. Les chiens tirant derri\u00e8re eux une charrette contenant une boille de lait pour la porter \u00e0 la laiterie.&nbsp;<em>Tu savais qu\u2019on attelait les chiens dans le temps&nbsp;?<\/em>&nbsp;Non, je ne l\u2019ignorais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et les objets de ce temps-l\u00e0, du temps de la jeunesse de ma grand-maman, qu\u2019en reste-t-il&nbsp;? Le potager en fonte. Le grand bac en bois qu\u2019on mettait dans la cuisine et qu\u2019on remplissait d\u2019eau une fois par semaine pour se laver.&nbsp;<em>Mais on se nettoyait tous les jours avec des lavettes&nbsp;!<\/em>&nbsp;Est-ce que je les mettrais chez moi&nbsp;ces objets ? Non. On n\u2019en a plus besoin de nos jours. Qu\u2019est-ce que j\u2019en ferais&nbsp;?&nbsp;<em>Raconte grand-maman, raconte&nbsp;!&nbsp;<\/em>L\u2019unique livre qu\u2019ils avaient \u00e0 la maison, \u00ab&nbsp;L\u2019histoire du Petit Moulin&nbsp;\u00bb, le grenier dans lequel elle se cachait pour le lire en cachette&nbsp;\u2013 pas le temps, du travail dans une ferme il y en a toujours. Le v\u00e9lo qu\u2019ils se partageaient. Les lits deux places dans lesquels on dormait \u00e0 quatre enfants. Le sou donn\u00e9 aux \u00e9trennes par marraine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime l\u2019entendre raconter. Elle parle bien, ma grand-maman. On entend son sourire dans sa voix. J\u2019enregistre sa vie. Tout est l\u00e0, dans les notes vocales de mon t\u00e9l\u00e9phone.&nbsp;<em>La protagoniste l\u00e8ve la main qui tient le t\u00e9l\u00e9phone.<\/em>&nbsp;<em>Tout&nbsp;?<\/em>&nbsp;Non, bien s\u00fbr que non. Ce qu\u2019elle a choisi de me raconter. Ce que j\u2019ai choisi de retenir. L\u2019\u00e9ternelle question autobiographique&nbsp;: quels \u00e9v\u00e9nements retenir r\u00e9trospectivement pour raconter une vie&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9part de la maison \u00e0 treize ans, une fois l\u2019\u00e9cole obligatoire termin\u00e9e. Au travail maintenant. L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Saint-Ursanne, dans cet asile pour personnes \u00e2g\u00e9es, comme aide de cuisine. Les journ\u00e9es qui n\u2019en finissent pas pass\u00e9es \u00e0 \u00e9plucher des patates et \u00e0 pr\u00e9parer \u00e0 manger pour tout le b\u00e2timent. La s\u0153ur en chef, m\u00e9chante. Pas de cong\u00e9, sauf le dimanche matin pour aller \u00e0 la messe.&nbsp;<em>\u00c7a a \u00e9t\u00e9 dur. J\u2019ai eu l\u2019ennui \u00e0 Saint-Ursanne<\/em>. Puis Fribourg, chez la famille Wessenbach. Grand-maman dit bonne \u00e0 tout faire. Cent francs par mois, nourrie, log\u00e9e, lav\u00e9e. Le linge \u00e0 nettoyer \u00e0 la main. Les repas \u00e0 pr\u00e9parer. La viande tous les jours.&nbsp;<em>Tu imagines, tous les jours&nbsp;!<\/em>&nbsp;L\u2019avarice de Madame qui comptait toutes les affaires mises \u00e0 laver, des chaussettes aux serviettes hygi\u00e9niques pour \u00eatre s\u00fbre que le personnel ne la volait pas. La sonnette dans la cuisine pour l\u2019appeler.&nbsp;<em>On dirait Cendrillon.<\/em>&nbsp;Grand-maman rit.&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a tu sais.<\/em>&nbsp;<em>Un jour elle m\u2019a sonn\u00e9 pour d\u00e9placer l\u2019assiette du chat. Maintenant tu me dis \u00e7a je te foutrais l\u2019assiette par la fen\u00eatre. Mais bon.&nbsp;<\/em>C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a.&nbsp;<em>J\u2019ai correspondu longtemps avec Madame tu sais, m\u00eame bien apr\u00e8s. Un jour, elle m\u2019a dit que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 la meilleure des jeunes filles qu\u2019ils aient eues.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a nous para\u00eet si loin. Surr\u00e9aliste. Tout droit sorti d\u2019un film. Quels objets reste-t-il du temps dont me parle ma grand-maman&nbsp;?&nbsp;<em>Le banc dans la cour.<\/em>&nbsp;<em>Il vient de notre ferme \u00e0 Arconciel.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La protagoniste vient s\u2019asseoir sur un des carr\u00e9s blancs recouvert d\u2019un drap.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Robuste. Il traverse le temps. Il est encore l\u00e0, \u00e0 soutenir des g\u00e9n\u00e9rations de fesses \u00e0 travers les \u00e2ges.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette fois, l\u2019enregistreur diffuse un dialogue continu entre une voix d\u2019enfant et une voix de personne \u00e2g\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013 Grand-maman&nbsp;? Tu te souviens de l\u2019histoire du Petit Moulin que tu nous racontais petites pour nous endormir&nbsp;?&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013 Bien s\u00fbr pourquoi&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013 Raconte-moi encore&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013 Si tu veux\u2026 L\u2019histoire du Petit Moulin donc. Un homme avait un pouvoir, ramen\u00e9 d\u2019un grand voyage&nbsp;: il avait un petit moulin magique. Avec ce petit moulin il ne manquait jamais de rien car aussit\u00f4t qu\u2019il demandait \u00ab&nbsp;Petit moulin, fais-moi \u00e7a&nbsp;\u00bb le petit moulin faisait. Mais attention, pour l\u2019arr\u00eater il fallait dire un mot magique. Voil\u00e0 qu\u2019un jeune du village vient faire un tour chez lui, car il avait entendu parler de ce bon grand-papa qui avait ce moulin. Il va le visiter, et arrive au moment o\u00f9 le vieux allait partir. Il lui explique qu\u2019il veut faire un grand voyage, le tour du monde m\u00eame, et lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sais que vous avez un petit moulin magique, est-ce que vous me le pr\u00eateriez&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Le grand-papa, qui n\u2019avait plus besoin de ce moulin, accepte. Il lui explique comment l\u2019actionner, et surtout comment l\u2019arr\u00eater. Il le met en garde&nbsp;: pour le stopper, il faut dire radibouza ratata. Tout heureux, le jeune homme part pour son grand tour. Le voil\u00e0 alors sur un bateau traversant l\u2019Oc\u00e9an. Tout \u00e0 coup le cuisinier du navire monte sur le pont et annonce qu\u2019il n\u2019y a plus de sel&nbsp;: c\u2019est la panique sur le bateau. Plus de sel&nbsp;! Le jeune homme sort alors son petit moulin magique et lui demande \u00ab&nbsp;Petit moulin, fais-moi du sel, du bon sel fin&nbsp;\u00bb. Le petit moulin s\u2019ex\u00e9cute, fait du sel, fait du sel. Le jeune lui dit \u00ab&nbsp;arr\u00eate-toi, stop petit moulin stop&nbsp;! \u00bb. Mais il ne dit pas le mot magique. Le sel remplit le pont, d\u00e9borde, p\u00e8se trop lourd sur le bateau qui commence \u00e0 s\u2019enfoncer. Les gens prennent peur, le jeune homme crie, mais le moulin ne s\u2019arr\u00eate pas. Alors vite, le jeune homme le saisit et le jette par-dessus bord. Aujourd\u2019hui encore, le petit moulin est au fond de l\u2019eau et fait encore du sel. C\u2019est pour \u00e7a que la mer est sal\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Grand-maman ne nous lisait jamais les histoires. Elle les racontait de m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16624\">Emma Chapatte<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Proposition de s\u00e9quence finale<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/anna-chialva\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17538\">Anna Chialva<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><em>Peut-\u00eatre qu\u2019un jour quelque chose d\u2019inattendu jaillira de ces estomacs<\/em> \/ Conception, \u00e9criture et mise en sc\u00e8ne&nbsp;Jonas Lambelet \/&nbsp;La Grange \u2013 Centre Arts et Sciences (Lausanne)&nbsp;\/&nbsp;du 27 f\u00e9vrier au 03 mars 2024 \/ <a href=\"https:\/\/www.grange-unil.ch\/evenement\/peut-etre-quun-jour-quelque-chose-dinattendu-jaillira-de-ces-estomacs\/\">Plus d&rsquo;infos<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19715\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour_couverture.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour_couverture-133x200.jpg 133w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour_couverture-683x1024.jpg 683w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour_couverture-113x170.jpg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2024\/03\/peut-etre-quun-jour_couverture-768x1152.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><br>\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Voici la proposition d\u2019une s\u00e9quence finale dont la port\u00e9e \u00e0 la fois onirique et symbolique permet d\u2019englober les t\u00e9moignages, les r\u00e9flexions, les mythes et les souvenirs exprim\u00e9s dans l\u2019actuelle mise en sc\u00e8ne, tout en les enrichissant d\u2019une signification ult\u00e9rieure et ultime.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La s\u00e9quence pr\u00e9voit un final \u00ab&nbsp;ouvert&nbsp;\u00bb, au sens de \u00ab&nbsp;non limit\u00e9 \u00e0 la parole&nbsp;\u00bb, donc moins explicite que le final actuel, toutefois porteur du m\u00eame message de fa\u00e7on claire et non ambigu\u00eb. C\u2019est en effet en d\u00e9passant la parole que ce message traverse les corps et les gestes et atteint une dimension universelle&nbsp;: au d\u00e9sespoir du monde et de l\u2019individu, ni l\u2019attente, ni le d\u00e9sir du bonheur personnel ne pourront constituer des solutions durables, seule la confiance pure en un avenir lumineux partag\u00e9 en communion avec les autres en sera l\u2019antidote.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce n\u2019est pas l\u2019\u00ab&nbsp;espoir&nbsp;\u00bb que l\u2019homme est appel\u00e9 \u00e0 retrouver, mais \u00ab&nbsp;l\u2019esp\u00e9rance&nbsp;\u00bb, source de toute vie, de toute m\u00e9moire, de toute soci\u00e9t\u00e9 et de tout futur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sc\u00e8ne&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cinq personnages sur sc\u00e8ne&nbsp;: P1 (HOMME)&nbsp;; P2 (FEMME), P3 (FEMME)&nbsp;; P4 (HOMME), P5 (FEMME).<\/p>\n\n\n\n<p>Sc\u00e8ne maintenue avec ses objets. Objets nouveaux&nbsp;: deux pi\u00e9destaux au centre de la sc\u00e8ne et un vase sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Description du tableau&nbsp;final&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un homme P1 se couche sur le drap gris couvrant le sol au centre de la sc\u00e8ne. La t\u00eate vers le public, il tient un livre ferm\u00e9 entre ses mains. Il ouvre le livre et commence \u00e0 lire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait tir\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Marcel Proust,<em>&nbsp;Sodome &amp; Gomorrhe, I &amp; II<\/em>, Paris, Gallimard, 1988, pp. 152-153.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Je venais d&rsquo;apercevoir, dans ma m\u00e9moire, pench\u00e9 sur ma fatigue, le visage tendre, pr\u00e9occup\u00e9 et d\u00e9\u00e7u de ma grand-m\u00e8re, telle qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 ce premier soir d&rsquo;arriv\u00e9e, le visage de ma grand&rsquo;m\u00e8re, non pas de celle que je m&rsquo;\u00e9tais \u00e9tonn\u00e9 et reproch\u00e9 de si peu regretter et qui n&rsquo;avait d&rsquo;elle que le nom, mais de ma grand&rsquo;m\u00e8re v\u00e9ritable dont, pour la premi\u00e8re fois depuis les Champs-\u00c9lys\u00e9es o\u00f9 elle avait eu son attaque, je retrouvais dans un souvenir involontaire et complet la r\u00e9alit\u00e9 vivante.&nbsp;(\u2026) Je me rappelais comme une heure avant le moment o\u00f9 ma grand&rsquo;m\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait pench\u00e9e ainsi, dans sa robe de chambre, vers mes bottines ; errant dans la rue \u00e9touffante de chaleur, devant le p\u00e2tissier, j&rsquo;avais cru que je ne pourrais jamais, dans le besoin que j&rsquo;avais de l&#8217;embrasser, attendre l&rsquo;heure qu&rsquo;il me fallait encore passer sans elle. Et maintenant que ce m\u00eame besoin renaissait, je savais que je pouvais attendre des heures apr\u00e8s des heures, qu&rsquo;elle ne serait plus jamais aupr\u00e8s de moi, je ne faisais que de le d\u00e9couvrir parce que je venais, en la sentant, pour la premi\u00e8re fois, vivante, v\u00e9ritable, gonflant mon c\u0153ur \u00e0 le briser, en la retrouvant enfin, d&rsquo;apprendre que je l&rsquo;avais perdue pour toujours. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Deux femmes (P2, P3) montent sur deux pi\u00e9destaux \u00e0 droite et \u00e0 gauche de P1. Elles prennent le drap par les deux bouts, le soul\u00e8vent l\u00e9g\u00e8rement de terre et commencent \u00e0 balancer l\u2019homme qui lit. Chaque femme accompagne ses gestes par des sons&nbsp;afin de cr\u00e9er une atmosph\u00e8re onirique qui accompagne le mouvement de balancement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; P2 chouchoute un mot en boucle \u00ab&nbsp;Asa Nisi Masa&nbsp;\u00bb (Mot appartenant \u00e0 l\u2019univers enfantin de Fellini \u2013 le mot reviendra dans l\u2019extrait vid\u00e9o projet\u00e9 sur sc\u00e8ne successivement \u2013 et qui englobe le mot \u00ab&nbsp;Aias&nbsp;\u00bb appartenant \u00e0 l\u2019univers onirique et familial de Proust)<a href=\"\/\/230FCCF7-ED3B-4081-ABAC-E107CF804050#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; P3 chantonne une m\u00e9lodie&nbsp;:&nbsp;&nbsp;(<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=746gR2e8khs\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=746gR2e8khs<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p>P1 lit la page de Proust.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin de la lecture, P2 et P3 posent l\u2019homme \u00e0 terre, l\u2019homme ferme le livre et le d\u00e9pose pr\u00e8s de lui. Les deux femmes couvrent l\u2019homme avec les extr\u00e9mit\u00e9s du drap (comme un enfant ou un mort). Elles s\u2019asseyent pr\u00e8s de lui face \u00e0 l\u2019\u00e9cran d\u2019arri\u00e8re-fond.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Projection sur l\u2019\u00e9cran d\u2019un extrait tir\u00e9e du film&nbsp;<em>8 \u00bd&nbsp;<\/em>de Federico Fellini.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux autres personnages P4 et P5, debout aux extr\u00e9mit\u00e9s de la sc\u00e8ne, se tournent eux aussi face \u00e0 l\u2019\u00e9cran.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Projection de la s\u00e9quence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; S\u00e9quence tir\u00e9e du film&nbsp;<em>8 \u00bd<\/em>&nbsp;de Federico Fellini (1963)&nbsp;: Asa Nisi Masa (4&nbsp;:00). https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=U6DvB0Ewx68<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la s\u00e9quence&nbsp;: le personnage d\u00e9bout (P4) \u00e0 gauche de la sc\u00e8ne prend un vase dans les mains (le vase de sa grand-m\u00e8re qui pourrait \u00eatre introduit sur sc\u00e8ne dans un monologue pr\u00e9c\u00e9dent, non pr\u00e9vu par la mise en sc\u00e8ne actuelle)<a href=\"\/\/230FCCF7-ED3B-4081-ABAC-E107CF804050#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Il l\u2019observe et commence \u00e0 citer Proust (<em>ibid.,<\/em>&nbsp;p.152). En pronon\u00e7ant les mots, il se dirige vers le centre de la sc\u00e8ne. L\u2019autre personnage debout (P5) s\u2019avance aussi.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;C&rsquo;est sans doute l&rsquo;existence de notre corps, semblable pour nous \u00e0 un vase o\u00f9 notre spiritualit\u00e9 serait enclose, qui nous induit \u00e0 supposer que tous nos biens int\u00e9rieurs, nos joies pass\u00e9es, toutes nos douleurs sont perp\u00e9tuellement en notre possession.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>P5 prend le vase, pendant que P4 se met \u00e0 genoux pr\u00e8s de P1 couch\u00e9. P5 poursuit la citation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre est-il aussi inexact de croire qu&rsquo;elles s&rsquo;\u00e9chappent ou reviennent.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>P5 passe le vase \u00e0 P3 \u00e0 gauche de P1 et elle se met \u00e0 genoux aussi. Chaque personnage debout est maintenant \u00e0 genoux autour de P1 au sol. Ils commencent \u00e0 chantonner la petite m\u00e9lodie pr\u00e9c\u00e9dente, tr\u00e8s doucement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;En tout cas, si elles restent en nous c&rsquo;est, la plupart du temps, dans un domaine inconnu o\u00f9 elles ne sont de nul service pour nous. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>P3 passe le vase \u00e0 P2 assise \u00e0 la droite de P1 et se met \u00e0 genoux pr\u00e8s de lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>P2 poursuit&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mais si le cadre de sensations o\u00f9 elles sont conserv\u00e9es est ressaisi, elles ont \u00e0 leur tour ce m\u00eame pouvoir d&rsquo;expulser tout ce qui leur est incompatible, d&rsquo;installer seul en nous, le moi qui les v\u00e9cut.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>P2 passe le vase \u00e0 P1 qui le saisit. P2 se met \u00e0 genoux pr\u00e8s de P1.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>P1 se met en position assise, le dos au public et prend le vase entre son ventre et ses jambes. Il prononce une derni\u00e8re phrase.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Car aux troubles de la m\u00e9moire sont li\u00e9es les intermittences du c\u0153ur&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9lodie est maintenant chant\u00e9e par les quatre personnages \u00e0 genoux autour de P1.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre personnages entourent avec les bras le personnage au centre de la sc\u00e8ne (P1) en formant un cercle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re douce qui a accompagn\u00e9 la sc\u00e8ne onirique est maintenant plus forte et elle vient se concentrer sur ce noyau familial au centre de la sc\u00e8ne. Le reste de la sc\u00e8ne est dans le noir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re \u00e9claire les personnages pendant quelques minutes. On entend encore chantonner la petite m\u00e9lodie, de plus en plus faible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9lodie laisse place aux sons des battements du c\u0153ur amplifi\u00e9s dans toute la salle. Les personnages, toujours li\u00e9s par leurs bras dans un cercle, suivent avec le mouvement du corps les battements du c\u0153ur (reprise de la danse agonisante du premier tableau apocalyptique)&nbsp;: le corps exprimant l\u2019agonie au d\u00e9but de la pi\u00e8ce devient enfin un corps exprimant le commencement de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages \u00ab&nbsp;palpitent&nbsp;\u00bb ensemble autour du personnage central et du vase berc\u00e9 dans les bras de P1 comme un enfant&nbsp;: dans le d\u00e9sespoir face \u00e0 la mort, l\u2019oubli, l\u2019indiff\u00e9rence et la solitude, le c\u0153ur appelle \u00e0 la vie et rappelle sa d\u00e9termination \u00e0 revenir toujours \u00e0 sa source primitive :&nbsp;&nbsp;l\u2019esp\u00e9rance, seul et dernier combat de l\u2019\u00eatre humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lumi\u00e8re \u00e9teinte. Fin.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/230FCCF7-ED3B-4081-ABAC-E107CF804050#_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Voir Marcel Proust,&nbsp;<em>Ibid<\/em>. p. 157.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"\/\/230FCCF7-ED3B-4081-ABAC-E107CF804050#_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Il serait n\u00e9cessaire de pr\u00e9voir dans la mise en sc\u00e8ne un monologue\/dialogue concernant le vase<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mars 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/anna-chialva\/\" data-type=\"page\" data-id=\"17538\">Anna Chialva<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.grange-unil.ch\/evenement\/peut-etre-quun-jour-quelque-chose-dinattendu-jaillira-de-ces-estomacs\/\">Voir la page du spectacle <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception, \u00e9criture et mise en sc\u00e8ne\u00a0Jonas Lambelet \/La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL\u00a0\/\u00a0du 27 f\u00e9vrier au 03 mars 2024 \/ Cr\u00e9ations libres inspir\u00e9es par le spectacle par Marguerite Thery, Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero, Cl\u00e9lie Vuillaume, Emma Chapatte et Anna Chialva.<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":19715,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[283,287,270,278,286],"class_list":["post-17681","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-anna-chialva","tag-clelie-vuillaume","tag-emma-chapatte","tag-joaquin-marine-pinero","tag-marguerite-thery"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17681"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17681\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22918,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17681\/revisions\/22918"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19715"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}