{"id":17364,"date":"2023-12-13T14:20:02","date_gmt":"2023-12-13T13:20:02","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17364"},"modified":"2025-02-07T12:08:48","modified_gmt":"2025-02-07T11:08:48","slug":"nous-par-le-ciel-si-bas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas\/","title":{"rendered":"Nous par le ciel si bas"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Nous par le ciel si bas<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">\u00c9criture et mise en sc\u00e8ne\u00a0par Julien Mages \/ Cie Julien Mages\/ Th\u00e9\u00e2tre 2.21 (Lausanne) \/ du 5 au 22 d\u00e9cembre 2023 \/ Critique par Sophie Perruchoud et Enola Rindlisbacher. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Trag\u00e9die sans tragique<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 avril 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16624\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1046\" height=\"660\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas_tragedie-sans-tragique.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-19725\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas_tragedie-sans-tragique.png 1046w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas_tragedie-sans-tragique-300x189.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas_tragedie-sans-tragique-1024x646.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas_tragedie-sans-tragique-250x158.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/nous-par-le-ciel-si-bas_tragedie-sans-tragique-768x485.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1046px) 100vw, 1046px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 petite machine<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au th\u00e9\u00e2tre 2.21, Julien Mages, auteur et metteur en sc\u00e8ne connu sur la sc\u00e8ne suisse depuis plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, propose ici d\u2019explorer le lien conflictuel entre deux s\u0153urs tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Comme dans son spectacle&nbsp;<\/em>Cette nuit encore jouer les pierres<em>, l\u2019auteur met en sc\u00e8ne la derni\u00e8re rencontre de deux personnes qui traversent leurs souvenirs et tentent tant bien que mal de r\u00e9concilier l\u2019irr\u00e9conciliable. Des destins tragiques que le spectacle rend peut-\u00eatre trop path\u00e9tiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une sc\u00e9nographie extr\u00eamement minimaliste&nbsp;: la sc\u00e8ne est absolument vide et elle le restera tout le long du spectacle. Seuls de faibles jeux de lumi\u00e8res et quelques mouvements des com\u00e9diennes habiteront le plateau. La place est ainsi faite aux mots. Les deux s\u0153urs doivent (se) dire pour (se) r\u00e9concilier.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019a\u00een\u00e9e commence par narrer sa naissance et son enfance jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de sa petite s\u0153ur dont elle est jalouse depuis qu\u2019elle est n\u00e9e, inscrivant ainsi l\u2019histoire de cette grande s\u0153ur dans les sch\u00e9mas bien connus de la psychologie de l\u2019enfant. Notons, en passant, qu\u2019elle est particuli\u00e8rement perspicace, cette petite fille, qui sait, \u00e0 cinq ans, mettre des mots sur le bouleversement que provoque la naissance de sa petite s\u0153ur. Le but est-il peut-\u00eatre de brouiller les fronti\u00e8res entre l\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte&nbsp;? Malheureusement, cette petite fille, une fois adulte, devient compl\u00e8tement aveugle et incapable de r\u00e9flexivit\u00e9 sur ses m\u00e9canismes psychologiques toxiques et mortif\u00e8res.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas qu\u2019une narration d\u2019histoires pass\u00e9es&nbsp;: les com\u00e9diennes racontent aussi leurs propres gestes sur sc\u00e8ne, en pronon\u00e7ant notamment les didascalies \u00e0 voix haute. Lors d\u2019un moment tragique, par exemple, la cadette dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>sourire<\/em>&nbsp;\u00bb sans r\u00e9ussir \u00e0 sourire. Est-ce une fa\u00e7on de mettre en sc\u00e8ne la tension interne de la petite s\u0153ur qui tente de sauver son a\u00een\u00e9e ? Ou alors de montrer que la psychologie humaine est plus complexe que ce qu\u2019une \u00e9criture dramatique voudrait mettre en jeu&nbsp;? Cette deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se pourrait avoir du sens si la partie dialogale du spectacle (qui est la plus pr\u00e9sente) n\u2019\u00e9tait pas aussi caricaturale. En effet, pendant une heure, on traverse des clich\u00e9s psychologiques qui r\u00e9duisent la complexit\u00e9 des personnalit\u00e9s humaines. Le public se retrouve ainsi face \u00e0 deux profils qui laissent peu de place \u00e0 la nuance&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019artiste incomprise qui n\u2019arrivera jamais au bout de son \u0153uvre puisqu\u2019elle a une conception \u00e9lev\u00e9e de l\u2019art (\u00e0 la fa\u00e7on de \u00ab&nbsp;l\u2019art total&nbsp;\u00bb de Wagner, dont elle \u00e9coute les op\u00e9ras en prenant son bain, conception qu\u2019elle a, par ailleurs, h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re qui \u00e9tait le seul avec qui elle pouvait parler d\u2019art et qui, en mourant, la laisse en proie \u00e0 la folie) et qui se sent \u00e9lue, en-dehors du monde, incomprise par toute forme d\u2019alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;; face \u00e0 elle, sa petite s\u0153ur qui, elle, a su se relever de la mort de son p\u00e8re, a su combattre ses d\u00e9mons, se sortir de sa descente aux enfers li\u00e9e \u00e0 la drogue, et qui, maintenant, \u00ab&nbsp;cr\u00e9e&nbsp;\u00bb comme son p\u00e8re, malgr\u00e9 l\u2019incompr\u00e9hension et la d\u00e9valorisation incessantes de sa s\u0153ur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport de force entre ces deux personnalit\u00e9s semble donc trop simpliste&nbsp;: la petite est du c\u00f4t\u00e9 de la vie, elle tente de sauver sa s\u0153ur, malgr\u00e9 tout le mal qu\u2019elle lui a fait et malgr\u00e9 son d\u00e9sarroi face \u00e0 la d\u00e9tresse de son a\u00een\u00e9e. Elle est la gentille qui, dans sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u2019\u00e2me, ne demande qu\u2019une chose \u00e0 sa grande s\u0153ur, qu\u2019elle lui dise \u00ab&nbsp;je t\u2019aime&nbsp;\u00bb. Et l\u2019a\u00een\u00e9e est la m\u00e9chante \u2013 car malheureuse \u2013 qui est incapable de faire preuve de tendresse avec sa petite s\u0153ur et d\u2019humilit\u00e9 vis-\u00e0-vis du monde. Le jeu des com\u00e9diennes met en valeur ce qui pourrait appara\u00eetre pour certains comme une faiblesse de l\u2019\u00e9criture en exag\u00e9rant le path\u00e9tique (elles crient tr\u00e8s fort, par exemple, quand elles sont f\u00e2ch\u00e9es) et la caricature (quand elles sont en col\u00e8re, elles prennent leurs t\u00eates dans leurs mains, elles ferment les yeux, elles tapent contre le mur, etc.).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait esp\u00e9rer que l\u2019aspect po\u00e9tique du texte donne au spectacle un degr\u00e9 suppl\u00e9mentaire de lecture, mais celui-ci semble manquer de sinc\u00e9rit\u00e9 et se r\u00e9duire \u00e0 de l\u2019apparence po\u00e9tique. Se balan\u00e7ant entre des moments po\u00e9tiques quelque peu opaques et des comparaisons triviales, l\u2019\u00e9criture para\u00eet creuse. La po\u00e9sie s\u2019int\u00e8gre par ailleurs plut\u00f4t maladroitement aux dialogues&nbsp;: la dimension psychologique propose un langage tr\u00e8s concret et courant (malgr\u00e9 les quelques termes soutenus qui sonnent \u00e9trangement)&nbsp;; au quotidien, on ne parle pas vraiment en po\u00e9sie et on ne fait pas, par exemple, de comparaisons po\u00e9tiques en plein moment de col\u00e8re. Les incursions po\u00e9tiques sonnent donc faux et cassent le rythme naturel des phrases.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est malheureux, c\u2019est le fait de regarder des destins s\u00e9rieusement tragiques sans \u00eatre \u00e9mu. La caricature et le path\u00e9tique r\u00e9duisent la complexit\u00e9 humaine \u00e0 des apparences inconsistantes et affaiblissent le tragique des trag\u00e9dies. Les dialogues psychologiques r\u00e9duisent les c\u0153urs qui s\u2019entendent bien mieux dans les situations r\u00e9elles, les images, et enferment les spectateurs dans une lecture univoque d\u2019une histoire qui, par les enjeux relationnels complexes qu\u2019elle met en jeu, pourrait faire place \u00e0 une pluralit\u00e9 de regards.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 avril 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16624\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab&nbsp;Dis-le que tu m\u2019aimes&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16624\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/enola-rindlisbacher\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16942\">Enola Rindlisbacher<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1070\" height=\"658\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-17368\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42.png 1070w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42-300x184.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42-1024x630.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42-250x154.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42-768x472.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-13-a-13.53.42-348x215.png 348w\" sizes=\"auto, (max-width: 1070px) 100vw, 1070px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Sylvain Chabloz<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Les relations familiales ne sont pas toujours plac\u00e9es sous le signe de la bonne entente. Dans un dialogue psychologisant entre deux s\u0153urs, l\u2019auteur et metteur en sc\u00e8ne Julien Mages nous raconte l\u2019histoire d\u2019une relation de domination qui ne peut mener qu\u2019au d\u00e9chirement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir explor\u00e9 les rapports des hommes \u00e0 la nature dans&nbsp;<em>Arbres<\/em>, jou\u00e9e au foyer du Th\u00e9\u00e2tre Benno Besson la saison derni\u00e8re,&nbsp;<em>Nous par le ciel si bas<\/em>&nbsp;renoue avec d\u2019autres th\u00e9matiques ch\u00e8res \u00e0 son auteur : les troubles mentaux, la marginalit\u00e9 et les relations familiales sous le prisme de la division int\u00e9rieure des \u00eatres et de la possibilit\u00e9 de s\u2019unir aux autres. Ce drame contemporain met en sc\u00e8ne les com\u00e9diennes Marika Dreistadt et Fiamma Camesi dans le r\u00f4le de deux s\u0153urs qui se rencontrent peut-\u00eatre pour la derni\u00e8re fois. Entre les reproches, les joies et la col\u00e8re de toute une vie, les spectateurs esp\u00e8rent une r\u00e9conciliation dans un dernier&nbsp;<em>je t\u2019aime<\/em>&nbsp;avant la s\u00e9paration finale.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur une sc\u00e8ne vide entre les murs noirs du th\u00e9\u00e2tre 2.21 de Lausanne que se joue ce spectacle. Seule, la grande s\u0153ur \u2013 v\u00eatue d\u2019un&nbsp;blazer brun, d\u2019une longue robe noire et de ballerines \u00e0 talonnettes \u2013 parle, dans une sorte de prologue, de&nbsp;sa naissance, des premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie remplies de l\u2019amour de ses parents \u2013 notamment sa proximit\u00e9 avec son p\u00e8re \u2013 et de sa facilit\u00e9 \u00e0 apprendre. Puis vient la naissance de sa s\u0153ur, \u00ab&nbsp;cette menace&nbsp;\u00bb comme elle l\u2019appelle, qui vient perturber l\u2019\u00e9quilibre familial. Pourtant, elle n\u2019a rien de sp\u00e9cial, pense la grande s\u0153ur&nbsp;: elle n\u2019est pas dou\u00e9e pour apprendre et ne jouera jamais du piano aussi bien qu\u2019elle. Dans cette relation de comp\u00e9tition induite par la grande s\u0153ur, celle-ci raconte que durant toute son enfance elle s\u2019amuse \u00e0 martyriser et essayer de contr\u00f4ler la plus petite, jusqu\u2019\u00e0 ce que cette derni\u00e8re prenne son autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la petite s\u0153ur entre sur sc\u00e8ne, pour rendre visite \u00e0 la plus grande, le temps a pass\u00e9. Elles ont \u00e0 pr\u00e9sent la cinquantaine. La grande s\u0153ur est d\u00e9sormais en proie \u00e0 la solitude et ne joue plus du piano \u00e0 cause de la mort de leur p\u00e8re. La cadette, qui a connu les addictions \u00e0 la drogue et l\u2019alcool, tente de s\u2019en aller mais l\u2019ain\u00e9e simule sa c\u00e9cit\u00e9 pour la garder aupr\u00e8s d\u2019elle. Dans cette tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019inverser les rapports de force, elle ne peut paradoxalement accepter sa d\u00e9pendance \u00e0 une petite s\u0153ur qui devrait prendre sur ses \u00e9paules le r\u00f4le du lien familial et du lien au monde. Il appara\u00eet impossible \u00e0 la petite s\u0153ur de rester, tant le complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 de la grande l\u2019\u00e9crase. La s\u00e9paration finale marquera la rupture d\u00e9finitive de leur lien alors qu\u2019un simple&nbsp;<em>je t\u2019aime<\/em>&nbsp;de l\u2019ain\u00e9e aurait peut-\u00eatre pu sauver la relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre les moments de dialogue, les didascalies \u00e9nonc\u00e9es par les deux actrices permettent aux spectateurs de se repr\u00e9senter l\u2019espace fictionnel sur une sc\u00e8ne volontairement vide et cr\u00e9ent un effet int\u00e9ressant de mise \u00e0 distance par rapport aux passages qui montent en intensit\u00e9 \u00e9motionnelle. Cependant, pour un texte mettant l\u2019accent sur la dimension psychologisante et dramatique d\u2019une relation, on aurait pu s\u2019attendre \u00e0 un d\u00e9veloppement plus profond des th\u00e9matiques graves abord\u00e9es \u2013 comme le suicide, le deuil ou l\u2019addiction \u2013 et plus de nuances apport\u00e9es aux personnages. Ce manque de nuance se ressent particuli\u00e8rement dans la dichotomie mise en avant par texte entre une narcissiste acad\u00e9micienne, l\u2019ain\u00e9e, et le manque d\u2019\u00e9ducation \u2013 per\u00e7u par la plus grande \u2013 de la cadette. Beaucoup de clich\u00e9s participent \u00e0 cette opposition marqu\u00e9e, comme la lecture d\u2019un po\u00e8me qui est expliqu\u00e9 \u00e0 la cadette (qui perd de son effet car les vers ne sont pas prononc\u00e9s correctement par celle qui est sens\u00e9e \u00eatre passionn\u00e9e de po\u00e9sie) et les diff\u00e9rentes r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 une culture \u00e9litiste, comme un recueil de po\u00e8mes de Rimbaud, l\u2019\u00e9tude de Chopin au piano, ou Wagner. D\u2019ailleurs, les diff\u00e9rentes perspectives sur l\u2019art incarn\u00e9es par les deux s\u0153urs &#8211; l\u2019une acad\u00e9mique et l\u2019autre plus na\u00efve \u2013 auraient pu davantage \u00eatre explor\u00e9es selon le point de vue de la s\u0153ur cadette.&nbsp;&nbsp;Il en va de m\u00eame de son caract\u00e8re, qui peine \u00e0 \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 au-del\u00e0 des passages \u00e9voquant l\u2019alcoolisme et l\u2019addiction \u00e0 la drogue. Malgr\u00e9 ces quelques \u00e9l\u00e9ments critiques, le sp<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>13 d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16624\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/enola-rindlisbacher\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16942\">Enola Rindlisbacher<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9criture et mise en sc\u00e8ne\u00a0par Julien Mages \/ Cie Julien Mages\/ Th\u00e9\u00e2tre 2.21 (Lausanne) \/ du 5 au 22 d\u00e9cembre 2023 \/ Critique par Sophie Perruchoud et Enola Rindlisbacher. <\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":19724,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,120],"tags":[276,275],"class_list":["post-17364","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-2-21-lausanne","tag-enola-rindlisbacher","tag-sophie-perruchoud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17364","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17364"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19727,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17364\/revisions\/19727"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19724"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}