{"id":17257,"date":"2023-12-01T13:43:56","date_gmt":"2023-12-01T12:43:56","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17257"},"modified":"2024-06-27T15:33:29","modified_gmt":"2024-06-27T13:33:29","slug":"rivage-a-labandon-medee-materiau-paysage-avec-argonautes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/12\/rivage-a-labandon-medee-materiau-paysage-avec-argonautes\/","title":{"rendered":"Rivage \u00e0 l\u2019abandon, M\u00e9d\u00e9e-mat\u00e9riau, Paysage avec argonautes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Rivage \u00e0 l\u2019abandon, M\u00e9d\u00e9e-mat\u00e9riau, Paysage avec argonautes<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de Heiner M\u00fcller \/ Mise en sc\u00e8ne par Matthias Langhoff \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 22 au 26 novembre 2023 \/ critiques par Th\u00e9o Krebs et Enola Rindlisbacher . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Spectacle-mat\u00e9riau<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>01 d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/theo-krebs\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16621\">Th\u00e9o Krebs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17260\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely.jpg 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely-300x188.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely-1024x640.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely-250x156.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely-768x480.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/Langhoff_Rivage-a-labandon-Medee-materiau-Paysages-avec-argonautes-\u00a9-Pascal-Gely-1536x960.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pascal G\u00e9ly<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec le triptyque de Heiner M\u00fcller&nbsp;<\/em>Rivage \u00e0 l\u2019abandon, M\u00e9d\u00e9e-mat\u00e9riau, Paysage avec argonautes<em>, le brechtien Matthias Langhoff pr\u00e9sente un spectacle o\u00f9 le texte, la sc\u00e8ne, les com\u00e9diens, et peut-\u00eatre m\u00eame le public, sont de purs mat\u00e9riaux destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre model\u00e9s. Dans le pavillon 17 du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, dont&nbsp;&nbsp;le metteur en sc\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 directeur, se joue une exp\u00e9rience sensorielle, o\u00f9 le public n\u2019est pas invit\u00e9 \u00e0 se projeter passivement dans ce qui lui est montr\u00e9, mais o\u00f9 il est constamment interrog\u00e9 sur la nature de ce qui lui est pr\u00e9sent\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on entre dans le petit pavillon 17 du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy apr\u00e8s un petit quart d\u2019heure d\u2019attente dans le froid qui commence \u00e0 se faire sentir en cette fin d\u2019automne, on se retrouve dans un espace am\u00e9nag\u00e9 comme un couloir. Autour de la foule qui entre au chaud se d\u00e9ploient trois grands panneaux inspir\u00e9s par le texte de Heiner M\u00fcller et peints par Catherine Rankl, la sc\u00e9nographe et costumi\u00e8re du spectacle. Sont expos\u00e9es \u00e9galement une robe blanche qu\u2019on devine \u00eatre celle de M\u00e9d\u00e9e, une maquette de bateau en bois, probablement celui des argonautes, ou encore des cigarettes d\u2019une marque oubli\u00e9e. Nous sommes entr\u00e9s dans ce qui ressemble \u00e0 un mus\u00e9e. Des com\u00e9diens habill\u00e9s en h\u00f4tesses nous ont m\u00eame distribu\u00e9 un livret de quelques pages nous expliquant d\u2019o\u00f9 viennent les peintures et les enregistrements qui r\u00e9sonnent parfois en allemand.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faire de cette abondance de mat\u00e9riaux bruts&nbsp;? Apr\u00e8s quelques minutes pass\u00e9es dans ce petit mus\u00e9e, celles et ceux qui visitent cet espace sont un peu perdus. Mais derri\u00e8re les panneaux peints, on devine les si\u00e8ges rouges du th\u00e9\u00e2tre. Nous sommes sur sc\u00e8ne, mais il n\u2019y a personne pour nous regarder. \u00c0 moins que\u2026 Et si les \u00e9l\u00e9ments expos\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas tout ce qu\u2019il y avait \u00e0 regarder&nbsp;? Comme nous sommes amusants, nous autres, en train de nous d\u00e9placer dans cet espace un petit peu trop petit pour nous, et parlant \u00e0 voix basse, comme en train de transgresser la r\u00e8gle absolue du silence au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;! Nous sommes \u00e0 la fois regardants et regard\u00e9s. De la m\u00eame mani\u00e8re que le texte de Heiner M\u00fcller a en quelque sorte fa\u00e7onn\u00e9 les peintures de Catherine Rankl, c\u2019est \u00e0 notre tour d\u2019\u00eatre fa\u00e7onn\u00e9s par celles-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images s\u2019\u00e9cartent soudain, et laissent le public prendre une place plus traditionnelle sur les si\u00e8ges du th\u00e9\u00e2tre. Il faut traverser la sc\u00e8ne, \u00e0 peine s\u00e9par\u00e9e des gradins par une voie de chemin de fer encombr\u00e9e de d\u00e9chets. A-t-on le droit de marcher sur cette sc\u00e8ne, sur les d\u00e9chets, que leur exposition ici fait passer au statut de d\u00e9cors&nbsp;? Les r\u00e9actions sont diverses, entre indiff\u00e9rence et d\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: certains regardent attentivement o\u00f9 mettre les pieds en tentant d\u2019\u00e9viter de toucher quoi que ce soit tandis que d\u2019autres&nbsp;\u00e9crasent sans y pr\u00eater garde un paquet de chips qui tra\u00eene sur le chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Une des h\u00f4tesses nous assied &#8211; \u00ab&nbsp;est-ce que la place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous est libre&nbsp;?&nbsp;\u00bb &#8211; et se place sur la sc\u00e8ne encombr\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments qui ont un jour \u00e9t\u00e9 ceux du quotidien mais qui t\u00e9moignent maintenant d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue. Les trois parties du triptyque de Heiner M\u00fcller sont \u00e9mises en parall\u00e8le par quatre com\u00e9diens, se superposent, se chevauchent et se r\u00e9pondent entre elles dans des registres de jeu diff\u00e9rents. Tandis que l\u2019interpr\u00e8te de M\u00e9d\u00e9e, Fr\u00e9d\u00e9rique Loli\u00e9e, restitue son texte dans un jeu plut\u00f4t classique, tendant parfois vers un surjeu voulu, comme lorsqu\u2019elle mime la femme alcoolique, les autres figures lui r\u00e9pondent dans un jeu plus distanci\u00e9, plus monocorde. La magicienne quitte peu \u00e0 peu son accoutrement d\u2019h\u00f4tesse pour rev\u00eatir la robe blanche pr\u00e9sent\u00e9e dans le petit mus\u00e9e du d\u00e9but tandis que ses partenaires restent habill\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re. Lorsque qu\u2019elle s\u2019avance sur sc\u00e8ne pour pr\u00e9senter un long monologue, les h\u00f4tesses continuent de d\u00e9placer les d\u00e9cors en arri\u00e8re-sc\u00e8ne, m\u00e9ticuleusement, pour leur trouver la place juste. Qui sont ces gens devant nous&nbsp;? Les figures du texte de Heiner M\u00fcller&nbsp;? Les h\u00f4tesses qui interpr\u00e8tent les figures de Heiner M\u00fcller&nbsp;? Des com\u00e9diens qui interpr\u00e8tent des h\u00f4tesses qui interpr\u00e8tent les figures de Heiner M\u00fcller&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame quand ce qui se d\u00e9roule sur sc\u00e8ne semble cr\u00e9er une illusion fictionnelle, comme c\u2019est le cas de la trame li\u00e9e \u00e0 M\u00e9d\u00e9e, le statut des mat\u00e9riaux de la fiction reste interrog\u00e9. C\u2019est le cas par exemple des enfants de M\u00e9d\u00e9e, figur\u00e9s sur sc\u00e8ne par deux bo\u00eetes de p\u00e2t\u00e9e pour chien. Apr\u00e8s un temps d\u2019adaptation, la figuration fonctionne et ces deux bo\u00eetes incarnent pour les spectateurs les deux enfants de la magicienne. Ces objets ne font plus sens en tant qu\u2019objets.&nbsp;&nbsp;Mais elles sont soudain brutalement ramen\u00e9es \u00e0 leur mat\u00e9rialit\u00e9 au moment o\u00f9 la com\u00e9dienne les fait \u00e9clater sur le sol et que leur odeur naus\u00e9abonde envahit la salle. Les enfants de M\u00e9d\u00e9e sont redevenus p\u00e2t\u00e9e pour chien.<\/p>\n\n\n\n<p>On reconna\u00eet l\u00e0 l\u2019influence brechtienne de Langhoff qui refuse que les spectateurs se perdent dans l\u2019illusion de ce qui se d\u00e9roule sur sc\u00e8ne. Les spectateurs ne doivent pas seulement regarder&nbsp;: ils sont \u00e9galement sur sc\u00e8ne, soumis au regard des autres&nbsp;; et actifs, au sens propre, comme au figur\u00e9, puisque s\u2019interrogeant toujours sur le statut de ce qui se passe devant eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le risque surgit que l\u2019on s\u2019investisse un peu trop pleinement dans l\u2019histoire, les panneaux de peinture se transforment en \u00e9cran. Sont projet\u00e9s des sc\u00e8nes d\u2019ext\u00e9rieur dans lesquelles on aper\u00e7oit, film\u00e9s, les com\u00e9diens et com\u00e9diennes simultan\u00e9ment pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, interpr\u00e9tant une partie du texte que nous avons d\u00e9j\u00e0 entendue auparavant.&nbsp;Document t\u00e9moin d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition ou jeu parall\u00e8le&nbsp;? En tout cas une com\u00e9dienne s\u2019avance et regarde fixement la cam\u00e9ra en tr\u00e8s gros plan. N\u2019oublions pas, surtout, que nous aussi, nous sommes regard\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Matthias Langhoff prolonge le geste d\u2019\u00e9criture \u00e0 l\u2019origine de la pi\u00e8ce de Heiner M\u00fcller, pour lequel tout \u00e9tait mat\u00e9riau, et qui annon\u00e7ait cr\u00e9er ainsi la litt\u00e9rature. Langhoff fait du texte de M\u00fcller un mat\u00e9riau parmi d\u2019autres, qu\u2019il est impossible de r\u00e9duire \u00e0 son contenu. Les paroles prof\u00e9r\u00e9es par les com\u00e9diens deviennent une musique, une m\u00e9lodie \u00e0 modeler et qui mod\u00e8le. Ce texte se vide de son sens premier et laisse les spectateurs libres de le faire r\u00e9sonner, de la m\u00eame fa\u00e7on que les bo\u00eetes de p\u00e2t\u00e9e se r\u00e9v\u00e9laient \u00eatre des enfants assassin\u00e9s&nbsp;; les peintures, des \u00e9crans&nbsp;; les personnages, des com\u00e9diens&nbsp;; et les spectateurs, le spectacle. Pour M\u00fcller comme pour Langhoff, tout est mat\u00e9riau qui peut \u00eatre fa\u00e7onn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>01 d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/theo-krebs\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16621\">Th\u00e9o Krebs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Romcom&nbsp;<\/em>Tom<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>06 d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/enola-rindlisbacher\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16942\">Enola Rindlisbacher<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/26.11-11h-Le-si-peu-talentueux-Mister-R.-Imhof-inner-1-1024x768-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17280\" style=\"width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/26.11-11h-Le-si-peu-talentueux-Mister-R.-Imhof-inner-1-1024x768-1.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/26.11-11h-Le-si-peu-talentueux-Mister-R.-Imhof-inner-1-1024x768-1-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/26.11-11h-Le-si-peu-talentueux-Mister-R.-Imhof-inner-1-1024x768-1-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/12\/26.11-11h-Le-si-peu-talentueux-Mister-R.-Imhof-inner-1-1024x768-1-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Philip Frowein<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans cette pi\u00e8ce d\u00e9jant\u00e9e, le quatuor form\u00e9 par Tom, Tom, Tom et Tom \u00e0 l\u2019identit\u00e9 unique mais \u00e0 la voix partag\u00e9e, nous raconte son histoire d\u2019amour avec un certain Tom dans l\u2019univers superficiel de la bourgeoisie europ\u00e9enne \u00ab&nbsp;cosmopolite&nbsp;\u00bb menant une vie de boh\u00e8me dans les destinations touristiques les plus pris\u00e9es.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle saison 23-24 du POCHE \/ GVE, intitul\u00e9e EC(H)O, met l\u2019accent sur la dynamique des voix (<em>\u00e9cho<\/em>) et pr\u00eate une attention particuli\u00e8re aux enjeux \u00e9cologiques (<em>\u00e9co<\/em>) dans la cr\u00e9ation des spectacles.&nbsp;<em>Le si peu talentueux Mister R<\/em>. aborde sp\u00e9cifiquement cet&nbsp;<em>\u00e9cho<\/em>&nbsp;dans la fragmentation du personnage principal, de sorte que les diff\u00e9rentes voix qui le composent se r\u00e9p\u00e8tent, se r\u00e9pondent et entrent en r\u00e9sonance avec le public. Le titre de la pi\u00e8ce fait explicitement r\u00e9f\u00e9rence au roman psychologique&nbsp;<em>The Talented Mr. Ripley<\/em>&nbsp;(1955) de Patricia Highsmith, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma notamment dans&nbsp;<em>Plein soleil<\/em>&nbsp;(1960) avec Alain Delon. La pi\u00e8ce n\u2019est cependant pas une transposition exacte de l\u2019\u0153uvre de Highsmith ni du film de Ren\u00e9 Cl\u00e9ment, mais une adaptation libre qui reprend l\u2019esth\u00e9tique du film dans les accessoires, costumes et la mise en sc\u00e8ne, tout en abordant certaines th\u00e9matiques du livre. Au-del\u00e0 de ces r\u00e9f\u00e9rences culturelles, la pi\u00e8ce cherche surtout \u00e0 \u00e9voquer un univers de repr\u00e9sentations partag\u00e9es, que ce soit en reprenant la trame st\u00e9r\u00e9otypique de la com\u00e9die romantique ou en repr\u00e9sentant le mode de vie des&nbsp;<em>bobos<\/em>&nbsp;du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Rideaux ferm\u00e9s. Derri\u00e8re, quatre acteurs simplement v\u00eatus de peignoirs adoptent des postures lascives sur un matelas. Leur image est projet\u00e9e sur les rideaux. Lorsque ces derniers s\u2019ouvrent enfin, ils r\u00e9v\u00e8lent l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une chambre d\u2019h\u00f4tel luxueuse avec un carrelage \u00e0 motif g\u00e9om\u00e9trique. En son centre, le matelas. Les com\u00e9diens s\u2019avancent, l\u2019un deux dit&nbsp;: \u00ab Me voil\u00e0, Je suis Tom&nbsp;\u00bb. Un autre ajoute : \u00ab&nbsp;Ich bin auch Tom \u00bb. Qui est Tom&nbsp;? Il est ce gars rencontr\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, celui qui ne va pas en vacances \u00e0 Venezia&nbsp;en ao\u00fbt car \u00ab&nbsp;on ne va&nbsp;<em>pas<\/em>&nbsp;en vacances \u00e0 Venezia en ao\u00fbt&nbsp;\u00bb. Celui qui s\u2019offre le meilleur Airbnb de la ville, qui ne compte pas son argent, celui qui vit comme si tous les jours \u00e9taient un dimanche. Contrairement au Tom de Patricia Highsmith, manipulateur talentueux et peu scrupuleux, le Tom de Jan Koslowski se caract\u00e9rise par son absence de savoir, \u00e9nonc\u00e9e comme un refrain : \u00ab&nbsp;Voici Tom, il faut tout apprendre \u00e0 Tom parce qu\u2019il ne sait rien \/\/ Je suis Tom, il faut tout m\u2019apprendre parce que je ne sais rien.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tom appara\u00eet sur sc\u00e8ne comme une identit\u00e9 fragment\u00e9e entre les com\u00e9diens Chady Abu-Nijmeh, David Attenberger, Marek Recours\u00e9 et Daryl Xavier. Celle-ci est compl\u00e8tement interchangeable, tant avec chacun des com\u00e9diens qu\u2019avec toutes les personnes suivant ce mode de vie de la nouvelle bourgeoisie boh\u00e9mienne vivant dans l\u2019insouciance et la pauvret\u00e9 feinte, qui, dans les destinations touristiques les plus pris\u00e9es, a remplac\u00e9 l\u2019ancienne bourgeoisie opulente et rigide du film de Ren\u00e9 Cl\u00e9ment. Cette bourgeoisie repr\u00e9sent\u00e9e dans la pi\u00e8ce se caract\u00e9rise \u00e9galement par son aspect cosmopolite. Tom est repr\u00e9sent\u00e9 comme un vacancier perp\u00e9tuel, sans racine, pour qui les lieux sont aussi interchangeables que les personnes. Le texte plurilingue de la pi\u00e8ce o\u00f9 allemand et fran\u00e7ais se partagent les r\u00e9pliques avec quelques fois de l\u2019anglais et du suisse allemand, produit \u00e9galement cet aspect \u00ab&nbsp;cosmopolite&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie superficielle de Tom se traduit dans une vie de boh\u00e8me, l\u00e9g\u00e8re et r\u00e9p\u00e9titive, o\u00f9 personne ne se soucie du lendemain&nbsp;: un \u00ab&nbsp;<em>Romcom Tom<\/em>&nbsp;\u00bb commente Daryl Xavier, mais la r\u00e9f\u00e9rence au genre cin\u00e9matographique de la com\u00e9die romantique ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 l\u2019intrigue. Pour suivre l\u2019histoire d\u2019un amour d\u2019\u00e9t\u00e9, le dispositif sc\u00e9nique joue avec les codes du cin\u00e9ma. Diff\u00e9rents plans sont r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019une cam\u00e9ra port\u00e9e par un des com\u00e9diens sur sc\u00e8ne et dont les images sont projet\u00e9es sur les rideaux. D\u2019autres&nbsp;<em>clins d\u2019\u0153il<\/em>&nbsp;au cin\u00e9ma surgissent, avec la diffusion d\u2019un g\u00e9n\u00e9rique par exemple, contribuant \u00e0 cr\u00e9er un univers fictionnel plein de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et humour.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>06 d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/enola-rindlisbacher\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16942\">Enola Rindlisbacher<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/poche---gve.ch\/spectacle\/le-talentueux-mr-r\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Heiner M\u00fcller \/ Mise en sc\u00e8ne par Matthias Langhoff \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 22 au 26 novembre 2023 \/ critiques par  Th\u00e9o Krebs et Enola Rindlisbacher .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":17266,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[276,269],"class_list":["post-17257","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-enola-rindlisbacher","tag-theo-krebs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17257"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17257\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19261,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17257\/revisions\/19261"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17266"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}