{"id":17196,"date":"2023-11-12T12:41:11","date_gmt":"2023-11-12T11:41:11","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17196"},"modified":"2025-01-31T16:26:02","modified_gmt":"2025-01-31T15:26:02","slug":"comment-retenir-sa-respiration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration\/","title":{"rendered":"Comment retenir sa respiration"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Comment retenir sa respiration<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de Zinnie Harris \/ Mise en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphie de Philippe Saire \/ Arsenic \/ du 8 au 19 novembre 2023 \/ critique par Sophie Perruchoud . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9blouir pour dire\u2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 novembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"904\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration_philippe-clair.jpg.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-19732\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration_philippe-clair.jpg.png 904w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration_philippe-clair.jpg-151x200.png 151w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration_philippe-clair.jpg-771x1024.png 771w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration_philippe-clair.jpg-128x170.png 128w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/11\/comment-retenir-sa-respiration_philippe-clair.jpg-768x1019.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 904px) 100vw, 904px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Philippe Weissbrodt<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019Arsenic, Philippe Saire propose sa derni\u00e8re mise en sc\u00e8ne, bas\u00e9e sur le texte de Zinnie Harris. C\u00e9l\u00e8bre notamment pour ses spectacles de danse, ses mises en sc\u00e8ne, telles que&nbsp;<\/em>Angels in America<em>&nbsp;ou&nbsp;<\/em>Orphelins<em>, sont marqu\u00e9es par des r\u00e9flexions sur la physicalit\u00e9, ainsi que sur les liens entre intime et politique. Cette derni\u00e8re mise en sc\u00e8ne, forte de beaucoup de propositions diff\u00e9rentes sc\u00e9nographiques et th\u00e9matiques, aurait peut-\u00eatre gagn\u00e9 \u00e0 plus de simplicit\u00e9. \u00c0 moins que l\u00e0 ne se situent les enjeux\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle d\u00e9marre par un quiproquo entre deux personnes&nbsp;: une jeune femme, Dana, et un homme plut\u00f4t ambitieux, aimant la puissance et se d\u00e9finissant comme&nbsp;<em>le diable<\/em>. Il semble, par les clich\u00e9s convoqu\u00e9s lors de la premi\u00e8re sc\u00e8ne, que nous avons l\u00e0 affaire \u00e0 deux amants ayant couch\u00e9 ensemble pour la premi\u00e8re fois apr\u00e8s s\u2019\u00eatre rencontr\u00e9s dans un bar. Mais, avant de partir, l\u2019homme propose de l\u2019argent \u00e0 Dana en \u00e9change de leur relation sexuelle. Cette proposition met Dana tr\u00e8s en col\u00e8re, qui ne comprend pas comment l\u2019homme a pu penser qu\u2019elle \u00e9tait une prostitu\u00e9e. L\u2019\u00e9change se termine sur un pari&nbsp;: l\u2019homme affirme, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une pr\u00e9monition, que Dana finira par accepter son argent, tandis qu\u2019elle le refuse obstin\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce n\u0153ud initial, l\u2019histoire de la jeune femme n\u2019est plus que descente aux enfers. Il n\u2019est par ailleurs pas certain que l\u2019expression de&nbsp;<em>descente aux enfers<\/em>&nbsp;ne soit qu\u2019une image&nbsp;: cet homme s\u2019est en effet pr\u00e9sent\u00e9 comme le diable. Ce dernier est d\u2019ailleurs manifestement parti en laissant une marque \u00e9trange sur le corps de Dana. Inqui\u00e8te, elle cherche \u00e0 se renseigner sur les d\u00e9mons et fait ainsi la rencontre d\u2019un biblioth\u00e9caire qui tente de l\u2019aider par le biais de la litt\u00e9rature. Ces deux figures \u2013 l\u2019amant et le biblioth\u00e9caire \u2013 interviennent de nombreuses fois, \u00e0 des moments et en des lieux surprenants, au cours des p\u00e9rip\u00e9ties auxquelles Dana est confront\u00e9e. Il est parfois difficile d\u2019identifier concr\u00e8tement la nature de ce qui nous est pr\u00e9sent\u00e9&nbsp;: les deux figures quasi-mythologiques font-elles partie de l\u2019imaginaire de Dana ou de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? Le diable est-il effectivement responsable de la descente aux enfers de Dana&nbsp;? Le biblioth\u00e9caire est-il un guide (\u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un ange) qui tente d\u2019aider la jeune femme \u00e0 sortir de ses difficult\u00e9s ? \u00c0 la fin, l\u2019hypoth\u00e8se de leur existence r\u00e9elle para\u00eet se v\u00e9rifier. N\u00e9anmoins, la question se pose tout au long du spectacle et rend difficile la lisibilit\u00e9 des enjeux&nbsp;: le propos est-il psychologique, c\u2019est-\u00e0-dire est-ce que les hommes ont en eux un diable et un guide&nbsp;? Faut-il comprendre ces deux figures de fa\u00e7on all\u00e9gorique, symbolique&nbsp;? Ou alors le spectacle convoque-t-il simplement des figures surnaturelles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette difficult\u00e9 \u00e0 qualifier clairement les personnages participe \u00e0 un effet plus grand qui peut d\u00e9stabiliser les spectateurs&nbsp;: la surabondance. Si cette mise en tension du sens r\u00e9el de ces figures est d\u00e9j\u00e0 en soi un enjeu fort, s\u2019ajoutent \u00e0 cela de nombreuses probl\u00e9matiques. Sont abord\u00e9s successivement, selon les \u00e9preuves que traverse Dana, des enjeux sociaux (la prostitution, la pauvret\u00e9), politiques (la chute \u00e9conomique de l\u2019Europe, la migration) et intimes (la perte d\u2019un enfant pas encore n\u00e9). L\u2019histoire propos\u00e9e n\u2019est pas invraisemblable et les th\u00e9matiques sont souvent amen\u00e9es de fa\u00e7on fluide, mais la pluralit\u00e9 de celles-ci rend le propos du spectacle peu clair.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sentiment de trop-plein est \u00e9galement provoqu\u00e9 par la pl\u00e9thore de dispositifs techniques, avec notamment une utilisation appuy\u00e9e de jeux de lumi\u00e8re. Un voyage en train est, par exemple, figur\u00e9 par un rail sur la sc\u00e8ne entour\u00e9e de part en part de diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments (instruments de cuisine, entre autres). Ceux-ci sont illumin\u00e9s et projettent des ombres contre le fond blanc, qui font illusion d\u2019un paysage qui d\u00e9file. Plus tard, un voyage en bateau est \u00e9clair\u00e9 au moyen d\u2019une source de lumi\u00e8re en fond de sc\u00e8ne, sur laquelle on a pos\u00e9 un tissu, projetant des ombres qui donnent l\u2019impression de vagues. Ou encore, lors d\u2019une sc\u00e8ne o\u00f9 Dana passe un entretien d\u2019embauche, la salle est plong\u00e9e dans le noir et elle est \u00e9clair\u00e9e de dos par des projecteurs tr\u00e8s puissants dirig\u00e9s de fait vers le public. La sc\u00e8ne est difficile \u00e0 regarder&nbsp;: comme Dana, les spectateurs sont aveugl\u00e9s et mis dans une situation de malaise. Cette pluralit\u00e9 de dispositifs techniques, ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019abondance de th\u00e9matiques et \u00e0 la difficult\u00e9 de situer certains personnages, rend le spectacle quelque peu opaque&nbsp;: que veut-il nous dire, nous faire voir&nbsp;? Au c\u0153ur d\u2019une esth\u00e9tique explosive, sans temps de respiration (chaque moment de noir, entre les sc\u00e8nes, est occup\u00e9 par de la musique tr\u00e8s rythm\u00e9e), les spectateurs peuvent sentir leur imaginaire et leur r\u00e9flexion emp\u00each\u00e9s par cette stimulation incessante.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment le projet ? Une des derni\u00e8res sc\u00e8nes est \u00e0 ce propos signifiante&nbsp;: le biblioth\u00e9caire demande au diable quels livres il pourrait donner \u00e0 Dana pour l\u2019aider et ce dernier se lance dans un monologue dans lequel il accumule diff\u00e9rents titres de livres, plus ou moins absurdes, plus ou moins anecdotiques. Ses propos sont par ailleurs accentu\u00e9s par un effet d\u2019\u00e9chos. Cette sc\u00e8ne semble \u00eatre un reflet de l\u2019\u00e9clatement et de la superficialit\u00e9 propres \u00e0 certains ph\u00e9nom\u00e8nes actuels&nbsp;: la surinformation, les r\u00e9seaux sociaux, le d\u00e9veloppement personnel, la surconsommation, etc. Rappelons d\u2019ailleurs que le n\u0153ud initial se joue dans une dichotomie entre relation passionn\u00e9e et relation tarif\u00e9e, ce qui semble sugg\u00e9rer que le propos central du spectacle r\u00e9side dans l\u2019opposition entre deux visions du monde et des relations entre les hommes, l\u2019une po\u00e9tique et une autre plus froide et calculatrice. C\u2019est peut-\u00eatre par le trop-plein \u00e9blouissant, \u00e0 entendre comme un miroir de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes, que le spectacle tente de faire vibrer un propos politique critique vis-\u00e0-vis du&nbsp;xxi<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Ce qui peut \u00eatre per\u00e7u comme un trop-plein aveuglant est peut-\u00eatre \u00e0 ressaisir en tant qu\u2019all\u00e9gorie d\u2019un rapport au monde excessif et consum\u00e9riste impos\u00e9 par les soci\u00e9t\u00e9s capitalistes actuelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 novembre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/comment-retenir-sa-respiration-philippe-saire\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Zinnie Harris \/ Mise en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphie de Philippe Saire \/ Arsenic \/ du 8 au 19 novembre 2023 \/ critique par Sophie Perruchoud .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":17210,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[275],"class_list":["post-17196","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-sophie-perruchoud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17196","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17196"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17196\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19733,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17196\/revisions\/19733"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17196"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17196"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17196"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}