{"id":17045,"date":"2023-10-18T09:59:35","date_gmt":"2023-10-18T07:59:35","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17045"},"modified":"2025-02-07T12:11:12","modified_gmt":"2025-02-07T11:11:12","slug":"jardin-des-delices","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/10\/jardin-des-delices\/","title":{"rendered":"Le Jardin des d\u00e9lices"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Jardin des d\u00e9lices<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Philippe Quesne \/ Compagnie Vivarium Studio \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ du 26 septembre au 5 octobre 2023 \/ critiques par Sophie Perruchoud, Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero, Enola Rindlisbacher et Th\u00e9o Krebs . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9 des hommes<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16984\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/dsc4790.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Martin Argyroglo<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au th\u00e9\u00e2tre de Vidy, Philippe Quesne fa\u00e7onne de nouveau, comme dans ses pr\u00e9c\u00e9dentes cr\u00e9ations, telles que&nbsp;<\/em>La M\u00e9lancolie des dragons&nbsp;<em>ou&nbsp;<\/em>La Nuit des taupes,<em>&nbsp;un \u00e9cosyst\u00e8me que les spectateurs sont invit\u00e9s \u00e0 observer, en guettant la fa\u00e7on dont les protagonistes y \u00e9voluent. Librement inspir\u00e9 du&nbsp;<\/em>Jardin des d\u00e9lices<em>, triptyque c\u00e9l\u00e8bre de J\u00e9r\u00f4me Bosch, le spectacle pr\u00e9sente un groupe d\u2019hommes et de femmes plac\u00e9s dans un univers qui semble postapocalyptique\u2009: une invitation \u00e0 un voyage \u00e9trange, tiss\u00e9 de r\u00e9flexions quant au monde actuel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009\u00cates-vous certains que la Terre n\u2019est pas l\u2019enfer d\u2019une autre plan\u00e8te\u2009?\u2009\u00bb, sugg\u00e8re l\u2019un des personnages. La question est peut-\u00eatre celle que le spectacle de Philippe Quesne propose \u00e0 ses spectateurs. Dans un espace-temps singulier, un groupe d\u2019hommes et de femmes tentent, semble-t-il, de faire soci\u00e9t\u00e9. Si les \u00e9l\u00e9ments plastiques (un \u0153uf g\u00e9ant, un bus, un fond d\u00e9sertique) donnent une couleur postapocalyptique \u00e0 la sc\u00e9nographie, de nombreux discours \u00e9voquent quant \u00e0 eux le XXI<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle. Des caricatures s\u2019encha\u00eenent par fragments\u2009: un homme politique, sur le devant de la sc\u00e8ne, accompagn\u00e9 d\u2019un garde du corps, \u00e9nonce avec assurance des banalit\u00e9s tandis qu\u2019une femme qui semble \u00eatre une journaliste lui pose des questions qui n\u2019ont de lien ni avec son discours, ni avec la politique\u2009; un homme dont la marginale sensibilit\u00e9 est appuy\u00e9e par une gestuelle pr\u00e9cieuse lit un po\u00e8me cryptique que personne ne semble vraiment \u00e9couter, tous \u00e9tant occup\u00e9s par d\u2019autres actions\u2009; une femme se plaint de manquer d\u2019air lorsqu\u2019elle est dans le bus et, en sortant, allume de fa\u00e7on naturelle une cigarette. Cet encha\u00eenement quelque peu d\u00e9routant laisse aux spectateurs un sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9. Celle-ci est aussi li\u00e9e \u00e0 un&nbsp;<em>pourquoi\u2009?<\/em>&nbsp;incessant\u2009: si le spectacle propose de nombreuses r\u00e9flexions, il est difficile de comprendre o\u00f9 il veut r\u00e9ellement en venir. Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0, du reste, sa vis\u00e9e\u2009: laisser les spectateurs seuls face \u00e0 ce sentiment. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 tient \u00e9galement au rythme qui varie entre deux extr\u00eames\u2009: entre sc\u00e8nes tr\u00e8s lentes et moments o\u00f9 plusieurs actions rapides ont lieu en m\u00eame temps, il devient difficile de savoir \u00e0 quel temps s\u2019accorder. Elle est cr\u00e9\u00e9e aussi par le d\u00e9calage que produisent les jeux des com\u00e9diens, tr\u00e8s expressifs au moment m\u00eame o\u00f9 leurs actions sont les plus anodines. De plus, les personnages ne semblent pas v\u00e9ritablement s\u2019adresser les uns aux autres. Ce groupe d\u2019hommes et de femmes voyageant ensemble ne para\u00eet pas vraiment faire soci\u00e9t\u00e9\u2009: cela provoque un sentiment de malaise. Cette \u00e9tranget\u00e9 ressentie est-elle celle que peut procurer la vie dans tout son myst\u00e8re, ou est-ce une \u00e9tranget\u00e9 propre au XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle\u2009? Sommes-nous face \u00e0 un questionnement existentiel ou politique\u2009? Les dialogues peuvent \u00eatre compris comme une critique du tort que les nouvelles formes technologiques font au discours. Entre dialogues absurdes, po\u00e8mes cryptiques et d\u00e9nonciation de la parole divine, le spectacle semble sans cesse d\u00e9valoriser le verbe. De plus, le motif de la mise en sc\u00e8ne de soi est tr\u00e8s pr\u00e9sent, notamment avec l\u2019intervention d\u2019une cam\u00e9ra \u00e0 laquelle, de temps \u00e0 autre, les personnages s\u2019adressent lorsqu\u2019ils parlent ou chantent. En \u00e9cho, le caract\u00e8re artificiel du spectacle est volontiers d\u00e9voil\u00e9, comme dans une sc\u00e8ne ing\u00e9nieuse, dans laquelle les personnages d\u00e9montent une face du bus\u2009: un homme emploie une meuleuse, cach\u00e9e aux spectateurs, qui cr\u00e9e de grandes \u00e9tincelles. Lorsque la face du bus est enlev\u00e9e, on aper\u00e7oit la supercherie\u2009: les \u00e9tincelles proviennent d\u2019une autre source, \u00e0 quelques centim\u00e8tres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La rupture de l\u2019illusion r\u00e9f\u00e9rentielle, ainsi que la sensation de hors-temps, ouvrent toutefois vers un propos plus large sur l\u2019illusion et l\u2019insaisissabilit\u00e9, le myst\u00e8re et l\u2019\u00e9tranget\u00e9, l\u2019artificiel et le quotidien. Si le spectacle est effectivement \u00e9trange, d\u00e9cousu, abstrait (de fait, me semble-t-il \u00e0 regret, difficilement accessible pour le tout-public) et qu\u2019il faille un peu de temps et de distance pour le dig\u00e9rer, il met en jeu des questionnements importants pour notre actualit\u00e9 et pour notre humanit\u00e9. \u00c0 la sortie, nous ne savons pas vraiment si la Terre est l\u2019enfer d\u2019une autre plan\u00e8te, mais la question r\u00e9sonne sinc\u00e8rement, et ces r\u00e9flexions nous accompagnent un temps.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Jardin des d\u00e9lices&nbsp;<\/em>se situe \u00e0 la lisi\u00e8re fine qui s\u00e9pare le th\u00e9\u00e2tre de la vie. C\u2019est un spectacle difficile \u00e0 cerner, mais qui, je crois, capture quelque chose d\u2019intangible, quelque chose de notre humanit\u00e9 et de notre actualit\u00e9, tout en le laissant filer et prendre sens dans les individualit\u00e9s des spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La communaut\u00e9&nbsp;de la non-\u00e9coute<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9&nbsp;Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19734\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/le-jardin-des-delices_communaute.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Martin Argyroglo<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>L\u2019adage veut que ce soit le chemin qui compte et non la destination. Plong\u00e9 dans la pi\u00e8ce librement inspir\u00e9e du tableau \u00e9ponyme,&nbsp;<\/em>Le Jardin des D\u00e9lices,<em>&nbsp;les spectateur<\/em>\u00b7<em>ices ne savent pas vers o\u00f9 l\u2019on navigue et, pourtant, tandis qu\u2019iels sont transport\u00e9<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s par un groupe difficilement identifiable, le spectacle avance (ou passe).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos si\u00e8ges, surplomb\u00e9s par les sur-titres en anglais, nous sommes les spectateur\u00b7ices d\u2019un bus dont l\u2019habitacle s\u2019illumine et de ses occupant\u00b7es qui en sortent pour se regrouper autour d\u2019un \u0153uf g\u00e9ant paraissant sortir tout droit du tableau de J\u00e9r\u00f4me Bosch. Lors de ce moment d\u2019exposition sans paroles, huit protagonistes, chacun\u00b7e se distinguant par un accoutrement diff\u00e9rent \u2013 perruque singuli\u00e8re ou santiags \u2013, prennent le temps de se pr\u00e9senter physiquement au public en descendant du bus chacun \u00e0 leur fa\u00e7on.&nbsp;Ils se mettent en mouvement, rel\u00e8vent le fond du d\u00e9cor camouflant ainsi la coulisse et ses fraises g\u00e9antes \u2013 autre clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Bosch \u2013 et rajoutent quelques pierres au nid de l\u2019\u0153uf. Devant ce tableau mouvant silencieux, des questionnements surgissent. Manifestement, ces personnages forment une communaut\u00e9, mais laquelle ? Soci\u00e9t\u00e9, secte, rencontre d\u2019inconnu\u00b7es ou famille&nbsp;? Quelle fa\u00e7on d\u2019\u00eatre ensemble est ici explor\u00e9e&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les habitu\u00e9\u00b7es du travail du metteur en sc\u00e8ne, il n\u2019y a rien de surprenant \u00e0 se retrouver face \u00e0 un groupe ind\u00e9termin\u00e9. Quesne a habitu\u00e9 son public \u00e0 d\u00e9couvrir de petites troupes exhibant et construisant, par leurs pratiques et leurs \u00e9changes, un \u00e9cosyst\u00e8me. Le travail organique propos\u00e9 par l\u2019artiste ram\u00e8ne les spectateurs \u00e0 leur r\u00f4le premier d\u2019observateur. Plasticien de formation, Quesne r\u00e9it\u00e8re l\u2019exp\u00e9rience que l\u2019on peut avoir face \u00e0 une toile. Pas d\u2019adresse possible, pas d\u2019interactions, seulement une exposition \u00e0 l\u2019\u0153uvre. D\u2019ailleurs, il s\u2019aventure \u00e0 reprendre ici non seulement les codes de l\u2019exp\u00e9rience picturale, mais \u00e9galement le projet d\u2019un triptyque \u2013 comme chez Bosch \u2013 en trois \u00e9tapes. Le moment d\u2019exposition \u00e0 la d\u00e9couverte du monde postapocalyptique \u2013 d\u00e9cor martien, cailloux au sol et lumi\u00e8re jaune tamis\u00e9e \u2013 laisse place \u00e0 une deuxi\u00e8me partie ou les exp\u00e9riences s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent et se d\u00e9ploient pour se conclure dans un vacarme infernal accompagn\u00e9 de flammes projet\u00e9es sur des panneaux d\u2019affichage \u00e9rig\u00e9s sur sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout groupe trouve une part de son identit\u00e9 dans sa communication. Dans ces paysages o\u00f9 les affects reposent sur l\u2019atmosph\u00e8re, peu de place pour les dialogues. Ils se chevauchent, se r\u00e9p\u00e8tent &#8211; vocalement mais \u00e9galement en changeant de supports. Un po\u00e8me entier d\u00e9file sur les panneaux lumineux. Il accompagne l\u2019\u0153il des spectateurs pendant un temps long, pendant que les huit protagonistes continuent leurs activit\u00e9s h\u00e9t\u00e9roclites (danses, poses, r\u00e9citations, musiques, \u2026). Les prises de paroles ne trouvent pas d\u2019audience sur le plateau&nbsp;: la polyphonie du plateau s\u2019adresse uniquement aux spectateurs. Ces personnages renvoient l\u2019image d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue tr\u00e8s solitaire. On pourrait parfois se demander si la cacophonie n\u2019est pas plus isolante que les silences premiers. Et lorsque l\u2019une des figures f\u00e9minines pose des questions&nbsp;&nbsp;sur des th\u00e8mes universellement sensibles (la mort, le deuil, les cauchemars, \u2026), arrachant par leur incongruit\u00e9, dans le contexte, des rires et de la sympathie, ses interrogations n\u2019existent qu\u2019en tant que telle et n\u2019appellent aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, il y a des moments suspendus, o\u00f9 cet \u00e9cosyst\u00e8me s\u2019harmonise, s\u2019entend et se r\u00e9pond. S\u2019\u00e9coute et se parle, lorsque des musiques bercent la sc\u00e8ne depuis son sein. Certains personnages au piano, d\u2019autres \u00e0 la voix, une guitare, un violoncelle,\u2026 Ces sons accompagnent parfois certains propos, parfois un court d\u00e9placement du bus, parfois le rangement de la sc\u00e8ne pour un solennel final o\u00f9 les personnages sont collectivement install\u00e9-es dans le bus. Le travail musical remplit un r\u00f4le conciliateur au sein de cette communaut\u00e9 du bus. En outre, il expose le public \u00e0 un travail collectif rassurant dans cette ambiance \u00e9trange, presque martienne. Ce trait propre \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Quesne rassemble l\u2019humain autour de son aptitude \u00e0 composer ensemble, alors que les paroles se perdent parfois \u2013 ou sont tout simplement ignor\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 qualifier ce groupe de \u00ab&nbsp;communaut\u00e9 du bus&nbsp;\u00bb. Cette troupe \u00e9merge, se retrouve, performe et s\u2019\u00e9teint dans le v\u00e9hicule. De fait, le jeu de lumi\u00e8re rend l\u2019habitacle presque chaleureux malgr\u00e9 les teintes blanch\u00e2tres des n\u00e9ons. Cet effet de proximit\u00e9 est accentu\u00e9 par des dispositifs de sur\u00e9l\u00e9vations des si\u00e8ges laissant les visages tr\u00e8s visibles et par le d\u00e9montage d\u2019un c\u00f4t\u00e9 du bus en cours de spectacle. L\u2019objet bouge, se transforme, accueille, permet au pianiste d\u2019\u00eatre bien assis, au pr\u00e9sentateur de s\u2019adresser \u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe et \u00e0 un personnage d\u2019aller sur son toit. Si les protagonistes initient leur parcours en d\u00e9posant l\u2019\u0153uf g\u00e9ant au milieu et le reprennent en partant, en r\u00e9alit\u00e9, le spectacle d\u00e9bute et se termine r\u00e9ellement dans cet habitacle&nbsp;; le bus, bien plus que l\u2019\u0153uf, rassemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons assist\u00e9 \u00e0 un \u00ab&nbsp;ovale&nbsp;\u00bb de parole, \u00e0 la performance d\u2019une moule g\u00e9ante, \u00e0 de nombreuses positions rappelant des statues ou des postures du tableau de Bosch, tout en passant par le retour d\u2019Adam et Eve et par une \u00e9tape proche de l\u2019Enfer bruyant et enflamm\u00e9. Et pourtant, nous retournons dans le v\u00e9hicule, en harmonie symphonique. Un laser fort lumineux, en forme de triangle, traversant la fum\u00e9e, s\u2019agrandit puis se r\u00e9duit avant de dispara\u00eetre dans un vrombrissant bruit de tonnerre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, cet amas d\u2019individus forme un \u00e9trange m\u00e9lange que nous observons dans un univers proche et simultan\u00e9ment lointain du n\u00f4tre. Cette communaut\u00e9 du bus s\u2019ignore et s\u2019\u00e9coute, se parle et s\u2019en fiche et pourtant le temps est pass\u00e9 et nous avons \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9s par ces couleurs ambiantes.&nbsp;<em>Le Jardin des D\u00e9lices&nbsp;<\/em>se conclut dans le noir et le silence apr\u00e8s deux heures d\u2019interactions incessantes qui ont laiss\u00e9 le temps et l\u2019espace pour que se soul\u00e8vent nos interpr\u00e9tations ou nos questionnements propres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 octobre 2024<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9&nbsp;Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>Un d\u00e9sert entre paradis et enfer<\/strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/enola-rindlisbacher\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16942\">Enola Rindlisbacher<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17112\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/DSC4114-Avec-accentuation-NR.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Martin Argyroglo<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En route dans un univers d\u00e9sertique mis en sc\u00e8ne par Philippe Quesne avec la compagnie Vivarium Studio. Une communaut\u00e9 aux allures de secte des seventies, avec pantalons \u00e0 pattes d\u2019eph\u2019 et bottes de cowboy, \u00e9volue entre paradis et enfer. Les spectateurs doivent trouver leur place.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le succ\u00e8s de&nbsp;<em>Fantasmagoria<\/em>, Philippe Quesne revient \u00e0 Lausanne pr\u00e9senter&nbsp;<em>Le Jardin des d\u00e9lices<\/em>. Con\u00e7ue pour c\u00e9l\u00e9brer les vingt ans de sa compagnie, cette pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e lors du Festival d\u2019Avignon 2023. En s\u2019inspirant librement du triptyque \u00e9ponyme de J\u00e9r\u00f4me Bosch, Quesne invite les spectateurs dans un univers \u00e0 la fois familier et \u00e9trangement d\u00e9cal\u00e9. Si la r\u00e9f\u00e9rence au tableau suscite une attente, la sc\u00e9nographie la d\u00e9joue imm\u00e9diatement : loin de l\u2019imaginaire d\u2019un jardin verdoyant, le d\u00e9cor est celui d\u2019un d\u00e9sert aride.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 jardin, un bus. O\u00f9 va-t-il&nbsp;? Dans ce&nbsp;<em>no man\u2019s land&nbsp;<\/em>entre paradis et enfer, jonch\u00e9 de petits tas de pierres, la r\u00e9ponse est tout sauf assur\u00e9e . Quelle place cet espace occuperait-il dans le triptyque de Bosch&nbsp;? Sommes-nous au paradis, sur le panneau de gauche&nbsp;? Du c\u00f4t\u00e9 droit, en enfer&nbsp;? Voyageons nous entre les deux&nbsp;? Sont-ce l\u00e0 les restes du jardin des d\u00e9lices&nbsp;? Les r\u00e9ponses sont laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des spectateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les com\u00e9diens investissent cet espace, la sc\u00e8ne prend vie de mani\u00e8re inattendue. Rythm\u00e9e par leurs gestes emphatiques, dans&nbsp;&nbsp;un d\u00e9cor qui semble parfois \u00eatre anim\u00e9 par sa propre volont\u00e9, la pi\u00e8ce \u00e9volue autour d\u2019un \u00ab&nbsp;ovale de parole&nbsp;\u00bb invitant les personnages \u00e0 un voyage spirituel.&nbsp;&nbsp;Arborant des v\u00eatements des ann\u00e9es 1970, comme les fameux pantalons \u00e0 pattes d\u2019\u00e9l\u00e9phant et des accessoires de cowboy, ceux-ci forment une communaut\u00e9 aux allures de secte, guid\u00e9e par un \u0153uf g\u00e9ant. Dans cet espace de parole, ils sont amen\u00e9s \u00e0 improviser des micro-sayn\u00e8tes sur un ton d\u00e9cal\u00e9 par rapport au contexte, refl\u00e9tant un certain mal-\u00eatre et une solitude qu\u2019on peut interpr\u00e9ter comme inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience humaine&nbsp;: lorsqu\u2019ils jouent, ils ne sont pas vraiment \u00e9cout\u00e9s. Puis, rompant parfois avec leur caract\u00e8re esquiss\u00e9, certains se transforment en cr\u00e9atures mi-animales, comme des sortes de mollusques&nbsp;: on y reconna\u00eet une r\u00e9f\u00e9rence au triptyque. Entre \u00e9vocation du tableau et satire d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sociale, il est parfois difficile pour les spectateurs d\u2019attribuer un sens \u00e0 ce qu\u2019il voit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153il est attir\u00e9 par ces nombreuses micro-performances artistiques m\u00ealant po\u00e9sie, chant et musique qui se jouent et sont&nbsp;<em>d\u00e9-<\/em>jou\u00e9es par l\u2019intervention des autres personnages et des \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor. Tout comme le triptyque de Bosch, les spectateurs ne peuvent embrasser d\u2019un seul regard les sayn\u00e8tes qui se superposent chaotiquement. Ils sont invit\u00e9s \u00e0 s\u2019impr\u00e9gner d\u2019une atmosph\u00e8re, \u00e0 choisir entre s\u2019attarder sur un d\u00e9tail ou observer la sc\u00e8ne dans son ensemble. Cependant, m\u00eame si le dispositif mis en place vise \u00e0 montrer au public ces diff\u00e9rentes performances sans lui fournir une position de surplomb omnisciente, celui-ci ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019avoir un sentiment d\u2019abandon&nbsp;; un sentiment que, malgr\u00e9 tout ce qui se produit, quelque chose lui \u00e9chappe. Ce sentiment est particuli\u00e8rement pr\u00e9sent lorsque les acteurs-personnages adoptent un jeu m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2tral, venant brouiller les fronti\u00e8res de l\u2019univers fictionnel, puis finissent par interpeller \u00e0 deux reprises les spectateurs dans deux monologues qui leurs sont adress\u00e9s. Abandonn\u00e9s ? Pas vraiment. Le dispositif de la mise en sc\u00e8ne indique timidement une invitation \u00e0&nbsp;<em>regarder&nbsp;<\/em>le placement complexe du d\u00e9cor et des acteurs dans l\u2019espace sc\u00e9nique malgr\u00e9 cet inconfort provoqu\u00e9 par l\u2019incertitude sur ce que nous devons y&nbsp;<em>voir<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale d\u00e9routante, Le Jardin des d\u00e9lices invite, au-del\u00e0 de l\u2019inconfort, \u00e0 se perdre dans les m\u00e9andres du jardin artistique de Philippe Quesne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/enola-rindlisbacher\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16942\">Enola Rindlisbacher<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><strong>Les spectateurs mis \u00e0 distance<\/strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/theo-krebs\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16621\">Th\u00e9o Krebs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17111\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Martin-Argyroglo.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Martin Argyroglo<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au th\u00e9\u00e2tre de Vidy, Philippe Quesne et la compagnie Vivarium studio pr\u00e9sentent&nbsp;<\/em>Le Jardin des d\u00e9lices<em>, inspir\u00e9 du tableau du m\u00eame nom de J\u00e9r\u00f4me Bosch. Dans cette juxtaposition de paroles, d\u2019images, d\u2019actions, de textes et de sons, les spectateurs sont libres de faire leur march\u00e9. Mais ces \u00e9l\u00e9ments disparates ne sont pas organis\u00e9s pour les inviter \u00e0 entrer dans le spectacle, qui reste opaque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Huit personnages ayant l\u2019air de revenir du New Age sortent d\u2019un van. Ils apportent avec eux un \u0153uf g\u00e9ant qu\u2019ils d\u00e9posent au sol. L\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, ils effectuent ce qui ressemble \u00e0 un rituel. Aucun d\u2019entre eux ne fait la m\u00eame chose, ils ne semblent pas vraiment s\u2019\u00e9couter. Ce rituel commun est en fait un ensemble de gestes individuels. Tr\u00e8s vite, certains s\u2019\u00e9loignent du groupe et s\u2019en vont, en parall\u00e8le, monter diverses installations, des haut-parleurs ou encore des chaises pour un cercle de parole.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 la grande force du spectacle&nbsp;: l\u2019attention des spectateurs n\u2019est jamais r\u00e9ellement dirig\u00e9e. \u00c0 tout moment, nous sommes libres de regarder o\u00f9 nos yeux nous portent. La compagnie Vivarium studio porte bien son nom&nbsp;: les spectateurs se trouvent face \u00e0 cette sc\u00e8ne comme devant un bocal o\u00f9 ils sont libres d\u2019observer ceux qui \u00e9voluent au sein de cet espace d\u00e9limit\u00e9 par la sc\u00e8ne. L\u2019un des d\u00e9fis sera de tenter de retracer les r\u00e8gles qui ont cours dans cet univers.<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut cependant \u00eatre difficile d\u2019y parvenir, et de relier ces&nbsp;&nbsp;diff\u00e9rentes images h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes entre elles. Appara\u00eetront souvent des \u00e9vocations ponctuelles du tableau de J\u00e9r\u00f4me Bosch : des poses, des fraises \u00e9normes en fond de sc\u00e8ne, ou encore l\u2019\u0153uf g\u00e9ant du d\u00e9but. Diff\u00e9rents morceaux de textes emprunt\u00e9s \u00e0 Shakespeare, \u00e0 Dante, \u00e0 Van Ruysbrock et \u00e0 Laura Vazquez sont donn\u00e9s \u00e0 entendre, prof\u00e9r\u00e9s par les personnages&nbsp;; ou \u00e0 voir, projet\u00e9s sur un \u00e9cran. Ils se perdent sur la sc\u00e8ne tandis que les paroles se superposent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages se donnent en spectacle. L\u2019un commence \u00e0 parler dans ce cercle de parole o\u00f9 chacun est cens\u00e9 pr\u00e9senter un po\u00e8me l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Mais ce n\u2019est pas r\u00e9ellement ainsi que cela se passe&nbsp;: ils s\u2019interrompent sans cesse, pour proposer un autre po\u00e8me, une chanson, ou faire un grand bruit. Les personnages sont incapables de s\u2019\u00e9couter entre eux. Les spectateurs eux-m\u00eames pourront avoir une grande peine \u00e0 fixer leur attention sur l\u2019un ou l\u2019autre de ces \u00e9l\u00e9ments, pris dans ce maelstr\u00f6m d\u2019\u00e9v\u00e9nements parall\u00e8les. D\u2019autant plus qu\u2019il y a, plac\u00e9 en bord de sc\u00e8ne c\u00f4t\u00e9 cour, un \u00e9cran attirant l\u2019\u0153il, sur lequel d\u00e9filent continuellement d\u2019autres discours \u2013 ou parfois les m\u00eames, \u00e0 l\u2019avance. Sous cette avalanche d\u2019informations, les spectateurs peuvent se perdre. Les personnages, en repr\u00e9sentation entre eux, ne sont pas en repr\u00e9sentation pour les spectateurs. Ces derniers ne sont pas invit\u00e9s \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans ce qui se passe sur sc\u00e8ne, seulement \u00e0 regarder ces individus sortis du van comme une curiosit\u00e9 derri\u00e8re une vitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Seule exception, les moments musicaux collectifs, dans lesquels ces individus s\u2019\u00e9coutent et font communaut\u00e9 dans une action unique. Ceux qui regardent peuvent alors se joindre \u00e0 eux et se fondre dans cette exp\u00e9rience sensorielle. Ces moments sont malheureusement trop rares et trop courts, coup\u00e9s \u00e0 chaque fois par un bruit sourd qui interrompt le chant. Alors chaque individu se red\u00e9tache du groupe et redevient individu. Et les spectateurs reviennent \u00e0 leur place et recommencent \u00e0 chercher un sens \u00e0 ce qu\u2019ils voient.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/theo-krebs\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16621\">Th\u00e9o Krebs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/fr\/production\/philippe-quesne-le-jardin-des-delices\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Philippe Quesne \/ Compagnie Vivarium Studio \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (Lausanne) \/ du 26 septembre au 5 octobre 2023 \/ critiques par Sophie Perruchoud, Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero, Enola Rindlisbacher et Th\u00e9o Krebs .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":16976,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[276,278,275,269],"class_list":["post-17045","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-enola-rindlisbacher","tag-joaquin-marine-pinero","tag-sophie-perruchoud","tag-theo-krebs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17045","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17045"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17045\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19735,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17045\/revisions\/19735"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16976"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17045"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17045"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17045"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}