{"id":17021,"date":"2023-10-14T12:26:23","date_gmt":"2023-10-14T10:26:23","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=17021"},"modified":"2025-02-07T12:11:32","modified_gmt":"2025-02-07T11:11:32","slug":"choeur-des-amants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/10\/choeur-des-amants\/","title":{"rendered":"Choeur des amants"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Choeur des amants<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception et mise en sc\u00e8ne par Tiago Rodrigues \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ du 12 au 15 octobre 2023 \/ critiques par Sophie Perruchoud et Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un spectacle qui ressemble \u00e0 un po\u00e8me<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_4-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17027\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_4-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_4-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_4-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_4-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_4.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Filipe Fe<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, Tiago Rodrigues remet sur la sc\u00e8ne un texte dont l\u2019\u00e9criture a commenc\u00e9 en 2006 et qui, comme dans&nbsp;<\/em>By Heart<em>&nbsp;ou&nbsp;<\/em>Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre<em>, explore la finesse des liens entre les \u00eatres. Sous forme d\u2019un r\u00e9cit choral, le spectacle<\/em>&nbsp;<em>\u00e9voque deux amants qui vivent et transmettent leur amour au c\u0153ur du temps qui passe. En toute simplicit\u00e9, la balade guide le public entre l\u2019intime des amants et l\u2019universel de la condition humaine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il semble qu\u2019on a pos\u00e9 l\u00e0, sur le sol, une nuit \u00e9toil\u00e9e. Un mat\u00e9riau l\u00e9ger et brillant est \u00e9parpill\u00e9 sur l\u2019ensemble de la sc\u00e8ne et invite les spectateurs dans un univers po\u00e9tique avant m\u00eame le d\u00e9but du spectacle. C\u2019est une pi\u00e8ce de jeunesse que Tiago Rodrigues, actuel directeur du Festival d\u2019Avignon, reprend \u00e0 la sc\u00e8ne. Les premiers chants ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits il y a plus d\u2019une d\u00e9cennie, le dernier a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u r\u00e9cemment avec les com\u00e9diens David Geselson et Alma Palacios. Deux amants dont nous ne savons ni le nom, ni l\u2019\u00e2ge, ni l\u2019origine, expriment leur rapport au temps qui passe, tentent de mat\u00e9rialiser leur amour par les mots et, de fait, proposent une entr\u00e9e dans la part la plus intime de leur humanit\u00e9. Ou pour le dire dans leurs propres termes\u2009:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Cet amour est comme un po\u00e8me ou une chanson&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>c\u2019est impossible de le r\u00e9sumer&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>il faut le citer&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>que peut-on dire&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>pour r\u00e9sumer un po\u00e8me\u2009?\u2009\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame question, en \u00e9cho, se pose pour moi\u2009: que dire pour \u00e9voquer ce spectacle qui ressemble \u00e0 un po\u00e8me\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais d\u2019abord raconter que c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme qui meurt presque en regardant le film&nbsp;<em>Scarface<\/em>, avec Al&nbsp;Pacino, l\u2019histoire d\u2019un homme qui voit son amante presque mourir, l\u2019histoire d\u2019un couple qui veut croire qu\u2019\u00ab\u2009on a le temps\u2009\u00bb, d\u2019une fille qui chante le soir pour bercer sa m\u00e8re, d\u2019amoureux qui ach\u00e8tent une for\u00eat pour pouvoir vivre, d\u2019un film arr\u00eat\u00e9 brutalement par l\u2019urgence et dont ils d\u00e9cident de ne jamais voir la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais aussi dire que le spectacle est un souffle po\u00e9tique continu de quarante-cinq minutes, \u00e9crit \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une partition pour deux voix \u00e9minemment humaines. Les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de prof\u00e9rer le texte expriment toute la gamme de nos rencontres avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, comme une fable de notre humanit\u00e9, de nos (im)possibilit\u00e9s de rencontres et d\u2019amours\u2009: parfois, les mots dits \u00e0 l\u2019unisson font des deux amants un ch\u0153ur c\u00e9l\u00e9brant la possibilit\u00e9 d\u2019entente entre les hommes. Parfois, les com\u00e9diens sont seuls dans leur espace et prof\u00e8rent un monologue. \u00c0 d\u2019autres moments, les amants dialoguent, tentent de se rencontrer, de partager, ou prof\u00e8rent en m\u00eame temps des discours diff\u00e9rents, mettant en lumi\u00e8re la profonde insaisissabilit\u00e9 de l\u2019autre. Et quelquefois, le silence s\u2019impose et prend la place des mots, vains face \u00e0 l\u2019indicible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais \u00e9galement mettre en lumi\u00e8re la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du spectacle, qui donne une v\u00e9ritable place aux spectateurs. Les mots sont prof\u00e9r\u00e9s dans leur direction, ils sont offerts, nous invitent \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 recueillir cette histoire d\u2019amour et \u00e0 la faire entrer en r\u00e9sonance avec nos propres individualit\u00e9s. La diction et les gestes des com\u00e9diens, quelquefois tr\u00e8s emphatiques, presque didactiques, contraignent parfois l\u2019imaginaire des spectateurs en leur indiquant une interpr\u00e9tation pr\u00e9cise du texte, dont la richesse pourrait appeler une plus grande libert\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation. On imagine bien toutefois que ce type de diction est li\u00e9 au jeu difficile qu\u2019impose le dispositif qui consiste \u00e0 prof\u00e9rer des paroles \u00e0 l\u2019unisson. Porteurs de mots, de respirations et de silences, les com\u00e9diens \u00e9voluent dans une sc\u00e9nographie \u00e9pur\u00e9e \u2014 une table et deux chaises qui permettent de figurer les diff\u00e9rents espaces travers\u00e9s par les amants \u2014 qui leur donne une place v\u00e9ritable. Les mots eux-m\u00eames, au centre du spectacle, touchent une part profonde de notre humanit\u00e9. Ils parlent du temps qui passe, de l\u2019amour indicible, de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re partag\u00e9, de la vie infinie. Ils sont donn\u00e9s dans une po\u00e9sie d\u2019une grande humilit\u00e9, sans jamais pr\u00e9tendre \u00e9noncer ni v\u00e9rit\u00e9 ni morale. Ils ouvrent un espace de partage, le temps d\u2019un spectacle, dans lequel se tissent l\u2019amour, la peur, le rire, le d\u00e9sarroi, l\u2019attente, la mort, la joie, les d\u00e9sirs. Et le tout se cristallise en tendresse et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais encore \u00e9voquer les lumi\u00e8res qui, sobrement, illustrent le trajet que font les c\u0153urs des amants. Elles s\u2019adoucissent \u00e0 mesure que le temps passe pour finir par ne produire qu\u2019une faible atmosph\u00e8re verte, laissant les amants se dessiner en silhouette, les accompagnant jusqu\u2019\u00e0 leur dernier souffle offert \u00e0 la for\u00eat dans laquelle ils finissent par se confondre avec l\u2019humus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, je pourrais dire qu\u2019en tissant la pi\u00e8ce \u00e0 partir de la trag\u00e9die premi\u00e8re que repr\u00e9sente l\u2019intrusion brutale de la mort \u2014 ou de la menace de la mort \u2014 dans le quotidien, Tiago Rodrigues montre que le th\u00e9\u00e2tre peut donner \u00e0 voir autre chose que des rapports de force, des tensions, et proposer des lieux de tendresse. Face \u00e0 cet \u00e9v\u00e8nement tragique, il ne propose pas une r\u00e9solution, mais il y oppose bien plut\u00f4t la tendresse et la joie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais bien dire tout \u00e7a et dire encore que l\u2019espace propos\u00e9 par ce spectacle montre qu\u2019il subsiste, malgr\u00e9 la mort, le d\u00e9sarroi, la perte, \u00ab\u2009un endroit o\u00f9 il est possible de vivre\u2009\u00bb. Mais il est vrai qu\u2019il est d\u00e9licat de vouloir raconter un spectacle qui ressemble \u00e0 un po\u00e8me. Celui-ci d\u00e9pose doucement une impression d\u2019humanit\u00e9, un regard d\u2019espoir sur le temps qui s\u2019enfuit, un souffle d\u2019amour sur nos c\u0153urs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Peut-\u00eatre que dor\u00e9navant, nous aurons tous un film que nous ne regarderons jamais jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sophie-perruchoud\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16940\">Sophie Perruchoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Avez-vous le temps ?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_3-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17055\" style=\"width:300px;height:undefinedpx\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_3-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_3-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_3-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_3-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/10\/\u00a9-Filipe-Fe_3.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Filipe Fe<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Tiago Rodrigues a su habituer son public aux questionnements les plus intimes, que ce soit sur la mort et la m\u00e9moire humaine dans&nbsp;<\/em>By Heart<em>&nbsp;ou sur la r\u00e9volte interne et collective dans&nbsp;<\/em>Catarina et la beaut\u00e9 de tuer des fascistes<em>. Dans&nbsp;<\/em>Ch\u0153ur des Amants,&nbsp;<em>qui se pr\u00e9sente \u00e9galement comme un entrelacs de trames narratives, il insuffle \u00e0 ses personnages et, par eux, aux spectateur\u00b7ices, le murmure d\u2019une question incessante : \u00e0 quoi d\u00e9diez-<\/em>vous<em>&nbsp;votre temps&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On a le temps&nbsp;\u00bb reprennent fr\u00e9quemment l\u2019homme et la femme sur sc\u00e8ne. Le couple raconte la m\u00eame histoire, mais chacun\u00b7e de son point de vue. Iels parlent en m\u00eame temps et souvent en \u00e9non\u00e7ant les m\u00eames propos. Seuls les accords (genre, temporalit\u00e9 des verbes) s\u2019actualisent selon qui les prononce \u2013 elle utilise la premi\u00e8re personne quand il s\u2019agit d\u2019elle et la troisi\u00e8me lorsqu\u2019elle parle de lui et inversement (sauf dans de rares moments o\u00f9 leur exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente). Faces au public, iels s\u2019adressent directement \u00e0 l\u2019auditoire en ne bougeant que peu et narrent synchroniquement le r\u00e9cit de leur vie, en particulier le moment o\u00f9 celle-ci a connu un basculement accidentel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Iels nous parlent, pieds nus, sur un sol carr\u00e9 de petites mousses \u00e9parses simulant le plancher chaleureux d\u2019un foyer. Lorsque l\u2019un\u00b7e des deux le traverse, de petites poussi\u00e8res se soul\u00e8vent, \u00e9voquant un lieu vivant. La douche de lumi\u00e8re met en valeur ce carr\u00e9 de particules. Dans un coin, une table avec une bouilloire, qui sifflera l\u2019heure du th\u00e9, et deux chaises. De ce cadre simple \u00e9merge une chaleur famili\u00e8re, une atmosph\u00e8re d\u2019appartement tamis\u00e9.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce lieu d\u00e9pouill\u00e9 centralise l\u2019attention sur le travail primordial de la parole. Pour avancer dans l\u2019action, pas de d\u00e9cors changeants ou d\u2019entr\u00e9es en jeu de nouveaux personnages ou objets, seulement un r\u00e9cit incarn\u00e9. Le temps est celui du d\u00e9roulement des mots plus que de la vie des personnages&nbsp;: celle-ci est parfois r\u00e9sum\u00e9e, fait parfois l\u2019objet d\u2019ellipses, ou encore s\u2019\u00e9tire le temps de la narration d\u2019un moment douloureux. Souvent, la narration est au pr\u00e9sent (\u00ab&nbsp;Nous sommes aujourd\u2019hui\u2026&nbsp;\u00bb), au plus pr\u00e8s de l\u2019action. Malgr\u00e9 la dur\u00e9e courte du spectacle, leur vie peut se r\u00e9sumer. Elle le fait dans son imm\u00e9diatet\u00e9 constamment r\u00e9p\u00e9t\u00e9e. Voil\u00e0 l\u2019une des forces de ce spectacle pour moi&nbsp;: quel que soit l\u2019instant de narration de l\u2019intrigue, m\u00eame lorsque ce sont des souvenirs cruciaux qui sont \u00e9voqu\u00e9s, nous sommes toujours ramen\u00e9\u00b7es \u00e0 un pr\u00e9sent d\u2019\u00e9nonciation co\u00efncidant avec celui de r\u00e9ception. Personne n\u2019a une vision de la vie enti\u00e8re, et ces personnages ne peuvent pas diriger leurs d\u00e9cisions en fonction de la fin. L\u2019adresse frontale maintient les spectateur\u00b7ices dans un instant pr\u00e9cieux, celui du questionnement sinc\u00e8re. Finalement, nous ne sommes toujours que cet instant,&nbsp;<em>nous sommes aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;avec les connaissances de ce qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9, mais aveugles sur l\u2019avenir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, les spectateur\u00b7ices, quant \u00e0 elleux, pourront, \u00e0 la sortie du spectacle, contempler la vie accomplie du couple et se positionner depuis ce point de vue panoramique. Dans ce pr\u00e9sent, les amoureux matraquent le&nbsp;<em>leitmotiv<\/em>&nbsp;\u00ab&nbsp;on a le temps&nbsp;\u00bb \u2013 qui les rassemble dans une vision commune de la vie. La question sous-jacente \u00ab&nbsp;<em>a-t-on vraiment le temps&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb<em>&nbsp;<\/em>ne s\u2019adresse-t-elle pas aussi au public&nbsp;? De fait, si ce po\u00e8me est prof\u00e9r\u00e9 simplement et sans beaucoup d\u2019artifices ou d\u2019effets surprenants, sa dur\u00e9e r\u00e9duite en fait une force<strong>.&nbsp;<\/strong>En outre, elle r\u00e9pond \u00e0 ce d\u00e9sir de ma\u00eetrise et d\u2019usage raisonn\u00e9 du temps de chacun\u00b7e. Si les personnages posent ces questions et y apportent leur r\u00e9ponse au prix d\u2019accidents forts \u2013 il faut changer, mais cela prend du temps \u2013, le dispositif sc\u00e9nique nous les envoie au visage. Il ne nous reste plus qu\u2019\u00e0 nous les approprier. La d\u00e9marche introspective vers laquelle nous m\u00e8ne Tiago Rodrigues am\u00e8ne chacun\u00b7e \u00e0 \u00eatre actif\u00b7ve de son exp\u00e9rience et \u00e0 sortir de cette salle avec l\u2019envie de faire bouger les choses branlantes de sa vie. Quoi de mieux qu\u2019un face \u00e0 face de 45 minutes dans un d\u00e9cor simple mais chaleureux pour parler \u00e0 l\u2019intime&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aviez-vous vraiment le temps (de lire ce texte) ?<\/strong>&nbsp;<em>Ch\u0153ur des Amants&nbsp;<\/em>questionne les th\u00e9matiques universelles du temps qui passe, de ce qu\u2019on en fait, de ce qu\u2019il nous am\u00e8ne \u00e0 modifier.&nbsp;<em>In fine<\/em>,<em>&nbsp;<\/em>le spectacle nous montre que, m\u00eame si on a le temps, on doit le prendre pour changer.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/joaquin-marine-pinero\/\" data-type=\"page\" data-id=\"16950\">Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/fr\/choeur-des-amants\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception et mise en sc\u00e8ne par Tiago Rodrigues \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ du 12 au 15 octobre 2023 \/ critiques par Sophie Perruchoud et Joaquin Marin\u00e9 Pi\u00f1ero .<\/p>\n","protected":false},"author":1002694,"featured_media":17025,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[278,275],"class_list":["post-17021","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-joaquin-marine-pinero","tag-sophie-perruchoud"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17021"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17021\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19366,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17021\/revisions\/19366"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17025"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}