{"id":16843,"date":"2023-05-15T22:49:27","date_gmt":"2023-05-15T20:49:27","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16843"},"modified":"2025-03-06T11:13:50","modified_gmt":"2025-03-06T10:13:50","slug":"camille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/05\/camille\/","title":{"rendered":"Camille"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Camille<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9ation, direction artistique et performance Sarah Bucher \/La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ Du 11 au 13 mai 2023 \/ critique par Th\u00e9o Krebs . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Enfermement des corps et des esprits<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mai 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/theo-krebs\/\">Th\u00e9o Krebs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"819\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/230429071456_camille_photo-1600x2000-1-819x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16841\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/230429071456_camille_photo-1600x2000-1-819x1024.jpeg 819w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/230429071456_camille_photo-1600x2000-1-160x200.jpeg 160w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/230429071456_camille_photo-1600x2000-1-136x170.jpeg 136w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/230429071456_camille_photo-1600x2000-1-768x960.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/230429071456_camille_photo-1600x2000-1.jpeg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arthur Lehmann<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Pas de d\u00e9cors : le plateau est nu ; pas de mots : un habillage sonore r\u00e9p\u00e9titif et minimaliste ; une lumi\u00e8re simple et constante. Rien qu\u2019un corps au centre d\u2019une sc\u00e8ne. Hommage \u00e0 une jeune fille b\u00e8gue qui a trouv\u00e9 le courage de se battre, Camille est une exp\u00e9rience sensorielle qui tente de traduire corporellement cette souffrance. Le seul \u00e9l\u00e9ment sur lequel s\u2019appuyer tout au long de la pi\u00e8ce est le corps de la danseuse et chor\u00e9graphe Sarah Bucher, enferm\u00e9 dans des mouvements simples et r\u00e9p\u00e9titifs. Ce n\u2019est pas la parole qui est b\u00e8gue ici : c\u2019est le corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre de la sc\u00e8ne, un carr\u00e9 de lumi\u00e8re d\u00e9coupe au sol une prison sc\u00e9nographique. Un incessant et oppressant son de m\u00e9tronome cr\u00e9e un effet de prison sonore. Sarah Bucher entre, comme pouss\u00e9e sur le plateau contre sa volont\u00e9. Sa respiration et son corps se bloquent en face de nous. Ses yeux passent en revue chaque personne du public et lentement, tr\u00e8s lentement, elle commence \u00e0 bouger au rythme du tintement m\u00e9tallique et r\u00e9gulier du m\u00e9tronome. D\u2019abord, ce sont les bras qui se meuvent, bient\u00f4t suivis par les pieds, dans des arcs qui se font de plus en plus grands, mais qui ne parviennent jamais \u00e0 trouver une r\u00e9elle ampleur.<\/p>\n\n\n\n<p>La feuille de salle laisse entendre que la performance illustre la lib\u00e9ration du b\u00e9gaiement par la danse. Mais ce que l\u2019on per\u00e7oit plut\u00f4t, c\u2019est la repr\u00e9sentation du handicap lui-m\u00eame, par la danse et le mouvement. La parole devient corps, les mots deviennent mouvements. Et comme la b\u00e8gue butte sur les mots, la danseuse butte sur les mouvements, oblig\u00e9e de les r\u00e9p\u00e9ter encore et encore sans pouvoir les terminer, comme enferm\u00e9e dans une phrase interminable.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais ce corps ne se lib\u00e8re des tacs du m\u00e9tronome qui lui dictent son rythme. Jamais la jeune femme n\u2019agit contre cet ordre sonore. Si, soudain, elle peut se reposer, c\u2019est seulement parce que, pendant quelques secondes, la machine a cess\u00e9. Mais elle repart vite \u2013 trop vite \u2013 et le corps doit recommencer \u00e0 bouger. Lorsque, par fatigue et essoufflement, elle essaie de se rebeller contre ce tyran auditif, le m\u00e9tronome se fait plus pressant et augmente soudain son tempo. Alors elle reprend sa phrase corporelle et les gestes continuent de se r\u00e9p\u00e9ter encore et encore et encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la lassitude de la r\u00e9p\u00e9tition s\u2019installe chez le public, l\u2019attention se d\u00e9place. Il n\u2019est plus question d\u2019essayer de comprendre ce qui se d\u00e9roule sous nos yeux o\u00f9 d\u2019admirer le rythme des pas de Sarah Bucher. C\u2019est sur d\u2019autres d\u00e9tails que se posent nos yeux. Les plis du tissu qui se froisse et se d\u00e9froisse \u00e0 chaque geste ; la transpiration qui s\u2019\u00e9coule et imbibe un peu plus les v\u00eatements \u00e0 chaque r\u00e9it\u00e9ration ; les muscles des joues, compl\u00e8tement d\u00e9tendues, qui suivent les impulsions du corps ; le souffle et les cris, trop discrets, alors m\u00eame qu\u2019ils ajoutent un peu d\u2019\u00e2me \u00e0 ces gestes m\u00e9caniques. Les spectateurs s\u2019\u00e9chappent alors quelques secondes. Mais ils sont presque aussit\u00f4t rattrap\u00e9s par la danseuse qui commence une nouvelle s\u00e9rie de mouvements et nous ram\u00e8ne \u00e0 ce qu\u2019elle fait plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle est.<\/p>\n\n\n\n<p>Esclaves de ce tintement m\u00e9canique qui ne s\u2019arr\u00eate jamais, nous sommes comme bloqu\u00e9s avec elle. Enfin, apr\u00e8s quarante interminables minutes, ce corps se d\u00e9tend \u2013 inexplicablement, car il n\u2019y a pas de conclusion \u00e0 la performance. Le m\u00e9tronome ne s\u2019est pas encore arr\u00eat\u00e9 et la phrase corporelle ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 achev\u00e9e ni avort\u00e9e : elle s\u2019arr\u00eate seulement, sans que l\u2019on ressente d\u2019impulsion interne \u00e0 cet arr\u00eat. Mais Sarah Bucher rel\u00e8ve la t\u00eate, et les applaudissements se font entendre. Si ce corps est lib\u00e9r\u00e9, nous, public, le sommes encore davantage, soulag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mai 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/theo-krebs\/\">Th\u00e9o Krebs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.explore-unil.ch\/evenement\/camille\/\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation, direction artistique et performance Sarah Bucher \/La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ Du 11 au 13 mai 2023 \/ critique par Th\u00e9o Krebs .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16844,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[269],"class_list":["post-16843","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-theo-krebs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16843","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16843"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16843\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22920,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16843\/revisions\/22920"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16844"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16843"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16843"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16843"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}