{"id":16836,"date":"2023-05-10T18:27:56","date_gmt":"2023-05-10T16:27:56","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16836"},"modified":"2025-02-07T12:20:34","modified_gmt":"2025-02-07T11:20:34","slug":"depois-do-silencio-apres-le-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/05\/depois-do-silencio-apres-le-silence\/","title":{"rendered":"Depois do sil\u00eancio (Apr\u00e8s le silence)"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Depois do sil\u00eancio (Apr\u00e8s le silence)<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Conception, mise en sc\u00e8ne et texte de Christiane Jatahy \/ Th\u00e9\u00e2tre Populaire Romand &#8211; TPR \/ Du 04 au 06 mai 2023 \/ critiques par Emma Chapatte et Timon Musy . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les luttes afro-descendantes sur la sc\u00e8ne du TPR, \u00e0 la fois cri de rage et cri du c\u0153ur<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 mai 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\">Emma Chapatte<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depois-do-Silencio_JulianaFranca_Nurith-Wagner-Strauss-Wiener-Festwochen_low-1140x760-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16832\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depois-do-Silencio_JulianaFranca_Nurith-Wagner-Strauss-Wiener-Festwochen_low-1140x760-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depois-do-Silencio_JulianaFranca_Nurith-Wagner-Strauss-Wiener-Festwochen_low-1140x760-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depois-do-Silencio_JulianaFranca_Nurith-Wagner-Strauss-Wiener-Festwochen_low-1140x760-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depois-do-Silencio_JulianaFranca_Nurith-Wagner-Strauss-Wiener-Festwochen_low-1140x760-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depois-do-Silencio_JulianaFranca_Nurith-Wagner-Strauss-Wiener-Festwochen_low-1140x760-1.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pedro Faerstein<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Un peu documentaire et compl\u00e8tement revendicateur, <\/em>Apr\u00e8s le silence<em>, nous d\u00e9voile l\u2019esclavage moderne des communaut\u00e9s indig\u00e8nes br\u00e9siliennes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il encore pr\u00e9senter Christiane Jatahy ? Aur\u00e9ol\u00e9e du lion d\u2019Or de la Biennale de Venise en 2022 pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre, cette metteuse en sc\u00e8ne et dramaturge br\u00e9silienne aime m\u00e9langer les arts, virevoltant d\u2019un m\u00e9dium \u00e0 l\u2019autre avec une dext\u00e9rit\u00e9 qui n\u2019est plus \u00e0 prouver. Sa marque de fabrique ? L\u2019entrelacement des arts vivants et de la vid\u00e9o. Apr\u00e8s <em>Entre chien et loup<\/em> (2021), qui explorait les m\u00e9caniques de la mont\u00e9e du fascisme en rejouant le film <em>Dogville<\/em>, <em>Before the sky falls<\/em> (2021), qui quant \u00e0 lui s\u2019int\u00e9ressait aux logiques masculinistes, Christiane Jatahy pr\u00e9sente <em>Apr\u00e8s le silence<\/em> (cr\u00e9\u00e9 en 2022) et d\u00e9nonce cette fois-ci le racisme syst\u00e9mique auquel font face les communaut\u00e9s afro-descendantes au Br\u00e9sil. Cl\u00f4turant ainsi sa Trilogie des Horreurs, dont l\u2019id\u00e9e lui vient en observant l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Jair Bolsonaro dans son pays, la metteuse en sc\u00e8ne porte la voix des activistes indig\u00e8nes en lutte \u2013 le mot est important \u2013 pour leurs terres, leurs droits fondamentaux et leurs libert\u00e9s individuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois grands \u00e9crans occupent le fond de sc\u00e8ne dans sa longueur. Pour le reste, la sc\u00e9nographie est relativement simple : c\u00f4t\u00e9 cour, une table face au public, sur laquelle sont pos\u00e9s une lampe de bureau et un ordinateur. C\u00f4t\u00e9 jardin, une seconde table, de biais cette fois-ci, recouverte d\u2019instruments de musiques traditionnels. Entre les deux, un banc en bois. Et c\u2019est tout. Pendant 1h40, trois com\u00e9diennes et un musicien vont investir cet espace et incarner l\u2019histoire de Bibiana et Belonisia, en s\u2019appuyant sur des images film\u00e9es. Issues d\u2019un milieu pauvre et agraire, les deux s\u0153urs racontent comment elles ont vu des membres de leur famille mourir assassin\u00e9s pour avoir revendiqu\u00e9 leurs droits \u00e0 poss\u00e9der la terre qu\u2019ils cultivent.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019origine de l\u2019\u00e9v\u00e9nement sc\u00e9nique se trouvent deux mat\u00e9riaux : le best-seller <em>Torto Adado<\/em> (2019) du br\u00e9silien Itamar Vieira Junior, et le film documentaire <em>Cabra marcado para morrer<\/em> (1984), d\u2019Eduardo Coutinho. Le premier raconte la lutte des deux s\u0153urs et leur vie marqu\u00e9e par les croyances locales proches de l\u2019animisme. Le second pr\u00e9sente une reconstitution de la vie de Joao Pedro Teixeira, chef de file d\u2019un mouvement paysan assassin\u00e9 \u00e0 cause de son combat politique contre les grands propri\u00e9taires terriens. A ces deux premi\u00e8res strates de r\u00e9cit, Christiane Jatahy en entrem\u00eale une troisi\u00e8me : ses propres prises de vues, r\u00e9alis\u00e9es dans la province br\u00e9silienne de Bahia, tant\u00f4t pour imager po\u00e9tiquement le propos, tant\u00f4t pour questionner le racisme auquel fait encore face la population locale. Il ne s\u2019agit toutefois pas d\u2019une authentique d\u00e9marche documentaire, puisque les artistes pr\u00e9sent.e.x.s sur sc\u00e8ne apparaissent \u00e9galement sur les vid\u00e9os projet\u00e9es. Sur le plateau, l\u2019objet pr\u00e9sent\u00e9 est alors singulier, r\u00e9sultat de l\u2019imbrication parfois ambigu\u00eb des diff\u00e9rents fils narratifs et niveaux de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que Christiane Jatahy excelle dans l\u2019art de brouiller les fronti\u00e8res, qui oscillent et deviennent poreuses : celles entre la sc\u00e8ne et la salle comme celles entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction. \u00c0 la fin du spectacle, une transe rituelle film\u00e9e contamine par exemple les com\u00e9dien.ne.x.s qui, sur le plateau, se mettent \u00e0 participer aux danses effr\u00e9n\u00e9es. \u00c0 d\u2019autres moments, les interpr\u00e8tent sont \u00e0 la fois sur sc\u00e8ne et \u00e0 l\u2019\u00e9cran, discutant parfois ensemble sans qu\u2019aucune barri\u00e8re ne semble les s\u00e9parer. On ne sait alors plus \u00e0 quel niveau on se situe, ni \u00e0 qui attribuer ce qui nous est dit : t\u00e9moignages r\u00e9els ou cr\u00e9\u00e9s pour l\u2019occasion ? Com\u00e9dien.ne.x.s ou activistes ? Au fond, nul besoin de le savoir pour suivre le propos de la metteuse en sc\u00e8ne et des quatre interpr\u00e8tes : aujourd\u2019hui encore, certaines populations doivent lutter pour avoir le droit de vivre et habiter sur leurs terres, souvent au p\u00e9ril de leur vie. L\u2019esclavage n&rsquo;a pas disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait de la peine \u00e0 classer ce spectacle : th\u00e9\u00e2tre documentaire ? Fiction ? Performance d\u2019empowerment militant ? Probablement un peu des trois. Il rejoint \u00e9galement une tendance internationale de plus en plus suivie : celle qui consiste \u00e0 affirmer sa culture pour en faire une arme de lutte. Le projet politique fonctionne : <em>Apr\u00e8s le silence<\/em> nous montre d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s et nous fait r\u00e9fl\u00e9chir au sort des minorit\u00e9s nationales et aux violences syst\u00e9miques auxquelles elles font face.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 mai 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/emma-chapatte\/\">Emma Chapatte<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une lutte si urgente et si lointaine<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 mai 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/timon-musy\/\">Timon Musy<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depoisdosilencio_CJatahy_GalPereira_jare_photo_ChristopheRaynaudDeLage_low-1140x760-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16834\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depoisdosilencio_CJatahy_GalPereira_jare_photo_ChristopheRaynaudDeLage_low-1140x760-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depoisdosilencio_CJatahy_GalPereira_jare_photo_ChristopheRaynaudDeLage_low-1140x760-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depoisdosilencio_CJatahy_GalPereira_jare_photo_ChristopheRaynaudDeLage_low-1140x760-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depoisdosilencio_CJatahy_GalPereira_jare_photo_ChristopheRaynaudDeLage_low-1140x760-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/05\/Depoisdosilencio_CJatahy_GalPereira_jare_photo_ChristopheRaynaudDeLage_low-1140x760-1.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Pedro Faerstein<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Des r\u00e9gions recul\u00e9es du nord-est br\u00e9silien, l\u00e0 o\u00f9 les regards ne portent pas, <\/em>Apr\u00e8s le silence<em> arrache des mots et des images \u00e0 celles et ceux qui souffrent. R\u00e9cit c\u00e9r\u00e9bral et complexe \u00e0 la jonction du th\u00e9\u00e2tre documentaire, de la fiction et du cri manifeste d\u2019une communaut\u00e9 en lutte, sa sinc\u00e9rit\u00e9 froide, bien que parfois f\u00e9brile, revendique le droit \u00e0 l\u2019existence d\u2019un peuple sur une terre marqu\u00e9e par une histoire difficile.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Torto Arado<\/em> de Itamar Vieira Junior, dont est tir\u00e9 le contenu du spectacle, n\u2019a encore jamais \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais. Pour un public non averti, le mat\u00e9riau travaill\u00e9 par le r\u00e9cit est in\u00e9dit, spontan\u00e9, et l\u2019apparente innocence du jeu des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s sur sc\u00e8ne fait vite douter du caract\u00e8re fictif de la pi\u00e8ce. Christiane Jatahy n\u2019en est pas \u00e0 ses d\u00e9buts en mati\u00e8re de brouillage des genres, des m\u00e9diums et des niveaux de r\u00e9alit\u00e9. Apr\u00e8s deux pi\u00e8ces portant sur le fascisme et la masculinit\u00e9 nocive qui m\u00ealaient d\u00e9j\u00e0 th\u00e9\u00e2tre et cin\u00e9ma, elle cl\u00f4ture sa \u00ab trilogie des horreurs \u00bb en mettant cette fois le racisme et l\u2019exploitation des populations ouvri\u00e8res du Br\u00e9sil au centre de son dispositif cr\u00e9atif. Les mots qu\u2019elle emprunte et transmet ne sont pas des t\u00e9moignages authentiques ; mais dans une large mesure, ils sont r\u00e9els. Les femmes et l\u2019homme qui les incarnent ne sont pas des t\u00e9moins directs des \u00e9v\u00e9nements, semble-t-il, ni tout-\u00e0-fait des com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s. \u00c9tant eux\u00b7elles-m\u00eames d\u2019origine br\u00e9silienne, les artistes pr\u00e9tendent faire partie des communaut\u00e9s opprim\u00e9es, mais cela n\u2019est jamais vraiment s\u00fbr. Il et elles sont bien davantage des \u00e9missaires qui portent la voix de celles et ceux qui n\u2019en ont pas dans un m\u00eame pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous une forme h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et d\u00e9li\u00e9e, difficile \u00e0 saisir, \u00e9nigmatique, <em>Apr\u00e8s le silence<\/em> veut rompre l\u2019omerta. En prenant appui sur des images vid\u00e9o (documentaires ou mises en sc\u00e8ne), les jeux d\u2019interactions entre les lieux, les p\u00e9riodes et les r\u00e9cits t\u00e9moignent des difficult\u00e9s de tout un peuple \u00e0 faire entendre sa voix. \u00c0 deux \u00e9poques diff\u00e9rentes, la n\u00f4tre et celle des ann\u00e9es 60, deux assassinats refusent de passer inaper\u00e7us. Celui de Jo\u00e3o Pedro Texeira, le chef de la ligue paysanne de Sap\u00e9, dont la mort conduira \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un documentaire (termin\u00e9 et sorti seulement en 1984 \u00e0 cause d\u2019un coup d\u2019\u00e9tat), et celui d\u2019un jeune rural de la r\u00e9gion de Bahia. Tous deux sont tu\u00e9s par des propri\u00e9taires terriens contre lesquels ils luttaient pour obtenir la reconnaissance de leur droit \u00e0 habiter la r\u00e9gion. \u00c0 ces morts se m\u00ealent le r\u00e9cit d\u2019une s\u0153ur qui, par accident, s\u2019est coup\u00e9e la langue et ne peut plus parler, et celui d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration spirituelle candombl\u00e9 o\u00f9 la danse r\u00e9unit et consolide l\u2019esprit solidaire et r\u00e9sistant d\u2019une communaut\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces r\u00e9gions, tous ces gens paraissent bien loin. Ils ne sont visibles qu\u2019au travers de trois \u00e9crans sur lesquels sont projet\u00e9s les mots et les images. Les sons m\u00eames doivent \u00eatre reproduits sur sc\u00e8ne par un musicien orf\u00e8vre assis derri\u00e8re une table couverte de clochettes, de vasques d\u2019eau et de graines, de percussions, de maracas, de micros, de g\u00fciros et de petits objets de bois. Tout est invisible pour le public, et tout est tent\u00e9 pour cr\u00e9er un impossible sentiment de proximit\u00e9. Il faut comprendre. Il faut comprendre et, pourtant, tout est si distant. Ce ne sont que des images qui viennent \u00e0 nous, des reproductions, des \u00e9quivalents, des simulations. Les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s doivent faire conf\u00e9rence, expliquer les \u00e9v\u00e9nements, pr\u00e9senter les hommes et les femmes qui t\u00e9moignent. La complexit\u00e9 de leur situation est transmise par un patient travail p\u00e9dagogique et des d\u00e9monstrations tronqu\u00e9es. Nous pouvons apercevoir trois musiciens sur l\u2019\u00e9cran, mais nous n\u2019en avons qu\u2019un sur sc\u00e8ne, devant nous ; il y a un village sur les images de l\u00e0-bas, qui doit ici \u00eatre d\u00e9crit et mim\u00e9 dans le vide par les artistes. Une transe feinte en fin de spectacle veut encore provoquer en nous cette sensation d\u2019\u00eatre confront\u00e9\u00b7e \u00e0 une autre r\u00e9alit\u00e9. La r\u00e9action d\u2019incertitude et d\u2019inconfort alors partag\u00e9e par certain\u00b7e\u00b7s spectateur\u00b7ice\u00b7s en devient une extraordinaire et indispensable ouverture sensorielle. La lutte m\u00eame est ailleurs, \u00e0 Bahia dans le Nordeste, o\u00f9 na\u00eet la col\u00e8re d\u2019\u00eatre invisible. Mais c\u2019est de toutes ces \u00e9motions produites au cours du spectacle, qui font acte de l\u2019existence de cette douleur sans pouvoir la partager, qu\u2019apparaissent sur sc\u00e8ne l\u2019importance et la pertinence de ce combat.<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9tries d\u2019une spiritualit\u00e9 profonde, les images d\u2019<em>Apr\u00e8s le silence<\/em> oscillent entre une \u00e9l\u00e9gance hanteuse et puissante, notamment dans les s\u00e9quences film\u00e9es \u00e0 la dimension fictionnelle assur\u00e9ment marqu\u00e9e, et les effusions de douleur les plus simples. Le personnage vraisemblablement fictif et all\u00e9gorique de la s\u0153ur muette n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cran ; ne pouvant parler, elle ne semble pouvoir pr\u00e9tendre exprimer la voix de son peuple. C\u2019est pourtant elle qui porte la plus profonde souffrance, marginalis\u00e9e et punie, et qui ne peut s\u2019\u00e9manciper de son silence ni de son histoire. Le couteau avec lequel elle s\u2019est mutil\u00e9e devait permettre \u00e0 sa famille de se d\u00e9fendre, mais il lui vole plut\u00f4t la libert\u00e9 de se battre. Les autres, celles et celui qui sont pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, peuvent user de leur langue, et le font avec une v\u00e9h\u00e9mence d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Peut-\u00eatre trop, tant les cris se perdent parfois dans l\u2019urgence et les mots deviennent difficile \u00e0 suivre. La musique, elle, ne faiblit jamais, remplit l\u2019atmosph\u00e8re et pourvoit \u00e0 ce manque d\u2019intelligibilit\u00e9 en transmettant une vibration et une vitalit\u00e9 rageuse. La pi\u00e8ce est une vengeance, comme le dit si bien l\u2019une des com\u00e9diennes, une vengeance contre toutes formes d\u2019oppressions, mais aussi un v\u0153u d\u2019espoir et d\u2019amour \u00e0 partager. Le Br\u00e9sil, c\u2019est loin, et le message peut avoir du mal \u00e0 se transmettre, mais il parvient pourtant \u00e0 former, d\u2019un public \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, une nouvelle communaut\u00e9 en lutte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 mai 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/timon-musy\/\">Timon Musy<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tpr.ch\/saison-22-23\/depois-do-silencio-apres-le-silence\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conception, mise en sc\u00e8ne et texte de Christiane Jatahy \/ Th\u00e9\u00e2tre Populaire Romand &#8211; TPR \/ Du 04 au 06 mai 2023 \/ critiques par Emma Chapatte et Timon Musy .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16837,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,169],"tags":[270,271],"class_list":["post-16836","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tpr-la-chaux-de-fonds","tag-emma-chapatte","tag-timon-musy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16836","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16836"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16836\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19391,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16836\/revisions\/19391"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16837"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16836"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}