{"id":16699,"date":"2023-03-30T09:07:40","date_gmt":"2023-03-30T07:07:40","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16699"},"modified":"2025-02-07T12:22:42","modified_gmt":"2025-02-07T11:22:42","slug":"les-7-soeurs-de-turakie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/03\/les-7-soeurs-de-turakie\/","title":{"rendered":"Les 7 s\u0153urs de Turakie"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les 7 s\u0153urs de Turakie<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">\u00c9crit et mis en sc\u00e8ne par Emili Hufnagel &amp; Michel Laubu \/ Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 21 au 26 mars 2023 \/ critiques par Timon Musy et Manon Leli\u00e8vre . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un battement d\u2019aile de Turakie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/timon-musy\/\">Timon Musy<\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-11-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16697\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-11-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-11-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-11-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-11-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-11-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;TKM<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une r\u00e9union de famille pour \u00e9changer et se souvenir. Ce ne sont pourtant pas les 7 s\u0153urs, ni tout \u00e0 fait leur histoire, qui font le c\u0153ur du spectacle. Celui-ci d\u00e9roule surtout un th\u00e9\u00e2tre d\u2019images, parfois dr\u00f4les, parfois inqui\u00e9tantes \u2013 un th\u00e9\u00e2tre touchant, qui a beaucoup \u00e0 raconter.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La compagnie Turak semble ne jamais tarir d\u2019histoires pour faire d\u00e9couvrir le pays fictif de Turakie. Depuis 1987, Michel Laubu, rejoint ensuite par sa complice Emili Hufnagel, le construit et l\u2019incarne et ce, sans montrer signe de fatigue aucun. Heureusement, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e0 d\u00e8s l\u2019origine pour comprendre ce qui se passe sur sc\u00e8ne. Le sympathique narrateur se charge d\u2019annoncer tous les \u00e9l\u00e9ments qui peuvent aider \u00ab \u00e0 ne pas mieux comprendre \u00bb la pi\u00e8ce. Le spectacle prend la forme d\u2019un cabaret, ludique et foisonnant, propos\u00e9 par ces vieilles s\u0153urs un peu s\u00e9niles qui \u00e9changent dans la maison familiale leurs souvenirs de voyage. Un tournoi de babyfoot, une danse balinaise d\u00e9guis\u00e9e, le d\u00e9pe\u00e7age d\u2019un chevreuil, une mort shakespearienne et un d\u00e9luge ponctuent et tracent les grandes lignes de ce r\u00e9cit. Il est donc laiss\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che des spectateurs de cr\u00e9er ou d\u2019identifier un sens, appel\u00e9 par la po\u00e9sie des gestes et de la force de gravit\u00e9, celle des objets et des corps. Tout tangue, tourne, penche, tient en \u00e9quilibre, glisse et gonfle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le verbe, en effet, attribu\u00e9 au seul personnage du narrateur, se heurte tr\u00e8s vite \u00e0 sa propre pauvret\u00e9 et \u00e0 son avarice. Les mots choisis sont simples, les rares phrases courtes et fragmentaires. Les marmonnements gras et les murmures comblent le vide et les silences qui entrecoupent les exclamations r\u00e9jouies. Ce sont donc les formes, les gestes, les objets, les sons, les corps et tous les autres mouvements qui cr\u00e9ent ce splendide, et parfois frustrant th\u00e9\u00e2tre d\u2019images. Splendide dans la force que poss\u00e8dent ces images pour cr\u00e9er des \u00e9motions, d\u2019amusement ou de peur ; frustrant car malheureusement certaines d\u2019entre elles sont trop discr\u00e8tes pour une grande partie du public. Ainsi de ces bouteilles dont le contenu s\u2019\u00e9coule sur une vitre pour simuler la pluie, et dont le ruiss\u00e8lement est \u00e0 peine visible. Mais ces images, m\u00eame peu soulign\u00e9es par moments et parfois m\u00eame noy\u00e9es dans le chaos de l\u2019action t\u00e9moignent d\u2019un sens affut\u00e9 du jeu et de la bricole.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne para\u00eet pas r\u00e9ellement \u00eatre question d\u2019accorder un statut de seul personnage aux marionnettes cens\u00e9es repr\u00e9senter les s\u0153urs. Le geste est ailleurs. Les marionnettistes ne se cachent jamais vraiment, en viennent parfois jusqu\u2019\u00e0 communiquer entre elleux, expliquent ce qu\u2019ielles sont en train de faire, et il n\u2019est pas rare de voir les marionnettes leur adresser directement la parole. Le mot de la fin \u2013 \u00ab tout recommence demain ! \u00bb \u2013 est r\u00e9v\u00e9lateur : les s\u0153urs ont fui, ce sont les manipulateurs qui reviendront. La po\u00e9sie visuelle ne r\u00e9side donc pas tant dans une histoire un peu loufoque o\u00f9 \u00e9voluent des personnages haut en couleur, mais bien davantage dans le patient travail de r\u00e9glage des acteurs et de l\u2019actrice, dans les interrupteurs qu\u2019ils actionnent, les tissus qu\u2019ils manipulent, les objets \u00e0 d\u00e9placer, les instruments de musique qu\u2019ielles jouent. Les marionnettes, d\u00e9j\u00e0 fascinantes par leur aspect plastique sculpt\u00e9 et brut, sont pr\u00e9cis\u00e9ment con\u00e7ues dans le but de favoriser ces manipulations : les marionnettistes agissent \u00e0 travers elles, par leurs mains, leurs jambes et leurs bouches qui en d\u00e9passent. Le travail d\u2019horlogerie effectu\u00e9 est constant dans le geste de cr\u00e9ation visuelle et po\u00e9tique qui fait na\u00eetre toute une gamme de symboliques potentielles au sein du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces connotations symboliques des images touchent \u00e0 un tr\u00e8s large panel de sujets comme l\u2019\u00e9cologie, avec les nombreux globes terrestres manipul\u00e9s, d\u00e9coup\u00e9s, mis dans des glaci\u00e8res, mais \u00e9galement le braconnage, la mort et l\u2019\u00e9go\u00efsme. Les 7 s\u0153urs sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des figures un peu s\u00e9niles, certes, mais aussi menteuses, tricheuses et voleuses. Elles ne supportent pas de perdre, arrachent un \u0153uf pr\u00e9cieux au cadavre d\u2019Hamlet et fuient sur leurs bateaux gonflables une fois le d\u00e9luge venu. Une patiente construction de ces figures en fait de parfaits arch\u00e9types faulkn\u00e9riens, tributaires d\u2019un pass\u00e9 qu\u2019elles aimeraient r\u00e9ussir \u00e0 pr\u00e9server mais qui est vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. Leur responsabilit\u00e9 dans bien des maux dus \u00e0 leur \u00e9go\u00efsme et leur cynisme, comme la fonte des glaces, la chasse cruelle de b\u00eates dont elles arrachent la peau pour s\u2019en rev\u00eatir, les rendent coupables, et leur silence tue. Les figurines du babyfoot aussi se transforment peu \u00e0 peu en monstres \u00e0 cause de leurs jeux malsains, et c\u2019est sans h\u00e9sitation qu\u2019elles les abandonnent en fuyant le danger. La grandiose sc\u00e8ne finale est extr\u00eamement puissante, charg\u00e9e de cette sensation d\u2019in\u00e9luctable qui contraste avec l\u2019apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de ce cabaret bon enfant ; elle distille cette crainte fataliste de la fin du monde, tout en rassurant par la distance qu\u2019assure la forme po\u00e9tique. La performance des marionnettistes noue un complexe r\u00e9seau d\u2019\u00e9motions aussi na\u00efves que profondes chez les spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>30 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/timon-musy\/\">Timon Musy<\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conte rocambolesque aux allures de fin du monde<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-10-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16703\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-10-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-10-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-10-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-10-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/7-soeurs-10-credits-Turak-Theatre-Raphael-Licandro-1050x700-1.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;TKM<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La cr\u00e9ation propos\u00e9e par le TKM invite \u00e0 parcourir une nouvelle fois le beau pays de la Turakie. C\u2019est un lieu imaginaire, \u00ab d\u00e9couvert \u00bb en 1985 par Michel Laubu, o\u00f9 l\u2019on ne cesse de cr\u00e9er de nouveaux objets \u00e0 partir des rebus de notre monde. Sous les traits d\u2019une marionnette m\u00e9tallique, l\u2019artiste se fait alors interpr\u00e8te de la Turakie et s\u2019amuse \u00e0 d\u00e9rouler un fil entre le public et ce pays sc\u00e9nique. Ce th\u00e9\u00e2tre de marionnettes et d\u2019objets construit un discours sur notre monde avec une ing\u00e9nieuse distanciation, en d\u00e9tournant constamment les objets et les codes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais o\u00f9 est le fil rouge, me direz-vous ? \u00bb demande un \u00e9tonnant personnage, entre l\u2019objet et l\u2019humain. Cet humano\u00efde, cr\u00e9\u00e9 par les s\u0153urs de Turakie, poss\u00e8de un visage de casserole et des pieds de chaise \u00e0 roulettes. Il s\u2019\u00e9claire lui-m\u00eame et se d\u00e9place sur sc\u00e8ne avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019un enfant sur sa chaise de bureau. Accroch\u00e9 \u00e0 lui, son marionnettiste lui pr\u00eate ses mains et sa voix. Ce dr\u00f4le de bonhomme, comme tout droit sorti d\u2019un r\u00eave, fait le lien entre la sc\u00e8ne et le public. C\u2019est lui qui trouve le fil du spectacle, s\u2019instituant conteur de l\u2019histoire que tentent de raconter les sept s\u0153urs de Turakie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s soudainement, les sept s\u0153urs apparaissent de tous les c\u00f4t\u00e9s dans un violent coup de vent. Elles d\u00e9barquent, par les coulisses et depuis les gradins, sur des canots de sauvetage gonflables et accroch\u00e9es \u00e0 des parapluies rouges \u00e0 moiti\u00e9 emport\u00e9s par la temp\u00eate. Le bruit, l\u2019agitation \u2013 est-ce vraiment du vent que je sens dans mes cheveux ? \u2013 donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre pris dans un tourbillon infernal. Et en effet, nous embarquons dans un voyage rocambolesque \u00e0 travers un univers loufoque o\u00f9 les objets se transforment en animaux et o\u00f9 les humains deviennent des monstres. Les s\u0153urs, muettes, traversent leur monde imaginaire \u00e0 coups de danses \u00e9tranges et de gestes \u00e9vocateurs, construisant leur propre langage \u00e0 partir de multiples objets. Pour appr\u00e9cier le voyage, il ne faut pas essayer de comprendre cette langue \u00e9trang\u00e8re, mais plut\u00f4t se laisser guider par le fil burlesque que les sept s\u0153urs filent et que le conteur au visage de casserole d\u00e9roule. Cet imaginaire prend directement sa source au c\u0153ur de notre plan\u00e8te. Celle-ci constitue l\u2019un des th\u00e8mes centraux du spectacle. Globes, ballons ou lampions \u00e9voquent la richesse de la terre mais aussi sa fragilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sept s\u0153urs sont faites de vieilles robes de mari\u00e9es et de masques au sourire grotesque. Elles semblent aussi vieilles que des momies, mais bougent comme de jeunes hirondelles. Les marionnettistes qui les dirigent ne cherchent pas \u00e0 se cacher. Tant\u00f4t iels leur pr\u00eatent seulement des mains et des pieds, tant\u00f4t iels enfilent compl\u00e8tement la marionnette. Deux des sept s\u0153urs sont, quant \u00e0 elles, totalement ind\u00e9pendantes, fix\u00e9es sur des roulettes \u2013 une chaise et un d\u00e9ambulateur \u2013 et manipul\u00e9es depuis l\u2019ext\u00e9rieur au gr\u00e9 des besoins sc\u00e9niques. Les com\u00e9dien.ne.s laissent constamment le doute : s\u2019agit-il de personnages jou\u00e9s par des com\u00e9dien.ne.s ou de comm\u00e9dien.ne.s qui jouent avec des marionnettes ? En r\u00e9alit\u00e9, les niveaux de fictionnalit\u00e9 sont sans cesse transgress\u00e9s. Au-del\u00e0 des personnages qui forment une histoire, ce sont les com\u00e9dien.ne.s qui nous la racontent. Une sc\u00e8ne marque l\u2019apoth\u00e9ose de ce jeu m\u00e9tath\u00e9\u00e2tral, d\u00e9bordant m\u00eame sur un troisi\u00e8me niveau de fictionnalit\u00e9 : apr\u00e8s une \u00e9trange danse aux allures bollywoodiennes, un des com\u00e9diens sort un t\u00e9l\u00e9phone de son costume afin d\u2019appeler son coll\u00e8gue qui ne pr\u00eate pas suffisamment attention \u00e0 son jeu. Les com\u00e9dien.ne.s sont omnipr\u00e9sents au m\u00eame titre que les diff\u00e9rents personnages, entra\u00eenant un important effet de distanciation.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, les \u00eatres s\u2019amusent. Une r\u00e9elle \u00e9nergie cr\u00e9atrice, accompagn\u00e9e d\u2019une joie de la d\u00e9couverte, se d\u00e9gage de ce maelstr\u00f6m rocambolesque. On invente de nouveaux codes, on construit de nouvelles images. Les objets sont transform\u00e9s au gr\u00e9 des souvenirs des sept s\u0153urs : fer \u00e0 repasser, chaises \u00e0 roulettes, bois flott\u00e9, armoires et barque, semblant directement tir\u00e9s d\u2019un vide-grenier, sont recycl\u00e9s \u00e0 l\u2019infini. Soudain, on voit appara\u00eetre des tables \u00e0 repasser d\u00e9guis\u00e9es en cerf, puis, retourn\u00e9es, elles incarnent les cygnes de Tcha\u00efkovski. Les conventions th\u00e9\u00e2trales et nos r\u00e9f\u00e9rences culturelles sont d\u00e9tourn\u00e9es : Hamlet devient Omlette, vain gardien d\u2019un \u0153uf de pingouin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces jeux d\u2019associations et de d\u00e9constructions ainsi que la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dans ces \u00e9changes n\u2019effacent pas une certaine gravit\u00e9 du discours. Ce conte burlesque contient des accents tragiques de fin du monde. Il est facile d\u2019y voir une critique du capitalisme, \u00e0 travers l\u2019utilisation du babyfoot \u2013 sa structure, son image, ses r\u00e8gles \u2013 et le multiple d\u00e9tournement de ses joueurs en bois \u2013 leurs reproductions g\u00e9antes, d\u00e9cortiqu\u00e9es puis reconstitu\u00e9es, apparaissant r\u00e9guli\u00e8rement au fil du spectacle. L\u2019\u00eatre humain, inconscient ou \u00e9go\u00efste, s\u2019amuse avec la terre, pompant ainsi son \u00e9nergie pour des activit\u00e9s futiles. Peut-\u00eatre la Terre reprendra-t-elle ses droits en transformant l\u2019humain en monstre, comme le sugg\u00e8re m\u00e9taphoriquement le spectacle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Rien n\u2019est moins s\u00fbr, mais une chose est certaine, c\u2019est que les sept s\u0153urs refusent de voir cette fin approcher. Dans un \u00e9clat final, elles s\u2019embarquent dans la nouvelle temp\u00eate et quittent la sc\u00e8ne comme elles sont venues, en cano\u00e9 de sauvetage gonflable. Elles fuient ensemble par la porte du th\u00e9\u00e2tre, laissant derri\u00e8re elles le petit conteur de m\u00e9tal. \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re rester pour voir ce qui arrivera \u00bb. Il y a toujours un fil \u00e0 la patte \u00e0 d\u00e9rouler.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>31 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/7-soeurs-de-turakie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crit et mis en sc\u00e8ne par Emili Hufnagel &amp; Michel Laubu \/ Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 21 au 26 mars 2023 \/ critiques par Timon Musy et Manon Leli\u00e8vre .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16700,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[228,271],"class_list":["post-16699","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-manon-lelievre","tag-timon-musy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16699","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16699"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16699\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19446,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16699\/revisions\/19446"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16700"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16699"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16699"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16699"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}