{"id":16671,"date":"2023-03-26T14:54:18","date_gmt":"2023-03-26T12:54:18","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16671"},"modified":"2025-02-07T12:23:13","modified_gmt":"2025-02-07T11:23:13","slug":"les-femmes-trop-savantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes\/","title":{"rendered":"Les Femmes (trop) savantes ?"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les Femmes (trop) savantes ?<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D&rsquo;apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne Robert Sandoz et Julia Portier \/ Nuithonie \/ du 16 au 18 mars 2023 \/ critique par Sylvain Grangier . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Trop dr\u00f4le et pourtant pas assez<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sylvain-grangier\/\">Sylvain Grangier<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19756\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2023\/03\/les-femmes-trop-savantes_drole-et-pourtant-pas-assez.jpg 1799w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 St\u00e9phane Schmutz<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s Goldoni et <\/em>La Locandiera quasi comme<em>, en tourn\u00e9e depuis 2017, Brigitte Rosset et Christian Scheidt s\u2019attaquent \u00e0 Moli\u00e8re. Si le spectacle s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s inventif et fonci\u00e8rement dr\u00f4le, il ne questionne pas l\u2019une des pi\u00e8ces les plus ambigu\u00ebs et probl\u00e9matiques du dramaturge, et ce, malgr\u00e9 ce que le titre laisse sugg\u00e9rer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Trop dr\u00f4le\u2026<\/h4>\n\n\n\n<p>La grande force de ce spectacle, c\u2019est son humour. La complicit\u00e9 du duo Brigitte Rosset-Christian Scheidt est manifeste, et fonctionne du tonnerre. Le musicien Olivier Gabus se glisse \u00e0 merveille entre eux. L\u2019ouverture donne le ton : les deux com\u00e9dien.ne.s, en robe, d\u00e9clament la premi\u00e8re sc\u00e8ne de la com\u00e9die de Moli\u00e8re. Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9bat entre Henriette, qui souhaite se marier, et sa grande s\u0153ur Armande, qui lui reproche cette ambition, pr\u00e9f\u00e9rant les grandeurs de l\u2019esprit aux bassesses du corps. Sauf que l\u2019on ne comprend rien de tout cela, parce que la sc\u00e8ne est d\u00e9clam\u00e9e de mani\u00e8re baroque, volontairement parodique, avec de petits pas de danse hors de propos. Puis le jeu s\u2019arr\u00eate : Christian Scheidt s\u2019adresse au public pour lui expliquer que c\u2019est comme cela qu\u2019on jouait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Moli\u00e8re, et il le sait parce qu\u2019il a fait un \u00abstaaaaage\u00bb de th\u00e9\u00e2tre baroque et permaculture. Qu\u2019il ne manque pas de nous raconter. Cette mise en contexte ludique, ou chacun.e joue son propre r\u00f4le, permet d\u2019introduire la dynamique un peu conflictuelle des com\u00e9dien.ne.s-personnages, Christian mettant \u00e0 profit avec enthousiasme les acquis de son stage et la d\u00e9fense des vers de Moli\u00e8re, Brigitte s\u2019enthousiasmant beaucoup moins. Elle permet \u00e9galement d\u2019introduire le musicien-personnage d\u2019Olivier, charg\u00e9, en plus de la musique et de la lumi\u00e8re, des r\u00f4les jug\u00e9s ingrats \u2013 la servante Martine ou le philosophe en slip Vadius \u2013 alors qu\u2019il est un pi\u00e8tre com\u00e9dien. Cela donne lieu \u00e0 de truculentes sc\u00e8nes de coaching d\u2019acteur en direct. Ce proc\u00e9d\u00e9 m\u00e9ta-th\u00e9\u00e2tral est omnipr\u00e9sent, et immanquablement dr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il y en a pour tous les go\u00fbts : humour slapstick, ruptures rythmiques, jeux de mots (\u00abtout con-verge vers la culotte\u00bb), homme d\u00e9guis\u00e9 en femme\u2026 Absurde aussi, comme avec le squelette-majordome, manipul\u00e9 par Olivier Gabus, qui r\u00e9pond au t\u00e9l\u00e9phone avec un d\u00e9licieux accent jurassien. Impossible ici de dresser la liste compl\u00e8te des artifices comiques mis en place, tant il y en a, qui font mouche presque \u00e0 chaque fois. Tout le monde aura trouv\u00e9 son compte dans cette foisonnante diversit\u00e9. La musique, jou\u00e9e en direct, est elle-aussi impressionnante d\u2019inventivit\u00e9, notamment avec une machine \u00e0 \u00e9crire produisant un son de synth\u00e9tiseur. Elle est au service de cet humour, soit en accompagnant l\u2019action, lorsqu\u2019une parodie de chant baroque fait office de transition entre les actes, soit en la soutenenant, par exemple dans une sc\u00e8ne o\u00f9 Henriette et son pr\u00e9tendant Clitandre chantent les alexandrins de Moli\u00e8re sur la musique de<em> Je l\u2019aime \u00e0 mourir<\/em> de Francis Cabrel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">&#8230;et pourtant pas passez<\/h4>\n\n\n\n<p>Cependant, on peine \u00e0 voir une convergence entre le dispositif m\u00e9tath\u00e9\u00e2tral et l\u2019histoire des Femmes savantes, qui tente aussi d\u2019\u00eatre jou\u00e9e. Lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire entendre la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re, le jeu n\u2019est ni totalement incarn\u00e9, ni dans le surjeu, alors m\u00eame qu\u2019une exag\u00e9ration de la diction, en plus d\u2019une possibilit\u00e9 de rupture nette avec les moments de commentaires, aurait ajout\u00e9 une couche d\u2019humour suppl\u00e9mentaire. Cet entre-deux donne une impression qu\u2019on se d\u00e9barrasse du texte, le rendant ainsi difficile \u00e0 suivre, et par cons\u00e9quent, perturbe la compr\u00e9hension de l\u2019intrigue. Les r\u00e9actions du public sont \u00e0 ce titre symptomatiques : rires lors des moments o\u00f9 le spectacle s\u2019\u00e9labore ou se commente, \u00e9coute m\u00eal\u00e9e d\u2019incompr\u00e9hension lors des sc\u00e8nes du texte original.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce qui pose encore plus probl\u00e8me, au regard de l\u2019horizon d\u2019attente cr\u00e9\u00e9 par l\u2019adaptation du titre de Moli\u00e8re, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la non-probl\u00e9matisation du th\u00e8me central de la pi\u00e8ce. Les femmes trop savantes ? \u00ab On se pose la question, on vous pose la question \u00bb, clament Brigitte Rosset et Christian Scheidt, autant dans le teaser qu\u2019au d\u00e9but du spectacle. Pourtant, rien ne nous est donn\u00e9 ici pour qu\u2019on se la pose. Dans les moments de commentaires, les seules r\u00e9f\u00e9rences \u2013 indirectes \u2013 \u00e0 cette question rel\u00e8vent de blagues un peu lourdes du type : \u00ab J\u2019ai une amie femme \u00bb, sur le mod\u00e8le de \u00ab j\u2019ai un ami noir \u00bb, ou apparaissent lorsque le com\u00e9dien-personnage de Christian Scheidt s\u2019affirme tr\u00e8s heureux que lui et Brigitte Rosset aient le m\u00eame salaire. Le jeu des com\u00e9dien.ne.s ne laisse entrevoir aucune lecture de cette question dans le texte original, laissant un arri\u00e8re-go\u00fbt de manque li\u00e9 \u00e0 l\u2019absence d\u2019un v\u00e9ritable point de vue. Et que penser de la fin, lorsqu\u2019une fois le mariage d\u2019Henriette et Clitandre d\u00e9cid\u00e9, le com\u00e9dien-personnage de Christian Scheidt court apr\u00e8s celui de Brigitte Rosset pour faire l\u2019amour, malgr\u00e9 la r\u00e9ticence de cette derni\u00e8re\u2026 ? Dr\u00f4le de mani\u00e8re de conclure \u2013 si j\u2019ose dire \u2013 un spectacle qui semblait vouloir th\u00e9matiser le f\u00e9minisme.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin de compte, on se demande ce que cherche \u00e0 faire ce spectacle. Si l\u2019objectif est de cr\u00e9er un divertissement dr\u00f4le o\u00f9 le talent des com\u00e9dien.ne.s et du musicien sont mis en avant, en prenant comme pr\u00e9texte la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re, alors c\u2019est une r\u00e9ussite. Si l\u2019objectif est de vulgariser Les Femmes savantes de Moli\u00e8re, en probl\u00e9matisant la question du savoir des femmes ou du f\u00e9minisme en g\u00e9n\u00e9ral, alors le spectacle manque sa cible. Les Femmes (trop) savante est l\u2019exact oppos\u00e9 d\u2019un p\u00e9tard mouill\u00e9. C\u2019est un feu d\u2019artifice qui \u00e9blouit au point de ne pouvoir en distinguer la couleur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 mars 2023<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sylvain-grangier\/\">Sylvain Grangier<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.equilibre-nuithonie.ch\/fr\/spectacles\/les-femmes-trop-savantes\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne Robert Sandoz et Julia Portier \/ Nuithonie \/ du 16 au 18 mars 2023 \/ critique par Sylvain Grangier .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16672,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,131,34,38],"tags":[267],"class_list":["post-16671","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-equilibre-nuithonie","category-expired","category-spectacle","tag-sylvain-grangier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16671","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16671"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16671\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19757,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16671\/revisions\/19757"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16672"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16671"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16671"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16671"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}