{"id":16478,"date":"2022-11-04T17:26:36","date_gmt":"2022-11-04T16:26:36","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16478"},"modified":"2025-02-07T12:28:09","modified_gmt":"2025-02-07T11:28:09","slug":"festival-emergientia-geneve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/11\/festival-emergientia-geneve\/","title":{"rendered":"Festival Emergentia Gen\u00e8ve"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Festival Emergentia Gen\u00e8ve<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">La fine di tutte le cose &#8211; l\u2019inizio di tutte le altre \/ Chor\u00e9graphie et interpr\u00e9tation d\u2019Emma Saba \/\/ How do I \/ Conception et interpr\u00e9tation de Lisa Laurent \/\/ Cachalotte \/ cr\u00e9ation du collectif Ouinch Ouinch \/ Festival Emergentia &#8211; Gen\u00e8ve \/ du 1 au 12 novembre \/ critiques par Julie Fievez . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une fen\u00eatre infranchissable<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julie-fievez\/\">Julie Fievez<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1800\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16476\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1.jpg 1800w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/unnamed-scaled-1-1536x1024.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1800px) 100vw, 1800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 \u00catre peintre<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La soir\u00e9e d\u2019ouverture du festival <\/em>Emergentia<em> \u2013 temps fort pour la cr\u00e9ation chor\u00e9graphique \u00e9mergente men\u00e9 par l\u2019ADC-Association pour la danse contemporaine, l\u2019Abri Gen\u00e8ve et le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Usine \u2013 mettait \u00e0 l\u2019honneur deux solos f\u00e9minins, <\/em>La fine di tutte le cose \/ l\u2019inizio di tutte le altre<em> d\u2019Emma Saba et <\/em>How do I<em> de Lisa Laurent. Les deux spectacles interrogent notre rapport \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9. Entre la r\u00e9clusion mentale d\u2019une femme limit\u00e9e \u00e0 l\u2019espace domestique d\u2019une part et l\u2019hypersexualisation du corps f\u00e9minin objectiv\u00e9 par le regard masculin d\u2019autre part, ces propositions tentent de faire apparaitre de nouvelles fa\u00e7ons d\u2019envisager la f\u00e9minit\u00e9 dans toute sa singularit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il \u00e9tait une fois\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au Pavillon ADC comme \u00e0 l\u2019Abri-Madeleine, \u00e0 Gen\u00e8ve, le public entoure une sc\u00e8ne circulaire. Dans le second lieu, les spectateur.rices se trouvent dans une salle recouverte de draps blancs. Sur les murs, les chaises, &nbsp;ainsi qu\u2019au centre de la sc\u00e8ne, le tissu tr\u00f4ne en ma\u00eetre. Quand la danseuse entre en sc\u00e8ne, tous.te.s faisons partie d\u2019un m\u00eame tableau. La luminosit\u00e9 de la salle restant \u00e9lev\u00e9e, chacun.e peut donc s\u2019observer \u00e0 loisir, dans une d\u00e9multiplication des points de vue. Dans <em>How do I<\/em>, Lisa Laurent utilise, en effet, le regard pour questionner la mani\u00e8re dont celui-ci n\u2019est jamais compl\u00e8tement neutre. L\u2019\u0153uvre se construit \u00e0 partir de ceux qui la regardent et, au demeurant, personne n\u2019\u00e9chappe au regard qui l\u2019objectifie. A travers les yeux de la danseuse, qui se posent, successivement, sur chaque membre du public, chacun se rend compte qu\u2019il est lui-m\u00eame objet du tableau qui se construit \u00e0 cet instant pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mouvements lents ainsi que les temps d\u2019arr\u00eat qu\u2019elle produit rappelent les repr\u00e9sentations picturales du corps f\u00e9minin \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques. Le drap\u00e9 \u00e9voque les statues antiques. Selon la pause qu\u2019elle prend, certains mouvements sont inaccessibles \u00e0 la vue et attisent le d\u00e9sir des spectateur.rices. Du reste, la lumi\u00e8re diminue progressivement, passant par diff\u00e9rentes teintes cr\u00e9pusculaires. Une valeur presque \u00e9rotique est ainsi donn\u00e9e \u00e0 ce corps qui ne se donne que partiellement. Le drap dont elle se couvre et se d\u00e9couvre laisse transparaitre un corps morcel\u00e9, existant dans un regard, habituellement masculin, qui se focaliserait sur des parties du corps f\u00e9minin plut\u00f4t que de le consid\u00e9rer dans son enti\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Emma Saba, \u00e0 l\u2019inverse, les spectateur.rices de <em>La fine di tutte le cose \/ l\u2019inizio di tutte le altre<\/em> forment un univers presque parall\u00e8le, auquel la danseuse n\u2019a acc\u00e8s que bri\u00e8vement. Un assemblage de v\u00eatements entoure l\u2019espace sc\u00e9nique et d\u00e9limite un huis-clos domestique et int\u00e9rieur. Les deux composantes s\u2019entrem\u00ealent, le spectacle travaillant autour de la notion de <em>homebody&nbsp;<\/em>: l\u2019espace de la sc\u00e8ne \u00e9voque symboliquement celui de la maison alors que le travail du corps figure l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e2me. Ainsi, sous l\u2019influence, semble-t-il, de Pina Bausch, des contacts violents entre l\u2019interpr\u00e8te et le d\u00e9cor \u2013 Emma Saba se projetant, par exemple, \u00e0 terre avec force \u2013 t\u00e9moignent d\u2019une souffrance dont le corps serait l\u2019interm\u00e9diaire. Lorsque la douleur devient insupportable, du sang coule m\u00eame de la bouche de la danseuse comme pour figurer l\u2019impossibilit\u00e9 de continuer \u00e0 contenir la souffrance \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Les mouvements deviennent donc l\u2019expression d\u2019\u00e9tats psychiques li\u00e9s \u00e0 l\u2019enfermement domestique&nbsp;: la solitude, la folie, l\u2019inconsistance sont repr\u00e9sent\u00e9es dans cette cage dans laquelle la danseuse tourne en rond.<\/p>\n\n\n\n<p>Emma Saba se joue aussi du d\u00e9litement de l\u2019h\u00e9ritage culturel et musical. En reprenant deux airs d\u2019op\u00e9ra de Mozart \u2013 <em>Les noces de Figaro<\/em> et <em>Cos\u00ec fan tutte<\/em> \u2013 elle s\u2019inscrit dans un h\u00e9ritage musical classique qui accompagne des mouvements initialement harmonieux. Toutefois, en interpr\u00e9tant ces diff\u00e9rents extraits juxtapos\u00e9s des deux \u0153uvres, ceux-ci finissent \u00e9galement par se d\u00e9composer. Le tragique surgit dans les fluctuations de sa voix&nbsp;: saccad\u00e9e, grave, riante, m\u00eal\u00e9e de lamentations ou de cris, \u2026 Les m\u00e9lodies initiales sont d\u00e9form\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Une vie et un corps \u00e0 soi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les deux cr\u00e9ations sont marqu\u00e9es par un basculement, un renversement d\u2019un univers conventionnel \u00e0 un univers lib\u00e9r\u00e9. Chez Emma Saba, le d\u00e9litement am\u00e8ne \u00e0 un moment d\u2019obscurit\u00e9 pendant lequel r\u00e9sonnent des bruits de verre cass\u00e9&nbsp;et au cours duquel elle d\u00e9passe aussi les limites fix\u00e9es par la sc\u00e8ne pour aller vers l\u2019espace du public. Son espace int\u00e9rieur semble ainsi s\u2019ouvrir \u00e0 de nouvelles possibilit\u00e9s. Celles-ci se formulent aussi dans une relation nouvelle aux objets du quotidien. Un pot contenant une plante verte fait office de douche. L\u2019acte de s\u2019habiller rev\u00eat aussi un aspect d\u00e9risoire et absurde&nbsp;: enfil\u00e9s \u00e0 l\u2019envers, l\u2019un au-dessus de l\u2019autre, les v\u00eatements deviennent un moyen pour l\u2019imagination de s\u2019exprimer. La danseuse trace une nouvelle fronti\u00e8re, avec le sang de sa bouche et l\u2019eau r\u00e9colt\u00e9e, qui rappelle des cercles rituels. Affubl\u00e9e de tous les v\u00eatements, la perruque dont elle s\u2019est d\u00e9faite pendante au milieu de la sc\u00e8ne, ses mots terminent le spectacle&nbsp;: \u00ab&nbsp;la fine di tutte le cose \/ l\u2019inizio di tutte le altre&nbsp;\u00bb &#8211; comme l\u2019espoir de nouvelles possibilit\u00e9s. L\u2019espace domestique n\u2019est plus alors hostile, douloureux mais offre plut\u00f4t de nouvelles voies \u00e0 l\u2019imagination cr\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Si un fil narratif peut-\u00eatre per\u00e7u dans la prestation d\u2019Emma Saba, la restitution vibrationnelle du corps dansant prime chez Lisa Laurent. Le corps de la danseuse semble se lib\u00e9rer du poids des fantasmes masculins pour s\u2019exposer enti\u00e8rement. La musique se faisant au fur et \u00e0 mesure plus lancinante, le public est emport\u00e9 par les mouvements presque magn\u00e9tiques. Ces derniers apparaissent au hasard du rythme de la m\u00e9lodie. Le centre de gravit\u00e9, auquel est rattach\u00e9 chaque mouvement, semble se trouver dans le bas du ventre. A partir de ce point, le corps se soul\u00e8ve, se tord, m\u00ealant sensualit\u00e9 et force. Rapide, il ne laisse pas aux spectateur.rices la possibilit\u00e9 de poser un regard distant. Il l\u2019oblige \u00e0 ressentir jusque dans son propre corps la pulsion de vie presque animale d\u2019une f\u00e9minit\u00e9 existant pour elle-m\u00eame et non plus comme objet de convoitise.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julie-fievez\/\">Julie Fievez<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Avez-vous d\u00e9j\u00e0 vu la Cachalotte de Gen\u00e8ve ?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julie-fievez\/\">Julie Fievez<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"943\" height=\"706\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/gregory-batardon.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-16528\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/gregory-batardon.png 943w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/gregory-batardon-267x200.png 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/gregory-batardon-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/11\/gregory-batardon-768x575.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 943px) 100vw, 943px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 GregoryBatardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans l\u2019obscurit\u00e9 de novembre, un groupe d\u00e9ambule dans le quartier de Carouge \u00e0 Gen\u00e8ve. Il s\u2019arr\u00eate aux bords du lac, dans un silence recueilli. Une lumi\u00e8re bleue \u00e9claire le fond de l\u2019eau. C\u2019est la sc\u00e8ne qu\u2019observe un badaud de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, interloqu\u00e9 par ce spectacle inhabituel. Pourtant, dans le groupe, la surprise a laiss\u00e9 place \u00e0 l\u2019\u00e9motion et \u00e0 l\u2019unit\u00e9. A travers cette d\u00e9ambulation po\u00e9tico-spectaculaire, le collectif Ouinch-Ouinch propose une \u00e9pop\u00e9e \u00e9cologique aux \u00e9lans de manifeste burlesque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur la Place de l\u2019Octroi, non loin de l\u2019Abri Carouge, un groupe est r\u00e9uni. Il fait d\u00e9j\u00e0 noir, le froid automnal se fait sentir. Ils sont quatre, habill\u00e9s de gilets orange fluo et d\u2019un masque de plong\u00e9e lumineux : leur arriv\u00e9e marque le d\u00e9but du spectacle. Ils nous interpellent, r\u00e9chauffent directement l\u2019atmosph\u00e8re : on va bouger, rire, chanter m\u00eame. Ils nous donnent les consignes pour mener \u00e0 bien l\u2019aventure, celle de retrouver la Cachalotte. Au centre d\u2019un cercle qui s\u2019est rapidement constitu\u00e9, ils tournent sur eux-m\u00eames, \u00e0 en donner le mal de mer. Cela tombe bien, c\u2019est l\u2019objet du spectacle. En effet, sous une forme aux apparences \u00e9piques, les spectateur.rice.s sont amen\u00e9.e.s \u00e0 prendre part \u00e0 la qu\u00eate de la Cachalotte. A travers des chants \u2013 ou plut\u00f4t des cris \u2013 entam\u00e9s ensemble ou encore par le format de la marche, chacun.e fait partie int\u00e9grante du spectacle. Comme dans l\u2019\u00e9pop\u00e9e, l\u2019ensemble des participant.e.s se sent concern\u00e9 par ce qui est en train de se jouer : un r\u00e9cit se tisse au fur et \u00e0 mesure des rires et des regards \u00e9chang\u00e9s. Mais au-del\u00e0, c\u2019est l\u2019environnement imm\u00e9diat qui est sollicit\u00e9 puisque la marche permet d\u2019activer diff\u00e9rents sens pour aller \u00e0 la rencontre du monde ext\u00e9rieur. Le spectacle lui attribue un langage que les spectateur.rice.s doivent tenter de d\u00e9chiffrer. Comme le public, la ville \u2013 et ses diff\u00e9rents passants \u2013 jouent donc un r\u00f4le actif dans la composition du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du mouvement naturel d\u2019un groupe qui avance, la sc\u00e9nographie s\u2019appuie sur diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments pour donner l\u2019impression d\u2019embarquer \u2013 au sens litt\u00e9ral et figur\u00e9 du terme. Un caisson d\u2019eau \u00e9clair\u00e9 de teintes violettes sur lequel tr\u00f4ne fi\u00e8rement un m\u00e2t fait office de navire. Sa voile bleue s\u2019\u00e9tend au-dessus des participant.e.s et ses mouvements donnent l\u2019impression d\u2019une temp\u00eate : le bateau de fortune tangue et les esprits chavirent, emport\u00e9s par les chants, dans cette odyss\u00e9e moderne. Une fois arriv\u00e9 \u00e0 bon port, le groupe d\u00e9couvre la Cachalotte, sorte de ballon gonflable. Mais son apparition est de courte dur\u00e9e. Un r\u00e9el sentiment de tristesse apparait alors que la petite troupe donne le corps d\u00e9gonfl\u00e9 \u00e0 quelques participant.e.s. Le cort\u00e8ge jusque l\u00e0 joyeux, ludique prend une autre tournure. Ce qui ressemblait \u00e0 une exp\u00e9dition devient un cort\u00e8ge fun\u00e9raire ; le bateau, un cercueil. L\u2019aventure, celle du deuil de notre monde. L\u2019opposition entre la sc\u00e8ne d\u2019ouverture et celle qui cl\u00f4ture le spectacle d\u00e9montre de la fatalit\u00e9 \u00e9cologique de laquelle les joyeux lurons semblent conscients : la disparition de milliers d\u2019esp\u00e8ces, de la richesse de la faune et la flore pour satisfaire les d\u00e9sirs d\u2019exploration et de pr\u00e9dation d\u2019une partie de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle semble, en effet, prendre le contre-pied d\u2019une qu\u00eate h\u00e9ro\u00efque, guerri\u00e8re, pour lui pr\u00e9f\u00e9rer une logique de pr\u00e9servation, de recueillement selon la th\u00e9orie f\u00e9ministe d\u2019Ursula Le Guin. L\u2019humain lui-m\u00eame est destitu\u00e9 de son h\u00e9ro\u00efsme : les costumes donnent \u00e0 voir des hommes et des femmes de plus en plus simplement v\u00eatus, passant d\u2019une veste matelass\u00e9e \u00e0 un simple collant noir. En ce sens, ils renouent avec leurs origines animales, dans ce cas-ci, aquatiques. De m\u00eame, le spectacle retravaille les codes de l\u2019\u00e9pop\u00e9e puisque ce n\u2019est plus un personnage mythique qui est mis en valeur mais bien la relation qui se cr\u00e9e entre les performeur.euse.s, le public et la nature. Aussi au lieu de proposer un r\u00e9cit fondateur d\u2019une nation, objet de tant de destruction, le spectacle semble d\u00e9noncer, \u00e0 la mani\u00e8re des codes carnavalesques, les rapports de domination et propose une autre logique faite d\u2019harmonie et d\u2019attention envers notre environnement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 novembre 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julie-fievez\/\">Julie Fievez<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/emergentia.ch\/collectif-ouinch-ouinch-cachalotte\/\">Voir la page du spectacle<\/a><em> <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fine di tutte le cose &#8211; l\u2019inizio di tutte le altre \/ Chor\u00e9graphie et interpr\u00e9tation d\u2019Emma Saba \/\/ How do I \/ Conception et interpr\u00e9tation de Lisa Laurent \/\/ Cachalotte \/ cr\u00e9ation du collectif Ouinch Ouinch \/ Festival Emergentia &#8211; Gen\u00e8ve \/ du 1 au 12 novembre \/ critiques par Julie Fievez .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16479,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,266,38],"tags":[268],"class_list":["post-16478","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-l-abri","category-spectacle","tag-julie-fievez"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16478","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16478"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16478\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19507,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16478\/revisions\/19507"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16479"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}