{"id":16367,"date":"2022-05-18T09:39:58","date_gmt":"2022-05-18T07:39:58","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16367"},"modified":"2025-02-07T12:30:02","modified_gmt":"2025-02-07T11:30:02","slug":"utopolis-lausanne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/05\/utopolis-lausanne\/","title":{"rendered":"Utopolis Lausanne"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Utopolis Lausanne<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Helgard Haug \/ Stefan Kaegi \/ Daniel Wetzel (Rimini Protokoll) \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 13 mai au 14 juin 2022\u00a0\/ critiques par Antoine Klotz et Manon Leli\u00e8vre . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Voyage jusqu\u2019au bout de la vie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mai 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/antoine-klotz\/\"> Antoine Klotz<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/uto4_0.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-16365\" style=\"width:294px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/uto4_0.png 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/uto4_0-300x197.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/uto4_0-250x164.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Am\u00e9lie Blanc<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Connus pour leurs spectacles participatifs, Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel de&nbsp; Rimini Protokoll emm\u00e8nent les spectateurs\/randonneurs dans une balade urbaine \u00e0 travers la cit\u00e9 utopique d\u2019Utopolis Lausanne. La ville prend des allures d\u2019assembl\u00e9e o\u00f9 toutes les opinions divergentes sont les bienvenues, m\u00eame celles des absents. Un \u00e9v\u00e9nement dans la lign\u00e9e des travaux pr\u00e9c\u00e9dents du collectif entre transgressions des codes du th\u00e9\u00e2tre et r\u00e9flexion sur notre syst\u00e8me d\u00e9mocratique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le 13 mai 2022 \u00e0 19h17, je re\u00e7ois un mail. On me donne un point de rendez-vous pour le lendemain en me faisant comprendre que je dois y \u00eatre bien \u00e0 l\u2019heure. En avance avec une ponctualit\u00e9 toute helv\u00e9tique, je fais face \u00e0 une vol\u00e9e d\u2019escaliers mal \u00e9clair\u00e9s sur la rue de Bourg. Peu rassur\u00e9, je d\u00e9cide quand m\u00eame de gravir les marches. Apr\u00e8s tout, le SMS que j\u2019ai re\u00e7u dans la journ\u00e9e me souhaitait \u00ab&nbsp;une belle aventure&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Je me retrouve dans la boutique exigu\u00eb d\u2019un disquaire sp\u00e9cialis\u00e9 dans les vinyles. Jamais je n\u2019y aurais mis les pieds sans ce rendez-vous. On m\u2019y attendait, ainsi que cinq autres personnes. Kevin, l\u2019h\u00f4te de la boutique nous montre une enceinte et une enveloppe&nbsp;: la repr\u00e9sentation va bient\u00f4t commencer. Car c\u2019est ici qu\u2019elle commence, \u00e0 travers l\u2019enceinte, avec une voix f\u00e9minine et d\u00e9sincarn\u00e9e qui nous emm\u00e8ne \u00e0 la recherche de notre utopie personnelle en la confrontant \u00e0 celle des autres. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9nonciation des diff\u00e9rentes r\u00e8gles \u00e0 suivre lors de notre aventure, la voix de Kevin sort de l\u2019enceinte et nous raconte sa propre exp\u00e9rience et sa propre vision du monde, celle d\u2019une personne sans permis de conduire et avec au moins trois cents morceaux de musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Mais aussi avec ses sensibilit\u00e9s et ses envies pour les relations humaines bas\u00e9es sur le respect et la dignit\u00e9. C\u2019est son utopie \u00e0 lui. Nous ouvrons l\u2019enveloppe. Dedans, six passeports et un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone, ils nous seront tr\u00e8s utiles. Et surtout, une adresse et une heure. C\u2019est dans cinq minutes, pas de temps \u00e0 perdre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><em>Utopolis Lausanne<\/em> est une balade th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e o\u00f9 chaque \u00e9tape est dict\u00e9e par la pr\u00e9c\u00e9dente. Des enceintes portables entrainent les spectateurs d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, parfois insolites, parfois tr\u00e8s familiers pour y \u00e9couter des voix et des points de vue sur le monde. Souvent on les partage, de temps en temps, on voit les choses diff\u00e9remment. C\u2019est l\u00e0 la beaut\u00e9 du spectacle qui force l\u2019\u00e9change et l\u2019\u00e9coute uniquement \u00e0 travers les sons. Chaque lieu est incarn\u00e9 depuis notre enceinte portable par la voix d\u2019une personne et nous lui devons notre attention. Ce que nous ferons de son opinion nous est propre, mais au moins nous aurons entendu ce qui devait \u00eatre dit. En trois heures, nous visitons plusieurs espaces de Lausanne et, chaque fois, nous faisons des rencontres autant audibles \u00e0 travers l\u2019enceinte que r\u00e9elles avec les membres des autres groupes que nous rejoignons au fur et \u00e0 mesure de la balade. Il y a des \u00e9changes de sentiments, d\u2019id\u00e9es, de propositions pour notre d\u00e9mocratie. On parle d\u2019intelligences artificielles et de crise climatique. Chaque \u00e9tape est l\u2019occasion de faire et de refaire le monde qui nous entoure et on nous enjoint \u00e0 partager nos envies pour celui-ci au num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone du d\u00e9but, comme dans une bo\u00eete \u00e0 id\u00e9es. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, l\u2019exp\u00e9rience ne s\u2019arr\u00eate pas entre les points de rendez-vous&nbsp;: les enceintes continuent de nous parler quasiment en permanence soit avec de la musique, soit avec des propositions de r\u00e9flexion ou des injonctions. Ces derni\u00e8res fonctionnent comme de v\u00e9ritables rem\u00e8des \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9&nbsp;: alors que nous projetons de la musique tout autour de nous et dansons, je me sens prot\u00e9g\u00e9 par le groupe qui danse autour de moi. Mon comportement pourtant excentrique para\u00eet tout \u00e0 fait normal malgr\u00e9 les regards parfois interloqu\u00e9s des passants, m\u00eame si ceux-ci souvent nous portent bien peu d\u2019attention. Et bien s\u00fbr, on discute avec les autres, on apprend \u00e0 se conna\u00eetre, on approfondit les discussions amorc\u00e9es pendant la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9tape. Cela ne va pas forc\u00e9ment tr\u00e8s loin, apr\u00e8s tout est-ce que l\u2019on peut vraiment \u00e0 notre \u00e9chelle apporter des solutions \u00e0 des probl\u00e8mes qui occupent notre esp\u00e8ce depuis des dizaines d\u2019ann\u00e9es&nbsp;? Mais ce n\u2019est pas grave, on tente&nbsp;! On tente au point qu\u2019on oublie parfois d\u2019\u00e9couter notre enceinte, ce qui donne la f\u00e2cheuse impression d\u2019avoir rat\u00e9 un bout du spectacle. Nous faisons partie du dispositif th\u00e9\u00e2tral&nbsp;: nous sommes simples auditeurs des voix lausannoises, mais aussi acteurs par nos prises de paroles au point que l\u2019on oublie parfois le seul \u00e9l\u00e9ment permanent du dispositif, l\u2019enceinte portable.&nbsp; Ce sont nos propres actions qui font le spectacle, si tant est qu\u2019on puisse vraiment parler de spectacle alors qu\u2019il y a si peu \u00e0 voir mais tant \u00e0 \u00e9couter.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, on atteint notre destination et en parler serait g\u00e2cher la surprise de taille qui attend chaque groupe. Je dirais simplement qu\u2019elle condense toutes les id\u00e9es \u00e9nonc\u00e9es pendant nos d\u00e9ambulations lausannoises et m\u00eame si celles-ci ne sont pas toutes int\u00e9ressantes, elles ont le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre porteuses d\u2019espoir. L\u2019espoir d\u2019une population que l\u2019on dit souvent d\u00e9politis\u00e9e et cynique mais qui en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019a pas abandonn\u00e9 l\u2019envie de vivre dans un monde meilleur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mai 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/antoine-klotz\/\"> Antoine Klotz<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Marcher pour imaginer une nouvelle ville en marche<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mai 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/antoine-klotz\/\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/1-utopolis-i-cclaudia-ndebele.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16378\" style=\"width:324px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/1-utopolis-i-cclaudia-ndebele.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/1-utopolis-i-cclaudia-ndebele-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/1-utopolis-i-cclaudia-ndebele-250x164.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En ce d\u00e9but de printemps, le th\u00e9\u00e2tre de Vidy et la ville de Lausanne accueillent<\/em> Utopolis Lausanne<em>, une exp\u00e9rience interactive et collective au c\u0153ur de la ville. Attention&nbsp;! Le texte qui suit va en partie d\u00e9voiler le contenu de cette aventure utopique propos\u00e9e par Rimini Protokoll. Pour ma part, c\u2019est justement le caract\u00e8re inconnu et myst\u00e9rieux de cette exp\u00e9rience que j\u2019ai le plus appr\u00e9ci\u00e9. La force du spectacle r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 nous projeter ailleurs, dans des lieux que l\u2019on red\u00e9couvre, avec d\u2019autres individus et d\u2019autres pens\u00e9es, \u00e0 nous guider dans la ville et dans nos r\u00e9flexions, nous faire rencontrer et d\u00e9couvrir. Donc si vous avez l\u2019intention de vivre \u00e9galement cette exp\u00e9rience, je vous conseille de ne pas continuer la lecture. Sinon, laissez-moi vous raconter la curieuse aventure qui m\u2019est arriv\u00e9e ce week-end.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Deux jours auparavant, j\u2019avais re\u00e7u un \u00e9trange mail avec quelques instructions et un lieu de rendez-vous&nbsp;: Rue Louis-Curtat 10 \u00e0 Lausanne. Le jour J, me voil\u00e0 donc partie \u00e0 la recherche de cet endroit inconnu, en me demandant bien ce qui m\u2019arriverait. Apr\u00e8s quelques h\u00e9sitations, je me retrouve finalement au <em>Sublime<\/em>, \u00ab&nbsp;lieu de cr\u00e9ation et de r\u00e9cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb, une cave devenue salle de spectacle et atelier de magicien. \u00c0 18h, nous sommes six, d\u2019\u00e2ges et d\u2019horizons diff\u00e9rents. Certains sont amis, tandis que je ne connais personne. Malgr\u00e9 un peu de g\u00eane, nous \u00e9changeons quelques sourires. Apr\u00e8s tout, nous sommes tous dans le m\u00eame bateau. \u00c0 18h05, une voix se diffuse dans l\u2019atelier. La r\u00e9flexion d\u00e9marre sur Thomas More et son <em>Utopie, <\/em>puisqu\u2019il fut le premier \u00e0 proposer ce terme. Le but de ce voyage, c\u2019est d\u2019imaginer ensemble une utopie au sein m\u00eame de Lausanne, cette ville bien r\u00e9elle. La voix se pr\u00e9sente, \u00ab&nbsp;Rose&nbsp;\u00bb, et nous donne quelques instructions, puis nous laisse \u00e9couter l\u2019interview du propri\u00e9taire du <em>Sublime<\/em>. Il me faut un moment avant de comprendre que les voix viennent d\u2019une sono \u2013 rose&nbsp;! \u2013 pos\u00e9e sur la table centrale. Enfin, apr\u00e8s nous avoir confi\u00e9 un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone et notre \u00ab&nbsp;passeport&nbsp;\u00bb \u2013 un petit carnet bleu \u2013 puis avoir demand\u00e9 de lui choisir un porteur \u2013 je me suis propos\u00e9e \u2013, notre sono \u00ab&nbsp;Rose&nbsp;\u00bb nous enjoint \u00e0 quitter le Sublime pour nous diriger vers le Palais de Rumine.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous allons alors d\u2019\u00e9tapes en \u00e9tapes en suivant les instructions que l\u2019on nous donne. Dans chaque nouveau lieu, nous retrouvons d\u2019autres petits groupes et d\u2019autres sonos de couleurs diff\u00e9rentes. Nous sommes alors une petite trentaine \u00e0 investir diff\u00e9rents lieux, qui rev\u00eatent tous une importance pour la construction et le fonctionnement de notre communaut\u00e9, qu\u2019elle soit p\u00e9dagogique, historique, politique ou sociale. &nbsp;L\u2019\u00ab&nbsp;utopie&nbsp;\u00bb est ici envisag\u00e9e comme une envie de vivre ensemble dans un futur meilleur. Les sonos, regroup\u00e9es, forment un ch\u0153ur et guident la r\u00e9flexion que chacun de ces lieux apporte. Au Palais Rumine, dans la salle zoologique o\u00f9 l\u2019on peut observer des centaines d\u2019animaux empaill\u00e9s, on questionne le fondement de la vie et l\u2019\u00e9tat animal, on revient au concept d\u2019\u00ab&nbsp;\u00c9tat de nature&nbsp;\u00bb d\u00e9velopp\u00e9 par plusieurs &nbsp;philosophes. Dans la salle du conseil communal, c\u2019est de politique que l\u2019on discute et on \u00e9coute de nombreux avis et envies pour am\u00e9liorer la soci\u00e9t\u00e9. La parole nous est donn\u00e9e, mais cette fois, peu de gens osent se manifester. Je comprends rapidement que les termes de \u00ab&nbsp;spectateurs&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;spectacle&nbsp;\u00bb ne conviennent pas tout \u00e0 fait \u00e0 ce que nous sommes et \u00e0 ce que nous vivons en ce moment. En effet, loin d\u2019\u00eatre de simples observateurs, nous participons activement \u00e0 cette exp\u00e9rience, qui se veut collective. Sans cesse, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 nous interroger ensemble et \u00e0 la fin de quelques sessions, nous devons \u00e9galement donner notre avis personnel en envoyant une r\u00e9ponse au num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone transmis au d\u00e9but du p\u00e9riple. Le flot de questions, qui ne sont pas toujours simples \u00e0 comprendre et auxquelles il est encore moins facile de r\u00e9pondre, peut facilement devenir difficile \u00e0 assimiler. Mais bien que je n\u2019aie pas eu le temps de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 chacune d\u2019entre elles, j\u2019ai compris le mouvement de remise en question que l\u2019\u00e9coute et l\u2019action sous-entendent. Chaque utopie commence par un d\u00e9placement, autant intellectuel que physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre petit groupe de six se prom\u00e8ne \u00e0 travers la ville de Lausanne. Nous sommes toujours guid\u00e9s et accompagn\u00e9s par notre sono rose, qui diffuse de la musique et des sons, nous propose d\u2019imaginer des situations nouvelles et nous pose quelques questions existentielles. Facilement, je me tourne vers mes camarades et je d\u00e9croche de ce que \u00ab&nbsp;Rose&nbsp;\u00bb nous dit. Je parle, j\u2019\u00e9change et j\u2019observe les rues que nous traversons. Plusieurs fois, nous sommes arr\u00eat\u00e9s par des passants qui nous demandent ce que nous faisons. J\u2019ai conscience de rater quelques interventions et instructions donn\u00e9es et pourtant, je suis convaincue d\u2019\u00eatre dans le bon mouvement, celui de la rencontre et du partage, qui m\u2019apparaissent alors comme le fondement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 meilleure.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous arrivons \u00e0 la Plateforme 10, derni\u00e8re \u00e9tape de notre p\u00e9riple, \u2013 oh surprise&nbsp;! \u2013 nous sommes bien plus qu\u2019une petite trentaine. De six personnes, nous sommes pass\u00e9s \u00e0 60, peut-\u00eatre plus. Soudainement, nous formons un ensemble plus grand. Une fois que nous sommes r\u00e9unis, on nous distribue des petites cartes o\u00f9 sont inscrites des phrases, celles-l\u00e0 m\u00eame que nous avons \u00e9crites et envoy\u00e9es anonymement par SMS. Vient alors un nouveau moment de partage, o\u00f9 nous \u00e9changeons nos cartes et d\u00e9couvrons d\u2019autres personnes et d\u2019autres pens\u00e9es. Nous sommes alors devenus une communaut\u00e9, le c\u0153ur m\u00eame d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, rassembl\u00e9s ici par un ch\u0153ur de voix enregistr\u00e9es. Puis, petit \u00e0 petit, la foule diminue et finalement, il ne me reste plus que mon passeport utopique et une carte o\u00f9 je peux lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous serions plus heureux si l\u2019on prenait vraiment le temps de vivre&nbsp;\u00bb. N\u2019\u00e9tions-nous pas, pendant quelques instants, gr\u00e2ce \u00e0 ce rassemblement orchestr\u00e9, sur le point de fonder notre propre utopie&nbsp;?&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience \u2013 car quel mot utiliser pour d\u00e9crire <em>Utopolis Lausanne<\/em>&nbsp;? \u2013 invite \u00e0 nous questionner. D\u2019abord, le sujet nous pousse \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le principe de communaut\u00e9 et le fondement de la soci\u00e9t\u00e9. Il s\u2019agit de repenser notre position dans le monde et parmi les hommes. Ensuite, la forme du spectacle, qui se place dans la lign\u00e9e des pr\u00e9c\u00e9dentes cr\u00e9ations de Rimini Protokoll, questionne le th\u00e9\u00e2tre tel que l\u2019on pourrait se l\u2019imaginer. La place traditionnelle du spectateur et son rapport \u00e0 la sc\u00e8ne sont all\u00e8grement mis \u00e0 mal, et ce format peut se r\u00e9v\u00e9ler aussi perturbant qu\u2019exaltant. Qu\u2019est-ce qui vraiment fait spectacle&nbsp;? Est-ce une performance, un voyage, un parcours collectif&nbsp;? Tout \u00e0 la fois et plus encore&nbsp;? <em>Utopolis Lausanne<\/em> pose beaucoup de questions et attend davantage de r\u00e9ponses, dont aucune n\u2019est absolument d\u00e9finitive \u2013 au risque, peut-\u00eatre, de tomber dans une dystopie\u2026 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>20 mai 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/antoine-klotz\/\"> <\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/utopolis-lausanne\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Helgard Haug \/ Stefan Kaegi \/ Daniel Wetzel (Rimini Protokoll) \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 13 mai au 14 juin 2022\u00a0\/ critiques par Antoine Klotz et Manon Leli\u00e8vre .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16368,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[258,228],"class_list":["post-16367","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-antoine-klotz","tag-manon-lelievre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16367"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16367\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19543,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16367\/revisions\/19543"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}