{"id":16326,"date":"2022-05-10T21:27:12","date_gmt":"2022-05-10T19:27:12","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16326"},"modified":"2025-02-07T12:30:49","modified_gmt":"2025-02-07T11:30:49","slug":"16326","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/05\/16326\/","title":{"rendered":"L&rsquo;art de la com\u00e9die"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">L&rsquo;art de la com\u00e9die<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019Eduardo De Filippo \/ mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Anne Bisang \/ TPR -Th\u00e9\u00e2tre populaire romand \/ du 5 au 14 mai 2022 \/ Critique par M\u00e9lanie Carrel . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faire du th\u00e9\u00e2tre notre essentiel<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 mai 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">M\u00e9lanie Carrel<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/stella-wohlers\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/Lart-de-la-comedie_couverture-et-article-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19772\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/Lart-de-la-comedie_couverture-et-article-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/Lart-de-la-comedie_couverture-et-article-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/Lart-de-la-comedie_couverture-et-article-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/Lart-de-la-comedie_couverture-et-article-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/05\/Lart-de-la-comedie_couverture-et-article.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Guillaume Perret<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Priv\u00e9 de public et d\u00e9clar\u00e9 \u00ab&nbsp;non essentiel&nbsp;\u00bb, le th\u00e9\u00e2tre a encaiss\u00e9 de multiples coups durs durant la crise du coronavirus. Avec <\/em>L\u2019Art de la Com\u00e9die<em>, pi\u00e8ce-manifeste<\/em> <em>d\u2019Eduardo De Filippo, la metteuse en sc\u00e8ne et directrice du TPR Anne Bisang ainsi que son \u00e9quipe sortent le grand jeu de l\u2019illusion et contre-attaquent \u00e0 coup de r\u00e9pliques. D\u00e9claration d\u2019amour au th\u00e9\u00e2tre et reconqu\u00eate d\u2019une parole r\u00e9duite au silence pour des raisons arbitr\u2026sanitaires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>1960, la demande de pr\u00eat qu\u2019a adress\u00e9e Eduardo De Filippo \u00e0 la Banque d\u2019Italie pour restaurer un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Naples a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e pour cause de non-utilit\u00e9 publique. 2020, les lieux culturels sont ferm\u00e9s car consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab&nbsp;non essentiels&nbsp;\u00bb. Face \u00e0 la condescendance des pouvoirs politiques, le th\u00e9\u00e2tre a deux solutions : dispara\u00eetre ou r\u00e9sister. A une soixantaine d\u2019ann\u00e9es d\u2019\u00e9cart, deux artistes ont choisi l\u2019acte de r\u00e9sistance : De Filippo en \u00e9crivant <em>L\u2019Art de la Com\u00e9<\/em><em>die, <\/em>Bisang en mettant la pi\u00e8ce en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pouvoirs politiques sont repr\u00e9sent\u00e9s ici par le pr\u00e9fet d\u2019une petite ville de province, r\u00e9cemment nomm\u00e9. Celui-ci accorde une audience \u00e0 Oreste Campese, directeur d\u2019une troupe de com\u00e9diens ambulants. Avec ironie, les deux hommes abordent les questions du statut des com\u00e9diens, du subventionnement, de l\u2019utilit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre et de ses rapports avec le pouvoir. Campese ne demande pas d\u2019argent au pr\u00e9fet, juste le soutien de sa pr\u00e9sence \u00e0 la premi\u00e8re de sa prochaine pi\u00e8ce. Faute de \u00ab&nbsp;temps pour les pitreries&nbsp;\u00bb, le pr\u00e9fet refuse. Si le magistrat ne veut se rendre au th\u00e9\u00e2tre, peut-\u00eatre est-ce le th\u00e9\u00e2tre qui viendra \u00e0 lui ? Avant de partir, le \u00ab&nbsp;saltimbanque&nbsp;\u00bb avertit le fonctionnaire&nbsp;: il n\u2019est pas impossible que les notables qui d\u00e9fileront plus tard dans son cabinet soient en r\u00e9alit\u00e9 des com\u00e9diens de sa troupe\u2026 Cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, \u00e0 la pr\u00e9fecture, vrai et faux se confondent dans un jeu de miroir virtuose privant le pr\u00e9fet et le public de tous leurs rep\u00e8res. Un encha\u00eenement de quiproquos aussi hilarants que le fond en est s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dispositif th\u00e9\u00e2tral contribue \u00e0 ce jeu d\u2019illusions en trompant les attentes. Les murs du th\u00e9\u00e2tre sont nus, les coulisses \u00e0 vue, rien ne se fait en cachette (ou presque), tout est expos\u00e9, du maquillage au changement de d\u00e9cors en passant par les \u00ab&nbsp;effets sp\u00e9ciaux&nbsp;\u00bb. Les rouages de l\u2019usine \u00e0 r\u00eave sont exhib\u00e9s. Et pourtant\u2026 L\u2019emprise de l\u2019illusion est plus grande que jamais. Les com\u00e9diens interpr\u00e8tent des personnages qui interpr\u00e8tent des com\u00e9diens qui interpr\u00e8tent des personnages qui pour certains interpr\u00e8tent des com\u00e9diens qui\u2026 En une fraction de seconde, les artistes changent de niveaux de fiction avec une pr\u00e9cision et une justesse \u00e0 toute \u00e9preuve. L\u2019intrigue est si remarquablement ficel\u00e9e, la pi\u00e8ce si brillamment interpr\u00e9t\u00e9e que, m\u00eame apr\u00e8s la fin du spectacle, le public se questionne encore sur la nature de ce qu\u2019il a vu et peine \u00e0 distinguer le vrai du faux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Excellence, que cet homme soit un vrai pharmacien ou un faux, quelle importance ?&nbsp;\u00bb demande Campese dans la sc\u00e8ne finale. Le th\u00e9\u00e2tre montre les conditions de vie, les motivations et les actions des \u00eatres humains de telle mani\u00e8re que nous puissions mieux les comprendre. Il nous apprend la vie, affirme le directeur de troupe. Telle est son utilit\u00e9 publique, tel est son r\u00f4le social. Mais la mise en sc\u00e8ne d\u2019Anne Bisang ne se contente pas de se d\u00e9fendre, elle r\u00e9plique aussi, avec les armes du th\u00e9\u00e2tre, aux blessures inflig\u00e9es. Nombreuses sont les allusions aux mesures sanitaires impos\u00e9es aux lieux culturels durant la crise : \u00ab&nbsp;Port du casque obligatoire&nbsp;\u00bb, gel hydroalcoolique, QR-codes en masse. La confusion provoqu\u00e9e par les consignes contradictoires est repr\u00e9sent\u00e9e par la pose, sur les parois, de fl\u00e8ches indiquant des directions oppos\u00e9es, panneaux fr\u00e9quemment retourn\u00e9s dans un sens, puis dans l\u2019autre de mani\u00e8re tout \u00e0 fait al\u00e9atoire. Et ce n\u2019est pas l\u00e0 la seule actualisation politique de la pi\u00e8ce entreprise par l\u2019\u00e9quipe du TPR, l\u2019IVG et l\u2019opposition entre croyance et science sont autant d\u2019autres th\u00e8mes abord\u00e9s dans cette adaptation engag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Art de la com\u00e9die <\/em>est un travail d\u2019orf\u00e8vre \u00e0 tous points de vue. A la fois un acte de r\u00e9sistance, une c\u00e9l\u00e9bration et une d\u00e9monstration de la puissance de l\u2019art. Et lorsqu\u2019une com\u00e9dienne avance vers le public pour lui demander de se manifester s\u2019il croit en l\u2019utilit\u00e9 publique du th\u00e9\u00e2tre, toutes les mains se l\u00e8vent dans une vague. Nous sommes d\u2019accord. Nous faisons du th\u00e9\u00e2tre notre essentiel.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 mai 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">M\u00e9lanie Carrel<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/stella-wohlers\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tpr.ch\/saison-21-22\/lart-de-la-comedie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019Eduardo De Filippo \/ mise en sc\u00e8ne d&rsquo;Anne Bisang \/ TPR -Th\u00e9\u00e2tre populaire romand \/ du 5 au 14 mai 2022 \/ Critique par M\u00e9lanie Carrel .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":19772,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,169],"tags":[309],"class_list":["post-16326","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tpr-la-chaux-de-fonds","tag-melanie-carrel-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16326","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16326"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16326\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19774,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16326\/revisions\/19774"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19772"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16326"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16326"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16326"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}