{"id":16176,"date":"2022-04-04T11:19:56","date_gmt":"2022-04-04T09:19:56","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16176"},"modified":"2025-03-06T11:16:24","modified_gmt":"2025-03-06T10:16:24","slug":"g5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/04\/g5\/","title":{"rendered":"G5"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">G5<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte et mise en sc\u00e8ne Rocio Berenguer \/ La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ du 24 au 27 mars 2022 \/ critiques par Cl\u00e9mentine Glardon et Manon Leli\u00e8vre . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une fen\u00eatre infranchissable<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>04 avril 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/clementine-glardon\/\">Cl\u00e9mentine Glardon <\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16174\" style=\"width:288px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/g5_2.jpg 1680w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rocio Berenguer<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec des interpr\u00e8tes surprenants, <\/em>G5<em> est \u00e0 la fois un spectacle original, dr\u00f4le et touchant. Il rel\u00e8ve nombre de paradoxes, notamment en ce qui concerne notre rapport \u00e0 la nature. Cela permet une r\u00e9elle interrogation sur notre consid\u00e9ration des <\/em>autres <em>et une ouverture au dialogue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le G5 est une r\u00e9union des cinq membres pr\u00e9sent\u00e9s comme r\u00e8gnes&nbsp;: min\u00e9ral, machine, humain, v\u00e9g\u00e9tal et animal. Il fait directement r\u00e9f\u00e9rence aux sommets du G8 ou du G20, qui rassemblent des puissances \u00e9conomiques. Mais ici, il est question de l\u00e9gif\u00e9rer sur les rapports entre chaque esp\u00e8ce en encourageant le dialogue.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est pratiquement vide, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une tribune \u00e0 jardin, d\u2019un \u00e9cran au-dessus de la sc\u00e8ne et d\u2019un caillou dans le lointain. On associe rapidement les deux premiers \u00e9l\u00e9ments \u00e0 une conf\u00e9rence. En revanche, la pierre est un peu plus surprenante. En fait, il ne s\u2019agit pas d\u2019un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, mais d\u2019un personnage. Cette pierre repr\u00e9sente le r\u00e8gne min\u00e9ral et interagit avec les repr\u00e9sentants des autres r\u00e8gnes&nbsp;: le robot \u2018regarde\u2019 ou filme le caillou, l\u2019humaine parle \u00e0 ce dernier. Par ailleurs, cette derni\u00e8re se querelle avec le repr\u00e9sentant du monde animal, qui lui en veut pour ses mauvais traitements. Les cinq r\u00e8gnes se c\u00f4toient donc tout au long du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9union se poursuit par la tentative de r\u00e9daction d\u2019une d\u00e9claration des droits des \u00eatres vivants, mais elle est interrompue par de petits chiens robotiques. Ils ont des yeux qui s\u2019illuminent, font des jappements aigus et envahissent r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019espace. Il n\u2019est pas question de classer et d\u2019inclure ces peluches m\u00e9caniques. Elles ne font pas partie du G5 car consid\u00e9r\u00e9es comme ind\u00e9sirables et transesp\u00e8ces (hybride entre l\u2019animal et la machine), tout comme les bact\u00e9ries, dont on nous explique qu\u2019elles sont trop difficiles \u00e0 cat\u00e9goriser. Finalement, l\u2019intervention d\u2019un autre \u00eatre transesp\u00e8ce (plante-humano\u00efde) remet une nouvelle fois en cause la classification \u00e9tablie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle veut d\u00e9noncer l\u2019anthropocentrisme. Le G5 tente en effet de r\u00e9unir les \u00eatres vivants et de les mettre sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, mais il n\u2019arrive pas \u00e0 \u00e9viter cet \u00e9cueil. En effet, en s\u00e9parant le r\u00e8gne humain de celui de l\u2019animal, il se place lui-m\u00eame \u00e0 part, au lieu de reconna\u00eetre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un m\u00eame r\u00e8gne biologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre paradoxe que souligne le spectacle, celui de la repr\u00e9sentativit\u00e9 de ces congr\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019individualit\u00e9 est obsol\u00e8te&nbsp;\u00bb dit l\u2019interpr\u00e8te humaine, en prenant l\u2019exemple de la poule. La poule n\u2019est pas repr\u00e9sentative des poules. Il faudrait tenir compte de toutes les poules pass\u00e9es, pr\u00e9sentes et futures pour avoir une id\u00e9e de ce qu\u2019est l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre une poule. Pourtant, les \u00eatres humains simplifient ainsi une esp\u00e8ce, en ne consid\u00e9rant qu\u2019un arch\u00e9type de gallinac\u00e9. Le G5 est l\u2019illustration de cette probl\u00e9matique&nbsp;: un repr\u00e9sentant n\u2019est qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ralisation de tous les individus \u00e0 un seul. Le titre du spectacle finit ainsi par \u00eatre remis en question, puisqu\u2019on prend conscience de l\u2019inutilit\u00e9 des classements face \u00e0 la pluralit\u00e9 de la nature. Le G5 n\u2019a donc aucun sens et on ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 une critique sous-jacente de nos mod\u00e8les politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce d\u00e9montre aussi avec humour une forme de non-sens \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer, notamment lorsque l\u2019assembl\u00e9e souhaite faire voter des articles de lois \u00e9dictant le droit de d\u00e9vorer et d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9, avec l\u2019accord des deux parties.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, malgr\u00e9 ces dichotomies, la r\u00e9union est un essai, une tentative, une proposition de dialogue. Rocio Berenguer donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 d\u2019autres moyens de nous comprendre nous-m\u00eames et ce qui nous entoure, en mettant en sc\u00e8ne des exp\u00e9riences de pens\u00e9e. Tous les personnages portent une part de po\u00e9sie et d\u2019agentivit\u00e9 dans le spectacle, dans un r\u00e9el souci de leur donner l\u2019importance qu\u2019ils m\u00e9ritent. Tout est en mouvement, m\u00eame le caillou, qui semble \u00eatre le seul \u00e9l\u00e9ment stable et tellement discret qu\u2019on finit par l\u2019oublier, continue de vivre et se met \u00e0 bouger.<\/p>\n\n\n\n<p>Rocio Berenguer nous fait ainsi comprendre qu\u2019il est beaucoup plus int\u00e9ressant de partir du principe que l\u2019autre est vivant. Au premier abord, il est certes surprenant de voir l\u2019interpr\u00e8te humaine saluer un caillou. Mais lorsqu\u2019elle le consid\u00e8re comme un \u00eatre vivant \u00e0 part enti\u00e8re, la relation qui en d\u00e9coule se r\u00e9v\u00e8le plus profonde et r\u00e9flexive que si elle le traitait comme une mati\u00e8re inerte. Un lien se cr\u00e9e et, m\u00eame sans r\u00e9ponse de la pierre, une sorte de dialogue int\u00e9rieur commence pour l\u2019humaine. On constate alors que l\u2019image qu\u2019elle renvoie rend compte d\u2019une grande compassion et d\u2019une meilleure compr\u00e9hension. La r\u00e9flexion nous m\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer notre rapport \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, avec davantage de bienveillance et d\u2019humilit\u00e9, et qui finit par nous faire du bien \u00e0 nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>04 avril 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/clementine-glardon\/\">Cl\u00e9mentine Glardon <\/a> <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\"> <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Est-ce que la vie triomphe sur l\u2019humanit\u00e9&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>04 avril 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/5_G5_CREDITS_QUENTIN-CHEVRIER_resultat.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16181\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/5_G5_CREDITS_QUENTIN-CHEVRIER_resultat.jpg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/5_G5_CREDITS_QUENTIN-CHEVRIER_resultat-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/5_G5_CREDITS_QUENTIN-CHEVRIER_resultat-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/04\/5_G5_CREDITS_QUENTIN-CHEVRIER_resultat-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Quentin Chevrier <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La Compagnie Pulso, dirig\u00e9e par l\u2019auteure, metteure en sc\u00e8ne et com\u00e9dienne Rocio Berenguer, pr\u00e9sente le spectacle G5 \u00e0 La Grange. Faisant partie d\u2019un cycle de cr\u00e9ation r\u00e9fl\u00e9chissant sur les relations inter-esp\u00e8ces et sur la formation d\u2019une responsabilit\u00e9 humaine dans un futur proche, ce spectacle d\u00e9coule d\u2019une collaboration entre artistes et scientifiques. Une mise en sc\u00e8ne audacieuse avec une production lumi\u00e8re et une bande-son originale qui met en avant les enjeux que devra (tr\u00e8s) bient\u00f4t affronter l\u2019humanit\u00e9. &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>G5, c\u2019est un espace neutre, un lieu de regroupement insolite. C\u2019est l\u2019espoir de r\u00e9unir les cinq r\u00e8gnes principaux qui peuplent la Terre \u2013 min\u00e9ral, v\u00e9g\u00e9tal, animal, humanit\u00e9 et machine \u2013 afin d\u2019\u00e9tablir un consensus de paix et de respect mutuel. G5, c\u2019est le projet de r\u00e9diger la d\u00e9claration universelle des droits inter-esp\u00e8ces. G5, c\u2019est la fiction d\u2019un avenir proche o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain doit r\u00e9fl\u00e9chir aux notions de coexistence et d\u2019interd\u00e9pendance. L\u2019interm\u00e9diaire humaine, Rocio Berenguer, est en charge du programme. Assist\u00e9e par le robot Coco, repr\u00e9sentant de l\u2019esp\u00e8ce Machine, elle investit l\u2019espace blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9tablissement du projet, l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019interpr\u00e8te min\u00e9ral M\u00e9t\u00e9ore engage Rocio dans un discours sur l\u2019individualit\u00e9 et la rencontre. Puis, un \u00e0 un, les repr\u00e9sentants arrivent sur le plateau&nbsp;: Liane, l\u2019interpr\u00e8te v\u00e9g\u00e9tal et Ninja, un sanglier empaill\u00e9 qui repr\u00e9sente le r\u00e8gne animal. Enfin, pour s\u00e9lectionner l\u2019interpr\u00e8te humain, un spectateur est choisi parmi la foule et est pri\u00e9 de rejoindre le cercle des interpr\u00e8tes. \u00c0 la moiti\u00e9 de la repr\u00e9sentation, tous sont r\u00e9unis&nbsp;: la s\u00e9ance peut enfin commencer. Mais elle est \u00e0 peine entam\u00e9e qu\u2019un \u00eatre mi-plante, mi-humain \u2013 une sorte de trans-esp\u00e8ce \u2013 vient disperser les interpr\u00e8tes. Rocio, submerg\u00e9e, finit par fuir apr\u00e8s quelques tentatives de n\u00e9gociation. Le noir domine le plateau lorsqu\u2019une multitude d\u2019\u00eatres m\u00e9canis\u00e9s l\u2019envahit. Dans une lumi\u00e8re tamis\u00e9e aux reflets rouge\u00e2tres, leurs yeux verts, leurs mouvements saccad\u00e9s et leurs glapissements stridents offrent un spectacle d\u00e9routant, comme une invasion de microbes qui r\u00e9sonne durement aujourd\u2019hui. Le robot et l\u2019interm\u00e9diaire humaine viennent nettoyer les lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant tout le spectacle, Rocio Berenguer est en apparence seule sur le plateau. Cela ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019engager des discussions avec elle-m\u00eame, avec les objets symbolisant les repr\u00e9sentants ou avec le public. Souvent les r\u00e9flexions sont comme en construction et interrogent directement les choix et la pertinence du projet. D\u00e9j\u00e0, le doute s\u2019infiltre dans l\u2019esprit du spectateur concernant la validit\u00e9 de l\u2019entreprise\u2026 Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas toujours tr\u00e8s clair de savoir si le public fait face \u00e0 une bulle spatio-temporelle isol\u00e9e ou s\u2019il participe activement au projet. En effet, alors que les spectateurs pensent observer une exp\u00e9rience de science-fiction, Rocio s\u2019adresse directement au public&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que celui qui se sent investi de sa pleine conscience d\u2019humanit\u00e9 se l\u00e8ve&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s un temps d\u2019h\u00e9sitation, troubl\u00e9e d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9e, la majorit\u00e9 du public se l\u00e8ve. Il est possible que ce soit l\u00e0 un mouvement de foule r\u00e9agissant instinctivement \u00e0 une question difficile ou bien que cette r\u00e9ponse automatique soit au contraire la preuve de notre humanit\u00e9. Cependant, la question est soudainement charg\u00e9e d\u2019une dimension beaucoup plus lourde et s\u00e8me le trouble quant au r\u00f4le des spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle <em>G5<\/em> n\u2019est pas facile \u00e0 concevoir. Sa port\u00e9e utopiste et revendicatrice demande volontiers un temps de r\u00e9flexion final et un moment de partage. Ainsi, un \u00e9change avec l\u2019auteure et ses partenaires \u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation est bienvenu, voire n\u00e9cessaire. Cependant, le spectacle est soutenu par un important dispositif technique, qui offre aux spectateurs la possibilit\u00e9 de se laisser porter par les mouvements sc\u00e9niques sans ressentir le besoin d\u2019en comprendre toujours le sens. Les cr\u00e9ations lumineuses et sonores, ainsi que l\u2019apport technologique soutiennent une production artistico-scientifique, o\u00f9 se m\u00ealent r\u00e9flexions fictionnelles et actuelles et questionnements sur la mani\u00e8re de repr\u00e9senter les individus et les esp\u00e8ces. Lors de la r\u00e9union inter-esp\u00e8ce, une structure pentagonale descend sur le cercle des interpr\u00e8tes et les encadre gr\u00e2ce \u00e0 ses cot\u00e9s lumineux. Repr\u00e9sentation de discussions ou symbole de liaisons terrestres, les mouvements presque hypnotiques du pentagone cr\u00e9ent un lien entre chaque interpr\u00e8te, pendant que Rocio r\u00e9dige les articles de la D\u00e9claration inter-esp\u00e8ces. \u00c0 un autre moment, sous des lumi\u00e8res stroboscopiques accompagn\u00e9es d\u2019une musique coup de poing, l\u2019interm\u00e9diaire humaine se d\u00e9cha\u00eene en mouvements saccad\u00e9s. L\u2019effet se r\u00e9percute dans le c\u0153ur du spectateur, comme un flux incessant de la vie. Le noir succ\u00e8de \u00e0 cette explosion des sens, comme la mort succ\u00e8de \u00e0 la vie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>G5<\/em>, c\u2019est l\u2019humain, avec ses failles et sa capacit\u00e9 \u00e0 changer les choses, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur sa situation, qui est propos\u00e9 sous nos yeux, c\u2019est-\u00e0-dire sous ses propres yeux. En parall\u00e8le, l\u2019\u0153il bionique de Coco, interpr\u00e8te Machine, retransmet sa vision de la sc\u00e8ne sur le diaporama qui surplombe le plateau. Il offre ainsi, par intermittence, un regard invers\u00e9 sur le projet. Cependant, on se rend compte logiquement qu\u2019il est t\u00e9l\u00e9command\u00e9 et se trouve ainsi au service de l\u2019humanit\u00e9, ce qui va \u00e0 l\u2019encontre m\u00eame du projet G5\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin, il ne reste qu\u2019un caillou, qui glisse lentement. Un jeu de fortes lumi\u00e8res et une musique \u00e9tourdissante accompagnent son mouvement presqu\u2019invisible. Le G5 a \u00e9chou\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, il \u00e9choue depuis le d\u00e9but comme le laissent entrevoir quelques indices&nbsp;: les r\u00e9flexions sur l\u2019individualit\u00e9, le t\u00e9l\u00e9guidage de Coco, les invasions trans-esp\u00e8ces, la dispersion des \u00eatres\u2026 Et tandis que certains y voient l\u2019\u00e9chec indubitable de l\u2019humain, l\u2019Apocalypse in\u00e9vitable, d\u2019autres peuvent entrevoir l\u2019immense espoir qui r\u00e9sulte de cette lente avanc\u00e9e. La vie, quelle qu\u2019elle soit, triomphera toujours.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>04 avril 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/manon-lelievre\/\">Manon Leli\u00e8vre<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.grange-unil.ch\/evenement\/g5-rocio-berenguer\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte et mise en sc\u00e8ne Rocio Berenguer \/ La Grange \u2013 Centre \/ Arts et Science \/ UNIL \/ du 24 au 27 mars 2022 \/ critiques par Cl\u00e9mentine Glardon et Manon Leli\u00e8vre .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16177,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[262,228],"class_list":["post-16176","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-clementine-glardon","tag-manon-lelievre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16176","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16176"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16176\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22926,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16176\/revisions\/22926"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16177"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16176"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16176"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16176"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}