{"id":16129,"date":"2022-03-24T14:57:35","date_gmt":"2022-03-24T13:57:35","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16129"},"modified":"2025-02-07T12:34:30","modified_gmt":"2025-02-07T11:34:30","slug":"tartuffe-dapres-tartuffe-dapres-tartuffe-dapres-moliere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/03\/tartuffe-dapres-tartuffe-dapres-tartuffe-dapres-moliere\/","title":{"rendered":"Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re \/ Conception Guillaume Bailliart (Groupe Fant\u00f4mas) \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 2 au 12 mars 2022 \/\u00a0critiques par Antoine Klotz, M\u00e9lanie Carrel, C\u00e9line Bignotti, Claire Cornaz et Cl\u00e9mentine Glardon . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il a suffi d\u2019un regard<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/antoine-klotz\/\">Antoine Klotz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19780\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1536x1023.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x.jpg 1801w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;Mathilde Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans un seul en sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9nergie d\u00e9bordante, Guillaume Bailliart interpr\u00e8te l\u2019ensemble des personnages du <\/em>Tartuffe<em> de Moli\u00e8re. Contraint par une sc\u00e9nographie \u00e9pur\u00e9e constitu\u00e9e uniquement de noms \u00e9crits au sol et d\u2019une table, le com\u00e9dien passe de Tartuffe \u00e0 Elmire en quelques pas pour faire appara\u00eetre l\u2019histoire du plus grand hypocrite du XVIIe si\u00e8cle. Si la performance est bluffante, elle laisse un l\u00e9ger arri\u00e8re-go\u00fbt d\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e0 quoi bon&nbsp;?\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il a suffi d\u2019un regard \u00e0 Guillaume Bailliart pour faire taire le public. Une sir\u00e8ne a retenti, suivie du lourd message de soutien \u00e0 l\u2019Ukraine. Cinq secondes. Un regard. Trois coups. Et c\u2019est parti&nbsp;! Pendant un peu plus d\u2019une heure, le com\u00e9dien interpr\u00e8te tout <em>Tartuffe<\/em>. Pas le personnage, la pi\u00e8ce&nbsp;! Il raconte comment Orgon s\u2019est entich\u00e9 de Tartuffe, faux d\u00e9vot qui abuse de ses biens et de son hospitalit\u00e9 et qui a l\u2019audace d\u2019avoir des vues sur sa femme. Pour rendre explicite quel personnage il incarne \u00e0 chaque r\u00e9plique, le com\u00e9dien se place sur le nom correspondant \u00e9crit au sol, en profitant pour y int\u00e9grer parfois un d\u00e9tail qui le rendra identifiable par la suite. Un tel dispositif est bel et bien n\u00e9cessaire tant le rythme est effr\u00e9n\u00e9, mais pas infaillible car limit\u00e9 dans l\u2019espace. Alors, pour tenir la cadence, on pointe le nom plut\u00f4t que de s\u2019y d\u00e9placer et on bouge la t\u00eate dans une repr\u00e9sentation de dialogue. L\u2019ensemble est tr\u00e8s efficace m\u00eame s\u2019il est parfois impr\u00e9cis. Il n\u2019est pas toujours ais\u00e9 de savoir qui parle, mais heureusement, le doute subsiste rarement plus d\u2019une r\u00e9plique car chaque d\u00e9placement permet au spectateur de reprendre le fil.<br>L\u2019exercice est fascinant. Guillaume Bailliart r\u00e9alise un v\u00e9ritable num\u00e9ro d\u2019\u00e9quilibriste qu\u2019il interpr\u00e8te les yeux ferm\u00e9s pendant la quasi int\u00e9gralit\u00e9 de la pi\u00e8ce. Sera-t-il vraiment capable de jouer seul ce pour quoi dix personnes sont normalement n\u00e9cessaires&nbsp;? La r\u00e9ponse est oui, mais avec une l\u00e9g\u00e8re r\u00e9serve. Le jeu est quelque peu caricatural, cabotin d\u2019un c\u00f4t\u00e9, unique de l\u2019autre. La plupart des personnages se ressemblent et n\u2019ont pas tous l\u2019honneur d\u2019\u00eatre bien d\u00e9finis. Mme Pernelle, Tartuffe ou Orgon ont la chance d\u2019avoir une voix, une gestuelle ou une expression qui leur sont propres et les rendent directement identifiables, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres sont r\u00e9duits au statut de noms sur le sol. Cependant, cela sied bien \u00e0 la pi\u00e8ce car c\u2019est ce qui permet son existence m\u00eame. Le jeu rapide et esquiss\u00e9 des autres personnages permet d\u2019avoir les informations n\u00e9cessaires \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019intrigue tout en ayant suffisamment de clart\u00e9 pour suivre les relations entre les diff\u00e9rents personnages. De plus, peut-on exiger d\u2019un acteur qu\u2019il d\u00e9montre le m\u00eame niveau de subtilit\u00e9 sur l\u2019ensemble des personnages qu\u2019il incarne&nbsp;alors qu\u2019il fait le travail de toute une troupe&nbsp;? L\u2019int\u00e9r\u00eat est ailleurs, dans la recherche de ce que peut faire un \u00eatre humain sur sc\u00e8ne. On ne vient pas voir <em>Tartuffe<\/em>, on vient voir Guillaume Bailliart jouer <em>Tartuffe<\/em>. On vient pour \u00eatre impressionn\u00e9 par l\u2019exploit et l\u2019on ne peut que le saluer.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Cependant, la performance n\u2019ajoute rien au texte. L\u2019histoire change gr\u00e2ce \u00e0 une coupe dans le texte et fait de Tartuffe le vainqueur de cette mise en sc\u00e8ne, mais l\u2019interpr\u00e8te unique n\u2019apporte pas de nouvelles lectures sur des potentiels rapprochements entre les personnages. A l\u2019exception d\u2019un magnifique \u00ab&nbsp;je me parle \u00e0 moi-m\u00eame&nbsp;\u00bb qui frappe par son \u00e9vidente ironie, la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re ne subit aucun changement dans la vision que l\u2019on porte sur elle, probablement car la performance s\u2019arr\u00eate juste avant&nbsp;le sens : on assiste \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition du texte, premi\u00e8re \u00e9tape de travail qui ici en est la finalit\u00e9. Le m\u00eame traitement pourrait \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 n\u2019importe quelle pi\u00e8ce classique et le r\u00e9sultat ne changerait pas&nbsp;: une performance d\u2019acteur fantastique&nbsp; qui ne dit en soi rien de nouveau sur une pi\u00e8ce. Le texte est mis au service du spectacle sans \u00eatre comment\u00e9. A l\u2019inverse de <em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em> de Fran\u00e7ois Gremaud, o\u00f9 Romain Daroles racontait la trag\u00e9die de Racine, le spectacle n\u2019exprime pas son amour du texte mais plut\u00f4t sa technicit\u00e9. C\u2019est impressionnant pour Guillaume Bailliart, dommage pour Moli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/antoine-klotz\/\">Antoine Klotz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Aveugl\u00e9ment tartuffi\u00e9 <\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">M\u00e9lanie Carrel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16119\" style=\"width:312px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;Mathilde Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Mercredi dernier, dans le Pavillon du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, le public a red\u00e9couvert le Tartuffe de Moli\u00e8re \u00e0 travers un seul en sc\u00e8ne virtuose de Guillaume Bailliart. Projet\u00e9 dans un dispositif th\u00e9\u00e2tral rudimentaire, le texte s\u2019est empar\u00e9 du plateau et s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans tout son potentiel tragi-comique. Une adaptation audacieuse dont l\u2019hypocrite Tartuffe sort exceptionnellement vainqueur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tartuffe <\/em>est certainement l\u2019une des pi\u00e8ces les plus jou\u00e9es de Moli\u00e8re. Les planches des th\u00e9\u00e2tres ont maintes fois port\u00e9 l\u2019histoire du bourgeois Orgon qui se fait ensorceler par le faux d\u00e9vot Tartuffe. Maintes fois elles ont vu le pauvre homme c\u00e9der aveugl\u00e9ment aux moindres d\u00e9sirs de l\u2019hypocrite manipulateur jusqu\u2019\u00e0 perdre sa fortune, sa maison et son honneur. Mais rarement ont elles accueilli, sur un plateau d\u00e9nud\u00e9, un com\u00e9dien donnant, \u00e0 lui seul, vie \u00e0 tous les personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre du plateau, une table recouverte d\u2019extraits de textes. Sur le sol, les noms des personnages trac\u00e9s au scotch blanc. Un plein feu. Un com\u00e9dien en habits bruns, quotidiens, faisant les cent pas \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne en attendant que le spectacle commence. Petit dispositif pour grand texte. Mais le grand th\u00e9\u00e2tre n\u00e9cessite-t-il vraiment un grand dispositif ? Ne suffit-il pas qu\u2019un homme traverse un espace (presque) vide pendant qu\u2019un autre le regarde pour que l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral soit amorc\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence se fait. D\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, les yeux clos, Guillaume Bailliart s\u2019avance vers la table, s\u2019arr\u00eate sur le scotch indiquant \u00ab&nbsp;Mme Pernelle&nbsp;\u00bb et commence \u00e0 dire le texte dans un d\u00e9bit soutenu, pointant tour \u00e0 tour du doigt le nom du personnage qui prend la parole. Les r\u00e9pliques s\u2019encha\u00eenent rapidement devant un public d\u00e9concert\u00e9 par cette sc\u00e8ne d\u2019exposition aux multiples personnages sans corps et sans regard. Gr\u00e2ce \u00e0 leur personnel r\u00e9duit, les sc\u00e8nes suivantes, r\u00e9unissant deux \u00e0 trois personnages, jouissent de plus de lisibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le public habitu\u00e9, Bailliart se met \u00e0 varier les strat\u00e9gies de mat\u00e9rialisation de l\u2019interlocuteur. Tant\u00f4t il le d\u00e9signe, tant\u00f4t il le fait exister dans le creux de sa main tendue, comme un aveugle qui t\u00e2terait le visage de son partenaire. Parfois il l\u2019incarne aussi, offrant aux spectateurs un \u00e9change plaisant de r\u00e9pliques schizophr\u00e9niques. Une fois m\u00eame, c\u2019est une spectatrice qu\u2019il prend pour interlocutrice, en lui adressant la fi\u00e9vreuse d\u00e9claration que Tartuffe fait \u00e0 la femme d\u2019Orgon, Elmire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tartuffe est le seul personnage \u00e0 avoir les yeux grand ouverts, le seul \u00e0 voir clairement tous les enjeux de la mascarade qu\u2019il a mise en place. Le faux d\u00e9vot escroque Orgon et avec lui toute sa famille. Dans l\u2019adaptation de Bailliart, <em>Tartuffe <\/em>devient un huis-clos. Seuls apparaissent les personnages de la maisonn\u00e9e, les autres ne sont qu\u2019\u00e9voqu\u00e9s. Au fil de la pi\u00e8ce, l\u2019\u00e9tau se resserre autour de la famille bourgeoise jusqu\u2019au moment o\u00f9 le pi\u00e8ge se referme et sonne la fin tragique du spectacle. Tous ont \u00e9t\u00e9 aveugl\u00e9ment tartuffi\u00e9s. Escamotant l\u2019acte V, Bailliart propose une fin alternative int\u00e9ressante qui privil\u00e9gie le succ\u00e8s de l\u2019escroc \u00e0 sa chute.<em>Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Tartuffe d\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re <\/em>est une r\u00e9elle performance d\u2019acteur qui met le savoir-faire du com\u00e9dien et le texte au centre de l\u2019attention et de l\u2019action, renon\u00e7ant \u00e0 user de costumes, d\u2019accessoires (\u00e0 l\u2019exception d\u2019une table), de d\u00e9cors et d\u2019effets lumi\u00e8re. Le parti pris de montrer en spectacle un format de r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 l\u2019italienne, bien que pr\u00e9cis et ma\u00eetris\u00e9, laisse toutefois sur sa faim. Bailliart a certes ex\u00e9cut\u00e9 sa prestation <em>les yeux ferm\u00e9s<\/em>, mais nos yeux sont rest\u00e9s ouverts&nbsp;: et plus d\u2019une heure durant, ils n\u2019ont trouv\u00e9 \u00e0 voir qu\u2019un com\u00e9dien devenu canal d\u2019un texte et s\u2019adonnant \u00e0 un seul et m\u00eame exercice th\u00e9\u00e2tral. Ceux qui viendront dans l\u2019attente de voir un <em>Tartuffe <\/em>seront d\u00e9\u00e7us, alors que ceux qui voudront simplement \u00e9couter Guillaume Bailliart seront conquis.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">M\u00e9lanie Carrel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un Tartuffe \u00ab \u00e0 l\u2019avant-garde \u00bb !<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\">C\u00e9line Bignotti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19780\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1536x1023.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x.jpg 1801w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;Mathilde Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une table, du scotch et un acteur d\u2019exception avec une m\u00e9moire infaillible, tels sont les ingr\u00e9dients du Tartuffe novateur de Guillaume Bailliart. Apr\u00e8s l\u2019annulation du spectacle en 2020 \u00e0 cause de la pand\u00e9mie, le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy reprogramme \u00e0 l\u2019occasion du 400\u00b0 anniversaire de Moli\u00e8re cette v\u00e9ritable performance \u00e0 couper le souffle, cr\u00e9\u00e9e en 2013, inspir\u00e9e par la version du classique moli\u00e9resque du Th\u00e9\u00e2tre permanent de Gwena\u00ebl Morin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 du spectacle r\u00e9side d\u2019abord dans le choix de repr\u00e9senter une version raccourcie du <em>Tartuffe<\/em> en cinq actes de 1669, tout en gardant le final de la premi\u00e8re version en trois actes qui avait \u00e9t\u00e9 interdite en 1664 sur ordre du roi Louis XIV et corrig\u00e9e par Moli\u00e8re. Dans la version de 1664, l\u2019imposteur se rendait vainqueur d\u2019Orgon et de sa famille. Dans un entretien \u00e0 la RTS (\u00ab&nbsp;A vous de jouer&nbsp;\u00bb, avec Marc Escola et Josefa Terribilini), Bailliart affirme qu&rsquo;il ne veut pas aller dans le sens d&rsquo;une r\u00e9interpr\u00e9tation contemporaine de l\u2019\u0153uvre de Moli\u00e8re. \u00ab&nbsp;L\u2019id\u00e9e, c\u2019est un peu d\u2019aller \u00e0 la source du po\u00e8me [\u2026]&nbsp;\u00bb, affirme-t-il. La r\u00e9interpr\u00e9tation est un aspect que doit d\u00e9velopper le spectateur apr\u00e8s avoir assist\u00e9 au spectacle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un seul plan feu, une table avec le texte du Tartuffe<em> <\/em>au milieu de la sc\u00e8ne, les noms des personnages \u00e9crits sur le sol avec du scotch et un com\u00e9dien en tenue civile qui va se donner \u00e0 fond dans ce tour de force artistique. Les spectateurs sont t\u00e9moins du grand travail de l&rsquo;acteur. La mise en sc\u00e8ne minimale le refl\u00e8te. Repr\u00e9sentation \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9tat brut \u00bb, elle se pr\u00e9sente en dehors de toute contextualisation temporelle comme la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;une repr\u00e9sentation \u00e0 venir o\u00f9 l&rsquo;acteur concentr\u00e9, aux limites d\u2019une sorte de transe, d\u00e9clame avec une vitesse folle les vers de Moli\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le point fort du spectacle est sans aucun doute le jeu de Guillaume Bailliart, qui se prom\u00e8ne sur sc\u00e8ne avec les yeux ferm\u00e9s (la c\u00e9cit\u00e9 des personnages peut repr\u00e9senter les effets de l\u2019imposture, en effet, le seul personnage avec les yeux ouverts est Tartuffe), passant d&rsquo;un personnage \u00e0 l&rsquo;autre avec une extr\u00eame facilit\u00e9, faisant des gestes sp\u00e9cifiques qui servent \u00e0 faire comprendre au public qui parle \u00e0 qui. C&rsquo;est une performance incroyable, physiquement et intellectuellement. La sueur sur la chemise de Bailliart au milieu de la repr\u00e9sentation, refl\u00e8te sur le corps de l\u2019acteur sa capacit\u00e9 de se multiplier et de passer de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;homme \u00e0 celui de femme, de l&rsquo;\u00e9tat d\u2019imposteur \u00e0 celui de victime presque sans marquer de transition. Cela se voit particuli\u00e8rement dans la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne de la table (IV, 5),repr\u00e9sent\u00e9e avec un jeu tr\u00e8s fin de transition entre les personnages de Tartuffe, Elmire et Orgon. Chacun des personnages, avec ses particularit\u00e9s minimales li\u00e9es au ton de voix et \u00e0 leur gestuelle, reconstruit la dynamique classique de la sc\u00e8ne&nbsp;: \u00e0 ce moment-l\u00e0, on a &nbsp;l\u2019impression que tous les personnages \u00e9taient vraiment pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport au public soul\u00e8ve toutefois une difficult\u00e9 : la performance n\u2019est pas ici un spectacle \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratique&nbsp;\u00bb qui peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 par tous les spectateurs. Son grand d\u00e9faut du spectacle est la structure globale tr\u00e8s compliqu\u00e9e. On a l&rsquo;impression, en faisant une analogie avec la litt\u00e9rature, de lire des vers d\u2019Ezra Pound, qui ne cherchait pas la clart\u00e9, mais tentait plut\u00f4t de rendre la t\u00e2che difficile au lecteur en \u00e9crivant des po\u00e8mes avec des anciens \u00e9pigrammes chinois, par exemple. Dans le cas pr\u00e9sent, c\u2019est au spectateur que la t\u00e2che est rendue difficile, notamment lorsque les gestes de transition pour passer d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre sont si l\u00e9gers qu&rsquo;ils peuvent \u00e0 peine \u00eatre per\u00e7us.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, la mise en sc\u00e8ne est excessivement charg\u00e9e de symboles (ce qui est paradoxal pour un spectacle en apparence minimal), comme la grande fl\u00e8che au milieu de la sc\u00e8ne, par exemple, ou la table sous laquelle se cache Orgon, positionn\u00e9e sur le nom scotch\u00e9 de Damis. Le spectacle s&rsquo;appr\u00e9cie finalement surtout apr\u00e8s une r\u00e9flexion <em>a posteriori<\/em>, lorsqu\u2019on prend le temps de reconstituer la <em>forma mentis <\/em>que Bailliart a utilis\u00e9e pour cr\u00e9er sa performance.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut reconna\u00eetre que Bailliart tient beaucoup compte de son public et, en fonction de celui-ci, module son interpr\u00e9tation et les transitions d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre. Et tous les publics ne viennent pas forc\u00e9ment au th\u00e9\u00e2tre pour se divertir. Tout comme dans une c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne du film Nostalghia (1983) du r\u00e9alisateur russe Andrej Tarkosvkij, o\u00f9 le protagoniste, Andrej Gor\u010dakov, pendant un long plan s\u00e9quence tente de mener une bougie allum\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre de la piscine de Bagno Vignoni en Toscane, l\u2019interpr\u00e9tation de Bailliart semble se d\u00e9velopper en un long plan s\u00e9quence cin\u00e9matographique d\u2019une dur\u00e9e d\u2019une heure et demie&nbsp;! Si les longs plans s\u00e9quences de Tarkovskij peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des moments \u00ab ennuyeux \u00bb, ils repr\u00e9sentent la vraie beaut\u00e9 de ses films. Il en va de m\u00eame, dans ce <em>Tartuffe<\/em> de Bailliart&nbsp;: le manque de changements de rythme et l\u2019absence des rebondissements constituent le coeur battant d\u2019une performance artistiquement subtile. Cela s\u2019apparente \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre plus conceptuel, qui se base tout d\u2019abord sur une m\u00e9tar\u00e9flexion sur le travail de l\u2019acteur et les possibilit\u00e9s de repr\u00e9sentation, et qui cherche seulement \u00e0 un second niveau le divertissement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\">C\u00e9line Bignotti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une performance au visage multiple<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/claire-cornaz\/\">Claire Cornaz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16119\" style=\"width:306px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe1\u252c\u00aemathilde-delahaye.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;Mathilde Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne accueille une performance de Guillaume Bailliart, qui occupe \u00e0 lui seul la sc\u00e8ne pour interpr\u00e9ter tous les personnages du <\/em>Tartuffe<em> de Moli\u00e8re. Si le projet, sur le papier, peut s\u2019annoncer plut\u00f4t risqu\u00e9, la r\u00e9alisation repose sur une v\u00e9ritable ma\u00eetrise du jeu corporel. La mise en place de codes tr\u00e8s pr\u00e9cis permet de conserver une certaine clart\u00e9, y compris pour les spectateurs et spectatrices qui ne conna\u00eetraient pas l&rsquo;intrigue ou les personnages de la pi\u00e8ce originale.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00e9mices sont les m\u00eames que chez Moli\u00e8re&nbsp;: Orgon recueille et admire le faux d\u00e9vot Tartuffe, qui en r\u00e9alit\u00e9 souhaite avant tout d\u00e9tourner la fortune de son h\u00f4te. Mais c\u2019est un autre d\u00e9nouement qui cl\u00f4t le spectacle, en d\u00e9clarant Tartuffe vainqueur. Les multiples personnages de la pi\u00e8ce s\u2019av\u00e8rent tous partager le m\u00eame visage, celui de Guillaume Bailliart, y compris l\u2019imposteur, qui cache pourtant son vrai visage. C\u2019est un exercice qui peut s\u2019av\u00e9rer difficile, car il requiert des spectateurs une attention particuli\u00e8re afin de reconna\u00eetre quel personnage Guillaume Bailliart interpr\u00e8te lorsqu\u2019il d\u00e9bite ses premi\u00e8res r\u00e9pliques. Pour faciliter ces \u00e9changes, c\u2019est par le biais des noms des personnages marqu\u00e9s au scotch sur la sc\u00e8ne, sur lesquels il se d\u00e9place, qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 expliciter lequel prend la parole. Tout ceci est par ailleurs soutenu par une syntaxe gestuelle que l\u2019on d\u00e9crypte tr\u00e8s vite&nbsp;: en pointant du doigt vers un nom au sol lorsqu\u2019il est mentionn\u00e9 dans une r\u00e9plique, ou une paume ouverte pour l\u2019incarner temporairement. Le com\u00e9dien joue par ailleurs la totalit\u00e9 des personnages les yeux ferm\u00e9s, \u00e0 l\u2019exception de Tartuffe qui, lui, les a grand ouverts. Le d\u00e9tail est d\u2019autant plus marquant que c\u2019est ce dernier qui gagne en ayant r\u00e9ussi \u00e0 tromper Orgon et d\u00e9pouiller la famille. La fa\u00e7on dont sont jou\u00e9s ces personnages est&nbsp; particuli\u00e8rement \u00e9nergique, et cette dynamique transporte le public dans un rythme effr\u00e9n\u00e9, qui ne laisse respirer qu\u2019\u00e0 de tr\u00e8s rares moments. Le d\u00e9bit de paroles est rapide, un point commun avec les mises en sc\u00e8ne de Moli\u00e8re par Gwena\u00ebl Morin, sous la direction duquel Guillaume Bailliart a travaill\u00e9. Ici, le d\u00e9bit rapide et ce rythme fr\u00e9n\u00e9tique offrent plus la sensation d\u2019une performance sportive qu\u2019autre chose, m\u00eame si cette performance n\u2019en est pas moins colossale et que c\u2019est avec une redoutable pr\u00e9cision que Guillaume Bailliart parvient \u00e0 la d\u00e9livrer. Le num\u00e9ro a beau \u00e9poustoufler, il ne fait pas de proposition particuli\u00e8re concernant les th\u00e9matiques de l\u2019intrigue ou les personnages, comme un solo de musique que l\u2019on jouerait plus pour la virtuosit\u00e9 de l&rsquo;exercice que pour exprimer une vision artistique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/claire-cornaz\/\">Claire Cornaz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand le corps se d\u00e9multiplie<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/clementine-glardon\/\">Cl\u00e9mentine Glardon<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignleft size-large\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19780\" style=\"width:298px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x-1536x1023.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/03\/Tartuffe-dapres-tartuffe_utilise-3x.jpg 1801w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9&nbsp;Mathilde Delahaye<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tartuffe <em>a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1664 pour une f\u00eate de cour, Les Plaisirs de l\u2019\u00cele enchant\u00e9e. La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement interdite, pour des raisons politiques et religieuses, puis r\u00e9\u00e9crite et publi\u00e9e en 1669. Le spectacle de Guillaume Bailliart, qui en propose une version abr\u00e9g\u00e9e, est proche de la performance.<\/em> <em>Jouer seul le <\/em>Tartuffe ou l\u2019Imposteur<em>&nbsp;: voil\u00e0 le dispositif auquel il a recours. Il prend le r\u00f4le de sept personnages, en s\u2019appuyant sur<\/em> <em>les noms marqu\u00e9s en grandes lettres au le sol et des gestes d\u2019une pr\u00e9cision remarquable. Le spectacle se d\u00e9double lui aussi&nbsp;: il y a celui du texte d\u2019une part et celui du corps qui se multiplie d\u2019autre part.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle trouve son origine dans le travail du metteur en sc\u00e8ne Gwena\u00ebl Morin, avec lequel Guillaume Bailliart a collabor\u00e9. Dans le cadre de son spectacle <em>Les Moli\u00e8re de Vitez<\/em>, Morin demandait \u00e0 ses com\u00e9diens d\u2019apprendre le texte de <em>Tartuffe<\/em> en entier. Les r\u00f4les \u00e9taient tir\u00e9s au sort \u00e0 chaque repr\u00e9sentation&nbsp;; les com\u00e9diens pouvaient ainsi assumer n\u2019importe quel personnage.&nbsp;Bailliart a fait \u00e9voluer ce concept en prenant en charge l\u2019ensemble des r\u00f4les. Cependant, certaines coupes ont \u00e9t\u00e9 faites dans le texte, notamment concernant l\u2019intrigue amoureuse, ce qui permet de se concentrer sur l\u2019intrusion de Tartuffe et les rapports au sein de la famille. Orgon, le p\u00e8re, s\u2019est entich\u00e9 d\u2019un faux d\u00e9vot, Tartuffe, qui vit \u00e0 ses crochets. Les autres membres de la famille tentent de faire ouvrir les yeux (litt\u00e9ralement) \u00e0 Orgon, tandis que le pr\u00e9tendu homme saint intrigue pour satisfaire sa cupidit\u00e9 et sa concupiscence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu de G. Bailliart est pr\u00e9cis&nbsp;: les personnages ne sont pas caricatur\u00e9s, seules quelques nuances assurent les distinctions entre eux. Orgon est repr\u00e9sent\u00e9 par une gestuelle rigide, tandis que Damis est leste, pour ne citer qu\u2019eux. Le travail du corps est minimaliste, et pourtant extr\u00eamement clair. Sans que le com\u00e9dien n\u2019ait \u00e0 gesticuler, les subtilit\u00e9s permettent de comprendre qui parle. Fait surprenant, il joue tous les personnages les yeux ferm\u00e9s, except\u00e9 Tartuffe. Pour ce dernier r\u00f4le, il appara\u00eet d\u2019abord dos au public et, lorsqu\u2019il se retourne, on d\u00e9couvre ses yeux \u00e9carquill\u00e9s. Ce d\u00e9tail le dissocie beaucoup des autres. Il lui conf\u00e8re un air effrayant, presque monstrueux. Ses mouvements ondulent, ses expressions faciales sont plus marqu\u00e9es, le ton de sa voix est suave, doucereux. Ces effets instaurent une r\u00e9elle distinction entre la famille et le d\u00e9vot et accentuent les tensions. Les yeux ouverts cr\u00e9ent alors un paradoxe&nbsp;: l\u2019hypocrite est le seul \u00eatre lucide.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor est r\u00e9duit \u00e0 une table au centre de la sc\u00e8ne. Ce d\u00e9pouillement met en valeur le travail du texte qui est tr\u00e8s impressionnant. Au lieu de s\u2019attarder sur toutes sortes de d\u00e9tails, costumes, d\u00e9cors, interactions entre personnages, il ne reste plus que la voix et les nuances amen\u00e9es par le corps du com\u00e9dien. Cette simplicit\u00e9 permet une bien meilleure \u00e9coute des vers et des alexandrins. Mais le dispositif oblige \u00e0 une concentration sup\u00e9rieure pour bien comprendre lequel des personnages parle et n\u00e9cessite presque une (re)lecture du texte. Il faut un peu de temps pour se familiariser avec les codes. Malgr\u00e9 cela, le spectacle montre toute l\u2019importance du langage du corps sur sc\u00e8ne. G.&nbsp;Bailliart semble se d\u00e9multiplier. Il parvient \u00e0 incarner un personnage tout en faisant appara\u00eetre l\u2019interlocuteur \u00e0 qui il s\u2019adresse. Il a recours \u00e0 des mouvements pour l\u2019indiquer&nbsp;: soit avec son bras tendu, \u00e0 hauteur de t\u00eate, soit en se d\u00e9pla\u00e7ant d\u2019un endroit \u00e0 un autre, pour repr\u00e9senter deux protagonistes face \u00e0 face.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gestes prennent donc une place pr\u00e9pond\u00e9rante, \u00e0 tel point qu\u2019on observe simultan\u00e9ment le spectacle de la voix et celui du corps, qui se rejoignent avec une grande pr\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 mars 2022<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/clementine-glardon\/\">Cl\u00e9mentine Glardon<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/tartuffe-dapres-tartuffe-dapres-tartuffe-dapres-moliere\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re \/ Conception Guillaume Bailliart (Groupe Fant\u00f4mas) \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 2 au 12 mars 2022 \/\u00a0critiques par Antoine Klotz, M\u00e9lanie Carrel, C\u00e9line Bignotti, Claire Cornaz et Cl\u00e9mentine Glardon .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":16130,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[258,251,263,262,309],"class_list":["post-16129","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-antoine-klotz","tag-celine-bignotti","tag-claire-cornaz","tag-clementine-glardon","tag-melanie-carrel-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16129"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19781,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16129\/revisions\/19781"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16130"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}