{"id":16005,"date":"2022-02-14T12:37:48","date_gmt":"2022-02-14T11:37:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=16005"},"modified":"2025-02-14T10:36:20","modified_gmt":"2025-02-14T09:36:20","slug":"ecouter-le-vivant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/02\/ecouter-le-vivant\/","title":{"rendered":"\u00c9couter le vivant"},"content":{"rendered":"\n<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/hugo-merzeau\/\">Hugo Merzeau <\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce d&rsquo; Adrien Rupp \/ Compte-rendu par Hugo Merzeau . <\/p><\/div>\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/02\/entretien-avec-adrien-rupp-et-vincent-fontannaz\/\">Voir l&rsquo;entretien avec Adrien Rupp et Vincent Fontannaz<\/a> <\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/02\/Adrien-768x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-16006\" style=\"width:300px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Lorsque Vincent Fontannaz demande \u00e0 Adrien Rupp de l\u2019accompagner dans le processus de cr\u00e9ation de <em>Comment bruissent les for\u00eats<\/em>, la r\u00e9partition des r\u00f4les n\u2019est pas encore d\u00e9cid\u00e9e. Adrien commence par jouer, alors m\u00eame que ce spectacle a en grande partie pour mati\u00e8re l\u2019intimit\u00e9 de Vincent. Apr\u00e8s deux semaines de pr\u00e9-r\u00e9p\u00e9titions, en 2019, ils \u00e9changent&nbsp;: Vincent sera com\u00e9dien et metteur en sc\u00e8ne, Adrien sera \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e0 la dramaturgie. Suivent d\u2019innombrables allers-retours entre l\u2019\u00e9criture automatique de Vincent, ses improvisations sur le plateau et l\u2019\u00e9criture rhizomique et organique d\u2019Adrien. Fruit d\u2019une grande complicit\u00e9 et d\u2019une relation de confiance, le spectacle est jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en avril 2021 \u00e0 la maison de quartier de Chailly et sera repris \u00e0 Neuch\u00e2tel en avril 2022. Le titre de ce projet \u00e9voque le livre d\u2019Eduardo Kohn<em>, Comment pensent les for\u00eats<\/em> ? (2013) qui interroge la possibilit\u00e9 de produire une anthropologie du non-humain, question que la pi\u00e8ce transforme en&nbsp;celle de savoir comment mettre en sc\u00e8ne le non-humain. La question prolonge la pratique militante plus ancienne de Vincent Fontannaz. Il \u00e9tait, n\u00e9anmoins, tr\u00e8s important pour lui de d\u00e9tacher ce texte de ses pratiques d\u2019actions concr\u00e8tes. Il fallait ici, pour lui, op\u00e9rer un recul plus th\u00e9orique. Une deuxi\u00e8me influence se trouve dans l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans <em>Dancing at the Edge of the World <\/em>(1989)d\u2019Ursula K. Le Guin. Ce texte oppose la narration \u00ab&nbsp;en fl\u00e8che&nbsp;\u00bb (une histoire qui avance d\u2019un point A \u00e0 un point B) \u00e0 la narration en tissage, en \u00ab&nbsp;panier&nbsp;\u00bb (centr\u00e9e sur le processus plus que sur la r\u00e9solution). En adoptant ce dernier type d\u2019\u00e9criture, la pi\u00e8ce se diss\u00e9mine en de multiples fils, en apparence anodins, \u00e0 partir de l\u2019intimit\u00e9 de Vincent et le grand chamboulement de sa vie&nbsp;: \u00eatre devenu p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte est form\u00e9 de trois moments qui multiplient les \u00e9chos \u00e0 ces th\u00e9matiques et qui r\u00e9sonnent les uns dans les autres. Ces moments prennent place au sein d\u2019une narration \u00e0 la premi\u00e8re personne \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un monologue interne. Le premier s\u2019apparente \u00e0 une exposition. En effet, si la pi\u00e8ce &nbsp;ne compte qu\u2019un seul v\u00e9ritable personnage sur sc\u00e8ne, il prend le temps de d\u00e9ployer son intimit\u00e9 &#8211; celle de Vincent -, de le charger de toutes les anecdotes n\u00e9cessaires au tissage fictionnel. Ce texte, qui flirte avec le t\u00e9moignage dans cette premi\u00e8re partie, a besoin de ce mat\u00e9riau intime pour d\u00e9velopper son deuxi\u00e8me moment&nbsp;: le doute. Il interroge alors, et d\u00e9construit, de nombreux \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents dans nos cultures, de la figure h\u00e9ro\u00efque de l\u2019homme et de son meilleur ami le couteau, jusqu\u2019\u00e0 la relation de l\u2019humain avec le non-humain et plus sobrement des humains entre eux. L\u2019une des pistes de travail qui s\u2019impose \u00e0 Vincent et Adrien r\u00e9side dans l\u2019\u00e9coute que ce spectacle th\u00e9matise de multiple fa\u00e7on&nbsp;: celle de Michela, la femme du personnage, dont les paroles rapport\u00e9es ont valeurs d\u2019oracle, mais aussi celle du carillon qui double la voix de Basile, son fils. La place du sonore dans ce spectacle se r\u00e9v\u00e8le jusque dans le titre. \u00c9couter le vivant, donc. Apr\u00e8s une phase proche de la transe qui conclut ce moment de doute, le spectacle fait exploser l\u2019ego li\u00e9 \u00e0 cette parole intime, la figure h\u00e9ro\u00efque de ce com\u00e9dien seul sur sc\u00e8ne aboutit \u00e0 une sc\u00e8ne vide sur laquelle ne r\u00e9sonne plus qu\u2019une voix non attribu\u00e9e. Un po\u00e8me r\u00e9sonne alors sur sc\u00e8ne. Adrien Rupp l\u2019a \u00e9crit il y a quelques ann\u00e9es de cela, lors d\u2019une promenade &#8211; performance en for\u00eat sous la pluie. La po\u00e9tisation de cette exp\u00e9rience met fin \u00e0 cette exploration sensorielle et narrative des questionnements de Vincent, survenus apr\u00e8s la naissance de son premier enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>On est loin, pourtant, d\u2019un cours \u00e9rudit ou d\u2019un manifeste \u00e9co-r\u00e9volutionnaire. L\u2019un des plus grands probl\u00e8mes qui s\u2019est pos\u00e9 aux deux auteurs est pr\u00e9cis\u00e9ment celle de la l\u00e9gitimit\u00e9. Le biais de leur perspective d\u2019homme blanc vivant dans un environnement ais\u00e9 \u00e9tant un obstacle aussi \u00e9vident que difficile \u00e0 contourner, ils ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019assumer pleinement un ancrage \u00ab&nbsp;\u00e9gocentrique&nbsp;\u00bb \u00e0 travers les r\u00e9cits de l\u2019intimit\u00e9 de Vincent et ont us\u00e9 de l\u2019humour, de l\u2019auto-d\u00e9rision pour d\u00e9samorcer le s\u00e9rieux des th\u00e9matiques, d\u00e9centrer cet \u00e9go et casser l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de cette prise de parole. Dans ce texte tiss\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une relation et d\u2019un processus cr\u00e9atif qui auront dur\u00e9 pr\u00e8s de deux ans, doute et auto-d\u00e9rision dialoguent avec drame et intimit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce d&rsquo; Adrien Rupp \/ Compte-rendu par Hugo Merzeau . <\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":19710,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[254],"class_list":["post-16005","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-hugo-merzeau"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16005","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16005"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16005\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22842,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16005\/revisions\/22842"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19710"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}