{"id":15968,"date":"2022-02-13T12:07:17","date_gmt":"2022-02-13T11:07:17","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15968"},"modified":"2025-02-02T20:25:45","modified_gmt":"2025-02-02T19:25:45","slug":"entretien-avec-jean-daniel-piguet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/02\/entretien-avec-jean-daniel-piguet\/","title":{"rendered":"Entretien avec Jean-Daniel Piguet"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00a9Armand Yerly<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de l&rsquo;op\u00e9ration In\u00e9dits textes dramatiques, en collaboration avec le journal&nbsp;<em>Le Courrier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un entretien autour du texte de la pi\u00e8ce : <em>Partir<\/em> \/ De Jean-Daniel Piguet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-aeby\/\">Ma\u00eblle Aeby <\/a><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/02\/une-personne-au-centre-qui-na-pas-peur-de-la-vie\/\">Voir aussi la critique sur <em>Partir<\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"alignright size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"936\" height=\"546\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/02\/Entretien-avec-Jean-Daniel-Piguet_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-19736\" style=\"width:298px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/02\/Entretien-avec-Jean-Daniel-Piguet_couverture.jpg 936w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/02\/Entretien-avec-Jean-Daniel-Piguet_couverture-300x175.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/02\/Entretien-avec-Jean-Daniel-Piguet_couverture-250x146.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/02\/Entretien-avec-Jean-Daniel-Piguet_couverture-768x448.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 936px) 100vw, 936px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Armand Yerly<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Ma\u00eblle Aeby : Ton spectacle rend hommage aux derniers jours que vous avez pass\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ton p\u00e8re et toi, \u00e0 cause de sa maladie. Est-ce que tu pourrais nous expliquer comment votre projet s\u2019est mis en place&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Daniel Piguet : En 2012, j\u2019\u00e9tais avec mon p\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, et j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 pas mal de temps avec lui, deux-trois semaines. Puis \u00e0 un moment donn\u00e9, quand \u00e7a allait un peu moins bien, il a commenc\u00e9 \u00e0 prendre de la morphine et il parlait beaucoup de sa vie, des choses qui avaient \u00e9t\u00e9 importantes pour lui. Il a commenc\u00e9 \u00e0 voir une art-th\u00e9rapeute avec qui il ne s\u2019est pas tr\u00e8s bien entendu. Moi, \u00e0 ce moment-l\u00e0, je venais de recevoir une cam\u00e9ra, parce que je devais bient\u00f4t partir en Indon\u00e9sie pour un projet de film. Et je me suis dit qu\u2019au lieu de partir, j\u2019aimerais faire cela avec lui, que ce soit plut\u00f4t moi qui sois porteur de cette parole, des choses qu\u2019il avait envie de laisser et que cela nous donne l\u2019occasion de faire quelque chose ensemble. L\u2019id\u00e9e c\u2019\u00e9tait qu\u2019il me raconte des choses de sa vie que moi je n\u2019avais pas connues ou dont il m\u2019avait moins parl\u00e9. Mais lui, il n\u2019avait pas envie qu\u2019on tombe dans une relation journalistique, j\u2019avais l\u2019impression que quand je lui posais des questions &#8211; et cela se retrouve dans le texte &#8211; il revenait souvent au pr\u00e9sent et au fait de plut\u00f4t \u00eatre l\u00e0, maintenant, tout de suite. Ce n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment cela que je voulais, mais j\u2019ai vite compris que \u00e7a n\u2019allait pas \u00eatre un truc o\u00f9 j\u2019allais le questionner, o\u00f9 il me raconterait sa jeunesse, mais plut\u00f4t &#8211; et on a d\u00e9cid\u00e9 cela ensemble &#8211; que cela ne servait \u00e0 rien de forcer les choses et que finalement j\u2019allais plut\u00f4t filmer ce qui se passe et comment lui il est, dans le pr\u00e9sent, avec toutes les personnes qui l\u2019entourent. Je n\u2019ai pas film\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment en fin de compte&nbsp;; en tout, j\u2019avais huit heures de <em>rush<\/em>. J\u2019ai film\u00e9 cinq jours alors que j\u2019ai pass\u00e9 un bon mois avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M.A. : La th\u00e9matique de ta pi\u00e8ce est donc extr\u00eamement personnelle, que peux-tu nous dire sur ta d\u00e9marche artistique, sur ce qui l\u2019a inspir\u00e9e&nbsp;? Est-ce la premi\u00e8re fois que tu livres un travail qui t\u2019implique aussi directement ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD.P. : Un travail aussi autobiographique, oui, mais j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 avec des enregistrements. J\u2019avais travaill\u00e9 avec des gens rencontr\u00e9s \u00e0 la gare de Lausanne, j\u2019avais aussi travaill\u00e9 sur la prostitution, donc j\u2019\u00e9tais all\u00e9 enregistrer des travailleuses du sexe\u2026 Du coup, je suis quand m\u00eame assez souvent \u00ab&nbsp;dans&nbsp;\u00bb mes projets. Mais pour <em>Partir<\/em>, c\u2019\u00e9tait plus organique, au sens o\u00f9 c\u2019est vraiment venu de sa demande \u00e0 lui. Moi, \u00e0 la base, je n\u2019avais pas cela derni\u00e8re la t\u00eate du tout. M\u00eame, je n\u2019aurais pas du tout os\u00e9 le proposer \u00e0 mon p\u00e8re. Mais dans le fait de d\u00e9cider ensemble de faire cela, il y avait quelque chose qui prenait aussi du sens pour moi, et qui faisait que j\u2019\u00e9tais moins dans une position d\u2019attente et de passivit\u00e9 vis-vis de sa mort qui allait venir. Il y avait \u00e9galement cet \u00e9l\u00e9ment que j\u2019avais appris dans le cadre de mes cours sur le cin\u00e9ma documentaire de se demander comment le m\u00e9dium ou une cam\u00e9ra peut permettre de nourrir la relation. Par exemple l\u00e0, cette interview aujourd\u2019hui fait qu\u2019on peut se rencontrer alors que sinon cela ne serait probablement jamais arriv\u00e9. Ce n\u2019est pas qu\u2019une capture, c\u2019est aussi une mani\u00e8re d\u2019orienter la vie&nbsp;; une excuse, un moteur de pr\u00e9sent, et cela, moi j\u2019aime bien. J\u2019essaie souvent de me rappeler, \u00e0 travers ce projet avec mon p\u00e8re, que c\u2019est aussi une mani\u00e8re de rentrer en lien avec des gens, de parler avec eux de leur propre rapport avec la fin de la vie. Il se passe des choses entre les individus qui d\u00e9passent le fait de juste monter un spectacle. Ce sont des pr\u00e9textes \u00e0 ce que la vie soit cool.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Donc si on classifiait <em>Partir<\/em> de \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre documentaire autobiographique&nbsp;\u00bb, tu serais d\u2019accord&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P. : Je pense qu\u2019on peut dire que cela entre dans la cat\u00e9gorie du th\u00e9\u00e2tre documentaire. J\u2019ai pas mal r\u00e9fl\u00e9chi et travaill\u00e9 sur la notion de \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb et aux limites de ce champ. Avec <em>Partir<\/em>, c\u2019est la premi\u00e8re fois o\u00f9 j\u2019assume autant le c\u00f4t\u00e9 documentaire par rapport \u00e0 mes autres spectacles. J\u2019ai une prise de parole au d\u00e9but o\u00f9 j\u2019explique que je rends hommage \u00e0 mon p\u00e8re avec ce spectacle et o\u00f9 j\u2019expose le processus, et c\u2019est aussi \u00e9crit sur les feuilles de salle. Je dis que \u00ab tous les mots qui vont \u00eatre dits ce soir ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dits&nbsp;\u00bb, ce qui place clairement la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Sauf que, dans le traitement de cette r\u00e9alit\u00e9, je me suis plut\u00f4t dirig\u00e9 sur une transposition d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une autre r\u00e9alit\u00e9, et pas sur une copie conforme. Le but n\u2019est pas que les spectateurs se disent \u00ab&nbsp;c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb. Je n\u2019aime pas le c\u00f4t\u00e9 documentaire quand on essaie de faire passer un semblant d\u2019illusion que tout cela est vrai. L\u00e0, ce que je fais passer, c\u2019est que les mots ont vraiment \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s, apr\u00e8s, ce qu\u2019on montre, c\u2019est du fantasme, une projection. J\u2019ai plut\u00f4t envie de montrer que la r\u00e9alit\u00e9 est complexe. Donc, documentaire oui, mais avec vraiment un point de vue sur ce qu\u2019est le document et ce qu\u2019on en fait au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Qu\u2019est-ce qui est aussi attirant pour toi dans le r\u00e9el&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P. : Je suis tr\u00e8s curieux de ce qui m\u2019entoure. J\u2019aime regarder les interactions sociales entre les gens et je pense que cela nourrit beaucoup mon imaginaire. Si je vois deux personnes sur un banc par exemple, je vais tr\u00e8s vite essayer de comprendre la relation de ces deux personnes. Cela juste en regardant la distance qui les s\u00e9pare, la fa\u00e7on dont ils se regardent, la mani\u00e8re dont ils sourient, dont ils se tiennent, les quelques mots que j\u2019entends\u2026 Je pense que tout le monde le fait, projette, et moi c\u2019est un truc qui m\u2019int\u00e9resse. Dans un petit moment de r\u00e9alit\u00e9, on voit beaucoup de choses en peu de temps et simplement. Et c\u2019est toute cette fiction, toutes ces histoires que je peux me raconter en regardant ce qui m\u2019entoure que j\u2019aime bien. Je crois que c\u2019est surtout par rapport aux relations humaines, par exemple, entre des parents et leurs enfants, entre un contr\u00f4leur et un contr\u00f4l\u00e9, et c\u2019est aussi tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Tu avais donc en mains tout ce mat\u00e9riel vid\u00e9o, comment s\u2019est pass\u00e9 le traitement de ce dernier pour aboutir \u00e0 un texte de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P. : La premi\u00e8re \u00e9tape c\u2019\u00e9tait de transcrire les vid\u00e9os en texte. J\u2019ai travaill\u00e9 avec Nicolas Doutey avec qui j\u2019ai co-transcrit, co-mont\u00e9, co-\u00e9crit le texte. On a tout transcrit, et apr\u00e8s on a aussi \u00e9crit des choses qu\u2019on a finalement enlev\u00e9es. Ensuite, on a essay\u00e9 de faire un montage de tout cela, on n\u2019a pas gard\u00e9 l\u2019ordre chronologique. Un des crit\u00e8res qui nous ont guid\u00e9s dans les morceaux qu\u2019on a voulu choisir, c\u2019\u00e9tait celui de s\u00e9lectionner les passages o\u00f9 la question de l\u2019interaction est au centre. Comme la situation est sp\u00e9ciale, puisque quelqu\u2019un va mourir, on a essay\u00e9 de prendre des moments o\u00f9 le fait d\u2019\u00eatre ensemble et de se parler \u00e9tait en jeu. Comment est-ce qu\u2019on se parle, qu\u2019est-ce qu\u2019on a \u00e0 se dire,&nbsp;l\u00e0 ? Il n\u2019y a quasiment aucune sc\u00e8ne o\u00f9 le sujet le plus important est le contenu. En fait, les mots sont plut\u00f4t le signe de l\u2019interaction. Par exemple, on s\u2019en fiche de ce que dit une personne qui vient parler de son appartement et de ses locataires. C\u2019est plus int\u00e9ressant de regarder ce que cela montre d\u2019un individu qui vient parler de cela dans cette situation. C\u2019est une sorte d\u2019analyse du langage et de ce que cela nous dit des gens, plut\u00f4t qu\u2019un t\u00e9moignage sur ce qu\u2019ils disent vraiment. Comment est-ce qu\u2019on communique dans une telle situation, c\u2019est plus cela qui nous a guid\u00e9s. Dans la premi\u00e8re version du spectacle [Arsenic, du 02 au 07 novembre 2021], il y avait des ajouts, des blocs textuels d\u00e9crivant des images afin de faire ressortir l\u2019aspect filmique. Mais cela prenait trop de place. En plus, puisqu\u2019on dit que tous ces mots ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dits, c\u2019\u00e9tait plus coh\u00e9rent de les enlever. Le ch\u0153ur qui apparaissait dans une sc\u00e8ne aussi, on l\u2019a coup\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Au niveau de la distribution, on peut s\u2019\u00e9tonner de la sobri\u00e9t\u00e9 des indications propos\u00e9es. ACTEUR 1, ACTRICE 2, ACTEUR 3, ACTRICE 4 et ACTEUR 5, peux-tu nous expliquer ce choix&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P. : Alors, il y a le p\u00e8re et le fils qui sont clairement d\u00e9finis et l\u2019id\u00e9e \u00e9tait qu\u2019il y ait les trois autres personnages qui prennent en charge plusieurs figures&nbsp;: des voisins, des amis, de la famille, des infirmiers\u2026 Trois, c\u2019\u00e9tait donc un peu le minimum, cela permet de faire plein de combinaisons. Je m\u2019\u00e9tais d\u2019abord demand\u00e9 s\u2019il ne fallait pas convier une quinzaine d\u2019amateurs pour jouer chacun un r\u00f4le, mais finalement je me suis dit que cela aurait \u00e9t\u00e9 trop r\u00e9aliste. Comme le travail \u00e9tait surtout un travail sur les mots, c\u2019\u00e9tait plus int\u00e9ressant de demander aux acteurs de passer par ces diff\u00e9rentes figures. En plus, on a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas changer de costumes, de ne pas donner trop de signes, d\u2019indices sur qui joue quoi. On s\u2019int\u00e9resse plus \u00e0 la relation qu\u2019aux identit\u00e9s. En fonction de leur interaction, on va pouvoir voir le monstre, la forme, la couleur qu\u2019il y aurait entre ces deux personnes. Surtout que dans une chambre d\u2019h\u00f4pital, qu\u2019on soit infirmi\u00e8re ou visiteur, chacun a ses propres angoisses de la mort. C\u2019est plut\u00f4t \u00e7a qui est int\u00e9ressant, de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tr\u00e8s bien, c\u2019est une infirmi\u00e8re, mais en plus de cela, comment elle <em>deal<\/em>, elle, avec la mort&nbsp;? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Les didascalies sont rares dans le texte, mais on trouve tout de m\u00eame une sorte de glossaire rythmique au tout d\u00e9but, ces \u00ab&nbsp;indices de la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb. Peux-tu nous en dire plus&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P : On a commenc\u00e9 par des lectures en travaillant ces verbes, toujours pour essayer de faire en sorte que les mots soient des appuis pour montrer les interactions. Comment les gens prennent diff\u00e9remment la parole dans cette chambre&nbsp;? On se rendait bien compte que les mots d\u2019une infirmi\u00e8re \u00e9taient tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux de la belle-s\u0153ur \u00e0 son chevet par exemple. Sur le papier c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose, alors qu\u2019on voyait bien au son et \u00e0 l\u2019image que la qualit\u00e9 de la parole n\u2018\u00e9tait pas du tout pareille. Notamment avec les attaques, par exemple, un infirmier qui entre et dit \u00ab&nbsp;Bonjour&nbsp;\u00bb, c\u2019est un \u00ab&nbsp;b&nbsp;\u00bb majuscule, parce qu\u2019il y a une vraie prise de parole, alors que quelqu\u2019un de l\u2019entourage du p\u00e8re parlerait plus en minuscules. On a donc essay\u00e9 de coder cela, d\u2019en faire une partition qui ne soit pas non plus trop stricte afin que \u00e7a ne devienne pas un dessin tr\u00e8s clair, mais plut\u00f4t pour inciter les acteurs \u00e0 avoir cette intention du d\u00e9tail, ce qui fait ressortir diff\u00e9remment le texte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Personnellement, le texte m\u2019a \u00e9mue, mais j\u2019ai aussi beaucoup ri. \u00c9tant donn\u00e9 la th\u00e9matique principale du spectacle et la v\u00e9racit\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements, quelle est la place de l\u2019humour dans <em>Partir<\/em>&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P. : En g\u00e9n\u00e9ral les gens rient assez vite, ils osent. Surtout qu\u2019on pr\u00e9cise au d\u00e9but que le p\u00e8re n\u2019a pas mal donc cela d\u00e9tend le public. Apr\u00e8s, ce n\u2019est pas non plus la grande partie de rigolade, mais c\u2019est assez d\u00e9tendu. L\u2019id\u00e9e c\u2019est que ce soit intense et important, mais sans \u00eatre dramatique. Je pense que c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat de travailler avec Nicolas, parce que moi je me disais que j\u2019allais \u00eatre tr\u00e8s coll\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement et lui, il a un rapport assez l\u00e9ger aux choses et il voyait ce c\u00f4t\u00e9 dr\u00f4le des situations. Mais une des intentions de d\u00e9part qu\u2019on avait envie de transmettre par ce texte, avec Nicolas et aussi avec mon p\u00e8re, c\u2019est&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est qui reste de la fin de vie quand on lui enl\u00e8ve ce c\u00f4t\u00e9 dramatique&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Et il peut rester plein de belles choses aussi. Plein de moments assez forts entre les gens parce que tr\u00e8s ancr\u00e9s dans le pr\u00e9sent. Mon p\u00e8re \u00e9tait relativement tranquille par rapport \u00e0 cette fin de vie, et du coup lui aussi \u00e9tait assez marrant et d\u00e9tendu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M. A. : Finalement, quel est, selon toi, le message principal que vous souhaitiez tous passer avec <em>Partir<\/em>&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JD. P. : Je crois que le plus grand message c\u2018\u00e9tait de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et si on consid\u00e9rait les derniers jours comme encore des moments de vie parmi d\u2019autres, plut\u00f4t qu\u2019un \u00e9v\u00e8nement forc\u00e9ment dramatique&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Si on applique cette notion de \u00ab&nbsp;on est poussi\u00e8re et on redeviendra poussi\u00e8re&nbsp;\u00bb, la mort fait partie de la vie alors on l\u2019aborde d\u2019un angle diff\u00e9rent. Nicolas d\u00e9fend aussi cela dans sa vie. Si on n\u2019en fait pas des caisses, si ce n\u2019est pas dramatique, alors cela continue \u00e0 \u00eatre inscrit dans la vie. Parce qu\u2019autrement, le risque pour la personne c\u2019est de se replier sur elle, elle devient un mourant qui se coupe de la r\u00e9alit\u00e9, comme si elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 morte. Alors que si on se dit que cela fait partie de la vie, et dans le texte, on le dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019il n\u2019y a pas de mort, la vie n\u2019existe pas&nbsp;\u00bb, alors on sait que cela va arriver, on peut rester dans le pr\u00e9sent, bien en vie et bien en lien, et profiter de ces derniers moments. C\u2019\u00e9tait un message qu\u2019il y avait d\u00e9j\u00e0 de la part de mon p\u00e8re et l\u2019envie, c\u2019\u00e9tait de le transmettre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ma\u00eblle Aeby. <\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":19736,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[307],"class_list":["post-15968","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-maelle-aeby-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15968","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15968"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15968\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21484,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15968\/revisions\/21484"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19736"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15968"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}