{"id":15916,"date":"2022-01-20T16:17:05","date_gmt":"2022-01-20T15:17:05","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15916"},"modified":"2025-02-09T16:18:44","modified_gmt":"2025-02-09T15:18:44","slug":"fragments-dune-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/01\/fragments-dune-vie\/","title":{"rendered":"Chaos"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Chaos<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de Valentine Sergo \/ Critique par Sarah Neu. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-neu\/\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Fragments d&rsquo;une vie<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15917\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS-1536x1024.jpeg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2022\/01\/Portrait_VS.jpeg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Guillaume Th\u00e9bault<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Valentine Sergo a choisi d\u2019utiliser son r\u00f4le d\u2019artiste pour traduire en r\u00e9cit des bribes de parcours de vie, dont elle a pu se faire t\u00e9moin au cours d\u2019ann\u00e9es de rencontres et d\u2019ateliers de travail utilisant des outils du jeu th\u00e9\u00e2tral, avec diverses communaut\u00e9s de personnes migrantes. Elle ne cherche pas \u00e0 se r\u00e9approprier ces trajectoires de vie, mais bien \u00e0 leur donner corps et voix au moyen d\u2019une fiction forte et intelligible. La vie d\u2019Hayat, c\u2019est donc la vie de millier de femmes, en situation de pr\u00e9carit\u00e9 ou d\u2019extr\u00eame violence, qui ont la force et la r\u00e9silience n\u00e9cessaire pour survivre, voire se reconstruire.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Chaos<\/em> pr\u00e9sente, dans une s\u00e9rie de sc\u00e8nes s\u00e9par\u00e9es par des ellipses temporelles et des retours en arri\u00e8re, &nbsp;l\u2019histoire de vie d\u2019une femme&nbsp;: Hayat, dont le pr\u00e9nom signifie \u00ab&nbsp;vie&nbsp;\u00bb en arabe. Hayat s\u2019est exil\u00e9e en Europe apr\u00e8s avoir fui son pays en guerre, condamn\u00e9e \u00e0 laisser derri\u00e8re elle son b\u00e9b\u00e9, qui grandira avec sa m\u00e8re \u00e0 elle, quelque part au Moyen-Orient (la localisation n\u2019est que sugg\u00e9r\u00e9e). Son personnage incarne un concentr\u00e9 de parcours de vie, dont Valentine Sergo a re\u00e7u des fragments de r\u00e9cit au cours d\u2019ann\u00e9es de rencontres et de partage dans des ateliers de travail avec des femmes et des minorit\u00e9s. L\u2019auteur, com\u00e9dienne et metteuse en sc\u00e8ne, revient dans cette \u00e9criture \u00e0 la fiction, une forme libre qui lui permet de retranscrire des \u00e9l\u00e9ments de vie bien r\u00e9els et de donner une visibilit\u00e9 \u00e0 ces v\u00e9cus d\u00e9chir\u00e9s au travers d\u2019un personnage fort et d\u2019un seul parcours de vie. L\u2019histoire d\u2019Hayat est le premier volet d\u2019une trilogie, dont l\u2019autrice r\u00e9dige actuellement le second, qui portera sur le destin de la fille de la protagoniste, Nour.<\/p>\n\n\n\n<p>Hayat grandit dans un pays en guerre, sans arr\u00eat surveill\u00e9e et harcel\u00e9e autant par les soldats de l\u2019arm\u00e9e ennemie, que par sa famille. Elle est chass\u00e9e de chez elle tr\u00e8s jeune, le jour o\u00f9 sa m\u00e8re apprend que son p\u00e8re a un rapport de harc\u00e8lement incestueux avec elle.&nbsp;Ce bannissement du cercle familial s\u2019ajoute \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence d\u2019une forte tension, due \u00e0 la m\u00e9sentente de ses parents, qui n\u2019\u00e9prouvent pas d\u2019amour l\u2019un pour l\u2019autre. \u00c0 partir de l\u00e0, Hayat erre et vagabonde en racontant aux uns qu\u2019elle vit chez son oncle, aux autres qu\u2019elle rentre \u00e0 la maison. Le seul endroit o\u00f9 elle trouve refuge et r\u00e9confort est sa classe de danse, lieu de s\u00e9curit\u00e9, d\u2019expression et d\u2019\u00e9panouissement. Sa professeure de danse la prend sous son aile et l\u2019incite \u00e0 un projet de spectacle avec un jeune homme engag\u00e9 dans la lutte contre l\u2019occupant, Samy. Hayat tombera enceinte de Samy, mais, impliqu\u00e9e dans une tentative d\u2019attentat qui lui attire l\u2019hostilit\u00e9 des deux partis, sera forc\u00e9e de fuir en Europe, laissant le nouveau-n\u00e9 dans les bras de sa m\u00e8re.&nbsp; Une nouvelle vie commence alors, b\u00e2tie d\u2019espoirs, de nouvelles difficult\u00e9s et de travail dans un \u00e9tablissement pour personnes \u00e2g\u00e9es. Elle apprend la mort, caus\u00e9e par une balle perdue, de son petit fr\u00e8re qu\u2019elle ch\u00e9rissait plus que tout. Elle ne revient voir sa fille Nour qu\u2019une fois au pays, et finit par reconstruire une vie sans elle dans ce nouveau contexte europ\u00e9en, apr\u00e8s que la petite refuse de la suivre hors du pays, si cela implique de devoir laisser sa grand-m\u00e8re derri\u00e8re-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>La temporalit\u00e9 et la spatialit\u00e9 du r\u00e9cit sont \u00e9clat\u00e9es et reconstruisent les diff\u00e9rents \u00e9pisodes de la vie d\u2019Hayat de mani\u00e8re non lin\u00e9aire, au travers d\u2019une compilation de sc\u00e8nes dialogu\u00e9es. Les deux p\u00f4les principaux sont celui de son enfance au Moyen-Orient et celui de son travail en maison de retraite quelque part en Europe, d\u00e8s ses vingt-cinq ans. Valentine Sergo a choisi de d\u00e9velopper l\u2019histoire de fa\u00e7on explos\u00e9e pour montrer l\u2019\u00e9clatement de la vie d\u2019Hayat, et pour que, petit-\u00e0-petit, le lecteur remette les morceaux ensemble pour comprendre son parcours. La pi\u00e8ce est toutefois con\u00e7ue comme un cycle, puisqu\u2019elle commence par la sc\u00e8ne d\u2019accouchement d\u2019Hayat, et se cl\u00f4t sur celui de sa m\u00e8re. La fin sugg\u00e8re que la m\u00e8re, malgr\u00e9 son caract\u00e8re d\u2019embl\u00e9e antipathique, a fait ce qu\u2019elle a pu, m\u00eame si elle n\u2019a pas su aimer dans la bienveillance. Ainsi, malgr\u00e9 son caract\u00e8re cyclique, cette boucle boucl\u00e9e propose une \u00e9volution entre la trajectoire d\u2019Hayat et celle de sa m\u00e8re, ce qui invite \u00e0 esp\u00e9rer un futur plus cl\u00e9ment pour la jeune Nour. Dans un contexte terriblement compliqu\u00e9 dans lequel Hayat et sa m\u00e8re se sont d\u00e9men\u00e9es comme elles le pouvaient, les perspectives d\u2019Hayat se sont en effet ouvertes \u00e0 d\u2019autres possibles d\u00e8s lors qu\u2019une fuite vers un ailleurs a \u00e9t\u00e9 possible. Elle n\u2019a pas pu recevoir d\u2019\u00e9ducation, mais a pu mettre en place \u00e0 distance la scolarisation de sa fille, qui pourra elle-m\u00eame \u2013 on l\u2019apprend \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce \u2013 venir en Europe dans de meilleures conditions.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie de la protagoniste est d\u2019une rudesse extr\u00eame, sa condition se r\u00e9v\u00e8le de plus en plus grave au fil de la pi\u00e8ce, notamment par la sc\u00e8ne terrible qui r\u00e9v\u00e8le le contexte des viols paternels. Ces \u00e9l\u00e9ments dramatiques hyperboliques pourraient s\u2019apparenter \u00e0 un effet de pathos outrancier. Mais l\u2019autrice a voulu montrer que le seuil de violence quotidienne subi par une personne vivant dans un pays en guerre n\u2019est pas du tout comparable au n\u00f4tre. On trouve dans ces contextes une violence et une humiliation constantes et \u00e9lev\u00e9es, qui brouillent la norme de tol\u00e9rance que l\u2019on conna\u00eet. Cette succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements douloureux dans la vie d\u2019Hayat sert finalement \u00e0 interroger comment il est possible de recommencer apr\u00e8s avoir v\u00e9cu un exil de guerre. Quel int\u00e9r\u00eat trouver \u00e0 la vie ensuite&nbsp;? C\u2019est la question que pose le texte et \u00e0 laquelle il ne donne pas de r\u00e9ponse tangible. L\u2019issue que propose la pi\u00e8ce \u00e0 ses personnages, s\u2019il doit y en avoir une, se trouve peut-\u00eatre dans la beaut\u00e9 au sens po\u00e9tique du terme. Le quotidien d\u2019Hayat est en effet pourvu d\u2019instants de paix \u00e9voqu\u00e9s par des r\u00e9citations de po\u00e8mes et des moments de danse. Ce sont les seules choses qui semblent apaiser Hayat. L\u2019autrice a choisi de donner une place \u00e0 la po\u00e9sie dans son r\u00e9cit pour rendre honneur au rapport tr\u00e8s puissant que le Moyen-Orient cultive avec ce genre litt\u00e9raire. Le texte a \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne sur les planches du th\u00e9\u00e2tre Pito\u00ebff \u00e0 Gen\u00e8ve en octobre 2021, par l\u2019autrice elle-m\u00eame, qui l\u2019a con\u00e7u pour qu\u2019il soit jou\u00e9 par quatre com\u00e9diens et com\u00e9diennes, alors qu\u2019il fait intervenir une vingtaine de personnages. Dans le spectacle, une grande place a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la danse, le chor\u00e9graphe de danse contemporaine et folklorique J\u00f3zsef&nbsp;Trefeli, qui avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 avec la compagnie Uranus, ayant aussi rejoint le projet. Pour la metteuse en sc\u00e8ne, il \u00e9tait important que la danse d\u2019Hayat soit magnifique et ma\u00eetris\u00e9e, ce qui confirme le r\u00f4le-cl\u00e9 de cet art dans la vie de la protagoniste. Le deuxi\u00e8me volet de la trilogie est en cours d\u2019\u00e9criture&nbsp;: l\u2019histoire de Nour ne fonctionnera pas en flashback comme celle-ci, mais sera tourn\u00e9e vers l\u2019avenir. On suivra les difficult\u00e9s et la d\u00e9sillusion que peut rencontrer une personne \u00e9migr\u00e9e en arrivant dans une Europe qui va mal.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-neu\/\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2022\/01\/entretien-avec-valentine-sergo\/\">Voir l&rsquo;entretien avec Valentine Sergo<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Valentine Sergo \/ Critique par Sarah Neu.<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":15917,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[235],"class_list":["post-15916","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-sarah-neu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15916","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15916"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15916\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21973,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15916\/revisions\/21973"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15917"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15916"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15916"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15916"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}