{"id":15828,"date":"2021-12-11T10:42:13","date_gmt":"2021-12-11T09:42:13","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15828"},"modified":"2025-02-07T12:39:03","modified_gmt":"2025-02-07T11:39:03","slug":"aucune-idee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/12\/aucune-idee\/","title":{"rendered":"Aucune id\u00e9e"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Aucune id\u00e9e<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Mise en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 5 au 14 d\u00e9cembre 2021 \/ Critique par Valentine Bovey . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le lent d\u00e9mant\u00e8lement du quotidien<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 d\u00e9cembre  2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/valentine-bovey\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"241\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/12\/aucune-idee_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20016\" style=\"width:300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Julie Masson<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Tu as compris&nbsp;?&nbsp;\u00bb demande mon voisin \u00e0 sa femme, \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce. Elle \u00e9clate d\u2019un rire entendu. Cette cr\u00e9ation originale de Christophe Marthaler fait l\u2019effet de ces plaisanteries \u00e9labor\u00e9es qui se finissent en queue de poisson. Au-del\u00e0 de la fable, ce duo de vieux amis (Marthaler a en effet travaill\u00e9 avec Graham F. Valentine, qu\u2019il conna\u00eet de longue date), accompagn\u00e9 musicalement sur sc\u00e8ne par Martin Zeller, offre une exp\u00e9rience du temps nouvelle aux spectateur\u00b7rice\u00b7s&nbsp;: les tribulations musicales et quotidiennes, marqu\u00e9es par la dissonance et le dysfonctionnement, de deux voisins (ou plus&nbsp;?) dans un hall d\u2019immeuble. Si le projet est marqu\u00e9 par des trouvailles comiques ind\u00e9niables, certains passages en deviennent herm\u00e9tiques \u00e0 cause de la complicit\u00e9 manifeste entre le metteur en sc\u00e8ne et son acteur favori.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor est parfaitement r\u00e9aliste et \u00e9minemment quotidien, dans la tradition de Marthaler&nbsp;: l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un hall d\u2019immeuble, avec cinq portes, deux bo\u00eetes aux lettres et un appartement vu en coupe, duquel on ne voit qu\u2019un mur, le parquet et un radiateur&nbsp;\u2013 qui sera, contre toute attente, un protagoniste important de ce spectacle. Dans cet appartement r\u00e9p\u00e8te un joueur de viole de gambe, accompagn\u00e9 d\u2019un lecteur-cassette portable compl\u00e8tement d\u00e9mod\u00e9. Martin Zeller donne imm\u00e9diatement le ton, ou plut\u00f4t, la fausse note&nbsp;: il exag\u00e8re, joue \u00e0 contretemps, s\u2019imagine faire partie d\u2019un orchestre mais n\u2019\u00e9met que des sons criards . Au fil de la pi\u00e8ce, il s\u2019attaquera \u00e0 un r\u00e9pertoire \u00e9clectique allant de Bach \u00e0 L\u00e9o Ferr\u00e9, magistralement. D\u2019une des portes sort un autre personnage \u2013 ou plusieurs&nbsp;? \u2013 qui traverse plusieurs fois le d\u00e9cor en silence, jou\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre Graham F. Valentine, ami de longue date du metteur en sc\u00e8ne Christophe Marthaler. Ce dernier a pour projet de r\u00e9nover le th\u00e9\u00e2tre musical, genre l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9mod\u00e9 pour la partie jeune des spectateur\u00b7rice\u00b7s de Vidy pr\u00e9sente dans la salle. Mais cette partition est ici trait\u00e9e sur le mode du clownesque, par des effets de r\u00e9p\u00e9tition et de boucle qui \u00e9voquent le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend rapidement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une histoire de voisinage, \u00e9maill\u00e9e de phrases et d\u2019interactions banales entre voisins, peut-\u00eatre amis, mais qui se vident de sens au fur et \u00e0 mesure de leur r\u00e9p\u00e9tition, ainsi que par des sc\u00e8nes qui rompent compl\u00e8tement avec le r\u00e9alisme que le d\u00e9cor semblait annoncer, pour la plus grande joie des spectateur\u00b7rice\u00b7s. Par exemple, Graham F. Valentine joue un cambrioleur fort poli qui demande \u00e0 l\u2019un des habitants de l\u2019immeuble s\u2019il peut le cambrioler, sur la base d\u2019une liste de recommandation des appartements les plus luxueux, tout en se plaignant d\u2019avoir d\u00fb monter des escaliers. Ces trouvailles comiques accompagnent des sc\u00e8nes plus d\u00e9risoires&nbsp;: ouverture maintes fois rat\u00e9e de la bo\u00eete aux lettres, visite r\u00e9currente pour demander des \u0153ufs et de la farine, d\u00e9clamation d\u2019un catalogue de bricolage, etc. En parall\u00e8le, le violoncelliste est interrompu dans sa r\u00e9p\u00e9tition quotidienne, ce qui entra\u00eenera plusieurs tentatives pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me \u2013 jusqu\u2019\u00e0 voir Graham prononcer un po\u00e8me dada face au chauffage. Ce dernier \u2013 oui, le chauffage \u2013 finira par se rebeller contre son propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le duo form\u00e9 par Martin Zeller et Graham F. Valentine met en valeur ce dernier, qui est au centre des m\u00e9canismes comiques de la pi\u00e8ce. Quelques excellentes trouvailles \u2013 notamment celle de la bo\u00eete aux lettres qui crache des lettres, publicit\u00e9s, puis des bibles&nbsp;! \u2013 am\u00e8nent des ruptures toujours plus grandes avec la situation initiale d\u00e9j\u00e0 floue, mais l\u2019accumulation de ces situations comiques cr\u00e9e parfois un effet de trop-plein, voire de saturation. Certaines interactions \u00e9voquent parfois la nostalgie des amis Marthaler et Valentine ayant fait leur carri\u00e8re en parall\u00e8le pouvant enfin se rencontrer sur un projet commun tr\u00e8s personnel, ce qui rend le spectacle quelque peu herm\u00e9tique. La lenteur \u00e9nigmatique de la pi\u00e8ce charme parfois, mais peut devenir aga\u00e7ante sur la longueur, si l\u2019on ne conna\u00eet pas la biographie du metteur en sc\u00e8ne suisse et de l\u2019acteur d\u2019origine \u00e9cossaise, qui se sont rencontr\u00e9s \u00e0 dix-sept dans un foyer protestant pour \u00e9tudiants dans lequel ils ont fait scandale en improvisant un spectacle. Cette histoire commune explique peut-\u00eatre pourquoi la mythologie personnelle prend parfois le pas sur l\u2019exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourtant dans le lent d\u00e9mant\u00e8lement du quotidien mis en sc\u00e8ne que le spectacle offre une exp\u00e9rience \u00e9tonnante aux spectateur\u00b7rice\u00b7s&nbsp;: les dysfonctionnements, fausses notes, quiproquos et actions r\u00e9currentes \u00e9voquent un temps suspendu, dans lequel se sont accumul\u00e9es beaucoup d\u2019exp\u00e9riences, mais qui deviennent absurdes tant elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Ces interactions toujours dysfonctionnelles des deux com\u00e9diens avec leur environnement \u00e9voquent parfois une forme de d\u00e9mence, qui n\u2019est cependant qu\u2019\u00e0 peine th\u00e9matis\u00e9e. Au trop-plein se succ\u00e8de parfois une absence bienvenue&nbsp;: de temps en temps, la sc\u00e8ne se vide, et ce sont uniquement les sons \u2013 morceaux, chansons, ritournelles, claquements de portes \u2013 qui l\u2019animent, pour nous faire profiter pleinement de la possibilit\u00e9 d\u2019habiter un temps enfin lent. \u00c0 contre-courant de la cadence parfois soutenue adopt\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre contemporain pour captiver son public habitu\u00e9 \u00e0 un rythme de vie tr\u00e9pidant, ce parti pris peut tant s\u00e9duire qu\u2019ennuyer. En tout cas, l\u2019exp\u00e9rience vaut le d\u00e9tour.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 d\u00e9cembre  2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/valentine-bovey\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"241\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/aucune-idee-0\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/vidy.ch\/aucune-idee-0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectac<\/a><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/aucune-idee-0\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/vidy.ch\/aucune-idee-0\">le<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 5 au 14 d\u00e9cembre 2021 \/ Critique par Valentine Bovey .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":20016,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[241],"class_list":["post-15828","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-valentine-bovey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15828","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15828"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15828\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21883,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15828\/revisions\/21883"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20016"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15828"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}