{"id":15747,"date":"2021-11-23T13:43:15","date_gmt":"2021-11-23T12:43:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15747"},"modified":"2025-02-09T16:35:04","modified_gmt":"2025-02-09T15:35:04","slug":"parfois-je-parle-toute-seule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/11\/parfois-je-parle-toute-seule\/","title":{"rendered":"Parfois je parle toute seule"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Parfois je parle toute seule<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte Antoine Jaccoud \/ Mise en sc\u00e8ne Matthias Urban \/ \u00a0CPO Ouchy \/ du 16 au 21 novembre 2021 \/ Critiques par No\u00e9mie Jeannet et C\u00e9line Bignotti . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/noemie-jeannet\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"252\">No\u00e9mie Jeannet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Confidences \u00e0 un inconnu<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"769\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image002-1438x1080-1-1024x769.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15744\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image002-1438x1080-1-1024x769.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image002-1438x1080-1-266x200.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image002-1438x1080-1-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image002-1438x1080-1-768x577.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image002-1438x1080-1.jpg 1438w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 CPO, Centre Pluriculturel et social d\u2019Ouchy<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Que se passe-t-il lorsqu\u2019une personne quitte ce monde&nbsp;? Malgr\u00e9 la tristesse des proches, ceux-ci doivent s\u2019occuper, en premier lieu, du c\u00f4t\u00e9 administratif qu\u2019engendre un d\u00e9c\u00e8s. Le nouveau spectacle d\u2019Antoine Jaccoud et Matthias Urban raconte ce passage \u00e9motionnellement difficile mais pourtant obligatoire. \u00c0 travers le r\u00e9cit de Jeannette, on comprend qu\u2019il est parfois plus simple de raconter notre lien avec le d\u00e9funt \u00e0 travers des confidences plut\u00f4t que d\u2019affronter la v\u00e9rit\u00e9 froide des proc\u00e9dures bureaucratiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Anne-Catherine Savoy interpr\u00e8te le r\u00f4le de Jeannette, une veuve ayant tr\u00e8s r\u00e9cemment perdu son mari. Cette derni\u00e8re se positionne face \u00e0 nous, public, pour raconter son histoire. Elle s\u2019adresse \u00e0 M. Cl\u00e9ment qui est charg\u00e9 d\u2019organiser les obs\u00e8ques de son mari et dont le travail englobe notamment le choix du cercueil, de la pierre tombale ou encore de la musique pour la c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e9raire. Puisqu\u2019il n\u2019est pas pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne, la com\u00e9dienne est seule face \u00e0 nous, et on pr\u00eate donc une attention particuli\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elle confie \u00e0 ce personnage invisible.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019aide des diff\u00e9rentes questions de M. Cl\u00e9ment, que l\u2019on devine gr\u00e2ce aux r\u00e9ponses de Jeannette, celle-ci nous raconte la vie de son mari mais surtout nous d\u00e9finit la relation que ceux-ci entretenaient en tant que couple. Elle en vient \u00e0 parler de leur fils Ga\u00ebtan par exemple, un \u00ab&nbsp;marginal&nbsp;\u00bb, selon ses mots, qui entretenait une relation plut\u00f4t froide et distante avec le d\u00e9funt. On d\u00e9couvre encore \u00e0 travers le r\u00e9cit de Jeannette que son mari \u00e9tait plut\u00f4t fain\u00e9ant, mangeait beaucoup, n\u2019avait plus de cheveux et ne voulait jamais rien faire avec elle. Ces petites bribes de leur histoire nous sont racont\u00e9es de fa\u00e7on presque naturelle, \u00e0 l\u2019instar du \u00ab&nbsp;small talk&nbsp;\u00bb que nous pratiquons tous parfois, en particulier lorsque l\u2019on se retrouve dans une situation o\u00f9 le malaise peut se faire sentir. Cette \u00ab&nbsp;causette&nbsp;\u00bb sert ainsi \u00e0 d\u00e9dramatiser et all\u00e9ger la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>A travers le texte d\u2019Antoine Jaccoud, les mots sont choisis de fa\u00e7on \u00e0 ce que les spectateurs se sentent dans la position du confident. Jeannette r\u00e9pond \u00e0 M. Cl\u00e9ment avec une sinc\u00e9rit\u00e9 d\u00e9concertante et parfois m\u00eame na\u00efve, s\u2019agissant de la premi\u00e8re fois qu\u2019elle vit une telle \u00e9preuve. Elle se rappelle volontiers les belles ann\u00e9es pass\u00e9es aux c\u00f4t\u00e9s de son mari, quand il ressemblait encore \u00e0 Alain Souchon et qu\u2019il jouait au foot. Et soudain, elle se met \u00e0 d\u00e9baller ses frustrations et col\u00e8res envers ce mari qui mangeait selon elle beaucoup trop. Quand le malaise s\u2019installe face \u00e0 M. Cl\u00e9ment, elle fait appel \u00e0 ce ton de confession l\u00e9ger et dr\u00f4le pour d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re, ce qui rend plus propice le partage de confidences tr\u00e8s intimes.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Matthias Urban offre \u00e9galement une atmosph\u00e8re qui permet au spectateur de se sentir proche de ce personnage en d\u00e9tresse. Deux chaises sont install\u00e9es sur le devant de la sc\u00e8ne, face au public. Derri\u00e8re la com\u00e9dienne se trouvent des panneaux opaques o\u00f9 le personnage ira tant\u00f4t boire un caf\u00e9, tant\u00f4t essayer ses v\u00eatements de c\u00e9r\u00e9monie pour savoir ce qu\u2019en pense M. Cl\u00e9ment. Ces d\u00e9placements permettent ainsi d\u2019\u00e9viter une mise en sc\u00e8ne trop statique. Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du spectacle, Jeannette descend notamment de la sc\u00e8ne pour demander au public \u2013 ou \u00e0 M. Cl\u00e9ment&nbsp;? \u2013 si on ne veut pas la prendre dans les bras. Ces variations permettent d\u2019agr\u00e9menter ce long monologue et le rendent \u00e9galement naturel. On finit par avoir l\u2019impression d\u2019assister aux confessions intimes du personnage, oubliant la raison premi\u00e8re de sa pr\u00e9sence dans ce bureau des pompes fun\u00e8bres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle nous conduit donc de fa\u00e7on anodine et touchante \u00e0 travers cette situation en lui conf\u00e9rant un sentiment d\u2019universel. Quelques aspects de l\u2019histoire restent n\u00e9anmoins un peu maladroits, comme le d\u00e9fil\u00e9 de Jeannette en robe rouge devant M. Cl\u00e9ment, lorsqu\u2019elle essaye ses diff\u00e9rentes tenues pour la c\u00e9r\u00e9monie, ou encore lorsqu\u2019elle d\u00e9cide de sortir le pistolet de son mari de son sac et de tirer dans le vide pour voir s\u2019il est encore charg\u00e9. Certes, dans ce genre de moments, on peut perdre un peu nos moyens et agir de fa\u00e7on inappropri\u00e9e. Or, les souvenirs intimes que Jeannette confie \u00e0 M. Cl\u00e9ment suffisent amplement \u00e0 montrer son d\u00e9sarroi et sa na\u00efvet\u00e9 face \u00e0 ce drame.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce reste n\u00e9anmoins l\u00e9g\u00e8re et dr\u00f4le, bien que tragique et triste. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 des \u00eatres humains face \u00e0 la mort est \u00e9voqu\u00e9e avec brio, avec une pointe d\u2019humour n\u00e9cessaire pour rendre la situation r\u00e9aliste. Notre position de confident face \u00e0 Jeannette, rempla\u00e7ant un M. Cl\u00e9ment invisible sur sc\u00e8ne, nous rend \u00e9galement plus empathique face \u00e0 un personnage d\u00e9sempar\u00e9. La beaut\u00e9 de l\u2019universalit\u00e9 face \u00e0 la mort est donc repr\u00e9sent\u00e9e avec naturel et sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/noemie-jeannet\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"252\">No\u00e9mie Jeannet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/celine-bignotti\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"251\"> C\u00e9line Bignotti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Y a-t-il de la lumi\u00e8re au bout du tunnel ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"769\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image003-1438x1080-1-1024x769.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15792\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image003-1438x1080-1-1024x769.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image003-1438x1080-1-266x200.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image003-1438x1080-1-226x170.jpg 226w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image003-1438x1080-1-768x577.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/image003-1438x1080-1.jpg 1438w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 CPO, Centre Pluriculturel et social d\u2019Ouchy<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Suite au succ\u00e8s de&nbsp;<\/em>Le Sexe c\u2019est d\u00e9goutant<em>&nbsp;(Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u2013 Gen\u00e8ve 2020), Antoine Jaccoud et Matthias Urban collaborent \u00e0 nouveau \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un monologue \u00e9crit sp\u00e9cialement pour la com\u00e9dienne Anne-Catherine Savoy. Apr\u00e8s un an d\u2019attente<\/em>,&nbsp;<em>en raison de la pand\u00e9mie, l\u2019\u0153uvre \u00ab sort du tunnel&nbsp;\u00bb et le public peut enfin profiter de cette cr\u00e9ation si particuli\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9roulement de l\u2019action de ce spectacle est tr\u00e8s lin\u00e9aire. L\u2019actrice est seule sur sc\u00e8ne et le personnage qu\u2019elle interpr\u00e8te vient de perdre son mari. Encore en \u00e9tat de choc, la veuve Jeanine se confie \u00e0 un employ\u00e9 des pompes fun\u00e8bres, M. Cl\u00e9ment. Elle lui parle des ann\u00e9es pass\u00e9es avec son \u00e9poux, mort \u00e0 cause de complications dues au diab\u00e8te et \u00e0 sa gloutonnerie, ainsi que de ses probl\u00e8mes relationnels avec leur fils, Ga\u00ebtan. Tout au long de cette tragicom\u00e9die, la femme fait des r\u00e9f\u00e9rences continues aux causes de la mort de son d\u00e9funt mari \u2013 qu\u2019elle ne pr\u00e9nomme d\u2019ailleurs jamais \u2013 qui deviennent paradoxalement la principale ligne comique du spectacle mais qui bascule parfois dans une tonalit\u00e9 dramatique&nbsp;: \u00ab&nbsp;T\u2019es un goinfre, imb\u00e9cile !&nbsp;\u00bb s\u2019exclame en effet Jeanine vers le ciel avant de se mettre soudainement \u00e0 pleurer.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le point fort de ce spectacle est sans aucun doute le jeu d\u2019actrice d\u2019Anne-Catherine Savoy. Le spectateur assiste en effet aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes du deuil v\u00e9cu par la veuve qui passe de l\u2019hyperactivit\u00e9 \u00e0 la col\u00e8re, puis \u00e0 la tristesse en l\u2019espace de quelques secondes. L\u2019ambiance musicale permet d\u2019accompagner ces diff\u00e9rentes \u00e9motions et d\u2019alimenter la catharsis du public. C\u2019est le cas de la sc\u00e8ne o\u00f9 M. Cl\u00e9ment conseille la veuve \u00e0 propos de la musique de la c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e8bre. Il propose l\u2019Ave Maria de Gounod\/Bach, un morceau qui, apprend-on, avait \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 au mariage de Jeanine. \u00c0 cause de ces souvenirs de jeunesse \u00e9voqu\u00e9s, on assiste alors \u00e0 l\u2019effondrement \u00e9motionnel de la femme qui s\u2019abandonne \u00e0 la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9luge d\u2019affects nous fait vite remarquer que cette femme ne parvient pas \u00e0 cr\u00e9er un lien \u00e9motionnel avec les autres personnages (M. Cl\u00e9ment, son mari d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et son fils Ga\u00ebtan) qui, par leur absence physique, semblent plut\u00f4t repr\u00e9senter des fant\u00f4mes qui ont l\u2019air de sortir de l\u2019esprit de Jeanine. En effet, la veuve se tourne souvent vers l\u2019employ\u00e9 des pompes fun\u00e8bres, comme si celui-ci n\u2019existait pas r\u00e9ellement. Lorsqu\u2019elle tente de parler \u00e0 son fils au t\u00e9l\u00e9phone, elle \u00e9choue \u00e0 cause d\u2019une interf\u00e9rence :&nbsp;\u00ab&nbsp;Rappelle-moi quand tu sortiras du tunnel&nbsp;\u00bb dit-elle. Ce tunnel semble \u00eatre une m\u00e9taphore de l\u2019incommunicabilit\u00e9 des sentiments et fait penser au personnage de Giuliana dans le film&nbsp;<em>Le d\u00e9sert Rouge<\/em>&nbsp;(1964) de Michelangelo Antonioni&nbsp;: une femme totalement \u00e9loign\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame, qui est incapable de communiquer ni avec elle-m\u00eame ni avec les autres. Par ailleurs, la sc\u00e9nographie, simple et fonctionnelle, semble \u00e9galement reprendre ce th\u00e8me de l\u2019incommunicabilit\u00e9. En effet, sur sc\u00e8ne, il n\u2019y a que deux chaises&nbsp;: l\u2019actrice n\u2019en utilisera qu\u2019une pour s\u2019asseoir, tandis que l\u2019autre contiendra les v\u00eatements de son d\u00e9funt mari. Apr\u00e8s tout, le fait d\u2019avoir sur sc\u00e8ne une chaise vide pourrait sugg\u00e9rer l\u2019\u00e9tat d\u2019incompl\u00e9tude psychologique de Jeanine d\u00fb \u00e0 la mort de son mari.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la veuve ne parvient pas \u00e0 communiquer avec les personnages, elle rentre n\u00e9anmoins dans une forme de communion avec le public. Elle joue ainsi beaucoup avec son regard ce&nbsp;qui contribue \u00e0 cr\u00e9er un lien \u00e9motionnel fort avec le spectateur. Le brisement du quatri\u00e8me mur \u00e0 la fin du spectacle repr\u00e9sente le point culminant de la catharsis. En effet, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 diff\u00e9rents habits pour la c\u00e9r\u00e9monie, l\u2019actrice descend de la sc\u00e8ne et demande aux spectateurs \u2013 dans sa robe rouge et en les regardant fixement dans les yeux \u2013 un peu d\u2019affection avant de venir s\u2019assoir parmi eux. A ce moment-l\u00e0, on r\u00e9alise que le deuil et la mort sont des exp\u00e9riences qui nous touchent tous, t\u00f4t ou tard. C\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9vidente que le spectacle veut transmettre. C\u2019est pourquoi, au final, il est peut-\u00eatre pr\u00e9f\u00e9rable que ce ne soit qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que nous puissions entrevoir une lueur d\u2019espoir au bout de ce tunnel sombre dans lequel la diffusion du virus nous a conduits, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un spectacle qui rappelle l\u2019importance de la solidarit\u00e9 entre les \u00eatres humains.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, cet aspect double de la communication fait que ce qui semble \u00eatre l\u2019objectif de la pi\u00e8ce \u2013 parler de la vie \u00e0 travers le th\u00e8me de la mort \u2013 reste partiellement atteint. Si le jeu d\u2019actrice d\u2019Anne-Catherine Savoy est impeccable, les th\u00e8mes abord\u00e9s dans la pi\u00e8ce ne sont pas suffisamment explor\u00e9s, comme c\u2019est le cas pour celui de la religion. En effet, ce th\u00e8me est parfois mentionn\u00e9, mais de mani\u00e8re relativement marginale : \u00ab Pour nous, Dieu \u00e9tait dans la nature et non \u00e0 l\u2019\u00e9glise \u00bb, explique Jeanine&nbsp;; ou encore lorsque cette derni\u00e8re fait une comparaison humoristique entre la repr\u00e9sentation chr\u00e9tienne de Dieu et de celle du P\u00e8re No\u00ebl.&nbsp; Par cons\u00e9quent, la grande question \u00ab qu\u2019y a-t-il apr\u00e8s la mort ?&nbsp;<a>\u00bb<\/a>&nbsp;par rapport \u00e0 la vision chr\u00e9tienne est trait\u00e9e de mani\u00e8re superficielle. On sort donc du th\u00e9\u00e2tre en \u00e9tant certes diverti, mais sans avoir v\u00e9ritablement d\u00e9velopp\u00e9 une r\u00e9flexion sur ces questions existentielles. On aura l\u2019impression d\u2019avoir eu une longue conversation avec un.x.e ami.x.e qui veut juste se d\u00e9fouler.&nbsp;<em>Parfois je parle toute seule<\/em>, parle donc \u00e0 chacun, mais le message transmis semble incomplet : il y a peut-\u00eatre un peu d\u2019interf\u00e9rences \u00e0 cause du tunnel\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/celine-bignotti\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"251\"> C\u00e9line Bignotti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cpo-ouchy.ch\/spectacles\/mme-savoy\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.cpo-ouchy.ch\/spectacles\/mme-savoy\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte Antoine Jaccoud \/ Mise en sc\u00e8ne Matthias Urban \/ \u00a0CPO Ouchy \/ du 16 au 21 novembre 2021 \/ Critiques par No\u00e9mie Jeannet et C\u00e9line Bignotti .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":15748,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[123,32,34,38],"tags":[251,252],"class_list":["post-15747","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-centre-pluriculturel-et-social-douchy","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-celine-bignotti","tag-noemie-jeannet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15747"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15747\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20413,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15747\/revisions\/20413"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15748"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}