{"id":15728,"date":"2021-11-18T14:57:56","date_gmt":"2021-11-18T13:57:56","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15728"},"modified":"2025-02-09T16:35:19","modified_gmt":"2025-02-09T15:35:19","slug":"la-visite-de-la-vieille-dame-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/11\/la-visite-de-la-vieille-dame-2\/","title":{"rendered":"La Visite de la vieille dame"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">La Visite de la vieille dame<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s Friedrich D\u00fcrrenmatt \/ Mise en sc\u00e8ne par Nicolas Stemann \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 16 au 18 novembre \/ Critiques par Sarah Neu et Elisa Andrade . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/sarah-neu\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"235\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ding-Dong. Ist das Gerechtigkeit?<\/strong><\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"674\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i-1024x674.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15725\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i-250x165.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i-1536x1011.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_6_i.jpg 1930w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Zo\u00e9 Aubry<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une vieille dame richissime, Madame Claire Zachanassian, vient prendre sa revanche, dans le village qu\u2019elle a quitt\u00e9 des d\u00e9cennies auparavant, sur Alfred Ill, l\u2019homme qui l\u2019a \u00e9conduite et abandonn\u00e9e enceinte au temps de leur jeunesse. \u00ab&nbsp;La Visite de la vieille dame&nbsp;\u00bb&nbsp;(<\/em>Der Besuch der alten Dame<em>), pi\u00e8ce de Friedrich D\u00fcrrenmatt, internationalement reconnue depuis sa premi\u00e8re en 1956, est aujourd\u2019hui revisit\u00e9e par Nicolas Stemann (Codirecteur du Schauspielhaus de Z\u00fcrich) dans une proposition pour le&nbsp;&nbsp; moins \u00ab&nbsp;\u00e0 la Stemann.&nbsp;\u00bb Le cynisme du metteur en sc\u00e8ne rejoint celui de D\u00fcrrenmatt dans ce spectacle complexe, qui livre, par vagues dramaturgiques, un portait cinglant de la soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en sc\u00e8ne est une compl\u00e8te exp\u00e9rience au sens o\u00f9 elle confronte le texte \u00e0 des essais de mise en sc\u00e8ne qui vont bien au-del\u00e0 de la structure d\u2019origine de la pi\u00e8ce. Ainsi, la cinquantaine de personnages pr\u00e9sents dans l\u2019histoire de D\u00fcrrenmatt sont int\u00e9gralement interpr\u00e9t\u00e9s ici par deux com\u00e9dien.ne.s (Patrycia Zi\u00f3\u0142kowska et Sebastian Rudolph). Le texte, en langue originale allemande, et sa teneur, n\u2019en sont pour autant pas modifi\u00e9s. Les com\u00e9dien.ne.s entrent sur le plateau habill\u00e9s tous les deux d\u2019un large pantalon noir et d\u2019une chemise blanche. Ils se d\u00e9placent sym\u00e9triquement le long du plateau et des rang\u00e9es de spectateur.ice.s et s\u2019adressent au public pour poser les \u00e9l\u00e9ments de la situation initiale du r\u00e9cit&nbsp;: le petit village de G\u00fcllen \u2013 d\u2019une importance non n\u00e9gligeable, puisque le grand Goethe y a d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 une nuit \u2013 croule sous la mis\u00e8re depuis quelques ann\u00e9es. L\u2019\u00e9conomie semble ruin\u00e9e, le ch\u00f4mage y est croissant, l\u2019espoir quitte peu \u00e0 peu les esprits des habitant.e.s\u2026 Jusqu\u2019au jour o\u00f9, une vieille dame richissime fait son grand retour, avec une proposition d\u2019exception&nbsp;: un don d\u2019un milliard \u00e0 G\u00fcllen contre la vie d\u2019Alfred Ill.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant d\u2019une affaire qui nous concerne tou.te.s, le public est compl\u00e8tement impliqu\u00e9 \u2013&nbsp;sans avoir besoin de participer \u2013 dans le jugement de fin. La sc\u00e8ne d\u2019exposition engag\u00e9e, le niveau de jeu prend une nouvelle direction et ne cessera d\u00e8s lors de se renouveler. Les com\u00e9dien.ne.s commencent par d\u00e9crire la vieille dame d\u2019un point de vue ext\u00e9rieur, puis interpr\u00e8tent son personnage chacun leur tour, r\u00e9citant cons\u00e9cutivement les m\u00eames r\u00e9pliques. Ce proc\u00e9d\u00e9, d\u00e9j\u00e0 mis en \u0153uvre par Nicolas Stemann dans \u00ab&nbsp;Contre-enqu\u00eates&nbsp;\u00bb, jou\u00e9 plus t\u00f4t dans la saison du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, invite ici \u00e0 reconsid\u00e9rer les fronti\u00e8res de l\u2019identit\u00e9, et par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 consid\u00e9rer la fluidit\u00e9 des identit\u00e9s de genre. &nbsp;L\u2019exercice se poursuit par toutes sortes d\u2019autres formes selon lesquelles les deux com\u00e9dien.ne.s&nbsp; incarnent les r\u00f4les.&nbsp; Diff\u00e9rentes propositions sont faites pour jouer un m\u00eame protagoniste&nbsp;: cela peut \u00eatre de mani\u00e8re altern\u00e9e, simultan\u00e9e, successive, ou encore sur une voix pr\u00e9enregistr\u00e9e. Les diff\u00e9rents r\u00f4les se passent de bouches en bouches comme un ballon de mains en mains dans un jeu d\u2019enfant. Une grande ma\u00eetrise est perceptible derri\u00e8re cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, puisque ce traitement du texte n\u2019entrave en rien la clart\u00e9 du fil narratif. Ces all\u00e9es et venues continues entre les diff\u00e9rents niveaux de jeu engendrent une distanciation brechtienne du public avec tous les personnages, ce qui renforce une appr\u00e9hension critique et comique de leurs traits de caract\u00e8re plut\u00f4t burlesques.<\/p>\n\n\n\n<p>La performance acrobatique de Patrycia Zi\u00f3\u0142kowska et de Sebastian Rudolph est parachev\u00e9e d\u2019une sc\u00e9nographie tr\u00e8s graphique qui se complexifie au fil de la repr\u00e9sentation. Le plateau est d\u2019abord presque nu&nbsp;: seuls deux \u00e9crans plasma verticaux laissent appara\u00eetre blanc sur noir des noms propres de lieux ou de personnages. D\u2019autres \u00e9crans de m\u00eame type, ainsi que deux miroirs de plain-pied et des projections visuelles viennent s\u2019ajouter dans les moments cl\u00e9s de la repr\u00e9sentation pour donner de l\u2019effet. Les rares objets utilis\u00e9s sont mis en valeur par leur symbolique toute particuli\u00e8re dans le texte&nbsp;: une pluie de chaussures jaunes, une kalachnikov, un cigare, une valise remplie d\u2019argent\u2026 Les costumes des deux acteur.ice.s \u00e9voluent tout en restant sobres&nbsp;: longue robe noir, longue robe blanche, sous-v\u00eatements, retour \u00e0 la chemise. Une simplicit\u00e9 qui sous-tend le cadre th\u00e9matique critique de la surconsommation actuelle. Somme toute, la p\u00e9pite de cette sc\u00e9nographie tient \u00e0 la troisi\u00e8me pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne de ce spectacle&nbsp;: la musicienne et performeuse Camilla Sparksss. Derri\u00e8re une table de mixage \u00e0 roulettes qu\u2019elle d\u00e9place dans l\u2019espace sc\u00e9nique, celle-ci produit des interm\u00e8des de musique \u00e9lectronique d\u00e9capants, sur lesquels elle pose sa voix contestatrice, qui renforcent les th\u00e9matiques critiques de la pi\u00e8ce. Au-del\u00e0 de la musique, Camilla Sparksss incarne aussi un r\u00f4le, celui d\u2019un personnage qui se permet de recadrer le travail des com\u00e9dien.ne.s dans leur travail de \u00ab&nbsp;faiseur de spectacle&nbsp;\u00bb, puisqu\u2019il arrive que ceux-ci brisent compl\u00e8tement le quatri\u00e8me mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la pi\u00e8ce de 1955 a rencontr\u00e9 un tel succ\u00e8s en Suisse et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, c\u2019est parce que ses th\u00e8mes&nbsp;(d\u00e9ni de sa culpabilit\u00e9, peur d\u2019une justice vengeresse, morale corruptible par le gain) \u00e9taient d\u2019une fra\u00eeche actualit\u00e9 dans un contexte d\u2019apr\u00e8s-guerre. Dans sa version, Nicolas Stemann conserve cette densit\u00e9 th\u00e9matique, tout en l\u2019actualisant \u00e0 des enjeux plus contemporains. Il rend compte d\u2019une lecture de la posture g\u00e9opolitique suisse sur le continent, celle d\u2019un pays \u00ab&nbsp;neutre&nbsp;\u00bb, qui pr\u00e9tend n\u2019avoir rien \u00e0 se reprocher de la trag\u00e9die meurtri\u00e8re qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sous ses yeux. C\u2019est cette l\u00e2che d\u00e9responsabilisation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout un tas d\u2019enjeux actuels (colonisation, violations des droits humains commises ailleurs, catastrophe \u00e9cologique) que pointe du doigt cette mise en sc\u00e8ne. Les habitant.e.s de G\u00fcllen se font livrer, \u00e0 cr\u00e9dit, de nouvelles chaussures jaunes dans des bo\u00eetes en carton, mais \u00e0 quel prix&nbsp;? Finalement, peut-\u00eatre que le public ne fait qu\u2019un avec les villageois.e.s de l\u2019intrigue, lorsqu\u2019une interrogation se dessine : sommes-nous pareillement complices&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/sarah-neu\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"235\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/elisa-andrade\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"249\">Elisa Andrade<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9luge de chaussures jaunes<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"674\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i-1024x674.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15736\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i-1536x1011.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/21-22_der_besuch_der_alten_dame_shz_foto_czoe_aubry_4_i.jpg 1824w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Zo\u00e9 Aubry<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En qu\u00eate de justice pour un abus qu\u2019elle a subi dans sa jeunesse, le retour d\u2019une vieille milliardaire dans son village de natal de G\u00fcllen invite le public \u00e0 se questionner sur des enjeux de soci\u00e9t\u00e9 fondamentaux. Nicolas Stemann offre une r\u00e9actualisation de l\u2019humour noir de D\u00fcrrenmatt, en s\u2019affranchissant de nombre de contraintes th\u00e9\u00e2trales et en soulevant des th\u00e9matiques probl\u00e9matiques de notre temps.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019origine, la pi\u00e8ce de D\u00fcrrenmatt comporte un grand nombre de personnages, mais c\u2019est l\u00e0 une contrainte sc\u00e9nique de laquelle la mise en sc\u00e8ne s\u2019\u00e9mancipe&nbsp;: on ne d\u00e9nombre que deux com\u00e9dien.ne.s, une ing\u00e9nieuse du son et quelques technicien.ne.s restant dans l\u2019ombre. D\u00e8s leur entr\u00e9e en sc\u00e8ne, les com\u00e9dien.ne.s montent parmi les spectateur.ice.s et dialoguent de part est d\u2019autre de ces dernier.\u00e8re.s. Le public est ainsi d\u2019embl\u00e9e int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce, prenant le r\u00f4le des villageois.es, ce qui permet de contourner habilement le nombreux personnel pr\u00e9vu par la pi\u00e8ce. Durant la repr\u00e9sentation, les com\u00e9dien.ne.s font constamment mine de discuter avec quelqu\u2019un dans le public, escaladent la foule \u00e0 la recherche d\u2019un personnage fictif ou posent des questions directement adress\u00e9es \u00e0 la salle. La mise en sc\u00e8ne de Stemann effectue par ailleurs un perp\u00e9tuel jeu de r\u00f4le. En effet, les deux figures principales interpr\u00e8tent constamment diff\u00e9rents personnages, alternent leur distribution et vont jusqu\u2019\u00e0 demander \u00e0 l\u2019autre d\u2019incarner tel ou tel r\u00f4le. Le texte initial apparait alors comme un mat\u00e9riau de base dans lequel les com\u00e9dien.ne.s semblent puiser selon leur bon vouloir. Cet aspect octroie une forme de mall\u00e9abilit\u00e9 au spectacle et les com\u00e9dien.ne.s semblent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une certaine libert\u00e9 quant au d\u00e9roulement de la repr\u00e9sentation. Ce n\u2019est pas le texte initial qui importe, mais plut\u00f4t ce qui en est fait sur sc\u00e8ne et les possibles interpr\u00e9tations \u00e0 en tirer selon le jeu. Le dispositif sc\u00e9nique et les d\u00e9cors sont par ailleurs largement exploit\u00e9s durant la repr\u00e9sentation \u2013 projections sur les murs, effets audiovisuels, interruptions musicales, accessoires et costumes multiples. Les com\u00e9dien.ne.s emploient diverses ressources mat\u00e9rielles avec lesquelles ielles jouent, amenant chaussures, fauteuil, bouteilles et divers habits sur le plateau. Ielles donnent l\u2019impression d\u2019avoir le contr\u00f4le, ainsi qu\u2019une pleine conscience de leur environnement sc\u00e9nique.<\/p>\n\n\n\n<p>Non sans humour, les com\u00e9dien.ne.s consultent parfois le texte de D\u00fcrrenmatt durant la repr\u00e9sentation, se demandant ce qui doit se passer ou ce qu\u2019ielles doivent dire. Le public est pris de cours face \u00e0 des acteur.ice.s qui font semblant de ne pas conna\u00eetre leurs r\u00e9pliques, mais il est avant tout amen\u00e9 \u00e0 se questionner si ces dernier.\u00e8re.s subissent ou contr\u00f4lent le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce qu\u2019ielles interpr\u00e8tent. Certains passages sont rejou\u00e9s plusieurs fois, interpr\u00e9t\u00e9s de diff\u00e9rentes mani\u00e8res par l\u2019un.e ou l\u2019autre des com\u00e9dien.ne.s, ce qui provoque un effet de mise en abyme de la mise en sc\u00e8ne largement empreinte d\u2019humour. En effet, la mise en sc\u00e8ne de Stemann ne manque pas de reprendre certains aspects comiques de l\u2019\u0153uvre de D\u00fcrrenmatt, non sans en actualiser le propos, comme en projetant des images pol\u00e9miques de manifestations f\u00e9ministes ou en montrant les cons\u00e9quences climatiques de la surconsommation, notamment par le biais d\u2019un \u00e9pisode durant lequel les acteur.ice.s r\u00e9ceptionnent un nombre incalculable de colis contenant des chaussures jaunes qu\u2019ielles am\u00e8nent en vrac sur le plateau jusqu\u2019\u00e0 ne plus savoir quoi en faire. Le public ne peut s\u2019emp\u00eacher de rire, mais il est \u00e9galement soumis \u00e0 un certain sentiment de malaise. Par ailleurs, si les com\u00e9diens.ne.s le sollicitent, ce dernier n\u2019est pas explicitement invit\u00e9 \u00e0 participer et garde une position de t\u00e9moin muet. Ce jeu de r\u00f4le et d\u2019interactions avec le public pose ainsi frontalement la question de la participation aux d\u00e9bats qui nous concernent directement et semble constituer le point central du projet sc\u00e9nique. Jusqu\u2019o\u00f9 faut-il garder notre position de spectateur.ice face \u00e0 ces enjeux climatiques et politiques actuels qui nous sont pr\u00e9sent\u00e9s et auxquels nous participons&nbsp;? Malmen\u00e9 par le jeu mouvant des acteur.ice.s, le public est mis face \u00e0 des th\u00e9matiques sensibles de l\u2019actualit\u00e9 comme l\u2019\u00e9cologie ou le f\u00e9minisme, et cette position inconfortable ne peut que l\u2019amener \u00e0 une r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/elisa-andrade\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"249\">Elisa Andrade<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/la-visite-de-la-vieille-dame-0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Friedrich D\u00fcrrenmatt \/ Mise en sc\u00e8ne par Nicolas Stemann \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 16 au 18 novembre \/ Critiques par Sarah Neu et Elisa Andrade .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":15729,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[249,235],"class_list":["post-15728","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-elisa-andrade","tag-sarah-neu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15728"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20414,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15728\/revisions\/20414"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15729"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}