{"id":15719,"date":"2021-11-16T17:28:25","date_gmt":"2021-11-16T16:28:25","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15719"},"modified":"2025-02-09T16:35:34","modified_gmt":"2025-02-09T15:35:34","slug":"qui-a-peur-de-virginia-woolf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/11\/qui-a-peur-de-virginia-woolf\/","title":{"rendered":"Qui a peur de Virginia Woolf ?"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Qui a peur de Virginia Woolf ?<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte d\u2019Edward Albee \/ Mise en sc\u00e8ne par Julien Schmutz (Le Magnifique Th\u00e9\u00e2tre) \/\u00a0\u00c9quilibre Nuithonie \/ du 03 au 14 novembre \/\u00a0Critiques par C\u00e9line Bignotti et Sarah Neu . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/celine-bignotti\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"251\">C\u00e9line Bignotti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un autre verre d\u2019exub\u00e9rance et folie, s\u2019il vous pla\u00eet !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15704\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/qui_a_peur_de_v_w_guillaume_perret.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Guillaume Perret<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who\u2019s Afraid of Virginia Woolf&nbsp;?), de l\u2019am\u00e9ricain Edward Albee, jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en octobre 1962 \u00e0 Broadway, est aujourd\u2019hui surtout connu gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019adaptation cin\u00e9matographique r\u00e9alis\u00e9e par Mike Nichols en 1966, avec la diva hollywoodienne Elisabeth Taylor dans le r\u00f4le de Martha et son mari Richard Burton dans le r\u00f4le de George. Le metteur en sc\u00e8ne Julien Schmutz et la compagnie fribourgeoise du Magnifique Th\u00e9\u00e2tre proposent \u00e0 Nuithonie une version contemporaine et \u00ab p\u00e9tillante \u00bb de ce classique du th\u00e9\u00e2tre am\u00e9ricain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le titre \u00e9nigmatique de la pi\u00e8ce originale est un jeu de mot avec l\u2019expression \u00ab Who\u2019s Afraid of the Big, Bad Wolf ?\u00bb. Martha et George fredonnent de temps en temps ce refrain apparemment pu\u00e9ril et insens\u00e9, mais qui fait r\u00e9f\u00e9rence en r\u00e9alit\u00e9 au \u00ab grand m\u00e9chant loup \u00bb pr\u00e9sent dans leur vie et en m\u00eame temps \u00e0 la Virginia Woolf d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e et suicidaire, tout comme leur mariage. Le th\u00e8me de la pi\u00e8ce \u00e9tant l\u2019affaiblissement de l\u2019amour et la mort des illusions, on peut interpr\u00e9ter ce&nbsp;<em>leitmotiv&nbsp;<\/em>comme \u00ab qui a peur de la r\u00e9alit\u00e9 ? \u00bb<a>.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Martha (Nathalie Cuenet), la fille du directeur de l\u2019universit\u00e9, et son mari George (Yves Jenny), professeur d\u2019histoire, vivent une crise conjugale qui les conduit, pendant une r\u00e9union nocturne bien arros\u00e9e et en compagnie d\u2019un jeune couple Nick (Pierre-Antoine Dubey) et Honey (Laurie Comtesse), \u00e0 un \u00ab pugilat amoureux \u00bb : r\u00e9pliques cyniques, mensonges, non-dits, violence, un v\u00e9ritable \u00ab cocktail explosif \u00bb. Le jeune couple n\u2019est pas diff\u00e9rent. Il devient vite \u00e9vident que Nick et Honey ont leurs propres secrets et faiblesses cach\u00e9es. Lui, professeur de biologie dans la m\u00eame universit\u00e9 que George, a \u00e9t\u00e9 contraint d\u2019\u00e9pouser la jeune femme parce qu\u2019il la croyait enceinte (en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agissait d\u2019une grossesse hyst\u00e9rique). Honey, en revanche, est une fille riche pr\u00eate \u00e0 tout pour ne pas avoir d\u2019enfants et qui, en attendant, continue \u00e0 boire et \u00e0 vomir car il s\u2019av\u00e8re que c\u2019est son mari qui lui donne la naus\u00e9e. Rien d\u2019autre que les mots ne comptent dans cette pi\u00e8ce ; mots amers, lourds, enfouis depuis trop longtemps, qui, lors d\u2019une nuit de f\u00eate, prendront pour les personnages une saveur purifiante inattendue.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Schmutz est tr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 la pi\u00e8ce d\u2019Albee sur le plan du d\u00e9roulement de l\u2019action. Son projet est d\u2019apporter une version contemporaine du classique am\u00e9ricain, en le sortant du contexte original des ann\u00e9es 1960 en termes de relations entre les personnages et sur le plan de la sc\u00e9nographie. Mais pourquoi cette pi\u00e8ce ? Selon Schmutz, avec la pand\u00e9mie, les th\u00e9\u00e2tres ont v\u00e9cu une forte crise, c\u2019est pourquoi il est n\u00e9cessaire de raviver la relation entre le public et l\u2019acteur, comme il l\u2019explique lui-m\u00eame lors d\u2019un entretien : \u00ab Nous avions envie de retrouver l\u2019essence du th\u00e9\u00e2tre, un th\u00e9\u00e2tre qui cr\u00e9e une rencontre directe entre le public et les acteurs \u00bb (La Libert\u00e9, Elisabeth Haas). Le projet fonctionne en ce qui concerne les relations entre les personnages. Il est clair que les temps ont chang\u00e9 ; la pi\u00e8ce \u00e9voque des relations typiquement patriarcales, qui aujourd\u2019hui pourraient \u00eatre plus facilement r\u00e9solues par un divorce. Le personnage de Martha, en particulier, pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme provocateur dans les ann\u00e9es 1960 : une femme de carri\u00e8re, qui boit et exerce une emprise sur son mari. Aujourd\u2019hui, ce type de caract\u00e9risation perd peut-\u00eatre de sa force provocatrice originelle mais le personnage reste dot\u00e9 de multiples facettes (n\u00e9vros\u00e9e, sensuelle, sensible, etc.) qui, dans l\u2019interpr\u00e9tation fra\u00eeche et anim\u00e9e de Nathalie Cuenet, peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es sans aucun doute comme l\u2019un des points forts du spectacle. La sc\u00e8ne est d\u00e9cor\u00e9e avec des objets plut\u00f4t neutres qui ne sugg\u00e8rent pas de contexte particulier . On peut dire la m\u00eame chose des costumes des acteurs, qui sont en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9galement anonymes. L\u2019acteur qui joue Nick porte une fausse moustache qui sugg\u00e8re un look r\u00e9tro, ce qui ne para\u00eet pas un choix en accord avec le projet de modernisation du metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les innovations de la sc\u00e9nographie sont les vrais fleurons de ce spectacle.&nbsp; En effet, la pr\u00e9sence des issues sur sc\u00e8ne (avec un escalier qui m\u00e8ne vers deux directions diff\u00e9rentes, des entr\u00e9es\/sorties sur le jardin autour du salon de Martha et George au centre de la sc\u00e8ne, etc.) cr\u00e9e un lien entre le contenu et la forme. En fait, les deux couples semblent \u00eatre le miroir l\u2019un de l\u2019autre : Nick et Honey repr\u00e9sentent le pass\u00e9 avec tous les r\u00eaves de jeunesse et les d\u00e9sirs en termes de carri\u00e8re et d\u2019amour, alors que Martha et George repr\u00e9sentent le pr\u00e9sent avec la fin de toutes sortes d\u2019illusions. Les personnages se d\u00e9placent principalement deux par deux et le regard du spectateur, la plupart du temps, est forc\u00e9 de se diviser sur deux plans diff\u00e9rents pour suivre les deux sc\u00e8nes en m\u00eame temps. En outre, les lumi\u00e8res mettent en \u00e9vidence le&nbsp;<em>climax<\/em>&nbsp;de tension entre Martha et George. Au d\u00e9but du spectacle, une lumi\u00e8re chaleureuse \u00e9claire le salon qui accueille ensuite la descente aux Enfers des deux couples. Au d\u00e9but, le public rit des piques que se lancent les deux \u00e9poux&nbsp;: cela ressemble \u00e0 une typique \u00ab prise de bec \u00bb entre deux personnes mari\u00e9es. Mais, peu \u00e0 peu, le jeu devient toujours plus pervers et violent jusqu\u2019\u00e0 ce que George tente d\u2019\u00e9touffer Martha apr\u00e8s une \u00e9ni\u00e8me humiliation verbale. Chaque personnage montre son c\u00f4t\u00e9 obscur, son \u00ab grand m\u00e9chant loup \u00bb, qui semble se r\u00e9veiller comme lors d\u2019une nuit de pleine lune, tandis que les lumi\u00e8res chaleureuses laissent place \u00e0 l\u2019\u00e9clairage froid et \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 presque totale de la sc\u00e8ne. La n\u00e9vrose des personnages devient peu \u00e0 peu une v\u00e9ritable folie qui, dans le cas de George, se manifeste aussi ext\u00e9rieurement avec une progressive bestialisation&nbsp;: il se lib\u00e8re de son complet \u00e9l\u00e9gant qu\u2019il portait et du bandeau qui retenait ses longs cheveux. \u00c0 la fin du spectacle, torse nu et les cheveux au vent, il montre pleinement son c\u00f4t\u00e9 sauvage. Comme une \u00ab nouvelle Oph\u00e9lie \u00bb, en outre, il lance des fleurs dans un geste de folie et proclame \u00e0 Martha que leur fils est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Le couple semble avoir invent\u00e9 l\u2019existence d\u2019un enfant auquel ils croient tous deux et qui semblerait justifier leur union. Lorsque George met fin au jeu en annon\u00e7ant la mort du fils imaginaire, il d\u00e9truit la seule raison de son union avec Martha.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne finale est \u00e9clair\u00e9e par une lumi\u00e8re chaude, sous forme d\u2019un faible rayon de soleil, symbole d\u2019espoir et de r\u00e9conciliation. Une fois la nuit pass\u00e9e, et avec cette derni\u00e8re l\u2019euphorie de l\u2019alcool, la sc\u00e8ne laisse la place \u00e0 une clart\u00e9 \u00e9motionnelle et spirituelle typique du matin. George fredonne doucement le refrain \u00ab Qui a peur de Virginia Woolf ? \u00bb et Martha pour la premi\u00e8re fois lui r\u00e9pond d\u2019avoir peur de \u00ab&nbsp;Virginia Woolf&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de leur c\u00f4t\u00e9 sombre. Le couple, finalement confront\u00e9 \u00e0 ses fant\u00f4mes, peut reconstruire une vie (heureuse ?) ensemble.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/celine-bignotti\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"251\">C\u00e9line Bignotti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/sarah-neu\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"235\">Par Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pavillon isol\u00e9, illusions d\u00e9sol\u00e9es<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"720\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/246985840_4717643231587968_2190186822800763938_n_0.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15717\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/246985840_4717643231587968_2190186822800763938_n_0.jpeg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/246985840_4717643231587968_2190186822800763938_n_0-267x200.jpeg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/246985840_4717643231587968_2190186822800763938_n_0-227x170.jpeg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/11\/246985840_4717643231587968_2190186822800763938_n_0-768x576.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">&nbsp;\u00a9 Guillaume Perret<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La Cie Le Magnifique Th\u00e9\u00e2tre fait son retour sur les planches en r\u00e9actualisant \u00ab&nbsp;Qui a peur de Virginia Woolf&nbsp;?&nbsp;\u00bb, une pi\u00e8ce culte du dramaturge am\u00e9ricain Edward Albee, dont le texte n\u2019a rien perdu de sa pertinente fougue depuis 1962. Le rythme et l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9motions d\u00e9li\u00e9es par l\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 progressive des quatre personnages assurent une place centrale au jeu d\u2019acteur.ice dans ce spectacle. Un huis clos psychologique sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 universelle que provoque l\u2019usure sentimentale et les d\u00e9senchantements professionnels et \u00e0 laquelle les classes intellectuelles et bourgeoises n\u2019\u00e9chappent pas.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il est tard dans la nuit, la salle est plong\u00e9e dans le noir. Le d\u00e9cor se d\u00e9voile par un \u00e9clairage progressif venant de l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019espace sc\u00e9nique&nbsp;: l\u2019espace domestique. Le&nbsp;<em>living room<\/em>, au fond duquel un escalier &nbsp;perceptible derri\u00e8re une \u00e9tag\u00e8re laisse deviner l\u2019existence d\u2019un deuxi\u00e8me \u00e9tage, est situ\u00e9 dans un pavillon moderne, vraisemblablement isol\u00e9 dans la nature, sur lequel le public a une vue toute privil\u00e9gi\u00e9e. L\u2019int\u00e9rieur minimaliste est meubl\u00e9 de quatre chaises \u00e0 accoudoirs capitonn\u00e9es en cuir marron et d\u2019une table basse, carr\u00e9e, en m\u00e9tal noir. Une toile d\u2019art abstrait au mur et des livres \u00e9parpill\u00e9s sur le sol sugg\u00e8rent la pr\u00e9sence d\u2019un haut capital culturel. Pourtant, c\u2019est la paroi de droite qui attire l\u2019attention dans cet int\u00e9rieur bourgeois&nbsp;: une biblioth\u00e8que de plain-pied regorgeant de spiritueux, dont les rayons pr\u00e9sentent diverses bouteilles au liquide ambr\u00e9 ou cristallin. Il est deux heures du matin, le premier couple fait son entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Martha et Georges (Nathalie Cuenet et Yves Jenny) rentrent chez eux, apr\u00e8s une soir\u00e9e donn\u00e9e par le p\u00e8re de Martha, recteur de l\u2019universit\u00e9 dans laquelle Georges est professeur d\u2019Histoire. Ils sont \u00e9m\u00e9ch\u00e9s tous les deux&nbsp;: le dialogue s\u2019engage sur un ton agit\u00e9, une forme de joute intellectuelle se met en place. Assomm\u00e9 par les propos provocateurs de sa femme, Georges d\u00e9cide d\u2019aller se coucher lorsque celle-ci lui annonce qu\u2019un jeune couple, rencontr\u00e9 plus t\u00f4t dans la soir\u00e9e, est sur le point d\u2019arriver, invit\u00e9 \u00e0 prendre un dernier verre. Georges est exasp\u00e9r\u00e9, le deuxi\u00e8me couple fait son entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Honey et Nick (Laurie Comtesse et Pierre-Antoine Dubey) viennent d\u2019emm\u00e9nager sur le campus, Nick est un jeune professeur de biologie, ils d\u00e9barquent empreints d\u2019attentes et d\u2019id\u00e9aux dans cet univers \u00ab&nbsp;adulte&nbsp;\u00bb et acad\u00e9mique. Le couple plus \u00e2g\u00e9 ne tarde pas \u00e0 se donner en spectacle devant les n\u00e9ophytes, faisant resurgir toutes les contrari\u00e9t\u00e9s de leur vie \u00e0 deux, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es partag\u00e9es. La petite Honey ne cesse de rire aux \u00e9clats aux m\u00e9chancet\u00e9s lanc\u00e9es par la maitresse de maison, tandis que la situation rend son mari extr\u00eamement mal \u00e0 l\u2019aise. \u00c0 ce stade, la mise en sc\u00e8ne renforce la pr\u00e9sence des deux personnages f\u00e9minins, qui dominent la sc\u00e8ne de leur force de caract\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019alcool ne cesse d\u2019\u00eatre servi tour \u00e0 tour par les h\u00f4tes, de fa\u00e7on toujours plus nerveuse et empress\u00e9e, entra\u00eenant une d\u00e9gradation des personnages tr\u00e8s bien ma\u00eetris\u00e9e par les com\u00e9dien.ne.s, qui engagent \u00e9norm\u00e9ment leur corps dans le jeu. Les confidences \u00e9mergent et am\u00e8nent \u00e0 des prises de conscience lorsque le quatuor se divise en duos dans la maison. Georges essaie de sauver Nick des m\u00e9canismes de vie qui l\u2019ont tant us\u00e9 et d\u00e9\u00e7u. Le jeune couple a une page blanche devant lui et pourtant, c\u2019est comme s\u2019il \u00e9tait d\u2019avance prisonnier des m\u00eames sch\u00e9mas. Un sentiment de voyeurisme est pr\u00e9sent d\u00e8s le d\u00e9but depuis les gradins, par notre position d\u2019observateurs de l\u2019ombre de l\u2019espace domestique d\u2019autrui, \u00e0 la mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;Fen\u00eatre sur cour&nbsp;\u00bb (<em>Rear Window<\/em>, Hitchcock, 1954). Cette dimension s\u2019intensifie \u00e0 mesure que s\u2019accro\u00eet le d\u00e9calage entre la sobri\u00e9t\u00e9 du public et l\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 des protagonistes, nous laissant en t\u00e9moins lucides de leurs plus profondes fragilit\u00e9s et de leurs arri\u00e8re-pens\u00e9es inavou\u00e9es. &nbsp;La sc\u00e9nographie est efficace dans le sens o\u00f9 elle propose une conception des espaces int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs parfaitement coh\u00e9rente sur un registre r\u00e9aliste. &nbsp;&nbsp;Ce r\u00e9alisme est renforc\u00e9 par la justesse du jeu des com\u00e9diens et com\u00e9diennes, qui parviennent \u00e0 donner une grande cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 leur propos. Les ambiances sont visuellement renforc\u00e9es par un travail de colorim\u00e9trie qui les rend presque cin\u00e9matographiques, gr\u00e2ce aux lumi\u00e8res leds qui sont int\u00e9gr\u00e9es au d\u00e9cor. Les effets sonores \u00e9galement renforcent ing\u00e9nieusement le climat de tension des sc\u00e8nes. Si l\u2019action est r\u00e9actualis\u00e9e dans un contexte contemporain, le choix d\u2019une \u00e9poque ne semble pas avoir une importance d\u00e9terminante sur le d\u00e9roulement du huis clos. Ici, c\u2019est plut\u00f4t la force de&nbsp;<em>l\u2019isolement<\/em>&nbsp;du lieu et la d\u00e9sinhibition \u00e9thylique qui d\u00e9termine le cadre n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019intrigue.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, c\u2019est apr\u00e8s une acc\u00e9l\u00e9ration constante et fr\u00e9n\u00e9tique du rythme, lorsque tous les abc\u00e8s sont crev\u00e9s \u2013 entre r\u00e9v\u00e9lations et prises de conscience -, que le silence m\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019accablement s\u2019abat. Une fin \u00e0 la hauteur de l\u2019intensit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e, qui nous laisse peut-\u00eatre sans gueule de bois, mais certainement pas impassibles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>3 novembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/sarah-neu\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"235\">Par Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.equilibre-nuithonie.ch\/fr\/spectacles\/qui-peur-de-virginia-woolf-0\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.equilibre-nuithonie.ch\/fr\/spectacles\/qui-peur-de-virginia-woolf-0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Edward Albee \/ Mise en sc\u00e8ne par Julien Schmutz (Le Magnifique Th\u00e9\u00e2tre) \/\u00a0\u00c9quilibre Nuithonie \/ du 03 au 14 novembre \/\u00a0Critiques par C\u00e9line Bignotti et Sarah Neu .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":15708,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,131,34,38],"tags":[251,235],"class_list":["post-15719","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-equilibre-nuithonie","category-expired","category-spectacle","tag-celine-bignotti","tag-sarah-neu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15719","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15719"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15719\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20415,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15719\/revisions\/20415"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15708"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15719"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}