{"id":15548,"date":"2021-10-15T18:10:01","date_gmt":"2021-10-15T16:10:01","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15548"},"modified":"2025-02-09T16:37:12","modified_gmt":"2025-02-09T15:37:12","slug":"piece-pour-les-vivant%c2%b7e%c2%b7x%c2%b7s-en-temps-dextinction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/10\/piece-pour-les-vivant%c2%b7e%c2%b7x%c2%b7s-en-temps-dextinction\/","title":{"rendered":"Pi\u00e8ce pour les vivant\u00b7e\u00b7x\u00b7s en temps d\u2019extinction"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Pi\u00e8ce pour les vivant\u00b7e\u00b7x\u00b7s en temps d\u2019extinction<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte de Miranda Rose Hall \/ Mise en sc\u00e8ne par Katie Mitchell \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u2013 Lausanne \/ du 25 septembre au 3 octobre 2021 \/ Critiques par Valentine Bovey, Sarah Neu, Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin, Micha\u00ebl Rolli, Stella Wohlers, Nathan Maggetti, C\u00e9line Bignotti, Elisa Andrade, Brian Aubert, Hugeau Merzeau et Ma\u00eblle Aeby . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quel th\u00e9\u00e2tre pour la fin du monde&nbsp;?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"674\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1024x674.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22372\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1536x1011.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg 1824w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le spectacle mis en sc\u00e8ne par l\u2019exp\u00e9riment\u00e9e Katie Mitchell propose une conf\u00e9rence aux accents de confession qui explore le rapport du personnage central \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019extinction de masse qui nous guette tou\u00b7te\u00b7x\u00b7s. Cette th\u00e9matique \u00e9cologique s\u2019inscrit dans le d\u00e9veloppement d\u2019un&nbsp;<\/em>sustainable theater<em>, ou th\u00e9\u00e2tre durable, mais le discours, pris dans un dispositif pourtant radical, peine \u00e0 se d\u00e9ployer dans toute sa puissance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, deux cadres de v\u00e9lo, reli\u00e9s \u00e0 une batterie par dynamo, produiront, gr\u00e2ce \u00e0 la force physique de deux cyclistes, l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire au spectacle. Timidement, Safi Martin Y\u00e9 sort de derri\u00e8re le rideau. L\u2019atmosph\u00e8re saisit \u00e0 la gorge, d\u2019embl\u00e9e. Une sc\u00e8ne encore sombre, des c\u00e2bles apparents, ces deux v\u00e9los abandonn\u00e9s. La lumi\u00e8re de salle \u00e9claire le public de plein front. C\u2019est dans cette clart\u00e9 que le dispositif initial de la pi\u00e8ce se met en place. L\u2019unique personnage de cette pi\u00e8ce s\u2019adresse directement aux spectateur\u00b7rice\u00b7x\u00b7s pour leur expliquer la situation de sa prise de parole&nbsp;: une pi\u00e8ce, sur le th\u00e8me de l\u2019\u00e9cologie, dont elle est la dramaturge, vient d\u2019\u00eatre annul\u00e9e par sa troupe pour des raisons personnelles. Elle doit donc reprendre seule ce spectacle, mais d\u00e9cide d\u2019en faire quelque chose de plus proche de son histoire. Un lien est donc imm\u00e9diatement \u00e9tabli entre la performeuse, sur sc\u00e8ne, et le public, rang\u00e9 dans ses gradins, ce qui tend \u00e0 construire une atmosph\u00e8re intimiste. Le discours oscille d\u2019embl\u00e9e entre l\u2019intime et le collectif&nbsp;: c\u2019est \u00e0 cause de la lecture du livre d\u2019Elizabeth Kolbert&nbsp;<em>La sixi\u00e8me extinction,&nbsp;<\/em>plus pr\u00e9cis\u00e9ment le passage sur les petites chauves-souris brunes, que la dramaturge d\u00e9cide d\u2019expliquer au public l\u2019extinction qui guette le vivant en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 cause des activit\u00e9s des humain\u00b7e\u00b7x\u00b7s, en passant par des \u00e9pisodes plus \u00e9motionnels de ses souvenirs d\u2019enfance, selon le monologue \u00e9crit par l\u2019autrice \u00e9co-f\u00e9ministe am\u00e9ricaine Miranda Rose Hall.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans cette articulation entre dispositif et propos que le monologue peine \u00e0 trouver ses \u00e9chos. La com\u00e9dienne Safi Martin Y\u00e9, dans un jeu pourtant nuanc\u00e9 et convaincant, met en place une participation active du public, comme pour cr\u00e9er un v\u00e9ritable&nbsp;<em>milieu&nbsp;<\/em>au sens \u00e9cologique du terme, qui se construit sur la base d\u2019interactions fr\u00e9quentes entre la sc\u00e8ne et le public. Toutefois, la dimension affective et personnelle des anecdotes tir\u00e9es de la vie du personnage, qui \u00e9maillent des informations de nature scientifique sur l\u2019extinction \u00e0 venir, donne une dimension profond\u00e9ment (trop&nbsp;?)&nbsp;<em>individuelle&nbsp;<\/em>\u00e0 un propos qui ne peut \u00eatre que&nbsp;<em>collectif,&nbsp;<\/em>puisqu\u2019il concerne une extinction de masse. Plus encore, la dimension didactique du texte, qui propose tout d\u2019abord comme contexte une histoire g\u00e9ologique de la Terre, induit une forme de hi\u00e9rarchie tr\u00e8s scolaire entre le public et la dramaturge, ce qui maintient une s\u00e9paration nette l\u2019espace de la sc\u00e8ne et les gradins. Une r\u00e9flexion sur la communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale comme milieu \u00e9cologique ferait attendre, au contraire, de ce spectacle une r\u00e9elle horizontalit\u00e9 entre tous les vivant\u00b7e\u00b7x\u00b7s, sur sc\u00e8ne ou hors-sc\u00e8ne. La forme m\u00eame de la conf\u00e9rence monologu\u00e9e, dans sa distribution in\u00e9quitable de la parole, met \u00e0 mal ce projet. Ceci cr\u00e9e un sentiment de confusion qui att\u00e9nue malheureusement la port\u00e9e de la mise en sc\u00e8ne et du texte, qui, dans leurs propositions, sont pourtant d\u2019une grande force.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le spectacle fait s\u2019interroger&nbsp;: en quel&nbsp;<em>temps&nbsp;<\/em>a-t-il lieu&nbsp;? Est-ce une mani\u00e8re de nous faire exp\u00e9rimenter que l\u2019extinction a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, impitoyablement, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;? Sommes-nous les seul\u00b7e\u00b7x\u00b7s encore vivant\u00b7e\u00b7x\u00b7s, regardant ce que pourrait \u00eatre un th\u00e9\u00e2tre d\u2019apr\u00e8sla fin du monde&nbsp;? Plus encore&nbsp;: est-ce que cela signifie (id\u00e9e profond\u00e9ment r\u00e9jouissante) que les arts vivants pourront se passer d\u2019\u00e9normes infrastructures, \u00e9cologiquement et financi\u00e8rement co\u00fbteuses, et que le th\u00e9\u00e2tre du futur pourrait avoir lieu partout, dans un parking, un terrain en friche, ou dans une maison abandonn\u00e9e, voire s\u2019auto-organiser, comme sur une Z.A.D (<em>Zone \u00c0 D\u00e9fendre<\/em>)&nbsp;? Car au-del\u00e0 du bilan \u00e9nerg\u00e9tique, la pi\u00e8ce est enti\u00e8rement&nbsp;<em>locale&nbsp;<\/em>: elle a \u00e9t\u00e9 mise en sc\u00e8ne \u00e0 distance, avec une \u00e9quipe (des technicien\u00b7ne\u00b7x\u00b7s et deux coureurs cyclistes, qui p\u00e9dalent sans interruption pendant pr\u00e8s d\u2019une heure et demie) ainsi que des d\u00e9cors con\u00e7us sur le site du th\u00e9\u00e2tre. Ce dispositif profond\u00e9ment \u00e9cologique reprend une id\u00e9e que la metteuse en sc\u00e8ne Katie Mitchell, forte d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es de carri\u00e8re et d\u2019une centaine de mises en sc\u00e8ne, avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9e dans&nbsp;<em>Lungs,&nbsp;<\/em>jou\u00e9 \u00e0 la Schaub\u00fchne en 2013, dans lequel les acteur\u00b7rice\u00b7x\u00b7s produisaient l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire au d\u00e9roulement du spectacle. Cette vision d\u2019un th\u00e9\u00e2tre autonome, au bilan carbone neutre, \u00e0 la fois d\u00e9croissant (le spectacle ne n\u00e9cessitera que deux fois 150 watts, produits en temps r\u00e9el) et auto-g\u00e9r\u00e9, aurait laiss\u00e9 esp\u00e9rer un discours aussi puissant que cette proposition. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-neu\/\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les chauves-souris s\u2019en arrachent les cheveux<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"674\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1024x674.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22373\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1536x1011.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg 1824w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Comment le th\u00e9\u00e2tre peut-il se responsabiliser et se positionner face aux enjeux environnementaux actuels&nbsp;? C\u2019est en partant de l\u2019intention de repenser les dispositifs de cr\u00e9ation et de production des repr\u00e9sentations contemporaines, que ce spectacle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u. Derri\u00e8re le projet se trouve la metteuse en sc\u00e8ne \u00e9co-f\u00e9ministe Katie Mitchell, accompagn\u00e9e d\u2019une \u00e9quipe du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, impliqu\u00e9e pour un \u00ab&nbsp;sustainable theatre&nbsp;\u00bb&nbsp;: une d\u00e9marche exp\u00e9rimentale et r\u00e9flexive qui veut interroger nos pratiques afin d\u2019imaginer un th\u00e9\u00e2tre qui soit plus&nbsp;<\/em>durable<em>&nbsp;sous toutes ses coutures. L\u2019objectif&nbsp;: une cr\u00e9ation z\u00e9ro carbone, dont seul le script part en tourn\u00e9e, reproduite chaque fois par une \u00e9quipe int\u00e9gralement locale.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le dispositif selon lequel l\u2019espace sc\u00e9nique est agenc\u00e9 autour du seule-en-sc\u00e8ne de Saf\u00e9 Martin Y\u00e9 tient une part centrale dans la d\u00e9marche id\u00e9ologique et artistique qui motive ce spectacle, \u00e0 savoir&nbsp;: maintenir une empreinte carbone neutre. Pour ce faire, le spectacle s\u2019auto-alimente en \u00e9nergie gr\u00e2ce \u00e0 la performance de deux cyclistes qui p\u00e9dalent sans rel\u00e2che de chaque c\u00f4t\u00e9 du plateau pendant toute la dur\u00e9e de la repr\u00e9sentation. La quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour garantir les effets de son et lumi\u00e8re est indiqu\u00e9e au fur et \u00e0 mesure sur des \u00e9crans situ\u00e9s au-dessus des deux sportifs. Celle-ci ne d\u00e9passe pas un plafond \u00e9tabli \u00e0 150 watts, chiffre extr\u00eamement bas par rapport au co\u00fbt moyen d\u2019une performance sc\u00e9nique dans une salle \u00e9quip\u00e9e. Pour r\u00e9pondre \u00e0 une demande si peu co\u00fbteuse, l\u2019\u00e9quipe technique a mis au point un syst\u00e8me artisanal, manuel et minimaliste, permettant de maintenir ce plafond. Ainsi, la sc\u00e8ne est maintenue dans l\u2019obscurit\u00e9, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019\u00e9clairage de la com\u00e9dienne et des deux cyclistes dont une guirlande de&nbsp;<em>leds<\/em>&nbsp;borde au sol l\u2019espace d\u2019action. L\u2019\u00e9quipe technique est quant \u00e0 elle divis\u00e9e en deux \u00e9quipes rang\u00e9es sur les deux extr\u00e9mit\u00e9s lat\u00e9rales du plateau. La com\u00e9dienne s\u2019adresse \u00e0 eux de fa\u00e7on transparente, sur sa gauche pour le son et sur sa droite pour la lumi\u00e8re, par des gestes de bras pr\u00e9cis ou par la parole, pour obtenir les effets souhait\u00e9s. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce d\u00e9cor tr\u00e8s minimaliste, tout semble bricol\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la performance m\u00eame du personnage, celui d\u2019une dramaturge improvisant un seule-en-sc\u00e8ne en raison de l\u2019absence des deux autres com\u00e9diennes cens\u00e9es l\u2019accompagner, mais qui doivent veiller une m\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le monologue est traduit de l\u2019anglais d\u2019un texte de l\u2019autrice et dramaturge engag\u00e9e Miranda Rose Hall. &nbsp;Le discours raconte l\u2019histoire d\u2019une jeune femme qui partage avec le public ses sentiments et interrogations&nbsp;: comment \u00eatre un ou une vivant.e en temps d\u2019extinction&nbsp;? Le personnage imbrique p\u00eale-m\u00eale une vulgarisation de ses recherches personnelles sur l\u2019histoire de la terre et de ses cinq p\u00e9riodes d\u2019extinction de masse, \u00e0 des r\u00e9cits intimes li\u00e9es \u00e0 son exp\u00e9rience en tant que vivante. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur&nbsp;: les petites chauves-souris brunes, au petit nez brun qui sous l\u2019effet d\u2019un champignon devient blanc, et avec elles, la prise de conscience de la sixi\u00e8me extinction de masse, celle qui nous concerne toutes et tous aujourd\u2019hui.. La mise en sc\u00e8ne de Katie Mitchell propose, \u00e0 partir de l\u00e0, une com\u00e9dienne au ton chancelant et abattu, \u00e9voquant d\u2019entr\u00e9e une situation anxiog\u00e8ne et non ma\u00eetris\u00e9e, que l\u2019on peut apparenter \u00e0 de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb partag\u00e9e par beaucoup aujourd\u2019hui. L\u2019heure est grave, on le sent, mais o\u00f9 est-ce que se situe notre personnage face \u00e0 cette crise&nbsp;? Elle essaie de cr\u00e9er du lien, nous invite presque timidement \u00e0 participer, proposant&nbsp;de gesticuler comme des bact\u00e9ries, d\u2019incarner les premiers arbres terrestres et de partager une anecdote touchante. Autant de tentatives d\u2019interactions qui montrent peut-\u00eatre la voie&nbsp;: repenser nos rapports aux autres, nos rapports \u00e0 nos milieux de vie. Le spectacle se cl\u00f4t par l\u2019apparition d\u2019un ch\u0153ur avan\u00e7ant depuis le fond de la sc\u00e8ne. L\u2019intensit\u00e9 \u00e9manant du groupe de choristes bel et bien vivant.e.s, sans doute destin\u00e9 \u00e0 sublimer la densit\u00e9 tragique, provoque dans ce contexte angoissant un rire nerveux. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un dispositif dramaturgique coh\u00e9rent qui est propos\u00e9 dans une ambiance de fin du monde&nbsp;; m\u00ealant enjeux globaux et individuels, r\u00e9cit collectif et r\u00e9cit personnel. Seulement, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pris par la main d\u00e8s le d\u00e9but par l\u2019attention tr\u00e8s p\u00e9dagogique de l\u2019interpr\u00e8te, c\u2019est presque sans r\u00e9ponse que l\u2019on se trouve livr\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames quand le monologue s\u2019ach\u00e8ve. Si les causes et les d\u00e9g\u00e2ts du r\u00e9chauffement climatique sont connus, les propositions et r\u00e9actions des soci\u00e9t\u00e9s face \u00e0 la situation le sont moins. Ainsi, c\u2019est peut-\u00eatre plus de radicalit\u00e9, de lisibilit\u00e9 et d\u2019id\u00e9aux que l\u2019on aurait attendu de Katie Mitchell, qui travaille depuis longtemps autour de la question f\u00e9ministe et \u00e9cologique. Peut-\u00eatre aussi aurait-on aim\u00e9 que le format de la \u00ab&nbsp;conf\u00e9rence&nbsp;\u00bb exploite davantage les potentialit\u00e9s de la forme dramatique, comme le fait par exemple Fr\u00e9d\u00e9ric Ferrer avec son \u00ab Atlas de l\u2019anthropoc\u00e8ne \u00bb, entre conf\u00e9rence et performance, o\u00f9 il met en sc\u00e8ne le r\u00e9sultat de ses recherches avec un recul et un humour assum\u00e9s. Cela reste cependant une prouesse pleine d\u2019avenir d\u2019avoir su apporter des solutions techniques neutres en carbone, envisageables et reproductibles dans de nombreux pays. On ose croire, d\u00e8s lors, que le th\u00e9\u00e2tre peut r\u00e9ellement \u00eatre un lieu qui participe \u00e0 montrer la voie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-neu\/\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\">Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le bruit de la dynamo<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"663\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22371\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture.jpg 900w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-271x200.jpg 271w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-231x170.jpg 231w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-768x566.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille, en premi\u00e8re mondiale, une cr\u00e9ation originale de l\u2019artiste britannique Katie Mitchell,&nbsp;<\/em>Une pi\u00e8ce pour les vivant.e.x.s en temps d\u2019extinction<em>, d\u2019apr\u00e8s un monologue de l\u2019autrice \u00e9co-f\u00e9ministe nord-am\u00e9ricaine Miranda Rose Hall. Depuis 2012, la metteuse en sc\u00e8ne a d\u00e9cid\u00e9 de ne plus prendre l\u2019avion et d\u2019engager des professionnels locaux, dirig\u00e9s \u00e0 distance, dans les lieux de repr\u00e9sentation de ses spectacles. Cette toute derni\u00e8re performance \u00e9co-dramatique constitue le premier volet du projet&nbsp;<\/em>Th\u00e9\u00e2tre durable&nbsp;?&nbsp;<em>en partenariat avec le Centre de comp\u00e9tence en durabilit\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne et d\u2019autres th\u00e9\u00e2tres et festivals europ\u00e9ens, soucieux de r\u00e9duire au minimum leur impact carbone dans la cr\u00e9ation, la production et la diffusion du spectacle vivant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Que signifie \u00eatre vivant.e.x.s, ensemble, en temps d\u2019extinction&nbsp;?&nbsp;\u00bb et comment transposer cette question grave et angoissante sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, sans moraliser ni (trop) d\u00e9primer, tout en alliant le contenu d\u2019un propos \u00e0 la forme de sa mise en spectacle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce dernier point, le dispositif sc\u00e9nique pens\u00e9 par Katie Mitchell est novateur, vertueux et surprenant, \u00e9tant donn\u00e9 que le son et la lumi\u00e8re sont produits gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019effort continu et affich\u00e9 de deux cyclistes. Energie alternative et locale : entre 43 et 120 KW par v\u00e9lo (il y a plus de quarante ans, le com\u00e9dien Sami Frey p\u00e9dalait, lui, seul en sc\u00e8ne, non pour des motivations environnementales mais pour parcourir les routes de la m\u00e9moire de Georges P\u00e9rec dans son Je me souviens\u2026). Les technicien.ne.s, g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019ombre, sont sur sc\u00e8ne, au m\u00eame titre que la com\u00e9dienne, car tous et toutes sont responsables, \u00e9co-responsables, du bon d\u00e9roulement de la performance.<\/p>\n\n\n\n<p>Safi Martin Y\u00e9, convaincante et d\u00e9termin\u00e9e dans son r\u00f4le de ma\u00eetresse de c\u00e9r\u00e9monie, nous emm\u00e8ne dans un voyage \u00e0 travers le temps, de la naissance de la Terre, de la premi\u00e8re \u00e0 la sixi\u00e8me extinction- notre pr\u00e9sent- au cours d\u2019une conf\u00e9rence th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e qui m\u00eale recherches scientifiques, donn\u00e9es historiques et exp\u00e9riences personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Miranda Rose Hall pose d\u2019embl\u00e9e le postulat de la v\u00e9rit\u00e9, de la connaissance pour parler des enjeux climatiques, face au d\u00e9ni ou aux th\u00e9ories climato-sceptiques, et fait explicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ouvrage d\u2019Elizabeth Kolbert (La Sixi\u00e8me Extinction. Comment l\u2019Homme d\u00e9truit la vie, paru en 2014). Il aborde aussi la th\u00e9matique postcoloniale&nbsp;; l\u2019obsession de l\u2019extraction des mati\u00e8res premi\u00e8res et la supr\u00e9matie blanche. Par ailleurs, il inclut sciemment un d\u00e9tour par le chamanisme comme possible r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un trauma personnel, en l\u2019occurrence un trauma familial (la mort de sa grand-m\u00e8re) racont\u00e9 par la narratrice. A partir de ce traumatisme individuel, l\u2019\u00e9v\u00e9nement prend la forme d\u2019un traumatisme collectif, du \u00ab&nbsp;traumatisme de l\u2019extinction&nbsp;\u00bb ou, en d\u2019autres termes, comment pouvons-nous nous confronter intellectuellement et \u00e9motionnellement \u00e0 la mort de masse&nbsp;? Par la raison, mais aussi par l\u2019\u00e9motion, l\u2019auditoire est invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir collectivement \u00e0 sa condition d\u2019Homo sapiens et \u00e0 ressentir sa position de spectateur actif ou non dans le processus de co-construction du jeu. Ainsi, la com\u00e9dienne Safi Martin Y\u00e9 interagit avec le public en l\u2019invitant d\u2019abord \u00e0 mimer avec les bras l\u2019explosion de la vie sur Terre, puis \u00e0 venir danser avec elle la naissance des premiers arbres, enfin \u00e0 raconter un souvenir de nature \u00e0 partager (\u00ab&nbsp;un cerisier dans mon enfance d\u00e9truit par une temp\u00eate&nbsp;\u00bb confiera un anonyme ce soir-l\u00e0). Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que l\u2019information devienne th\u00e9\u00e2tre et que le th\u00e9\u00e2tre devienne partage&nbsp;\u00bb. Que le th\u00e9\u00e2tre, art de la pr\u00e9sence, cr\u00e9e du r\u00e9seau social en pr\u00e9sentiel, qu\u2019il valorise plus ce qui nous connecte, ici et maintenant, que ce qui nous s\u00e9pare, afin que, peut-\u00eatre, \u00ab&nbsp;personne n\u2019ait \u00e0 se sentir insupportablement seul&nbsp;ce soir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On peut d\u00e9plorer cependant que le pathos contamine \u00e7\u00e0 et l\u00e0 le spectacle. On peut regretter \u00e9galement que la projection de plantes et d\u2019animaux disparus ou en voie de disparition provoque finalement un m\u00e9lange de saturation cognitive et d\u2019\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9. La pr\u00e9sence d\u2019un ensemble vocal \u00e0 la fin du spectacle agit heureusement comme un soulagement. Une vingtaine de chanteurs et chanteuses rendent, en ch\u0153ur, un hommage \u00e0 la Terre sur une musique et un texte du compositeur britannique Paul Clark.<\/p>\n\n\n\n<p>Pari r\u00e9ussi&nbsp;pour cette premi\u00e8re repr\u00e9sentation de laboratoire th\u00e9\u00e2tral alternatif&nbsp;\u00e0 Vidy? Au bruit des applaudissements nourris, par les jeunes et les moins jeunes, \u00e0 la fin du spectacle, il semblerait que l\u2019exp\u00e9rimentation soit un succ\u00e8s. Pour ma part, je sais et je sens au bruit de ma dynamo int\u00e9rieure qu\u2019il faudra \u00e9videmment encore p\u00e9daler pour sauver la Terre et proposer \u00e0 ses habitant.e.x.s d\u2019autres projets artistiques \u00e9co-po\u00e9tiques\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\">Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\"><\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un th\u00e9\u00e2tre en temps d\u2019extinction<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1824\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22372\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg 1824w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1536x1011.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1824px) 100vw, 1824px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne propose un spectacle sur un texte de l\u2019Am\u00e9ricaine Miranda Rose Hall, mis en sc\u00e8ne par la Londonienne Katie Mitchell, qui s\u2019est fait conna\u00eetre avec ses mises en sc\u00e8ne f\u00e9ministes de diff\u00e9rents op\u00e9ras, notamment au festival d\u2019Aix. Elle imagine ici un nouveau th\u00e9\u00e2tre possible dans un monde en voie d\u2019extinction, un th\u00e9\u00e2tre qui s\u2019auto-g\u00e9n\u00e8rerait. Ing\u00e9nieux et touchant, le spectacle ne tournera pas avec les m\u00eames intervenants, mais rena\u00eetra, on l\u2019esp\u00e8re, un peu partout.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, des c\u00e2bles, des v\u00e9los, des lutrins, de petits \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision, des LEDs \u2026 Mais si le d\u00e9cor est minimaliste, il reste organis\u00e9. Les c\u00e2bles \u00e9lectriques forment un grand carr\u00e9 au sol, d\u00e9limitant l\u2019espace de jeu. Au centre, un micro et un lutrin sur lequel est pos\u00e9 le texte. De part et d\u2019autre, deux v\u00e9los branch\u00e9s \u00e0 des \u00e9crans. \u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019espace sc\u00e9nique, quatre chaises et, l\u00e0-aussi, des lutrins. Tous ces \u00e9l\u00e9ments prennent un sens lorsque Safi Martin Y\u00e9 \u2013 qui endosse ce seule-en-sc\u00e8ne \u2013 fait son apparition. Interpr\u00e9tant la dramaturge d\u2019une pi\u00e8ce dont les com\u00e9diennes sont absentes, la jeune femme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9e remplace le faux spectacle annul\u00e9 par un monologue sur un sujet qui lui tient \u00e0 c\u0153ur : l\u2019\u00e9cologie. Loin de se livrer \u00e0 un discours moralisateur, elle \u00e9voque un sentiment commun \u00e0 tous les \u00eatres humains, \u00e0 savoir l\u2019impuissance face \u00e0 la catastrophe \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Katie Mitchell a conceptualis\u00e9 \u00e0 la fois la sc\u00e9nographie et le principe de ce processus th\u00e9\u00e2tral innovant. Metteuse en sc\u00e8ne qui s\u2019est d\u00e9marqu\u00e9e dans le monde du th\u00e9\u00e2tre par ses relectures f\u00e9ministes des textes classiques, elle prend en compte, depuis quelques ann\u00e9es, son propre impact \u00e9cologique en tant qu\u2019artiste de la sc\u00e8ne dans ses productions. Mitchell refuse de prendre l\u2019avion pour faire ses d\u00e9placements \u2013 elle fait ainsi le choix surprenant mais ing\u00e9nieux de mettre ce spectacle en sc\u00e8ne en&nbsp;<em>home office<\/em>, comprenez par&nbsp;<em>zoom,<\/em>&nbsp;depuis son domicile \u00e0 Londres \u2013 mais elle collabore aussi avec des scientifiques pour certaines de ses cr\u00e9ations, afin de questionner le d\u00e9sastre \u00e9cologique, comme dans&nbsp;<em>Ten billion<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>2071.<\/em>&nbsp;Avec le texte de Miranda Rose Hall, Katie Mitchell entend construire un spectacle r\u00e9solument \u00e9coresponsable, qui s\u2019inscrit parfaitement dans la mouvance d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la conscience \u00e9cologique \u2013 qui a aussi inspir\u00e9 des spectacles comme ceux de Bruno Meyssat, qui travaille avec le non-humain, ou plus r\u00e9cemment celui de Maria Da Silva,&nbsp;<em>Notre Cabane<\/em>&nbsp;(2012), qui utilisait des mat\u00e9riaux de r\u00e9cup\u00e9ration. Ce que Katie Mitchell nomme \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre durable&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;<em>sustainable theater<\/em>&nbsp;\u2013 est un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 aucun com\u00e9dien ou aucune personne de l\u2019\u00e9quipe technique ne devrait g\u00e9n\u00e9rer d\u2019empreinte carbone en se d\u00e9pla\u00e7ant d\u2019un lieu de cr\u00e9ation \u00e0 des lieux de tourn\u00e9e. Sur sc\u00e8ne, il n\u2019y a d\u00e8s lors que des Lausannois. Plus int\u00e9ressant encore, c\u2019est un spectacle qui s\u2019auto-g\u00e9n\u00e8re. Avec les cyclistes \u2013 dont on salue la prouesse physique, car ils p\u00e9dalent plus d\u2019une heure trente \u2013 le spectacle produit sa propre \u00e9nergie \u00e9lectrique qui servira \u00e0 alimenter son et lumi\u00e8re. La consommation d\u2019\u00e9nergie produite par les deux bicyclettes ne d\u00e9passera jamais les 150 watts, ce qui est bien inf\u00e9rieur \u00e0 la consommation g\u00e9n\u00e9rale des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, qui oscille en g\u00e9n\u00e9ral entre 10\u2019000 et 30\u2019000 watts.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ce spectacle ressemble \u00e0 un seule-en-sc\u00e8ne, Mitchell propose de g\u00e9n\u00e9rer une seconde pr\u00e9sence, celle d\u2019une communaut\u00e9. L\u2019initiative de faire intervenir le public avec des imitations de bact\u00e9ries, d\u2019arbres, ou un partage de souvenirs, reste pourtant timide. On comprend la volont\u00e9 de former, par les liens cr\u00e9\u00e9s entre sc\u00e8ne et salle, un ensemble de personnes d\u00e9sempar\u00e9es et d\u00e9munies, mais apr\u00e8s quelques interactions, les spectateurs sont replong\u00e9s dans le noir et laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9, presque oubli\u00e9s pour les deux-tiers du spectacle restant. On regrette pour cette raison qu\u2019un ch\u0153ur final apparaisse sur sc\u00e8ne sans explication, nous privant de notre propre r\u00f4le dans cette communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019\u00e9cologie est bien pr\u00e9sente dans le dispositif de la pi\u00e8ce, elle l\u2019est aussi dans le discours. La jeune femme pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne (interpr\u00e9t\u00e9e avec douceur et humanit\u00e9 par Safi Martin Y\u00e9) nous appelle \u00e0 prendre connaissance des diff\u00e9rentes extinctions qui ont perturb\u00e9 notre plan\u00e8te&nbsp;: les p\u00e9riodes glaciaires, les dinosaures\u2026 et puis nous. Nous vivons la sixi\u00e8me extinction de masse. Le texte de Miranda Rose Hall s\u2019apparente \u00e0 une parcelle de vie racont\u00e9e par un humain. Oublions, ici, les volont\u00e9s de battre le rappel et observons le point de vue d\u2019un humain d\u00e9sempar\u00e9 qui subit de plein fouet cette extinction, qui d\u00e9couvre l\u2019histoire de la plan\u00e8te en autodidacte \u2013 au prix de quelques omissions ou d\u2019un manque de d\u00e9tails parfois \u2013 et qui ne peut amener de solution seule. Ce spectacle devient touchant et \u00e9mouvant quand on voit l\u2019impuissance de cette jeune femme devant la fin d\u2019une \u00e8re. De son \u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>On salue alors le jeu de Safi Martin Y\u00e9 tr\u00e8s juste et sensible, sans fausses notes. On salue aussi la prouesse technique d\u2019un tel spectacle.&nbsp;<em>Une pi\u00e8ce pour les vivant.e.s.x en temps d\u2019extinction&nbsp;<\/em>remplit son r\u00f4le de \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre durable&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fois \u00e9cologiquement, mais aussi dans nos m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\"><\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/stella-wohlers\/\">Stella Wohlers<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un engrenage catastrophique<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1824\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22373\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg 1824w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1536x1011.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1824px) 100vw, 1824px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille le spectacle \u00e9cologiquement neutre de la metteuse en sc\u00e8ne britannique Katie Mitchell, cr\u00e9\u00e9 dans le cadre du projet&nbsp;<\/em>Sustainable Theatre&nbsp;?<em>. L\u2019\u00e9quipe locale du spectacle est dirig\u00e9e depuis Londres par Zoom afin de minimiser l\u2019empreinte \u00e9cologique et pr\u00e9sente une pi\u00e8ce engag\u00e9e qui r\u00e9invente la mani\u00e8re de produire des spectacles afin d\u2019\u00e9viter une catastrophe \u00e9cologique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La com\u00e9dienne Safi Martin Y\u00e9 est l\u2019unique oratrice du spectacle. Les deux v\u00e9los, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, sur la sc\u00e8ne, fournissent l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 la repr\u00e9sentation, en alimentant la production de sons et de lumi\u00e8res. Des panneaux \u00e9lectriques affichent \u00e9galement le nombre de watts produits par les dynamos. L\u2019action humaine \u00e0 l\u2019origine de ce syst\u00e8me d\u2019\u00e9nergie est clairement mise en avant par la pr\u00e9sence des cyclistes et des responsables techniques sur la sc\u00e8ne. De plus, les v\u00e9los laissent entendre le son perp\u00e9tuel et r\u00e9gulier de leurs roues. L\u2019omnipr\u00e9sence de tout ce dispositif sc\u00e9nique donne corps et coh\u00e9rence au discours \u00e9cologique et militant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monologue de Rose Hall remonte le temps depuis la formation de la Terre, de ses continents et des premi\u00e8res esp\u00e8ces vivantes en se basant sur l\u2019ouvrage d\u2019Elisabeth Kolbert,&nbsp;<em>La Sixi\u00e8me extinction<\/em>. Tandis que la com\u00e9dienne d\u00e9crit une \u00e0 une ces extinctions, le public prend conscience que la sixi\u00e8me est la finalit\u00e9 du discours&nbsp;: une sorte de fatalit\u00e9 se d\u00e9gage. Elle montre \u00e9galement, par des diapositives projet\u00e9es, certaines des esp\u00e8ces qui se sont \u00e9teintes dans les trente derni\u00e8res ann\u00e9es. La perp\u00e9tuelle pr\u00e9sence de la mort rythme la pi\u00e8ce et tout se dirige vers elle. Les roues des v\u00e9los qui tournent en continu illustrent cet engrenage, cette fin catastrophique vers laquelle l\u2019humanit\u00e9 se dirige si elle ne change pas ses habitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>La com\u00e9dienne s\u2019adresse directement au public qui n\u2019est pas seulement r\u00e9cepteur du discours, mais devient \u00e9galement acteur. Il est invit\u00e9 sur sc\u00e8ne \u00e0 repr\u00e9senter des arbres, \u00e0 mimer des petites bact\u00e9ries naissantes avec les mains, ou pri\u00e9 de prendre la parole pour raconter un souvenir li\u00e9 \u00e0 la nature. Lorsque les spectateurs doivent intervenir, ils sont \u00e9clair\u00e9s et les r\u00f4les s\u2019inversent&nbsp;: c\u2019est la com\u00e9dienne qui \u00e9coute et observe. &nbsp;L\u2019int\u00e9gration des spectateurs au discours mobilisateur permet une prise de conscience importante&nbsp;: il faut adopter un r\u00f4le actif pour \u00e9viter cette sixi\u00e8me extinction.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, c\u2019est en participant tous que ceci sera possible. Le contact avec le public et la pr\u00e9sence de toute l\u2019\u00e9quipe sur la sc\u00e8ne, des cyclistes aux responsables son et lumi\u00e8re, illustrent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir tous ensemble. On aurait aim\u00e9 toutefois que la collaboration entre \u00eatres humains soit davantage mise en \u0153uvre au sein m\u00eame du spectacle.&nbsp;Ici, les personnes qui assistent la com\u00e9dienne sont isol\u00e9es et statiques. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin du spectacle, lorsque les rideaux s\u2019ouvrent sur un ch\u0153ur d\u2019une quinzaine de personnes, qu\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 tout un groupe unifi\u00e9. Finalement, le mouvement cyclique des v\u00e9los symbolise bien la direction vers la sixi\u00e8me extinction que nous prenons tous en tant qu\u2019\u00eatres humains et le spectacle \u00e9cologique de Katie Mitchell peut se comprendre comme l\u2019une des actions possibles qui pourrait faire d\u00e9vier la catastrophe de sa trajectoire&nbsp;: &nbsp;une tentative de sortir de l\u2019engrenage catastrophique bient\u00f4t irr\u00e9versible de la destruction de la nature, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9invention d\u2019un th\u00e9\u00e2tre non polluant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/stella-wohlers\/\">Stella Wohlers<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/nathan-maggetti\/\">Nathan Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une lampe dynamo contre l\u2019extinction de masse<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"663\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22371\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture.jpg 900w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-271x200.jpg 271w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-231x170.jpg 231w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-768x566.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c9nerg\u00e9tiquement autosuffisant gr\u00e2ce aux efforts humains produits sur sc\u00e8ne, le spectacle mis en sc\u00e8ne par Katie Mitchell propose d\u2019amoindrir, en plus de l\u2019empreinte carbone des arts vivants, la tension entre individus et environnement, temps cosmique et temps humain, histoire du monde et histoires de chacun.e.s. Pour que les choses changent&nbsp;: en direction d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e9co-responsable et vers une harmonisation des dynamiques environnementales et communautaires. En r\u00e9sulte un spectacle aussi dr\u00f4le qu\u2019anxiog\u00e8ne, aux ambitions tout \u00e0 la fois intimistes et universalistes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re, ce sont ces deux personnes, sur les chaises \u00e0 droite la sc\u00e8ne, qui s\u2019en chargent. Le son, celles qui sont assises \u00e0 gauche. Aux yeux de toutes et tous. Aux yeux de toutes et tous \u00e9galement, deux cyclistes p\u00e9dalent sur place, fournissant l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire au spectacle, dont la quantit\u00e9 en Watts s\u2019affiche sur les \u00e9crans derri\u00e8re eux. Plus visibles encore, ces deux-l\u00e0, du fait des bandes lumineuses scotch\u00e9es au sol autour de leurs v\u00e9los. \u00c0 leur tressautant \u00e9clairage s\u2019ajoute celui qui est dirig\u00e9 sur la com\u00e9dienne qu\u2019ils encadrent, Safi Martin Y\u00e9. Dans ce d\u00e9cor qui ne change que peu, et dont les variations ne trahissent ni le minimalisme ni la transparence du dispositif sc\u00e9nique, cette derni\u00e8re campe une dramaturge qui s\u2019improvise conf\u00e9renci\u00e8re-conteuse pour pallier l\u2019annulation de derni\u00e8re minute du spectacle pr\u00e9vu. Le th\u00e8me de cette extr\u00eame mise en abyme&nbsp;? Le m\u00eame que celui du spectacle pr\u00e9tendument remplac\u00e9&nbsp;: la sixi\u00e8me extinction de masse, la n\u00f4tre,&nbsp;<em>human made<\/em>. La conf\u00e9renci\u00e8re entame le r\u00e9cit de l\u2019histoire de la Terre depuis son origine, l\u2019entrecoupant d\u2019anecdotes personnelles et d\u2019interventions de son audience.. Vulgarisation scientifique et souvenirs d\u2019enfance se m\u00e9langent ainsi dans le discours au ton faisant alterner l\u00e9ger et s\u00e9rieux jusqu\u2019\u00e0 les amalgamer. Avant que n\u2019entre en sc\u00e8ne le motif de l\u2019extinction de masse actuelle, et avec elle le&nbsp;<em>pathos<\/em>&nbsp;de circonstance&nbsp;; entre c\u00e9l\u00e9bration des vies v\u00e9cues et d\u00e9ploration de celles qui sont sacrifi\u00e9es, quel requiem pour l\u2019humanit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux enjeux climatiques contemporains, cette repr\u00e9sentation poursuit un double but. Tout d\u2019abord, elle entend \u00eatre \u2013 et se montre \u2013 \u00e9coresponsable. L\u2019ambition d\u2019autarcie \u00e9nerg\u00e9tique du spectacle affich\u00e9e sur sc\u00e8ne en d\u00e9passe le seul cadre&nbsp;: c\u2019est depuis Londres, par visioconf\u00e9rence, que Katie Mitchell a organis\u00e9 la mise en sc\u00e8ne du monologue de Miranda Rose Hall. Par ailleurs, vou\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer dans d\u2019autres villes, le spectacle le fera seul avec son script&nbsp;: \u00e9quipes techniques et actrices locales seront mobilis\u00e9es sur les divers lieux de repr\u00e9sentation. Ces choix s\u2019inscrivent dans la lign\u00e9e que proposent J\u00e9r\u00f4me Bel, Katie Mitchell justement, et le th\u00e9\u00e2tre de Vidy, avec leur projet&nbsp;<em>Sustainable Theater&nbsp;?<\/em>, qui interroge les possibilit\u00e9s qu\u2019ont les arts vivants de\u2026 survivre \u00e9thiquement en contexte de crise climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le spectacle ne se cantonne pas \u00e0 ce seul id\u00e9al \u00e9cologique. Il se veut aussi \u00e9colo<em>giste<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire agent d\u2019une mutation sur les pens\u00e9es et comportements. Et cela, en s\u2019attaquant \u00e0 l\u2019apparente incompatibilit\u00e9 de deux types d\u2019histoires, celle du monde et celles de chacun.e.s&nbsp;; parce que c\u2019est dans l\u2019inertie des vies particuli\u00e8res que se noie la prise en compte de la crise climatique, parce que trop concentr\u00e9.e.s sur nos petits destins, on en oublie si souvent celui, grand et dramatique, de l\u2019humanit\u00e9. Comment, alors, conjuguer le temps cosmique, d\u00e9mesur\u00e9ment abstrait, avec celui, tangible et humain, de nos quotidiens et de nos vies&nbsp;? La repr\u00e9sentation tente de le faire en brisant le plus possible les hi\u00e9rarchies et nivellements, pour rendre \u00e0 la nature, dans nos perceptions, son unit\u00e9 et son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. \u00c0 cet effet, sans doute, sont brouill\u00e9es les fronti\u00e8res entre fiction et r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: la conf\u00e9renci\u00e8re, personnage fictif, s\u2019adresse \u00e0 un public bien r\u00e9el, qui est appel\u00e9 \u00e0 prendre part activement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience. On comprend de la m\u00eame fa\u00e7on la pr\u00e9sence ostensible des r\u00e9gisseur.euse.s et des cyclistes, constants rappels visuels et sonores du temps externe dans lequel s\u2019inscrit le temps interne et individuel. En parfaite coh\u00e9rence et ad\u00e9quation avec cette forme, le fond du discours est lui aussi ax\u00e9 sur cette abolition des tensions entre particulier et g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019enchev\u00eatrement d\u2019une histoire de longue dur\u00e9e et de souvenirs humains se positionne en porte-\u00e0-faux avec un discours scientifique s\u00e9rieux et par trop distant, que les membres du public, pr\u00e9occup\u00e9s par leurs tracas et int\u00e9r\u00eats quotidiens, ne pourraient assimiler ni conscientiser. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side la force du th\u00e9\u00e2tre, et plus largement des arts vivants&nbsp;: aptes, comme toute fiction, \u00e0 proposer une configuration temporelle nouvelle (parce qu\u2019affranchis des contraintes d\u2019un discours non-fictionnel), ils sont les plus \u00e0 m\u00eame d\u2019en reproduire le d\u00e9ploiement dans le monde r\u00e9el, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9vidente synchronie entre les dur\u00e9es de l\u2019\u0153uvre et de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>La&nbsp;<em>Pi\u00e8ce pour les vivant.e.x.s en temps d\u2019extinction&nbsp;<\/em>ne r\u00e9sout pas la tension entre temps cosmique et temps humain&nbsp;; on ne saurait lui en tenir rigueur. Dans son questionnement finement rythm\u00e9 persistent encore quelques obstacles \u00e0 l\u2019immersion spectatorielle, surmont\u00e9s en id\u00e9e seulement par la proposition participative, somme toute timide, et l\u2019apparition finale d\u2019un ch\u0153ur, dont le potentiel f\u00e9d\u00e9rateur est sap\u00e9 par le positionnement malencontreux face (et comme en opposition) au public. Dans le discours, la glorification du vivre ensemble emp\u00eache tout mat\u00e9rialisme historique, et par l\u00e0 reconduit peut-\u00eatre plus qu\u2019elle n\u2019exorcise, dans le contexte d\u2019un capitalisme triomphant, le malaise entre individu et environnement. En effet, comme le terreau socio-\u00e9conomique de l\u2019extinction de masse actuelle n\u2019est pas int\u00e9gr\u00e9 au propos, ou transversalement seulement, on imagine difficilement les structures actuelles de nos soci\u00e9t\u00e9s concorder avec le partage presque insouciant d\u2019exp\u00e9riences communautaires. Un mal pour un bien, sans doute, puisque notre r\u00e9flexion s\u2019en trouve stimul\u00e9e. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019au son des trompettes de l\u2019apocalypse, on ne sait toujours pas sur quel pied danser.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/nathan-maggetti\/\">Nathan Maggetti<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\">C\u00e9line Bignotti<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une trag\u00e9die qui brise le quatri\u00e8me mur<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1824\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22372\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg 1824w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1536x1011.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1824px) 100vw, 1824px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Que signifie \u00eatre vivant\u00b7e\u00b7x\u00b7<\/em>s<em>&nbsp;ensemble, en temps d\u2019extinction&nbsp;\u00bb&nbsp;? C\u2019est la question \u00e0 laquelle veut r\u00e9pondre le nouveau spectacle de Katie Mitchell qui met en sc\u00e8ne un monologue \u00e9co-f\u00e9ministe de Miranda Rose Hall. Une pi\u00e8ce sur l\u2019\u00e9cologie vient juste d\u2019\u00eatre annul\u00e9e et c\u2019est \u00e0 ce moment que la dramaturge, incarn\u00e9e par Safi Martin Y\u00e9, intervient pour expliquer aux spectateurs ce qui s\u2019est pass\u00e9. V\u00e9ritable cheffe d\u2019orchestre, accompagn\u00e9e, en guise de musiciens, par les ing\u00e9nieurs du son et de la lumi\u00e8re, les cyclistes, le public et le ch\u0153ur, elle dirige le r\u00e9cit de l\u2019histoire de notre plan\u00e8te comme une symphonie harmonieuse. Ainsi commence un voyage \u00e0 travers le temps qui brise le quatri\u00e8me mur et qui se d\u00e9veloppe de l\u2019origine de la Terre \u00e0 nos jours, avec pour sujet principal les cons\u00e9quences de la crise climatique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle constitue le premier chapitre du projet&nbsp;<em>Sustainable Theatre?<\/em>&nbsp;con\u00e7u par Katie Mitchell, J\u00e9r\u00f4me Bel et le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy. L\u2019artiste britannique inclut l\u2019impact \u00e9cologique de son spectacle tant au niveau du discours que de la forme, en exp\u00e9rimentant de nouvelles mani\u00e8res de faire face \u00e0 chacun des facteurs qui entrent en jeu dans un spectacle th\u00e9\u00e2tral (technique, \u00e9conomique, etc.). De mani\u00e8re coh\u00e9rente avec le but de minimiser l\u2019empreinte carbone, par exemple, le spectacle a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 totalement \u00e0 distance, depuis Londres.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation, le minimalisme et la simplicit\u00e9 de la sc\u00e9nographie (un micro, deux v\u00e9los) remplissent paradoxalement l\u2019espace et stimulent la curiosit\u00e9 du public (qui sait \u00e0 quoi serviront ces v\u00e9los-l\u00e0&nbsp;?). La com\u00e9dienne feint d\u2019improviser un monologue \u00e0 la limite entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction, \u00e0 la suite d\u2019un impr\u00e9vu tragique : la m\u00e8re de l\u2019une des actrices qui devait jouer ce soir est en train de mourir. La mort, v\u00e9ritable protagoniste de la pi\u00e8ce, entre ainsi d\u2019embl\u00e9e en sc\u00e8ne. On comprend vite aussi la fonction des v\u00e9los&nbsp;: en plus d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e par des ing\u00e9nieurs, l\u2019interpr\u00e8te est escort\u00e9e par deux cyclistes professionnel<a>s<\/a>&nbsp;(et locaux !) qui p\u00e9dalent durant toute la dur\u00e9e du spectacle en exploitant des dynamos pour produire l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire au fonctionnement des lumi\u00e8res, du son et du micro de la com\u00e9dienne. Ce dispositif est le plus innovant du spectacle, il montre aussi l\u2019extr\u00eame coh\u00e9rence entre le projet artistique durable et sa r\u00e9alisation technique. Le bruit des v\u00e9los, en outre, devient la musique de fond de notre voyage dans le temps et contribue aussi \u00e0 cr\u00e9er, en s\u2019alliant aux autres sons, une atmosph\u00e8re onirique.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les conditions sont r\u00e9unies pour faire passer un message important et urgent : que pourrions-nous faire, ensemble, pour changer les choses&nbsp;? Mais le message de ce texte \u00ab&nbsp;tr\u00e8s militant \u00bb, comme le d\u00e9crit Safi Martin Y\u00e9 dans un<a href=\"https:\/\/vidy.ch\/une-piece-pour-les-vivantexs-en-temps-dextinction\">&nbsp;entretien<\/a>&nbsp;(Interview #vidygital \u2013 Safi Martin Y\u00e9, com\u00e9dienne), n\u2019est pas r\u00e9ellement percutant. La pi\u00e8ce ressemble \u00e0 une conf\u00e9rence sur l\u2019environnement&nbsp;: apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 l\u2019histoire de la Terre, la \u00ab&nbsp;classe&nbsp;\u00bb est raviv\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exposition de certaines diapositives d\u2019animaux dont l\u2019esp\u00e8ce est \u00e9teinte ou en voie d\u2019extinction. Une chose est claire&nbsp;: nous sommes en train de vivre la sixi\u00e8me extinction massive. Le personnage de la conf\u00e9renci\u00e8re participe \u00e9motionnellement \u00e0 ce \u00ab&nbsp;deuil collectif&nbsp;\u00bb avec des souvenirs d\u2019enfance li\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 la disparition des certaines esp\u00e8ces animales comme les chauves-souris brunes, mais \u00e9galement \u00e0 la mort, par exemple, de son chien. Ce parall\u00e9lisme entre morts individuelles et extinction massive pr\u00eate \u00e0 confusion, il risque de produire une assimilation entre tous les types de morts, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 la mort des individus est un fait naturel qu\u2019il faut accepter, contrairement \u00e0 l\u2019extinction de masse \u00e0 laquelle les actions des \u00eatres humains ont effectivement contribu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte n\u2019apprend pas grand-chose de nouveau sur la crise climatique, mais l\u2019approche p\u00e9dagogique utilis\u00e9e par la com\u00e9dienne semble servir plut\u00f4t \u00e0 susciter chez les spectateurs une terreur et des remords face \u00e0 la catastrophe imminente. &nbsp;Pendant le spectacle, le public est invit\u00e9 plusieurs fois \u00e0 participer activement&nbsp;: manifestement, la pi\u00e8ce cherche \u00e0 provoquer une prise de conscience g\u00e9n\u00e9rale. N\u00e9anmoins, le spectacle ne nous parle pas \u00e0&nbsp;<em>nous<\/em>, \u00eatres humains, mais cr\u00e9e plut\u00f4t une s\u00e9paration manich\u00e9enne entre les bons (les cr\u00e9ateurs<a>\u00b7<\/a>trices et les collaborateurs\u00b7trices de la pi\u00e8ce) et les m\u00e9chants, les coupables de cette catastrophe&nbsp;: tous les autres<em>,&nbsp;<\/em>le public y compris. Quel est le but de cette relation de ma\u00eetres \u00e0 \u00e9l\u00e8ves&nbsp;? Pourquoi cr\u00e9er cette barri\u00e8re (n\u2019y en a-t-il pas d\u00e9j\u00e0 assez)&nbsp;? Est-ce de cette mani\u00e8re que l\u2019on trouvera la force collective&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du spectacle on assiste \u00e0 un climax des sonorit\u00e9s, dans une ambiance \u00e9pique. Un ch\u0153ur mena\u00e7ant qui semble annoncer une trag\u00e9die imminente avance sur la sc\u00e8ne et se dirige vers les spectateurs. Est-ce pour cela que le terme du titre original,&nbsp;<em>play<\/em>, a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 dans celui de \u00ab&nbsp;pi\u00e8ce&nbsp;\u00bb, alors m\u00eame que le spectacle ne s\u2019apparente pas \u00e0 une fiction? Ce n\u2019est pas une \u00ab&nbsp;pi\u00e8ce&nbsp;\u00bb tout \u00e0 fait conventionnelle, mais cette \u0153uvre semble avoir un rapport fort avec le genre tragique. Elle se penche sur un pass\u00e9 glorieux de la nature qui a disparu et dans lequel chacun peut se reconna\u00eetre et peut partager ses souvenirs&nbsp;: dans le public, quelqu\u2019un a pens\u00e9 \u00e0 haute voix \u00e0 la beaut\u00e9 de la mer des Cara\u00efbes, quelqu\u2019un d\u2019autre s\u2019est souvenu de l\u2019\u00e9tonnement provoqu\u00e9 par une fleur qui poussait dans le ciment au milieu de la ville. Selon moi, le point de vue g\u00e9n\u00e9ral de cette pi\u00e8ce est le m\u00eame que celui des personnes \u00e2g\u00e9es qui repensent \u00e0 leur vie pass\u00e9e et devant lesquelles il ne reste que la mort. On sort de la salle sans aucune esp\u00e9rance, avec un sentiment d\u2019impuissance et d\u2019effroi \u00e0 cause de cette catastrophe irr\u00e9versible qui est en train de se d\u00e9rouler sous nos yeux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/celine-bignotti\/\">C\u00e9line Bignotti<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/elisa-andrade\/\">Elisa Andrade<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3,2,1 Extinction(s)<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1824\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22373\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg 1824w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1536x1011.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1824px) 100vw, 1824px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille la mise en sc\u00e8ne de Katie Mitchell,&nbsp;<\/em>Une pi\u00e8ce pour les vivant\u00b7e\u00b7x\u00b7s en temps d\u2019extinction<em>, qui, au travers de son dispositif sc\u00e9nique des plus intrigants, invite \u00e0 se questionner sur un renouvellement des pratiques du th\u00e9\u00e2tre dans un contexte de crise \u00e9cologique. Une performance qui joue sur les possibilit\u00e9s d\u2019interactions propres au v\u00e9ritable milieu que peut cr\u00e9er la s\u00e9ance th\u00e9\u00e2trale et qui remet en question les r\u00f4les et ressources traditionnelles de cette derni\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle s\u2019inscrit dans le cadre du projet&nbsp;<em>Sustainable Theatre&nbsp;?<\/em>&nbsp;codirig\u00e9 par Katie Mitchell, Jer\u00f4me Bel et le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy. L\u2019id\u00e9e est d\u2019aborder la th\u00e9matique \u00e9cologique en amenant sur sc\u00e8ne les grandes probl\u00e9matiques de la crise climatique pour les interroger avec le public. La performance a notamment pour but d\u2019\u00eatre neutre en \u00e9mission carbone&nbsp;: les com\u00e9diens sont de la r\u00e9gion, les costumes recycl\u00e9s et ce n\u2019est que le script qui voyage. En ce qui concerne la d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique n\u00e9cessaire \u00e0 la performance, deux v\u00e9los reli\u00e9s \u00e0 un syst\u00e8me \u00e9lectronique sont dispos\u00e9s de part et d\u2019autre de la sc\u00e8ne et, durant toute la repr\u00e9sentation, deux cyclistes p\u00e9dalent, afin de produire l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9cessaire. L\u2019autosuffisance \u00e9nerg\u00e9tique am\u00e8ne \u00e0 envisager un th\u00e9\u00e2tre sans empreinte, questionnement qui reste en toile de fond durant toute la repr\u00e9sentation. Cette derni\u00e8re est en effet travers\u00e9e par le bruit des cha\u00eenes de v\u00e9los qui rappelle constamment au public le dispositif particulier et qui ne manque pas de provoquer une l\u00e9g\u00e8re tension&nbsp;: les cyclistes vont-ils tenir leur course pour produire suffisamment d\u2019\u00e9lectricit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Encadr\u00e9e d\u2019une petite \u00e9quipe discr\u00e8te de technicien.ne.s du son, de la lumi\u00e8re et de l\u2019image, Safi Martin Y\u00e9 vient se positionner seule au centre de la sc\u00e8ne et commence son monologue. Elle prend tour \u00e0 tour le r\u00f4le de dramaturge, com\u00e9dienne ou metteuse en sc\u00e8ne en dirigeant les dispositifs techniques qui rythment son discours. Se cr\u00e9e ainsi un flou des fonctions endoss\u00e9es. Le public ne sait pas imm\u00e9diatement si la com\u00e9dienne interpr\u00e8te son propre r\u00f4le ou celui d\u2019un autre personnage. D\u2019embl\u00e9e elle prend de court le public en annon\u00e7ant que la pi\u00e8ce que nous venons voir ne sera pas repr\u00e9sent\u00e9e, car la m\u00e8re de l\u2019une des membres de l\u2019\u00e9quipe est en train de d\u00e9c\u00e9der \u00e0 la suite d\u2019un accident. Le public peut interpr\u00e9ter cela comme un parall\u00e8le avec le th\u00e9\u00e2tre traditionnel qui ne peut plus avoir lieu en contexte de crise \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune femme \u00e9voque la catastrophe climatique et, prenant la disparition des chauves-souris brunes comme fil rouge de son discours, retrace l\u2019histoire des grandes extinctions terrestres. Par le recours \u00e0 des effets sonores poignants, un jeu de lumi\u00e8re minimal et des diapositives montrant des esp\u00e8ces d\u2019animaux en voie de disparition, le public est visuellement et auditivement plong\u00e9 dans une atmosph\u00e8re intense. Le discours se fait sur le mode de la conf\u00e9rence, mais reste relativement scolaire. Il est entrecoup\u00e9 d\u2019anecdotes personnelles du personnage qui nous fait face et nous am\u00e8ne ainsi \u00e0 nous questionner sur notre mani\u00e8re personnelle d\u2019aborder la catastrophe climatique dans notre quotidien. L\u2019\u00e9locution de l\u2019interpr\u00e8te est parfois h\u00e9sitante et donne l\u2019impression que la pi\u00e8ce se cr\u00e9e au fur et \u00e0 mesure de son d\u00e9roulement. Serait-ce ici aussi un appel \u00e0 r\u00e9inventer une autre forme du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le public participe \u00e9galement \u00e0 cette remise en question des dispositifs traditionnels du th\u00e9\u00e2tre, dans la mesure o\u00f9 il est invit\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 interagir et participer, ayant ainsi une mince incidence sur le d\u00e9roulement global de la performance. Celle-ci prend alors un aspect exp\u00e9rimental, car elle diff\u00e8re selon l\u2019implication du public \u00e0 chaque repr\u00e9sentation. Cet aspect peut \u00e9galement faire \u00e9cho \u00e0 un questionnement fondamental de l\u2019\u00e9cologie, \u00e0 savoir une remise en question de notre individualisme, et am\u00e8ne une forme de communautarisme participatif comme mani\u00e8re de repenser les formes d\u2019un th\u00e9\u00e2tre durable. Cette tentative de cr\u00e9ation d\u2019une collectivit\u00e9 reste toutefois relativement ornementale. La participation du public demanderait \u00e0 \u00eatre davantage exploit\u00e9e pour donner un tournant plus exp\u00e9rimental au spectacle et amener un r\u00e9el retournement des valeurs traditionnelles du th\u00e9\u00e2tre. En effet, l\u2019implication du public reste limit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin s\u2019emballe et monte dans l\u2019\u00e9motion. Arriv\u00e9e au climax de la sixi\u00e8me extinction de masse que nous vivons actuellement, l\u2019interpr\u00e8te acc\u00e9l\u00e8re le rythme et m\u00e9lange davantage d\u2019anecdotes personnelles \u00e0 des r\u00e9cits scientifiques, performant ainsi une crise d\u2019\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 qui se fait ressentir dans la salle. La repr\u00e9sentation se termine sur l\u2019apparition d\u2019un ch\u0153ur qui s\u2019avance lentement du fond de la sc\u00e8ne en direction du public. La force \u00e9motionnelle du ch\u0153ur ne manque pas de rappeler \u00e0 une tradition th\u00e9\u00e2trale tragique et ajoute une touche de spectaculaire, m\u00eame si les paroles du chant sont quelque peu superficielles par rapport \u00e0 l\u2019effet esth\u00e9tique et sensationnel recherch\u00e9. Le ch\u0153ur se constitue cependant en tant qu\u2019important \u00e9l\u00e9ment qui produit un fort sentiment chez le public, faisant directement \u00e9cho au chaos climatique qui avance sur nous. C\u2019est dans ce climax \u00e9motionnel que se termine la repr\u00e9sentation, laissant un sentiment particulier qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 une forme de morale \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/elisa-andrade\/\">Elisa Andrade<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/brian-aubert\/\">Brian Aubert<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pour un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 deux v\u00e9los<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"663\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22371\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture.jpg 900w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-271x200.jpg 271w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-231x170.jpg 231w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_couverture-768x566.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019aube de la fin du monde, pour pr\u00e9tendre sauver la plan\u00e8te, il faut parler du r\u00e9chauffement climatique, mais aussi cr\u00e9er des propositions artistiques pour un th\u00e9\u00e2tre durable. Allier le discours \u00e0 la cr\u00e9ation est l\u2019objectif qu\u2019annonce&nbsp;<\/em>Une pi\u00e8ce pour les vivant.e.x.s en temps d\u2019extinction<em>. Le spectacle tente, dans cette perspective, de sensibiliser le public \u00e0 la crise climatique \u00e0 travers la mise en sc\u00e8ne d\u2019un monologue \u00e9co-f\u00e9ministe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le principe du spectacle de la metteuse en sc\u00e8ne britannique Katie Mitchell est simple : cr\u00e9er une forme de th\u00e9\u00e2tre neutre en \u00e9mission de carbone. Le mat\u00e9riel utilis\u00e9 pour la sc\u00e9nographie provient d\u2019institutions romandes, tout comme la com\u00e9dienne et les r\u00e9gisseurs, ainsi que les costumes, sortis tout droit du local du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy. Sur sc\u00e8ne, deux cyclistes p\u00e9dalent afin de fournir l\u2019\u00e9nergie consomm\u00e9e par le spectacle pour le son (le micro et la musique) et la lumi\u00e8re, d\u00e9clench\u00e9s par les quatre r\u00e9gisseurs pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne. C\u2019est dans ce dispositif tout \u00e0 fait singulier que la com\u00e9dienne Safi Martin Y\u00e9 d\u00e9clame le monologue \u00e9co-f\u00e9ministe de la dramaturge am\u00e9ricaine Miranda Rose Hall. Voil\u00e0 le pari de la metteuse en sc\u00e8ne, qui \u2013 pour r\u00e9duire son empreinte carbone \u2013 a \u00e9labor\u00e9 le projet avec l\u2019\u00e9quipe de Vidy via la plateforme Zoom (reste-t-elle une bonne proposition \u00e9cologique ?).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le public est face \u00e0 la com\u00e9dienne, qui se trouve debout au milieu de la sc\u00e8ne, incarnant un personnage qui joue ais\u00e9ment avec les modes op\u00e9ratoires de l\u2019improvisation, du stand-up et de la conf\u00e9rence, en passant d\u2019un ton l\u00e9ger, amusant, \u00e0 un ton plus grave et s\u00e9rieux. Tout au long du spectacle, le personnage incarn\u00e9 par Safi Martin Y\u00e9 r\u00e9ussit \u00e0 nous embarquer dans l\u2019histoire de la cr\u00e9ation de la Terre, du Big Bang jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Un jeu sensible et poignant dot\u00e9 d\u2019une pr\u00e9tention didactique et accompagn\u00e9 d\u2019invitations directes pour impliquer les spectateurs, mis en lumi\u00e8re dans la salle de temps \u00e0 autres gr\u00e2ce aux 100 Watts produits par les cyclistes. O\u00f9 se situe le spectateur par rapport au discours de la pi\u00e8ce ? Il est le \u00ab&nbsp;<em>vivant.e.x.s en temps d\u2019extinction<\/em>&nbsp;\u00bb. Cela devrait lui faire peur, car il est, comme le dit le personnage, le bourreau et la victime de la sixi\u00e8me extinction de masse. Suffit-il de le dire pour nous faire agir, nous faire participer \u00e0 la lutte contre le changement climatique ?<\/p>\n\n\n\n<p>La force de la proposition artistique ne se trouve pas enti\u00e8rement dans le jeu ni dans le discours, mais davantage dans le medium cr\u00e9\u00e9. Cela fait une heure que le personnage parle ou montre des diapositives d\u2019animaux en voie d\u2019extinction accompagn\u00e9es de sonorit\u00e9s atmosph\u00e9riques hypnotiques. Mais cela fait aussi une heure que les cyclistes p\u00e9dalent et que le bruit des roues s\u2019installe comme bruit de fond. Et cela fait une heure \u00e9galement que la com\u00e9dienne s\u2019exprime pour donner vie au monologue, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9nergie fournie par les deux cyclistes. Sans eux, il n\u2019y a pas de spectacle. Tandis que le public, lui, est la plupart du temps, dans le noir, non pas cr\u00e9ateur mais r\u00e9cepteur, comme si sa participation ponctuelle \u00e9tait davantage sollicit\u00e9e plus pour le maintenir \u00e9veill\u00e9 que pour \u00e9veiller v\u00e9ritablement sa conscience \u00e9cologique. De fait, face \u00e0 un public lausannois sensible \u00e0 la crise \u00e9cologique, le texte de Miranda Rose Hall n\u2019apporte pas forc\u00e9ment de nouveaux \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a bien une urgence qui se fait sentir dans la cr\u00e9ation d\u2019une machinerie cyclique qui investit l\u2019espace de mani\u00e8re si gracieuse. Les v\u00e9ritables innovateurs, dans cette lutte universelle pour sauver la plan\u00e8te, ce sont les scientifiques et l\u2019\u00e9quipe technique qui ont mis au point un dispositif sc\u00e9nique unique avec laquelle<em>&nbsp;the show&nbsp;<\/em>can<em>&nbsp;go on<\/em>, m\u00eame en temps de&nbsp;<em>blackout<\/em>&nbsp;plan\u00e9taire. Si le but de ce spectacle \u00e9tait de nous pousser \u00e0 agir, alors il nous inviterait \u00e0 investir dans ces deux v\u00e9los de l\u2019avenir. Ce spectacle, qui partira en tourn\u00e9e dans plusieurs pays avec \u00e0 chaque fois une \u00e9quipe locale diff\u00e9rente, nous montre qu\u2019il y aura vie, et th\u00e9\u00e2tre, tant que les \u00eatres vivant.e.x.s entendront l\u2019\u00e9cho des roues qui tournent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/brian-aubert\/\">Brian Aubert<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/hugo-merzeau\/\">Hugo Merzeau<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La conf\u00e9rence \u00e9cologique : une conf\u00e9rence intime <\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1824\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22372\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article.jpg 1824w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-1536x1011.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1824px) 100vw, 1824px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Z\u00e9ro-omission&nbsp;: le projet m\u00eale ambition et simplicit\u00e9 d\u00e8s sa formulation. La simplicit\u00e9 d\u2019un dispositif sc\u00e9nique minimaliste pour tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la crise climatique et l\u2019ambition d\u2019une conf\u00e9rence sans tabou sur un sujet au centre de nombreux d\u00e9bats actuellement. Le spectacle explore les enjeux \u00e9cologiques dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e0 l\u2019aide d\u2019une double narration, intime et scientifique. Un spectacle didactique qui propose une \u00e9cologie scolaire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traiter de l\u2019\u00e9cologie au th\u00e9\u00e2tre pose de nombreuses questions, notamment celle de la forme \u00e0 adopter pour \u00eatre pertinent et celle de la force propre au th\u00e9\u00e2tre dans ce type de d\u00e9bat. Katie Mitchell conna\u00eet ces questions car ce n\u2019est pas son premier spectacle qui aborde ce sujet mais elle a adopt\u00e9 ici une m\u00e9thode novatrice dans la conception m\u00eame de la pi\u00e8ce. Rien ne doit se d\u00e9placer. L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de la pi\u00e8ce doit limiter au maximum son co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique et donc son impact environnemental. Pour ce faire, elle ne se d\u00e9place pas pour diriger mais proc\u00e8de par Zoom, les costumes sont des r\u00e9utilisations de ce qui se trouve dans les th\u00e9\u00e2tres, et l\u2019\u00e9nergie sur sc\u00e8ne est produite par deux cyclistes. Safi Martin Y\u00e9 incarne une dramaturge d\u00e9contenanc\u00e9e par la tournure des \u00e9v\u00e9nements qui surviennent tant dans sa vie personnelle que dans sa perception de l\u2019\u00e9volution future de l\u2019environnement. Elle prend place au centre d\u2019un dispositif minimaliste&nbsp;: un micro \u00e0 pied, le sien, tr\u00f4ne au centre de la sc\u00e8ne, entour\u00e9 de deux v\u00e9los eux-m\u00eames surmont\u00e9s d\u2019un compteur de watts et, derri\u00e8re chaque v\u00e9lo, deux chaises. Le tableau est dress\u00e9. Afin de faire face \u00e0 ce d\u00e9fi immense de raconter diff\u00e9remment l\u2019\u00e9tat actuel du d\u00e9bat \u00e9cologique, une s\u00e9lection de micro-r\u00e9cits de son histoire individuelle vient s\u2019intercaler pendant l\u2019expos\u00e9 de l\u2019histoire de la vie sur Terre. Tandis que la tension augmente au fil des disparitions de masse \u00e9voqu\u00e9es par la conf\u00e9renci\u00e8re, dans une ambiance sonore de fin du monde, le terreau \u00e9motionnel continue de s\u2019enrichir de ses souvenirs d\u2019enfance et d\u2019autres exp\u00e9riences pass\u00e9es. A l\u2019alternance entre ces deux r\u00e9gimes narratifs, s\u2019ajoute, \u00e0 petite dose, la participation du public orchestr\u00e9e par la conf\u00e9renci\u00e8re soutenue par Diane, une technisc\u00e9niste pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne, et sa lampe. Puis l\u2019exp\u00e9rience change de direction, la dialectique p\u00e9dagogique fait place \u00e0 un alarmisme plus pressant, les chauves-souris brunes remplacent les dinosaures en peluches, le discours historique c\u00e8de face \u00e0 un futur apocalyptique, bref la sixi\u00e8me extinction de masse a d\u00e9but\u00e9. Il n\u2019est plus question de la stratification terrestre mais bien de la disparition concr\u00e8te et en continuelle acc\u00e9l\u00e9ration de la biodiversit\u00e9 qui compose notre monde. La prestation s\u2019ach\u00e8ve dans une ambiance de fin du monde dont l\u2019alarmisme n\u2019a d\u2019\u00e9gal que le pathos dans lequel le ch\u0153ur, surgi du fond de la sc\u00e8ne, plonge la salle tout enti\u00e8re, aux \u00e9chos des remerciements adress\u00e9s \u00e0 l\u2019ensemble du r\u00e8gne vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre, comme lieu d\u2019interaction sociale, poss\u00e8de une sp\u00e9cificit\u00e9 dans le traitement de ces d\u00e9bats contemporains&nbsp;: sa facult\u00e9 \u00e0 provoquer des \u00e9motions par effet de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre salle et sc\u00e8ne par la proximit\u00e9 qu\u2019induit le lieu. D\u2019autant plus que cette pi\u00e8ce int\u00e8gre dans son principe l\u2019inclusion des spectateurs par des moments d\u2019interactions et par une distance volontairement affaiblie au d\u00e9but du spectacle. N\u00e9anmoins, quelques \u00e9l\u00e9ments viennent perturber cette construction d\u2019une empathie forte entre les spectateurs et les r\u00e9cits de vie d\u00e9sempar\u00e9s de la conf\u00e9renci\u00e8re. La surcharge d\u2019\u00e9l\u00e9ments narratifs et discursifs affaiblit, par effet de proximit\u00e9, l\u2019aspect scientifique de la conf\u00e9rence, juxtapos\u00e9e \u00e0 des exp\u00e9riences intimes pas toujours probantes. La sc\u00e8ne qui \u00e9voque, par exemple, la rencontre de la conf\u00e9renci\u00e8re avec une gu\u00e9risseuse shaman fait surgir des clich\u00e9s li\u00e9s \u00e0 ce type d\u2019exp\u00e9rience. Cette th\u00e9matique poss\u00e8de un int\u00e9r\u00eat narratif et th\u00e9\u00e2tral ind\u00e9niable, il est donc d\u2019autant plus regrettable qu\u2019elle am\u00e8ne ici un effet de discordance, de m\u00eame, plus g\u00e9n\u00e9ralement, que l\u2019accumulation de micro-r\u00e9cits qui impliquent un grand nombre de registres diff\u00e9rents \u2013 que l\u2019actrice assume par ailleurs avec brio. La gestion des \u00e9motions des spectateurs n\u00e9cessite peut-\u00eatre de travailler diff\u00e9remment leur inclusion au service d\u2019une pi\u00e8ce \u00e9coresponsable dans sa teneur \u00e9nerg\u00e9tique ou dans son impact environnemental, car la fronti\u00e8re entre le sentiment de d\u00e9calage et l\u2019immersion empathique des membres du public est aussi fine qu\u2019une feuille de cigarette<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/hugo-merzeau\/\">Hugo Merzeau<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-aeby\/\">Ma\u00eblle Aeby<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Point de rupture <\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1824\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22373\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2.jpg 1824w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-768x505.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/10\/piece-pour-les-vivants_article-2-1536x1011.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1824px) 100vw, 1824px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Claudia Ndebele<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Z\u00e9ro-omission&nbsp;: le projet m\u00eale ambition et simplicit\u00e9 d\u00e8s sa formulation. La simplicit\u00e9 d\u2019un dispositif sc\u00e9nique minimaliste pour tenter de r\u00e9pondre \u00e0 la crise climatique et l\u2019ambition d\u2019une conf\u00e9rence sans tabou sur un sujet au centre de nombreux d\u00e9bats actuellement. Le spectacle explore les enjeux \u00e9cologiques dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e0 l\u2019aide d\u2019une double narration, intime et scientifique. Un spectacle didactique qui propose une \u00e9cologie scolaire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traiter de l\u2019\u00e9cologie au th\u00e9\u00e2tre pose de nombreuses questions, notamment celle de la forme \u00e0 adopter pour \u00eatre pertinent et celle de la force propre au th\u00e9\u00e2tre dans ce type de d\u00e9bat. Katie Mitchell conna\u00eet ces questions car ce n\u2019est pas son premier spectacle qui aborde ce sujet mais elle a adopt\u00e9 ici une m\u00e9thode novatrice dans la conception m\u00eame de la pi\u00e8ce. Rien ne doit se d\u00e9placer. L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de la pi\u00e8ce doit limiter au maximum son co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique et donc son impact environnemental. Pour ce faire, elle ne se d\u00e9place pas pour diriger mais proc\u00e8de par Zoom, les costumes sont des r\u00e9utilisations de ce qui se trouve dans les th\u00e9\u00e2tres, et l\u2019\u00e9nergie sur sc\u00e8ne est produite par deux cyclistes. Safi Martin Y\u00e9 incarne une dramaturge d\u00e9contenanc\u00e9e par la tournure des \u00e9v\u00e9nements qui surviennent tant dans sa vie personnelle que dans sa perception de l\u2019\u00e9volution future de l\u2019environnement. Elle prend place au centre d\u2019un dispositif minimaliste&nbsp;: un micro \u00e0 pied, le sien, tr\u00f4ne au centre de la sc\u00e8ne, entour\u00e9 de deux v\u00e9los eux-m\u00eames surmont\u00e9s d\u2019un compteur de watts et, derri\u00e8re chaque v\u00e9lo, deux chaises. Le tableau est dress\u00e9. Afin de faire face \u00e0 ce d\u00e9fi immense de raconter diff\u00e9remment l\u2019\u00e9tat actuel du d\u00e9bat \u00e9cologique, une s\u00e9lection de micro-r\u00e9cits de son histoire individuelle vient s\u2019intercaler pendant l\u2019expos\u00e9 de l\u2019histoire de la vie sur Terre. Tandis que la tension augmente au fil des disparitions de masse \u00e9voqu\u00e9es par la conf\u00e9renci\u00e8re, dans une ambiance sonore de fin du monde, le terreau \u00e9motionnel continue de s\u2019enrichir de ses souvenirs d\u2019enfance et d\u2019autres exp\u00e9riences pass\u00e9es. A l\u2019alternance entre ces deux r\u00e9gimes narratifs, s\u2019ajoute, \u00e0 petite dose, la participation du public orchestr\u00e9e par la conf\u00e9renci\u00e8re soutenue par Diane, une technisc\u00e9niste pr\u00e9sente sur sc\u00e8ne, et sa lampe. Puis l\u2019exp\u00e9rience change de direction, la dialectique p\u00e9dagogique fait place \u00e0 un alarmisme plus pressant, les chauves-souris brunes remplacent les dinosaures en peluches, le discours historique c\u00e8de face \u00e0 un futur apocalyptique, bref la sixi\u00e8me extinction de masse a d\u00e9but\u00e9. Il n\u2019est plus question de la stratification terrestre mais bien de la disparition concr\u00e8te et en continuelle acc\u00e9l\u00e9ration de la biodiversit\u00e9 qui compose notre monde. La prestation s\u2019ach\u00e8ve dans une ambiance de fin du monde dont l\u2019alarmisme n\u2019a d\u2019\u00e9gal que le pathos dans lequel le ch\u0153ur, surgi du fond de la sc\u00e8ne, plonge la salle tout enti\u00e8re, aux \u00e9chos des remerciements adress\u00e9s \u00e0 l\u2019ensemble du r\u00e8gne vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre, comme lieu d\u2019interaction sociale, poss\u00e8de une sp\u00e9cificit\u00e9 dans le traitement de ces d\u00e9bats contemporains&nbsp;: sa facult\u00e9 \u00e0 provoquer des \u00e9motions par effet de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre salle et sc\u00e8ne par la proximit\u00e9 qu\u2019induit le lieu. D\u2019autant plus que cette pi\u00e8ce int\u00e8gre dans son principe l\u2019inclusion des spectateurs par des moments d\u2019interactions et par une distance volontairement affaiblie au d\u00e9but du spectacle. N\u00e9anmoins, quelques \u00e9l\u00e9ments viennent perturber cette construction d\u2019une empathie forte entre les spectateurs et les r\u00e9cits de vie d\u00e9sempar\u00e9s de la conf\u00e9renci\u00e8re. La surcharge d\u2019\u00e9l\u00e9ments narratifs et discursifs affaiblit, par effet de proximit\u00e9, l\u2019aspect scientifique de la conf\u00e9rence, juxtapos\u00e9e \u00e0 des exp\u00e9riences intimes pas toujours probantes. La sc\u00e8ne qui \u00e9voque, par exemple, la rencontre de la conf\u00e9renci\u00e8re avec une gu\u00e9risseuse shaman fait surgir des clich\u00e9s li\u00e9s \u00e0 ce type d\u2019exp\u00e9rience. Cette th\u00e9matique poss\u00e8de un int\u00e9r\u00eat narratif et th\u00e9\u00e2tral ind\u00e9niable, il est donc d\u2019autant plus regrettable qu\u2019elle am\u00e8ne ici un effet de discordance, de m\u00eame, plus g\u00e9n\u00e9ralement, que l\u2019accumulation de micro-r\u00e9cits qui impliquent un grand nombre de registres diff\u00e9rents \u2013 que l\u2019actrice assume par ailleurs avec brio. La gestion des \u00e9motions des spectateurs n\u00e9cessite peut-\u00eatre de travailler diff\u00e9remment leur inclusion au service d\u2019une pi\u00e8ce \u00e9coresponsable dans sa teneur \u00e9nerg\u00e9tique ou dans son impact environnemental, car la fronti\u00e8re entre le sentiment de d\u00e9calage et l\u2019immersion empathique des membres du public est aussi fine qu\u2019une feuille de cigarette<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 septembre 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-aeby\/\">Ma\u00eblle Aeby<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir le spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Miranda Rose Hall \/ Mise en sc\u00e8ne par Katie Mitchell \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u2013 Lausanne \/ du 25 septembre au 3 octobre 2021 \/ Critiques par Valentine Bovey, Sarah Neu, Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin, Micha\u00ebl Rolli, Stella Wohlers, Nathan Maggetti, C\u00e9line Bignotti, Elisa Andrade, Brian Aubert, Hugeau Merzeau et Ma\u00eblle Aeby .<\/p>\n","protected":false},"author":1002282,"featured_media":22371,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[250,251,249,244,254,307,243,248,235,233,241],"class_list":["post-15548","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-brian-aubert","tag-celine-bignotti","tag-elisa-andrade","tag-frederique-sautin","tag-hugo-merzeau","tag-maelle-aeby-2","tag-michael-rolli","tag-nathan-maggetti","tag-sarah-neu","tag-stella-wohlers","tag-valentine-bovey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002282"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15548"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22375,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15548\/revisions\/22375"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22371"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}