{"id":1540,"date":"2013-12-12T11:06:49","date_gmt":"2013-12-12T10:06:49","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=1540"},"modified":"2025-02-10T13:59:41","modified_gmt":"2025-02-10T12:59:41","slug":"souviendrons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2013\/12\/souviendrons\/","title":{"rendered":"Nous souviendrons nous"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Nous souviendrons nous<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">de C\u00e9dric Leproust \/ Compagnie T\u00e9tanotwist \/ Th\u00e9\u00e2tre l&rsquo;Arsenic \u00e0 Lausanne \/ du 10 au 15 d\u00e9cembre 2013 \/ Critiques par Sabrina Roh, Jonas Parson et Roxane Cherubini. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 d\u00e9cembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Sabrina Roh\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sabrina-roh\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il a fallu qu&rsquo;il naisse<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"498\" height=\"373\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9584\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img.png 498w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img-267x200.png 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 498px) 100vw, 498px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arsenic<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>C\u00e9dric Leproust invite le public \u00e0 se confronter \u00e0 la mort. Loin d\u2019\u00eatre une exp\u00e9rience mystique, ce voyage sous terre rappelle aux spectateurs leur condition de mortels. <\/em>Nous Souviendrons Nous<em> est une performance \u00e0 voir jusqu\u2019au 15 d\u00e9cembre \u00e0 l\u2019Arsenic \u00e0 Lausanne.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le brouhaha du public r\u00e9sonne dans le hall du th\u00e9\u00e2tre alors que C\u00e9dric Leproust prend place au centre de la pi\u00e8ce. Accompagn\u00e9 de Kiki le chien-chien, jouet offert par son parrain, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis, il adopte le ton de la confidence. En pr\u00e9sentant ce jouet, il offre une parcelle de son intimit\u00e9 et le public fait de m\u00eame en retour&nbsp;: invit\u00e9 \u00e0 faire une introspection, chaque spectateur marque au feutre noir le souvenir d\u2019un proche d\u00e9funt sur le torse nu du com\u00e9dien. Puis c\u2019est dans un cort\u00e8ge mi-comique, mi-fun\u00e8bre que tout ce petit monde se dirige vers la salle de spectacle, guid\u00e9 par C\u00e9dric Leproust tirant Kiki, dont le grincement des roulettes r\u00e9sonne dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous Souviendrons Nous<\/em> souhaite rappeler \u00e0 l\u2019\u00eatre humain sa condition de mortel. Est-ce vraiment n\u00e9cessaire de rappeler \u00e0 l\u2019homme qu\u2019il lui est impossible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la Grande Faucheuse&nbsp;? La mort est partout, dans les m\u00e9dias, dans les histoires racont\u00e9es et dans l\u2019entourage de chacun. Mais le fait que l\u2019homme y soit souvent confront\u00e9 ne veut pas forc\u00e9ment dire qu\u2019il l\u2019a accept\u00e9e. Selon C\u00e9dric Leproust, le paradoxe de l\u2019\u00eatre humain est d\u2019oublier ses anc\u00eatres afin d\u2019oublier qu\u2019il est lui-m\u00eame mortel. Le directeur artistique de la Compagnie T\u00e9tanotwist aime interroger la mani\u00e8re avec laquelle les sentiments jaillissent sous la forme la plus brute. Dans&nbsp;<em>Nous Souviendrons Nous,<\/em> c\u2019est donc le rapport ambigu \u00e0 la mort qui est exploit\u00e9. Com\u00e9dien, ayant suivi une premi\u00e8re formation \u00e0 Paris et une deuxi\u00e8me \u00e0 la Manufacture de Lausanne, il choisit la performance pour mettre en sc\u00e8ne ses id\u00e9es. Il avoue s\u2019inspirer du cadre h\u00e9rit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre classique mais souligne toutefois son envie de proposer de nouvelles formes de repr\u00e9sentations afin de cr\u00e9er quelque chose de \u00ab&nbsp;percutant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous Souviendrons Nous<\/em> est d\u2019ailleurs une performance qui marque. L\u2019intimit\u00e9 instaur\u00e9e entre le com\u00e9dien et le public en d\u00e9but de spectacle est soudainement bris\u00e9e par la lumi\u00e8re agressive qui jaillit de six spots. Dans le fond, une silhouette se distingue \u00e0 peine. Ne sont perceptibles que ses mouvements furtifs et sa respiration. Le souffle bruyant et la voix d\u2019outre-tombe adopt\u00e9s par C\u00e9dric Leproust rappellent le personnage de Dark Vador. L\u2019image para\u00eet caricaturale mais il semble qu\u2019elle est finalement proche de celle que l\u2019homme se fait de la mort&nbsp;: un monstre effrayant, un ph\u00e9nom\u00e8ne surnaturel qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re \u00e9viter.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis la source de lumi\u00e8re se d\u00e9place. Sur le devant de la sc\u00e8ne, elle d\u00e9voile le com\u00e9dien nu et recouvert d\u2019argile. Un autre monstre&nbsp;?&nbsp;Il est vrai que les mouvements et le corps fr\u00eale du com\u00e9dien lui \u00f4tent dans ce dispositif toute apparence humaine. De plus, ses yeux sont comme fous. Mais l\u2019argile, en r\u00e9alit\u00e9, ne repr\u00e9sente pas la mort&nbsp;: m\u00e9lange de terre et d\u2019eau, il est le symbole de la vie. Ce n\u2019est donc que la peur de l\u2019homme face \u00e0 sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 que C\u00e9dric Leproust personnifie sous l\u2019apparence de cet homme fait d\u2019eau mais aussi de terre, terre \u00e0 laquelle il retournera in\u00e9vitablement, car \u00ab&nbsp;il a fallu qu\u2019il naisse&nbsp;\u00bb pour devenir mortel. C\u2019est d\u2019ailleurs la terre qui rattrape l\u2019homme. Elle lui tombe dessus sans crier gare. Plut\u00f4t que de l\u2019\u00e9viter, le com\u00e9dien s\u2019en impr\u00e8gne. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela car, comme il le dit, \u00ab&nbsp;cette terre est la tienne, la terre de ton p\u00e8re, de ta m\u00e8re, du p\u00e8re de ta m\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi alors rechigner \u00e0 y retourner&nbsp;? Encore tout macul\u00e9 de terre et d\u2019argile, C\u00e9dric Leproust reprend une attitude et&nbsp;un ton naturels pour se confier&nbsp;: selon lui, la vie existe gr\u00e2ce \u00e0 la mort. Cette fin optimiste, o\u00f9 le com\u00e9dien renoue les liens construits avec le public en d\u00e9but de spectacle, distingue cette performance de celles dans lesquelles les com\u00e9diens se roulent dans la boue sans but apparent. Si le spectateur rit parfois du spectacle \u00e9tonnant qui lui est propos\u00e9, il en ressort aussi avec l\u2019impression d\u2019avoir apprivois\u00e9 un sujet qu\u2019il pensait pourtant conna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 d\u00e9cembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Sabrina Roh\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/sabrina-roh\">Sabrina Roh<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 d\u00e9cembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Jonas Parson\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jonas-parson\">Jonas Parson<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quarante minutes de beaut\u00e9, de douleur et de terre<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"498\" height=\"373\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9584\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img.png 498w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img-267x200.png 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 498px) 100vw, 498px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arsenic<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Th\u00e9\u00e2tre ou performance? C&rsquo;est un objet particulier que Cedric Leproust nous invite \u00e0 \u00e9prouver \u00e0 l&rsquo;Arsenic, jusqu&rsquo;au 15 d\u00e9cembre. Une r\u00e9flexion sur la mort et la fragilit\u00e9 de notre corps, nourrie par des souvenirs d&rsquo;enfance et des emprunts \u00e0 Beckett, Shakespeare et d&rsquo;autres, d&rsquo;une esth\u00e9tique puissante, entre d\u00e9nuement total et explosions visuelles.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans le hall de l&rsquo;Arsenic que Cedric Leproust nous pr\u00e9sente Kiki, vieux chien \u00e0 roulettes, seul souvenir de son parrain, mort peu de temps apr\u00e8s lui avoir offert ce jouet lorsqu&rsquo;il avait un an. Ce moment qu&rsquo;il nous invite \u00e0 partager avec lui est une exploration de la pr\u00e9sence de la mort dans notre m\u00e9moire, dans notre corps. Ce qui nous constitue, et nous d\u00e9fait tout autant. \u201cCe n&rsquo;est pas un paradoxe que de dire que nous mourrons parce que nous avons v\u00e9cu\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ceci n&rsquo;est pas une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de facture classique, et nous n&rsquo;en sommes pas uniquement spectateurs. \u00d4tant sa chemise, Leproust nous invite \u00e0 venir \u00e9crire sur son torse un souvenir d&rsquo;enfance li\u00e9 \u00e0 une personne morte depuis. Inscrits sur son corps, ces \u00e9l\u00e9ments &#8211; l&rsquo;odeur du tabac, une barbe qui pique, une sucrerie &#8211; et les noms des disparus vont l&rsquo;accompagner \u00e0 travers son exp\u00e9rience de la fragilit\u00e9 du corps humain. Nous prenons part ainsi \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un objet commun, ouvrant un espace de confiance et d&rsquo;intimit\u00e9 partag\u00e9e dans lequel va \u00e9voluer le com\u00e9dien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une premi\u00e8re cr\u00e9ation entre intimit\u00e9 fragile et puissance visuelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa premi\u00e8re cr\u00e9ation, Leproust nous offre une exp\u00e9rience br\u00e8ve mais intense, qui r\u00e9v\u00e8le sa ma\u00eetrise de la cr\u00e9ation visuelle et artistique. Dans un habile jeu d&rsquo;ombres et de lumi\u00e8res, il propose des tableaux visuellement impressionnants, nous entra\u00eenant dans un univers troublant, violent et onirique. Dans le noir, \u00ab&nbsp;My body is a cage&nbsp;\u00bb, puissant hymne rock d&rsquo;Arcade Fire ouvre la pi\u00e8ce. Notre corps, une cage, certes, mais le seul espace qui nous est donn\u00e9 pour vivre. Un panneau illumin\u00e9 au plafond pose la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui est l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb La musique est forte, tr\u00e8s forte, mais \u00e0 son apog\u00e9e cesse brutalement dans un bruit d\u00e9sagr\u00e9able de prise jack mal branch\u00e9e. L&rsquo;ambiance est donn\u00e9e. La performance oscillera entre puissance enivrante et fragilit\u00e9 sans confort. Leproust \u00e9prouve nos oreilles, nos yeux, mais surtout son corps, dans son jeu avec la mortalit\u00e9 et la mat\u00e9rialit\u00e9 qui nous constituent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P\u00e8re, m\u00e8re et terre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mat\u00e9rialit\u00e9&nbsp;: il l&rsquo;annonce, pas d&rsquo;exp\u00e9rience mystique ici, pas de transcendance, ni d&rsquo;esprit pur, mais un corps fait de la terre dont il est issu, et vers laquelle il retourne. Nue, enduite d&rsquo;argile, sa silhouette se d\u00e9coupe \u00e0 moiti\u00e9 devant six projecteurs braqu\u00e9s \u00e0 pleins feux sur le public. Semblant sortir des entrailles de la terre, le corps luisant comme celui d&rsquo;un nouveau-n\u00e9, Leproust r\u00e9cite d&rsquo;une voix d&rsquo;outre-tombe un texte de Beckett, nomm\u00e9 \u00e0 point <em>J&rsquo;ai renonc\u00e9 avant de na\u00eetre.<\/em> La mort, la pourriture, et le d\u00e9sir de permanence qui \u00e9treint l&rsquo;homme et lui fait refuser sa finitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin, tenant un n\u00e9on devant lui, il appellera, dans une liste potentiellement sans fin, ses anc\u00eatres, ceux qui le constituent, dans leur vie et dans leur mort. \u00ab&nbsp;Je dirai le p\u00e8re de mon p\u00e8re, et la m\u00e8re de ma m\u00e8re, et le p\u00e8re du p\u00e8re de mon p\u00e8re, et le p\u00e8re du p\u00e8re de ma m\u00e8re&#8230;&nbsp;\u00bb Dans un d\u00e9versement cataclysmique, les cieux s&rsquo;ouvrent, et une masse de terre s\u2019effondre sur la sc\u00e8ne. Se tordant dans la terre, la blancheur de l&rsquo;argile se m\u00ealant au noir, il raconte sa m\u00e8re dont il doit s&rsquo;extraire, et ce p\u00e8re qu&rsquo;il \u00ab&nbsp;foule&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une exp\u00e9rience intense \u00e0 laquelle nous invite Leproust. Son corps est mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, d\u00e9voil\u00e9 sans aucune protection au froid ou au regard des spectateurs. Intense pour le public, aussi, qui est invit\u00e9 \u00e0 partager ce moment en d\u00e9passant la position de voyeur qui le caract\u00e9rise dans la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale habituelle, en s&rsquo;engageant \u00e9motionnellement \u00e0 travers le prisme de ce souvenir partag\u00e9 en prologue, et qui fait corps avec l&rsquo;artiste. Performance plus que th\u00e9\u00e2tre, mais qui emprunte au th\u00e9\u00e2tre ses textes, objet inclassable, qui se joue des normes. Et si nous sommes fragiles, si nous mourrons tous finalement, ce n&rsquo;est pas grave, car nous avons v\u00e9cu. Et ce n&rsquo;est pas Kiki qui me contredira.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 d\u00e9cembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Jonas Parson\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/jonas-parson\">Jonas Parson<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 d\u00e9cembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Roxane Cherubini\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/roxane-cherubini\">Roxane Cherubini<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Se souvenir de notre mort<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"498\" height=\"373\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9584\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img.png 498w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img-227x170.png 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2013\/12\/noussouviendronsnous_img-267x200.png 267w\" sizes=\"auto, (max-width: 498px) 100vw, 498px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Arsenic<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Avec <\/em>Nous souviendrons nous<em>, de et par C\u00e9dric Leproust, la compagnie T\u00e9tanotwist nous invite \u00e0 nous r\u00e9concilier avec notre condition de mortels et \u00e0 vivre avec le souvenir des d\u00e9funts qui sommeillent en nous. C\u2019est \u00e0 l\u2019Arsenic, du 10 au 15 d\u00e9cembre, que cette cr\u00e9ation innovante risque de vous surprendre.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Baign\u00e9 dans le noir, le plateau est \u00e9clair\u00e9 soudainement par une lumi\u00e8re vive. Un corps nu couvert d\u2019argile, qui a tous les aspects d\u2019un cadavre, se tient debout devant le public. L\u2019effet visuel est percutant. Les yeux exorbit\u00e9s, la bouche entrouverte, le com\u00e9dien \u00e9voque le destin de tout un chacun&nbsp;; notre corps est vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. Mais avant, il doit pourrir. La fragilit\u00e9 de l\u2019homme et son in\u00e9luctable fin sont ici repr\u00e9sent\u00e9es. Une autre sc\u00e8ne de cette pi\u00e8ce polymorphe&nbsp;: des projecteurs jaunes, aveuglants, situ\u00e9s au-dessus et au-devant du com\u00e9dien. Ils dessinent sa silhouette, telle une ombre. Le reste du d\u00e9cor est immerg\u00e9 dans le noir. Seules quelques paroles se font entendre sur un ton rauque. Elles m\u00ealent les pronoms \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb, visant par l\u00e0 \u00e0 semer le trouble chez le spectateur&nbsp;; \u00e0 l\u2019enseigne lumineuse \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb, suspendue au plafond, r\u00e9pond l\u2019incertain \u00ab&nbsp;Qui nous parle&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Cette confusion sert \u00e0 \u00e9tablir une relation entre le soi vivant, le soi mort et nos proches disparus.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9dric Leproust souhaite confronter le public \u00e0 cette \u00e9tape naturelle de la vie, trop souvent crainte et tue aujourd\u2019hui. Pour jouir de l\u2019existence, la mort doit lui \u00eatre intrins\u00e8quement rattach\u00e9e. Afin d\u2019amener l\u2019assistance \u00e0 ne plus la fuir, il int\u00e8gre le silence et l\u2019obscurit\u00e9 \u00e0 son jeu. Le vide plonge l\u2019audience dans un univers myst\u00e9rieusement calme que l\u2019Au-del\u00e0 inspire. Mais surtout, il lui donne le temps d\u2019y penser. Le metteur en sc\u00e8ne concr\u00e9tise sa d\u00e9marche en favorisant la participation du spectateur dans la pi\u00e8ce. Celui-ci doit percevoir intimement la mort. La compagnie T\u00e9tanotwist recourt alors \u00e0 un dispositif th\u00e9\u00e2tral particulier, fait d\u2019images abstraites et de fragments textuels, dans le but de provoquer l\u2019imagination du public. Le spectacle ne se d\u00e9roule pas comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e&nbsp;; il d\u00e9bute dans le foyer de l\u2019Arsenic. Le com\u00e9dien propose au public qui l\u2019entoure d\u2019\u00e9crire sur son torse un souvenir li\u00e9 \u00e0 une personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Il emm\u00e8ne ensuite l\u2019assistance jusqu\u2019\u00e0 la salle. Il se veut alors le vecteur entre le public vivant et le monde des morts, favorisant ainsi l\u2019investissement psychique de chaque spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la tristesse ou la compassion sont absentes dans <em>Nous souviendrons nous<\/em>, l\u2019amusement, lui, est bien pr\u00e9sent. Lorsqu\u2019un chien de taille humaine toque \u00e0 la porte de la salle \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce et vient se placer, tout naturellement, au c\u00f4t\u00e9 du com\u00e9dien, il suscite le rire. Cette touche humoristique est en l\u00e9g\u00e8re contradiction avec le propos de C\u00e9dric Leproust. En effet, si ce dernier aborde frontalement la mort, pourquoi introduire un divertissement charg\u00e9 de l\u2019\u00e9loigner&nbsp;? Mais ce paradoxe n\u2019\u00f4te rien \u00e0 la valeur de cette pi\u00e8ce, qui explore de nouvelles formes th\u00e9\u00e2trales pour avoir un r\u00e9el impact sur le public. De plus, il ne fait que renforcer l\u2019id\u00e9e qu\u2019en ayant conscience de la mort, l\u2019homme profite davantage de la vie. Apr\u00e8s cette premi\u00e8re cr\u00e9ation, on ne peut qu\u2019encourager la compagnie T\u00e9tanotwist \u00e0 rester sur sa lanc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>10 d\u00e9cembre 2013<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a title=\"Roxane Cherubini\" href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/roxane-cherubini\">Roxane Cherubini<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de C\u00e9dric Leproust \/ Compagnie T\u00e9tanotwist \/ Th\u00e9\u00e2tre l&rsquo;Arsenic \u00e0 Lausanne \/ du 10 au 15 d\u00e9cembre 2013 \/ Critiques par Sabrina Roh, Jonas Parson et Roxane Cherubini.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":9577,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[27,21,29],"class_list":["post-1540","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-jonas-parson","tag-roxane-cherubini","tag-sabrina-roh"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1540","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1540"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1540\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21758,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1540\/revisions\/21758"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1540"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1540"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1540"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}