{"id":15333,"date":"2021-06-30T10:17:02","date_gmt":"2021-06-30T08:17:02","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15333"},"modified":"2025-02-09T16:38:49","modified_gmt":"2025-02-09T15:38:49","slug":"pelleas-et-melisande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/06\/pelleas-et-melisande\/","title":{"rendered":"Pell\u00e9as et M\u00e9lisande"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Compos\u00e9 par Claude Debussy \/ sur un livret de Maurice Maeterlinck \/ enregistr\u00e9 au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Gen\u00e8ve le 19 Janvier 2021 \/ Mise en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphie de Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui \/ Sc\u00e9nographie et concept de Marina Abramovi\u0107 \/ Critique par Micha\u00ebl Rolli . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 janvier 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\" data-type=\"page\" data-id=\"14989\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pell\u00e9as et M\u00e9lancolia<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"666\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/pelleasetmelisande_productiebeelden_18_14_crahirezvani_0.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15228\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/pelleasetmelisande_productiebeelden_18_14_crahirezvani_0.jpeg 1000w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/pelleasetmelisande_productiebeelden_18_14_crahirezvani_0-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/pelleasetmelisande_productiebeelden_18_14_crahirezvani_0-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/pelleasetmelisande_productiebeelden_18_14_crahirezvani_0-768x511.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rahi Rezvani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec son quatri\u00e8me op\u00e9ra de la saison 2020\/2021, le Grand Th\u00e9\u00e2tre de Gen\u00e8ve prouve son statut de meilleure maison d\u2019op\u00e9ra de l\u2019ann\u00e9e 2020, avec sa nouvelle production novatrice et m\u00e9lancolique de la pi\u00e8ce lyrique du compositeur fran\u00e7ais Claude Debussy,&nbsp;<\/em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<em>. Toujours en ligne, l\u2019institution nous propose un nouveau regard sur cette trag\u00e9die quotidienne, dans lequel le corps prend le dessus sur l\u2019histoire. Cette m\u00e9lancolie corporelle nous est montr\u00e9e \u00e0 travers les yeux de deux chor\u00e9graphes belges et de l\u2019artiste et performeuse serbe \u00e0 la renomm\u00e9e mondiale, Marina Abramovi\u0107.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le mythe fondateur de l\u2019op\u00e9ra de Debussy est souvent compar\u00e9 \u00e0 la l\u00e9gende m\u00e9di\u00e9vale de Tristan et Iseult. Les deux r\u00e9cits ont pour noyau commun un amour impossible entre deux \u00eatres, mis en danger par un mari plus vieux, jaloux et violent, ici, Golaud. Comme Tristan, Pell\u00e9as sera assassin\u00e9, frapp\u00e9 de la main du mari et comme Iseult, M\u00e9lisande se laissera mourir par amour. Mis en mot en 1892 par le dramaturge belge Maurice Maeterlinck, figure de proue de la litt\u00e9rature symboliste belge et reconnu pour ces trag\u00e9dies quotidiennes \u2013 comprenez le simple fait de vivre comme une trag\u00e9die en soi \u2013&nbsp;<em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande,&nbsp;<\/em>peu repr\u00e9sent\u00e9e, est revisit\u00e9e par le pionnier de la musique moderniste fran\u00e7aise, Debussy en 1902. Op\u00e9ra m\u00e9lancolique par excellence, la musique du compositeur \u2013 ici men\u00e9e avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 par la baguette de Jonathan Nott et l\u2019Orchestre de la Suisse Romande \u2013 se veut sans interruption et sans fin. L\u2019histoire d\u2019une vie triste, morose qui ne finit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette production, carte blanche a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 deux chor\u00e9graphes belges, Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui, et \u00e0 l\u2019artiste et performeuse serbe Marina Abramovi\u0107, connue pour ses actions mettant en sc\u00e8ne son propre corps dans des pratiques violentes et souvent d\u2019extr\u00eames douleurs. Envoy\u00e9s sur une autre plan\u00e8te, faite de cercles et de gigantesques menhirs blancs, les personnages de ce drame lyrique ne s\u2019inscrivent dans aucune p\u00e9riode temporelle ni dans aucun lieu g\u00e9ographique. Ils sont perdus quelque part. Ils sont perdus en eux-m\u00eames. Lorsque le rideau s\u2019ouvre, Golaud est pris au pi\u00e8ge dans des fils, comme dans une toile d\u2019araign\u00e9e, que les danseurs manipulent \u00e0 la fa\u00e7on des trois Parques. Emm\u00eal\u00e9 dans les fils de sa vie, il tente de rejoindre la pauvre M\u00e9lisande, assise au bord de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous ne fermez jamais les yeux&nbsp;? \u00bb, demande Golaud \u00e0 M\u00e9lisande. Voil\u00e0 la base de cette relecture de l\u2019\u0153uvre&nbsp;: nous sommes plong\u00e9s dans un \u0153il infini, ne regardant pas sur l\u2019ext\u00e9rieur, mais sur notre propre int\u00e9rieur. Entre des fils, des menhirs, un grand cercle noir pos\u00e9 au sol et un autre accroch\u00e9 en fond de sc\u00e8ne qui sert d\u2019\u00e9cran dans lequel on voit l\u2019espace \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire des \u00e9toiles, des m\u00e9t\u00e9orites et d\u2019autres plan\u00e8tes \u2013 l\u2019id\u00e9e des trois artistes est paradoxale&nbsp;: elle nous propose de voir les corps se mouvoir dans une histoire o\u00f9 personne ne voit. Les corps des danseurs se d\u00e9tachent effectivement par leur blancheur du d\u00e9cor sombre. Dans des mouvements de douces souffrances, ils se meuvent sur sc\u00e8ne, se touchent, se tordent calmement de douleur et parfois, comme des ricochets sur l\u2019eau, d\u00e9multiplient les mouvements des autres. La chor\u00e9graphie d\u00e9licate et savoureuse des deux artistes belges \u00e9pouse aussi bien la musique calme de Debussy, que les souffrances corporelles auxquelles s\u2019adonnaient Marina Abramovi\u0107.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun des actes est entrecoup\u00e9 de danses, lors desquelles les corps se rencontrent, se tordent, se contorsionnent dans des positions visuellement d\u00e9concertantes et \u00e9tonnamment saisissantes. Le corps est le personnage central dans cette production. Symbole des douleurs, il est tourment\u00e9. On retient la sc\u00e8ne du troisi\u00e8me acte, dans laquelle Golaud joue avec les cheveux de M\u00e9lisande et transforme la jeune femme en pantin. Les danseurs perdent pour la premi\u00e8re fois leur r\u00f4le de martyrs et deviennent des bourreaux, tenant eux-m\u00eames les fils attach\u00e9s \u00e0 M\u00e9lisande. Dans cet exc\u00e8s de col\u00e8re, Golaud maltraite, torture presque M\u00e9lisande. Les fils attach\u00e9s au corps, additionn\u00e9s aux masques port\u00e9s par les danseurs semble proposer une souffrance d\u00e9sir\u00e9e, une douleur m\u00e9lancolique de laquelle on ne veut pas se d\u00e9barrasser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis malheureuse&nbsp;\u00bb, la phrase gla\u00e7ante de M\u00e9lisande vient mettre un terme abrupt au deuxi\u00e8me acte de l\u2019op\u00e9ra. \u00c0 la fa\u00e7on de Lars von Trier, dans son film&nbsp;<em>Melancholia<\/em>&nbsp;de 2011, l\u2019op\u00e9ra \u2013 autant dans le texte et la musique que dans cette nouvelle mise en sc\u00e8ne \u2013 se veut eschatologique. \u00c9cho \u00e0 la plan\u00e8te qui vient doucement s\u2019\u00e9craser sur la Terre dans le film, M\u00e9lisande, dans l\u2019op\u00e9ra, attire les hommes dans leur fin. Compl\u00e8tement d\u00e9tach\u00e9e des autres personnages, comme irr\u00e9elle, presque fantomatique, Mari Eriksmoen (M\u00e9lisande) est d\u2019une douceur p\u00e9n\u00e9trante dans sa robe c\u00e9leste et blanche. La voix ronde et chaude de la soprano nous attire dans son filet au destin tragique. \u00c0 la fois nulle part, mais en m\u00eame temps en chacun de nous, elle repr\u00e9sente alors cette m\u00e9lancolie dont tous les autres personnages sont \u00e9pris.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 elle, les hommes sont tous v\u00eatus de costumes noirs : ce qui est r\u00e9el ne doit pas \u00eatre visible. Le baryton sud-africain Jaques Imbrailo (Pell\u00e9as), a su rendre la fragilit\u00e9 et la passion tendre du h\u00e9ros tragique. Son jeu est d\u2019une grande justesse et est pouss\u00e9 \u00e0 son apog\u00e9e dans le quatri\u00e8me acte. Ici, avant de mourir, le jeune amoureux, comme tomb\u00e9 dans une folie, expose son amour passionnel pour la m\u00e9lancolie, le tout accompagn\u00e9 par les accents musicaux bien ma\u00eetris\u00e9s venant de la fosse. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est la duret\u00e9 et la violence que la voix, pourtant d\u00e9licate et color\u00e9e du second baryton Leigh Melrose (Golaud) nous fait entendre. En proie \u00e0 sa folle jalousie, le chanteur pr\u00e9sente pourtant un Golaud avec une certaine humanit\u00e9, sombrant peu \u00e0 peu dans un d\u00e9sespoir et une grande souffrance visible dans la sc\u00e8ne finale.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans la simplicit\u00e9 et la puret\u00e9 du d\u00e9cor, de la mise en sc\u00e8ne et de la chor\u00e9graphie que Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui avec Marina Abramovi\u0107 magnifient l\u2019\u0153uvre du compositeur fran\u00e7ais. Pari os\u00e9, puisque l\u2019op\u00e9ra peut vite devenir ennuyeux, les trois artistes r\u00e9ussissent \u00e0 montrer l\u2019<em>immontrable<\/em>&nbsp;dans une po\u00e9sie corporelle, visuelle et saisissante.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>19 janvier 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\" data-type=\"page\" data-id=\"14989\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.gtg.ch\/saison-20-21\/pelleas-et-melisande\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Compos\u00e9 par Claude Debussy \/ sur un livret de Maurice Maeterlinck \/ enregistr\u00e9 au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Gen\u00e8ve le 19 Janvier 2021 \/ Mise en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphie de Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui \/ Sc\u00e9nographie et concept de Marina Abramovi\u0107 \/ Critique par Micha\u00ebl Rolli .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":15334,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[274,32,34,38],"tags":[243],"class_list":["post-15333","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-creation-libre","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-michael-rolli"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15333","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15333"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15333\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20426,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15333\/revisions\/20426"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15334"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15333"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15333"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15333"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}