{"id":15209,"date":"2021-06-11T08:10:11","date_gmt":"2021-06-11T06:10:11","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15209"},"modified":"2025-02-09T16:39:16","modified_gmt":"2025-02-09T15:39:16","slug":"makers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/06\/makers\/","title":{"rendered":"Makers"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Makers<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Textes d\u2019Augustin Fernandez Mallo, Rodrigo Garc\u00eca et Oscar G\u00f2mez Mata \/ Mise en sc\u00e8ne par Oscar G\u00f2mez Mata \/ Jeu Juan Lorente et Oscar G\u00f2mez Mata \/ L\u2019Arsenic \u2013 Lausanne \/ du 26 au 30 mai 2021 \/ Critique par Valentine Bovey . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 mai 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La th\u00e9orie de la lasagne<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"720\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/makers-photo-arsenic.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15207\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/makers-photo-arsenic.jpeg 960w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/makers-photo-arsenic-267x200.jpeg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/makers-photo-arsenic-227x170.jpeg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/06\/makers-photo-arsenic-768x576.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christian Lutz<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab Portrait de l\u2019artiste en coureur cycliste \u00bb, \u00ab Twister cosmique et comique \u00bb, \u00ab Conf\u00e9rence sur l\u2019espace et le temps \u00e0 Wonderland \u00bb, \u00ab Le th\u00e9\u00e2tre des loisirs \u00bb, \u00ab Les sensibilit\u00e9s du tigre \u00bb\u2026 : je suis rarement sortie d\u2019une pi\u00e8ce avec autant d\u2019id\u00e9es de titre pour commencer ma critique. \u00c0 l\u2019image de leur performance, \u00e9clat\u00e9e et \u00e9clatante, Oscar G\u00f2mez Mata et Juan Loriente construisent dans&nbsp;<\/em>Makers<em>&nbsp;un duo \u00e0 la fois comique et po\u00e9tique, amenant le public dans les diff\u00e9rentes couches de ce qu\u2019ils appellent \u00ab la lasagne \u00bb, m\u00e9taphore qui refl\u00e8te l\u2019essence m\u00eame de ce qu\u2019est le spectacle, et qui r\u00e9fl\u00e9chit aux diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019\u00eatre en jeu et d\u2019\u00eatre (un) public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le public de th\u00e9\u00e2tre est une esp\u00e8ce bic\u00e9phale. Il adore boire des verres, discuter et rire de mani\u00e8re conviviale dans un espace pr\u00e9vu \u00e0 cet effet (disons, la terrasse de L\u2019Arsenic) mais d\u00e8s qu\u2019il se trouve pr\u00eat \u00e0 assister au spectacle, le gai public se transforme en une cohorte quasi-religieuse, une b\u00eate discr\u00e8te qui n\u2019aime pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9e, s\u2019\u00e9tablit de pr\u00e9f\u00e9rence dans des espaces sombres aux places assign\u00e9es (disons, des gradins plong\u00e9s dans l\u2019ombre) dans lequel il peut rester assis pendant une heure ou plus avec s\u00e9rieux et circonspection, pour faire son travail de spectateur\u00b7rice face \u00e0 des artistes en sc\u00e8ne. Le passage entre ces deux modes est souvent v\u00e9cu sur le mod\u00e8le d\u2019une rupture relativement brutale. Mais ceci n\u2019est pas une fatalit\u00e9&nbsp;: le chemin de la vie \u00e0 la sc\u00e8ne peut prendre des voies d\u00e9tourn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la performance propos\u00e9e par Oscar G\u00f2mez Mata, on se trouve dans un couloir \u00e9clair\u00e9 au n\u00e9on. Sans moyen de se cacher, d\u00e9sagr\u00e9ablement expos\u00e9 pour une petite b\u00eate qui aime l\u2019obscurit\u00e9 et l\u2019immobilit\u00e9, le public se demande ce qu\u2019il fait l\u00e0. \u00c7a discute avec excitation et une l\u00e9g\u00e8re appr\u00e9hension, dans une ambiance de course d\u2019\u00e9cole, soudain renforc\u00e9e par le d\u00e9barquement de deux coureurs cyclistes. Au bout d\u2019un instant de flottement, vertigineux espace entre la vie et la sc\u00e8ne, nous comprenons que ce sont les artistes, Juan et Oscar, ou plut\u00f4t, les&nbsp;<em>makers&nbsp;<\/em>de ce spectacle, qui nous accueillent. Le terme&nbsp;<em>makers&nbsp;<\/em>est utilis\u00e9 au XIV<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle pour parler des po\u00e8tes selon l\u2019\u00e9crivain Jorge Luis Borg\u00e8s dans sa collection d\u2019essais&nbsp;<em>Dreamtigers<\/em>.&nbsp;<em>Makers&nbsp;<\/em>veut dire \u00ab&nbsp;ceux qui font&nbsp;\u00bb, ce qui rappelle au passage qu\u2019on disait autrefois de l\u2019art que c\u2019\u00e9tait de l\u2019artisanat<em>.&nbsp;<\/em>L\u2019accent est mis ici sur la fabrication concr\u00e8te plut\u00f4t que sur l\u2019abstraction, sur le jeu avec les moyens du bord plut\u00f4t que sur une cr\u00e9ation fix\u00e9e et fig\u00e9e dans le temps, et par cons\u00e9quent sur les espaces limitrophes entre la vie et la sc\u00e8ne. Malaise dans le public, f\u00e9ru de spectacles mais d\u00e9stabilis\u00e9 d\u00e8s qu\u2019il est soudain pris \u00e0 parti, au corps \u00e0 corps, par les deux com\u00e9diens qui tournoient autour de lui, le font bouger, le mettent sc\u00e8ne, lui qui \u00e9tait venu pour \u00eatre tranquillement assis \u00e0 regarder ce qu\u2019il se passe. Tr\u00e8s dr\u00f4les, enlev\u00e9es, les r\u00e9pliques fusent, jouant sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la situation&nbsp;: est-ce le spectacle ou non&nbsp;? Est-ce que \u00e7a a commenc\u00e9&nbsp;? Le m\u00e9canisme de jeu tr\u00e8s clownesque entre les deux acteurs et l\u2019espace flou de la repr\u00e9sentation font imm\u00e9diatement penser \u00e0 la tradition du th\u00e9\u00e2tre de rue. On entre dans ce spectacle par couches, d\u00e9licatement, surpris\u00b7e\u00b7s de voir qu\u2019il y a beaucoup \u00e0 manger dans cette lasagne multi-\u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre est un art de la fronti\u00e8re&nbsp;: en jeu, hors-jeu&nbsp;; pr\u00e9sence, absence&nbsp;; vrai et faux. Une certaine pratique du th\u00e9\u00e2tre \u00e9tablit des fronti\u00e8res claires entre ces p\u00f4les binaires, alors qu\u2019une autre joue pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce genre de brouillages entre l\u2019univers du spectacle et celui des spectateur\u00b7rices. C\u2019est dans la deuxi\u00e8me tradition que s\u2019inscrivent la mise en sc\u00e8ne ainsi que les textes \u2013 \u00e9tablis en collaboration avec notamment Rodrigo Garcia, metteur en sc\u00e8ne habituel du com\u00e9dien Juan Loriente. On ne sait jamais vraiment&nbsp;<em>si c\u2019est dans le spectacle<\/em>. Pratiquant avec force second degr\u00e9 l\u2019art de la rupture de jeu, les deux acteurs passent de l\u2019action \u00e0 la narration, de l\u2019immersion au commentaire, du personnage \u00e0 l\u2019acteur, bref de la fiction au travail du spectacle qui exhibe ses rouages. Ce dernier est d\u2019ailleurs difficile \u00e0 localiser pr\u00e9cis\u00e9ment : si l\u2019on ne fait pas attention, on pourrait simplement voir deux amis qui s\u2019amusent comme des enfants dans un espace privil\u00e9gi\u00e9, la sc\u00e8ne de l\u2019Arsenic. Mais lorsqu\u2019on accepte de rentrer dans cet univers en premier lieu d\u00e9routant, qu\u2019on se permet de voir en eux leur statut de&nbsp;<em>faiseurs&nbsp;<\/em>plut\u00f4t que de&nbsp;<em>personnes en repr\u00e9sentation,&nbsp;<\/em>cette performance po\u00e9tique et ludique nous entra\u00eene \u00e0 une r\u00e9flexion sur ce que cela veut dire, de faire th\u00e9\u00e2tre, dans le jeu r\u00e9ciproque entre le regard du public et la production des acteur\u00b7rice\u00b7s. Parce que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pense parfois, c\u2019est difficile d\u2019en faire avec si peu. Les deux acteurs, dans une pratique tr\u00e8s fine de l\u2019art de la pr\u00e9sence sc\u00e9nique \u2013 qui, l\u00e0 encore, se pense en degr\u00e9s \u2013 poussent \u00e0 l\u2019extr\u00eame la r\u00e9flexion sur&nbsp;<em>ce qui fait<\/em>&nbsp;spectacle et refusent d\u2019en justifier l\u2019existence uniquement par, justement, la seule pr\u00e9sence d\u2019artistes sur sc\u00e8ne. Le spectacle est ce qui se passe au pr\u00e9sent, dans la relation intime entre les personnes sur sc\u00e8ne et le public. La dimension presque gratuite de certains choix est affich\u00e9e comme sorte de protestation face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de justifier un spectacle par un dispositif de partage net entre acteurs et spectateurs, et une implication totale des acteurs dans leur jeu. Mais de quel jeu au juste s\u2019agit-il ? Est-ce un jeu entre enfants, une conversation \u00e0 deux sur une relation amicale qui serait soudain devenue publique, un duo comique de type clownesque ou m\u00eame une conf\u00e9rence de physique loufoque sur l\u2019espace et le temps ? En nuan\u00e7ant leur degr\u00e9 d\u2019immersion dans leurs r\u00f4les, les deux com\u00e9diens prom\u00e8nent le public sur tout le spectre de l\u2019implication \u00e9motionnelle. En plongeant dans le monde merveilleux de ce spectacle pr\u00e9sent\u00e9 comme une toute petite soci\u00e9t\u00e9 des loisirs, avec des d\u00e9cors \u00e9voquant un dimanche \u00e0 la plage, le public, d\u2019abord frileux, se baigne avec plaisir.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 mai 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/makers\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Textes d\u2019Augustin Fernandez Mallo, Rodrigo Garc\u00eca et Oscar G\u00f2mez Mata \/ Mise en sc\u00e8ne par Oscar G\u00f2mez Mata \/ Jeu Juan Lorente et Oscar G\u00f2mez Mata \/ L\u2019Arsenic \u2013 Lausanne \/ du 26 au 30 mai 2021 \/ Critique par Valentine Bovey .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":15210,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[241],"class_list":["post-15209","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-valentine-bovey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15209","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15209"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15209\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20428,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15209\/revisions\/20428"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15209"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15209"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15209"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}