{"id":15144,"date":"2021-05-08T17:05:29","date_gmt":"2021-05-08T15:05:29","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15144"},"modified":"2024-12-12T14:50:19","modified_gmt":"2024-12-12T13:50:19","slug":"les-bonimenteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/05\/les-bonimenteurs\/","title":{"rendered":"Les Bonimenteurs"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les Bonimenteurs<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">\u00c0 partir du film\u00a0Suspiria de Dario Argento \/ Cr\u00e9ation en collaboration et interpr\u00e9tation par Jonathan Capdevielle, Arthur B. Gillette et Jennifer Eliz Hutt \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u2013 Gen\u00e8ve \/ du 6 au 9 mai 2021 \/ Critiques par Valentine Bovey et Darya Feral . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 mai 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">The Dario Horror Picture Show<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15148\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-5-\u00a9Safia-Benhaim.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Safia Benhaim<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Quel est le point commun entre une pluie torrentielle et le sang d\u2019une jeune femme sauvagement assassin\u00e9e qui goutte sur le sol&nbsp;? Curieusement, c\u2019est que cela sonne pareil \u2013 en tout cas gr\u00e2ce aux bruitages quelque peu expressionnistes cr\u00e9\u00e9s par Jonathan Capdevielle, Arthur Gillette et Jennifer Hutt pour accompagner le film d\u2019horreur italien Suspiria. Ce projet h\u00e9t\u00e9roclite, pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u00e0 Gen\u00e8ve, m\u00eale un humour satirique emprunt\u00e9 \u00e0 la tradition du th\u00e9\u00e2tre improvis\u00e9, des adaptations de chansons culte en VF chant\u00e9es en live sur sc\u00e8ne et la cr\u00e9ation d\u2019une toute nouvelle BO pour le film mythique de Dario Argento, et convainc en jouant sur la fine ligne entre interpr\u00e9tation et d\u00e9tournement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong>On ne penserait pas \u00e0 dire qu\u2019on va au th\u00e9\u00e2tre comme on prend l\u2019avion, mais l\u2019\u00e9quipe des \u00ab&nbsp;Bonimenteurs&nbsp;\u00bb a r\u00e9ussi \u00e0 rapprocher les deux. Dans les deux cas, impossible de savoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de qui on sera assis, pour combien de temps exactement notre t\u00e9l\u00e9phone sera \u00e9teint, et par quels impr\u00e9vus ou surprises nous serons ballott\u00e9s dans notre si\u00e8ge. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que nous annonce une voix f\u00e9minine lorsque nous entrons dans la salle&nbsp;: il faut attacher nos ceintures, relever notre tablette, et \u00e9couter le discours marmonn\u00e9 du capitaine d\u2019\u00e9quipage, plus vrai que nature. On appelle d\u2019ailleurs des noms de spectateur\u00b7rice\u00b7s r\u00e9ellement pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s dans la salle pour leur annoncer un&nbsp;<em>upgrade&nbsp;<\/em>en premi\u00e8re classe. Les voyages en avion \u2013 tout comme, sur un autre plan, les exp\u00e9riences hallucinatoires \u2013 ont le don de plonger leurs passagers dans les limbes. D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en jeu, le spectacle brouille ainsi les fronti\u00e8res entre sc\u00e8ne et hors sc\u00e8ne, et entre les diff\u00e9rents arts, nous invitant \u00e0 un&nbsp;<em>trip&nbsp;<\/em>entre synesth\u00e9sie et satire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>Les Bonimenteurs<\/em>, en effet, tout se m\u00e9lange&nbsp;: un \u00e9cran \u00e0 demi-translucide re\u00e7oit la projection, sans son, du film d\u2019horreur de l\u2019Italien Dario Argento&nbsp;<em>Suspiria&nbsp;<\/em>(1977), conte fantastique inspir\u00e9 \u00e0 la fois d\u2019exp\u00e9riences de sorcellerie et des premiers Disney en technicolor<em>.&nbsp;<\/em>En avant-sc\u00e8ne, Jonathan Capdevielle et Jennifer Hutt, arm\u00e9s de lutrins, textes, micros, et m\u00eame d\u2019un violon pour cette derni\u00e8re, cr\u00e9ent la bande-originale du film et doublent les personnages principaux. Jennifer Hutt interpr\u00e8te les r\u00e9pliques de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, Jessica, dont elle incarne aussi parfois physiquement la pr\u00e9sence. Jonathan Capdevielle utilise son talent d\u2019imitateur pour faire parler, entre autres, Miss Tanner, l\u2019effrayante intendante de l\u2019\u00e9cole de danse qui forme le cadre de&nbsp;<em>Suspiria<\/em>. \u00c0 demi-cach\u00e9 derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran, le guitariste et compositeur Arthur B. Gillette met \u00e0 profit son exp\u00e9rience plusieurs fois r\u00e9compens\u00e9e de compositeur de B.O. de films pour jouer du banjo, du luth et de la guitare, mais aussi participer au travail de dialogue et de bruitage, \u00e0 l\u2019instar de ses deux coll\u00e8gues.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bonimenteurs \u00e9taient des accompagnants des premiers temps du cin\u00e9ma muet. Ils devaient raconter le film en direct, souvent avec de la musique, mais \u00e9taient bien plus que de simples narrateurs&nbsp;: le bonimenteur \u00e9tait un adaptateur. Il devait, afin de convaincre le public, modifier le propos afin de le rendre intelligible pour les spectateur\u00b7rice\u00b7s, d\u2019autant plus si le film \u00e9tait \u00e9tranger. Cette figure de narrateur-adaptateur est reprise dans cette collaboration entre les trois artistes qui met l\u2019accent, tout d\u2019abord, sur le c\u00f4t\u00e9 comique et d\u00e9cal\u00e9 des d\u00e9tournements possibles&nbsp;: bruitages franchement expressionnistes, parfois d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment &nbsp;inadapt\u00e9s, voix contrefaites. L\u2019horreur de la B.O. originale du film est remplac\u00e9e par une synesth\u00e9sie baroque de sons et de dialogues qui s\u2019\u00e9cartent joyeusement de l\u2019original, en improvisation partiellement libre rappelant aussi la tradition du&nbsp;<em>shadow casting<\/em>&nbsp;du&nbsp;<em>Rocky Horror Picture Show<\/em>. L\u2019entreprise de r\u00e9gionalisation fonctionne&nbsp;: une des jeunes femmes du film est ici rebaptis\u00e9e la Ribot, du nom de la c\u00e9l\u00e8bre chor\u00e9graphe suisse-espagnole \u00e9tablie \u00e0 Gen\u00e8ve, le propos reprend des noms de lieux et de personnalit\u00e9s du monde culturel genevois, et tient un discours satirique sur le fonctionnement des institutions culturelles dans un monde o\u00f9 l\u2019art est r\u00e9duit \u00e0 des imp\u00e9ratifs de rentabilit\u00e9 et de performances spectaculaires. Un cadavre a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9&nbsp;? Pas grave, apr\u00e8s tout, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un technicien du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, au-del\u00e0 du d\u00e9tournement comique et de la jubilation des improvisations, le jeu sur les bruitages se r\u00e9v\u00e8le proposer une r\u00e9elle interpr\u00e9tation du film, invitant le public \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience du mangeur d\u2019opium de Quincey \u2013 dont un extrait des&nbsp;<em>Confessions&nbsp;<\/em>est d\u2019ailleurs lu sur sc\u00e8ne&nbsp;: le m\u00eame son qui r\u00e9unit des objets aussi diff\u00e9rents qu\u2019un cadavre et un orage emm\u00e8ne dans un univers hallucin\u00e9 qui s\u2019appuie sur l\u2019atmosph\u00e8re psych\u00e9d\u00e9lique du film pour mieux le d\u00e9passer, \u00e9galement gr\u00e2ce aux envol\u00e9es musicales autour d\u2019artistes aussi diff\u00e9rents que le groupe post-punk Joy Division, l\u2019artiste pop Madonna ou le rappeur Naza.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dispositif est r\u00e9jouissant jusqu\u2019\u00e0 la tentative finale de s\u2019affranchir de la projection, qui cr\u00e8ve litt\u00e9ralement l\u2019\u00e9cran pour proposer une derni\u00e8re sc\u00e8ne aux accents provocants, gores et pour le moins surprenant. On touche peut-\u00eatre ici aux limites du parall\u00e8le entre voyage en avion et spectacle, ou pour le dire autrement entre objet de consommation et culture. Le th\u00e9\u00e2tre contemporain, qui doit malheureusement rivaliser avec d\u2019autres formes de divertissement (ou d\u2019art) propos\u00e9es dans un contexte de concurrence \u00e9conomique, donne parfois l\u2019impression qu\u2019il faut \u00e0 tout prix vendre une exp\u00e9rience extr\u00eame, qui la rendrait digne d\u2019\u00eatre \u00ab consomm\u00e9e \u00bb, afin de justifier une existence sans cesse menac\u00e9e par le syst\u00e8me capitaliste. Le spectacle se tient sur cette cr\u00eate en \u00e9quilibre fragile, mais le voyage reste proprement hypnotisant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 mai 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a> <\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 mai 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/darya-feral\/\">Darya Feral<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des images et des sons<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15142\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/les-bonimenteurs-jonathan-capdevielle-3-\u00a9Safia-Benhaim.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Safia Benhaim<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Jonathan Capdevielle, en collaboration avec Arthur B. Gillette et Jennifer Eliz Hutt, assure sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais (Gen\u00e8ve) la bande sonore et le doublage du film&nbsp;<\/em>Suspiria&nbsp;<em>de Dario Argento (1977), diffus\u00e9 sur le plateau sans le son. Dans le film, l\u2019h\u00e9ro\u00efne Suzie se rend dans une \u00e9cole de danse, dans laquelle ont lieu des \u00e9v\u00e9nements \u00e9tranges qui m\u00e8nent \u00e0 la mort de plusieurs pensionnaires et d\u2019un professeur. Jennifer Hutt incarne la jeune femme, rebaptis\u00e9e Jennifer, tandis que les deux autres concepteurs se partagent les r\u00f4les. En jouant sur la relation dynamique entre le son \u2014 voix, musique, chant \u2014 et l\u2019image, le spectacle recompose une histoire en d\u00e9calage avec l\u2019atmosph\u00e8re angoissante du film.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses deux spectacles pr\u00e9c\u00e9dents, Jonathan Capdevielle adaptait des romans&nbsp;:&nbsp;<em>A nous deux maintenant&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>R\u00e9mi<\/em>, cr\u00e9\u00e9s \u00e0 Angers respectivement en 2017 et 2019, et pr\u00e9sent\u00e9s en Suisse \u00e0 l\u2019Arsenic, reprenaient&nbsp;<em>Un Crime<\/em>&nbsp;de Georges Bernanos et&nbsp;<em>Sans famille<\/em>&nbsp;d\u2019Hector Malot dans la perspective d\u2019une r\u00e9flexion identitaire. L\u2019artiste retrouve aujourd\u2019hui Arthur B. Gillette, concepteur des musiques de sc\u00e8ne de&nbsp;<em>\u00c0 nous deux maintenant&nbsp;<\/em>et de&nbsp;<em>R\u00e9mi<\/em>, et Jennifer Eliz Hutt, interpr\u00e8te sur&nbsp;<em>\u00c0 nous deux maintenant<\/em>. Ici, loin du roman pour la jeunesse, la performance prend comme objet un film d\u2019horreur et s\u2019\u00e9loigne du th\u00e8me de la qu\u00eate identitaire pour se focaliser sur les interactions possibles entre le th\u00e9\u00e2tre et les autres arts. Les cr\u00e9ateurs travaillent notamment sur les diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019utiliser leur voix, dans la continuit\u00e9 de la seconde partie de&nbsp;<em>R\u00e9mi<\/em>, qui pr\u00e9sentait une fiction audio illustr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que de narrer le film sur le plateau (les \u00ab\u2009bonimenteurs\u2009\u00bb \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine les narrateurs des films muets), les concepteurs r\u00e9\u00e9crivent des dialogues qui tranchent souvent avec l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre de Dario Argento, tout en induisant une connivence comique avec le public. Les r\u00e9f\u00e9rences au monde de l\u2019art genevois sont nombreuses\u2009: par exemple l\u2019\u00e9cole de danse devient l\u2019ADC (en r\u00e9f\u00e9rence au pavillon de l\u2019Association pour la Danse Contemporaine), et l\u2019amie de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, Sara dans le film, est ici nomm\u00e9e La Ribot. Les jeux li\u00e9s \u00e0 cette assimilation sont particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9s. Lorsque les spectateurs voient \u00e0 l\u2019\u00e9cran une sc\u00e8ne angoissante entre Suzie et Sara montrant des notes permettant de percer le myst\u00e8re de la disparition d\u2019une \u00e9tudiante, les dialogues superpos\u00e9s provoquent des rires dans la salle : en prenant en charge la voix de Sara \/ La Ribot, Arthur B. Gillette&nbsp; fait de cette sc\u00e8ne un \u00e9change d\u2019id\u00e9es exp\u00e9rimentales sur la danse. Dans le doublage, alors m\u00eame que l\u2019actrice originale est en pleurs sur l\u2019image, la jeune femme propose une performance qui consiste \u00e0 se mettre de la \u00ab\u2009patafix\u2009\u00bb sur le corps et \u00e0 se \u00ab\u2009taillader les veines\u2009\u00bb, alors que \u00ab\u2009l\u2019esprit de l\u2019art\u2009\u00bb entre en elle.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus de recr\u00e9er les dialogues, les \u00ab\u2009bonimenteurs\u2009\u00bb prennent en charge la bande sonore. Celle-ci fait partie int\u00e9grante du spectacle, puisque, comme dans&nbsp;<em>\u00c0 nous deux maintenant<\/em>, elle est produite sur sc\u00e8ne. Lors de la projection d\u2019un \u00e9change entre les deux amies, qui paraissent effray\u00e9es, couch\u00e9es dans un dortoir, Jonathan Capdevielle lit sur sc\u00e8ne un extrait de&nbsp;<em>Suspiria de profundis<\/em>, recueil de po\u00e8mes en prose de Thomas de&nbsp;Quincey. L\u2019\u00e9clairage de la salle, suivant celui du film, devient rouge. La lecture de la \u00ab\u2009d\u00e9couverte\u2009\u00bb de l\u2019opium se transforme en un chant \u00e0 l\u2019unisson accompagn\u00e9 d\u2019une musique au violon. Les sons s\u2019adjoignent aux images des deux personnages \u00e0 l\u2019\u00e9cran, les yeux \u00e9carquill\u00e9s, ce qui conf\u00e8re une atmosph\u00e8re hypnotique au plateau. Quant aux bandes sonores accompagnant les mises \u00e0 mort, elles introduisent une distance ironique entre les sc\u00e8nes violentes et les paroles. Lorsque le public assiste au meurtre du professeur par son propre chien-guide qui le d\u00e9vore, Jonathan Capdevielle chante\u2009: \u00ab\u2009l\u2019amour nous d\u00e9chirera\u2009\u00bb, qu\u2019Arthur B. Gillette reprend en anglais (selon le titre de la chanson du groupe Joy Division\u2009: \u00ab\u2009<em>Love will tear us apart<\/em>\u2009\u00bb). Si les paroles, \u00e9voquant de mani\u00e8re figur\u00e9e la d\u00e9sagr\u00e9gation d\u2019un couple, peuvent \u00eatre prises litt\u00e9ralement en regardant simultan\u00e9ment l\u2019\u00e9cran, le rythme entra\u00eenant offre un contraste saisissant avec l\u2019horreur de la d\u00e9voration. De m\u00eame, pendant qu\u2019est montr\u00e9e l\u2019agonie, ici muette, de Sara, prise dans des fils barbel\u00e9s dont elle essaie de se lib\u00e9rer, les performeurs reprennent la chanson \u00ab\u2009G\u00e2ter le coin\u2009\u00bb du rappeur Naza. Les phrases du refrain \u00ab\u2009tu es pris dans les mailles du filet, l\u00e0 faudra pas te d\u00e9filer\u2009\u00bb conf\u00e8rent une ironie noire \u00e0 ce moment, alors que la vid\u00e9o projet\u00e9e devient difficilement supportable. En construisant diff\u00e9rentes atmosph\u00e8res fond\u00e9es sur la coexistence des images et des sons, les concepteurs montrent combien le th\u00e9\u00e2tre peut s\u2019enrichir d\u2019autres arts \u2014 le cin\u00e9ma, la musique et le chant \u2014 et travailler de concert avec eux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>6 mai 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/darya-feral\/\">Darya Feral<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/saintgervais.ch\/spectacle\/les-bonimenteurs\/\">Voir la page du s<\/a><a href=\"https:\/\/saintgervais.ch\/spectacle\/les-bonimenteurs\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">pectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 partir du film\u00a0Suspiria de Dario Argento \/ Cr\u00e9ation en collaboration et interpr\u00e9tation par Jonathan Capdevielle, Arthur B. Gillette et Jennifer Eliz Hutt \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \u2013 Gen\u00e8ve \/ du 6 au 9 mai 2021 \/ Critiques par Valentine Bovey et Darya Feral .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":15145,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,8,38],"tags":[239,241],"class_list":["post-15144","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-maison-saint-gervais","category-spectacle","tag-darya-feral","tag-valentine-bovey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15144","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15144"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15144\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20432,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15144\/revisions\/20432"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15145"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15144"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}