{"id":15108,"date":"2021-05-01T19:04:14","date_gmt":"2021-05-01T17:04:14","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15108"},"modified":"2024-12-12T14:51:29","modified_gmt":"2024-12-12T13:51:29","slug":"aureliens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/05\/aureliens\/","title":{"rendered":"Aur\u00e9liens"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Aur\u00e9liens<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s la conf\u00e9rence d\u2019Aur\u00e9lien Barrau \/ Mise en sc\u00e8ne par Fran\u00e7ois Gremaud \/ Captation exp\u00e9rimentale r\u00e9alis\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy le 1er\u00a0d\u00e9cembre 2020 \/ Reprogramm\u00e9 du 7 au 10 juillet 2021 \/ Critiques par Johanna Codourey et Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 juillet 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le th\u00e9\u00e2tre pour dire \u00ab ce que l\u2019on ne sait plus comment dire \u00bb<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15106\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg-768x513.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Aure\u0301liens_3_\u00a9MathildaOlmi.jpg.jpg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Des chiffres, des statistiques, des probabilit\u00e9s, des sources, des rapports de recherche : autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments scientifiques qui viennent alimenter cette conf\u00e9rence sur l\u2019\u00e9cologie et la n\u00e9cessit\u00e9 du changement, prononc\u00e9e initialement par Aur\u00e9lien Barrau dans un contexte universitaire, et r\u00e9cit\u00e9e ici sur la sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy par Aur\u00e9lien Patouillard, dans une captation exp\u00e9rimentale. Une heure d\u2019exposition sur l\u2019\u00e9tat affligeant du monde, coupl\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sentation des causes \u2013 humaines \u2013 de cette situation et de pistes d\u2019action afin de la changer. Une conf\u00e9rence qui blesse, mais qui permet, gr\u00e2ce aux \u00e9motions que le th\u00e9\u00e2tre peut transmettre, la prise de conscience ind\u00e9niable d\u2019un mode de vie inad\u00e9quat.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Aur\u00e9liens<\/em>&nbsp;: le pluriel, dans le nom du spectacle, renvoie \u00e0 deux figures. La premi\u00e8re, c\u2019est Aur\u00e9lien Barrau, astrophysicien et philosophe fran\u00e7ais, qui a prononc\u00e9 le texte original de la conf\u00e9rence, notamment \u00e0 l\u2019UNIL en 2019, o\u00f9 il se tenait fixement derri\u00e8re son podium, n\u2019op\u00e9rant que des gestes secs avec ses mains ou ses bras. La deuxi\u00e8me, c\u2019est Aur\u00e9lien Patouillard, com\u00e9dien ayant aussi fait des \u00e9tudes de physique, qui a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par Fran\u00e7ois Gremaud de redonner mot \u00e0 mot cette conf\u00e9rence dans une imitation caricaturale du scientifique. Il porte un costume tr\u00e8s d\u00e9contract\u00e9 et a les cheveux en bataille. L\u2019imitation s\u2019\u00e9carte du mod\u00e8le et donne une vision un peu n\u00e9gative de ce dernier. Entre ces deux homonymes se dessine alors une troisi\u00e8me figure, n\u00e9e de cette r\u00e9appropriation du discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ton est donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e : \u00ab&nbsp;ce ne sera pas tr\u00e8s gai&nbsp;\u00bb. Et en effet, les Aur\u00e9lien abordent les d\u00e9r\u00e8glements climatiques, les effets de migrations, la disparition massive des esp\u00e8ces puis le probl\u00e8me du manque de lieu de vie, de la surexploitation, de la surconsommation, de l\u2019inaction politique et soulignent le regard d\u00e9nigrant port\u00e9 sur ceux qui annoncent la catastrophe et incitent au changement \u2013 consid\u00e9r\u00e9s d\u2019abord comme des r\u00eaveurs puis des dictateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les arguments sont minutieusement \u00e9tay\u00e9s par des chiffres et des \u00e9tudes, dans une conf\u00e9rence riche et construite o\u00f9 l\u2019orateur prend souvent l\u2019auditeur pour un enfant qui n\u2019aurait pas mesur\u00e9 l\u2019ampleur du probl\u00e8me. Le conf\u00e9rencier sur sc\u00e8ne vulgarise par comparaison&nbsp;:&nbsp; donner quelque chose \u00e0 celui qui souffre de famine est diff\u00e9rent de donner \u00e0 celui qui est d\u00e9j\u00e0 rassasi\u00e9. Il \u00e9value les biais sociaux et cognitifs qui emp\u00eachent le changement&nbsp;et pointe du doigt \u2013 litt\u00e9ralement \u2013 les \u00ab&nbsp;mauvaises directions&nbsp;\u00bb avec lesquelles l\u2019humain se rassure.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un ton \u00e9trangement passionn\u00e9, ce conf\u00e9rencier parle presque sans discontinuer pendant une heure, accroche parfois sur certains termes \u2013 ce qui n\u2019est pas le cas pour Aur\u00e9lien Barrau \u2013, ins\u00e8re un l\u00e9ger temps de po\u00e9sie en r\u00e9citant un extrait de&nbsp;<em>l\u2019Ombilic des Limbes<\/em>&nbsp;d\u2019Antonin Artaud et pars\u00e8me son discours de quelques gestes rh\u00e9toriques. Certains d\u2019entre eux visent \u00e0 expliciter le contenu du discours&nbsp;: une sph\u00e8re pour figurer la Terre ou une caresse sur le cr\u00e2ne pour un enfant&nbsp;; d\u2019autres \u00e0 marquer l\u2019infantilit\u00e9 ou le fourvoiement aberrant des discours autres, notamment des politiques, qu\u2019il accentue par exemple par un changement de ton accompagn\u00e9 d\u2019un haussement de mains. Les mimiques du com\u00e9dien rejoignent, quant \u00e0 elles, partiellement celles de l\u2019astrophysicien notamment dans les fr\u00e9quents plissements de sourcils.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espoir que le conf\u00e9rencier promet en d\u00e9but de conf\u00e9rence est minime dans ce discours sombre, mais appara\u00eet tout de m\u00eame dans les quelques directions d\u2019actions propos\u00e9es. Il ne s\u2019oppose pas \u00e0 l\u2019activisme extr\u00eame, mais con\u00e7oit que ce moyen n\u2019est pas \u00e0 la port\u00e9e de tous, et propose aussi l\u2019activisme \u00ab&nbsp;fractal&nbsp;\u00bb, qui se fait avec les armes de chacun et qui part du vivant. La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie de la conf\u00e9rence, celle qui touche \u00e0 l\u2019action, montre surtout la diversit\u00e9 des domaines \u00e0 prendre en compte afin de changer le monde actuel et d\u2019\u00e9viter des cons\u00e9quences trop dramatiques pour l\u2019\u00eatre humain&nbsp;: le politique, l\u2019\u00e9conomique, le d\u00e9mographique, le psychologique, le technique, le mythologique et le taxinomique. Il soutient surtout qu\u2019il est possible de bien vivre en modifiant des \u00e9l\u00e9ments qui paraissent actuellement essentiels comme la consommation, qui est pratiqu\u00e9e de fa\u00e7on excessive.<\/p>\n\n\n\n<p>En faisant de cette conf\u00e9rence un spectacle, le metteur en sc\u00e8ne Fran\u00e7ois Gremaud ins\u00e8re le discours scientifique brut dans un nouveau milieu pour alerter un plus grand public&nbsp;: le contenu en est connu, m\u00e9diatis\u00e9, diffus\u00e9, mais les scientifiques \u00ab&nbsp;ne savent plus comment le dire&nbsp;\u00bb pour que la population r\u00e9agisse. Une derni\u00e8re image ass\u00e8ne le coup de gr\u00e2ce au spectateur&nbsp;et th\u00e9\u00e2tralise effectivement le discours scientifique jusqu\u2019alors rarement investi d\u2019un jeu tr\u00e8s \u00e9motionnel : d\u00e9tournant la citation d\u2019H\u00e9raclite \u00ab&nbsp;le Temps est un enfant qui joue&nbsp;\u00bb, le com\u00e9dien, les yeux en larmes, prononce la formule \u00ab&nbsp;la Terre est un enfant qui meurt&nbsp;\u00bb et reste face \u00e0 la cam\u00e9ra pendant qu\u2019une musique classique fait augmenter le pathos de la sc\u00e8ne. C\u2019est donc au th\u00e9\u00e2tre des pleurs de s\u2019installer et de prendre le relais du discours vis-\u00e0-vis du spectateur\u2026 L\u2019id\u00e9e de modifier les comportements en utilisant les \u00e9motions, pr\u00f4n\u00e9e d\u00e8s le XVIII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle par G. E. Lessing, appara\u00eet quand la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Aur\u00e9lien Barrau dispara\u00eet compl\u00e8tement. Cette fin exag\u00e8re peut-\u00eatre les ressorts sentimentaux du th\u00e9\u00e2tre, mais permet sans doute de toucher un autre public que celui du monde scientifique, dans un projet esth\u00e9tique pour le moins os\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 juillet 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 juillet 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/tag\/frederique-sautin\/\" data-type=\"post_tag\" data-id=\"244\">&nbsp;Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un seul en sc\u00e8ne \u00ab zo\u00e9thique \u00bb<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"671\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-31-a\u0300-15.35.22-1024x671.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-15199\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-31-a\u0300-15.35.22-1024x671.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-31-a\u0300-15.35.22-300x197.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-31-a\u0300-15.35.22-250x164.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-31-a\u0300-15.35.22-768x503.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-31-a\u0300-15.35.22.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathilda Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans le cadre du projet&nbsp;<\/em>Imaginaires des futurs possibles<em>, qui r\u00e9unit artistes et scientifiques, le Th\u00e9\u00e2tre de Vidy accueille le dernier spectacle de Fran\u00e7ois Gremaud,&nbsp;<\/em>Aur\u00e9liens<em>, qui met en sc\u00e8ne le com\u00e9dien suisse Aur\u00e9lien Patouillard interpr\u00e9tant le texte de la conf\u00e9rence de l\u2019astrophysicien fran\u00e7ais Aur\u00e9lien Barrau prononc\u00e9e \u00e0&nbsp;l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne le 3 octobre 2019 sur le th\u00e8me de l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comment passer de l\u2019effet de serre \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019effet de sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb&nbsp;? Comment passer de l\u2019auditoire de l\u2019universit\u00e9 \u00e0 la salle de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? En op\u00e9rant un d\u00e9calage dans l\u2019espace et le temps, en d\u00e9pla\u00e7ant la parole scientifique dans un corps sensible, celui d\u2019un com\u00e9dien. Aur\u00e9lien Patouillard porte une heure durant la parole d\u2019Aur\u00e9lien Barrau, sans pour autant \u00ab&nbsp;faire l\u2019Aur\u00e9lien&nbsp;\u00bb, contrairement \u00e0 Robert Cantarella qui \u00ab&nbsp;faisait le Gilles&nbsp;\u00bb (dans&nbsp;<em>Faire le<\/em>&nbsp;<em>Gilles<\/em>&nbsp;au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy en 2017) en reproduisant la voix, les intonations, les flexions et les pauses du philosophe Gilles Deleuze prof\u00e9rant ses cours universitaires. Aur\u00e9lien Patouillard ne pratique ni la copie sonore ni la copie visuelle d\u2019Aur\u00e9lien Barrau, d\u2019o\u00f9 l\u2019emploi de leur pr\u00e9nom au pluriel comme titre de cette conf\u00e9rence \/ performance. Avec un d\u00e9bit qui lui est propre, le com\u00e9dien insiste, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, sur certains aspects du discours en variant le volume de sa voix, en r\u00e9p\u00e9tant une assertion (\u00ab&nbsp;<em>on ne va pas revenir \u00e0 l\u2019\u00e2ge de pierre<\/em>&nbsp;!&nbsp;\u00bb) ou des chiffres alarmants, et surtout en pratiquant un langage du corps \u00e0 mi-chemin entre la chor\u00e9graphie et la pantomime. Ainsi, ses mains tiennent, par moment, un globe terrestre imaginaire ou caressent \u00e0 plusieurs reprises la t\u00eate d\u2019un enfant invisible pour illustrer ces deux enjeux cruciaux&nbsp;: comment sauvegarder la plan\u00e8te et quel monde allons-nous laisser \u00e0 nos enfants&nbsp;? Au fil du texte, le com\u00e9dien esquisse quelques pas de danse, se met \u00e0 quatre pattes pour nous rappeler que nous sommes aussi des animaux, ou s\u2019assoit sur une chaise pour repr\u00e9senter notre passivit\u00e9 confortable face \u00e0 l\u2019urgence climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Aur\u00e9lien Patouillard ne reproduit pas non plus la tenue vestimentaire, le look atypique du scientifique (cheveux longs, bracelets et colliers ethniques en surnombre)&nbsp;: il porte certes des couleurs \u00ab&nbsp;naturelles&nbsp;\u00bb, mais avec son short, il a un davantage un look de randonneur (aventurier de la Terre ?) ou de scout (\u00ab&nbsp;\u00e9claireur&nbsp;\u00bb de nos consciences&nbsp;?). A la moiti\u00e9 du spectacle, il enl\u00e8ve ses baskets lorsqu\u2019il \u00e9voque Amazon et l\u2019Amazone&nbsp;; d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019entreprise \u00ab&nbsp;<em>nocive et pr\u00e9datrice<\/em>&nbsp;\u00bb, de l\u2019autre, la guerri\u00e8re mythologique ou le poumon vert de la plan\u00e8te, selon nos r\u00e9f\u00e9rences et choix individuels. Pour sauver la for\u00eat amazonienne, il nous faut renoncer \u00e0 la consommation effr\u00e9n\u00e9e, en enclenchant un processus de d\u00e9croissance. En chaussettes color\u00e9es \u00e0 petits pois, d\u00e9lest\u00e9, Aur\u00e9lien Patouillard incarne une \u00ab&nbsp;sobri\u00e9t\u00e9 joyeuse&nbsp;\u00bb. Il se d\u00e9place dans un d\u00e9cor d\u00e9pouill\u00e9, lui aussi, puisque r\u00e9duit \u00e0 quelques caisses de rangement, quelques \u00e9chelles, oubli\u00e9es en fond de plateau, comme si l\u2019on assistait \u00e0 un travail de r\u00e9p\u00e9tition, comme si, dans sa forme aussi, ce spectacle visait une r\u00e9duction visible de son empreinte carbone. Car c\u2019est avec ce terrible constat que commence et s\u2019ach\u00e8ve la conf\u00e9rence \/ performance&nbsp;: la seule empreinte que l\u2019humanit\u00e9 laissera, \u00e0 tr\u00e8s long terme, sera vraisemblablement celle de l\u2019extinction massive, ou plut\u00f4t celle d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>extermination<\/em>&nbsp;\u00bb massive du vivant. Dans son essai&nbsp;<em>Le plus grand d\u00e9fi de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9<\/em>&nbsp;(2019), Aur\u00e9lien Barrau souligne la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab&nbsp;zo\u00e9thique&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>pens\u00e9e de la<\/em>&nbsp;<em>vie pour elle-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb, afin d\u2019initier une v\u00e9ritable r\u00e9volution \u00e9cologique. Dans un discours tr\u00e8s articul\u00e9, Aur\u00e9lien Barrau-Patouillard \u00e9num\u00e8re diff\u00e9rentes dimensions \u2013 politique, d\u00e9mographique, \u00e9conomique, psychologique, symbolique, m\u00e9taphysique, technologique, \u00e9nerg\u00e9tique \u2013 \u00e0 prendre en compte pour imaginer enfin l\u2019avenir autrement et nous donner l\u2019envie d\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour clore ce spectacle \u00ab&nbsp;vivant&nbsp;\u00bb, la figure de l\u2019enfant est de nouveau convoqu\u00e9e, mais cette fois sous forme textuelle, par une citation d\u00e9tourn\u00e9e et touchante du philosophe grec H\u00e9raclite&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le monde est un enfant qui joue<\/em>&nbsp;\u00bb, disait-il. Aujourd\u2019hui, \u00ab&nbsp;<em>Le monde est un enfant qui meurt\u2026&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em>Empreinte durable.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>7 juillet 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\">Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/aureliens\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s la conf\u00e9rence d\u2019Aur\u00e9lien Barrau \/ Mise en sc\u00e8ne par Fran\u00e7ois Gremaud \/ Captation exp\u00e9rimentale r\u00e9alis\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy le 1er\u00a0d\u00e9cembre 2020 \/ Reprogramm\u00e9 du 7 au 10 juillet 2021 \/ Critiques par Johanna Codourey et Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":15109,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[244,222],"class_list":["post-15108","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-frederique-sautin","tag-johanna-codourey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15108"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15108\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20436,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15108\/revisions\/20436"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}