{"id":15081,"date":"2021-04-26T16:01:44","date_gmt":"2021-04-26T14:01:44","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15081"},"modified":"2024-12-12T14:51:53","modified_gmt":"2024-12-12T13:51:53","slug":"les-trois-soeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/04\/les-trois-soeurs\/","title":{"rendered":"Les Trois s\u0153urs"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les Trois s\u0153urs<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte d\u2019Anton Tchekhov \/ Mise en sc\u00e8ne de Timofe\u00ef Kouliabine \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ Janvier 2019 \/ Critique par Micha\u00ebl Rolli . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tchekhov en silence<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/149181-trois_soeurs_7-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15079\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/149181-trois_soeurs_7-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/149181-trois_soeurs_7-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/149181-trois_soeurs_7-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/149181-trois_soeurs_7-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/149181-trois_soeurs_7.jpeg 1180w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Frol Podlesny<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pas de paroles en l\u2019air ni de r\u00e9pliques perdues dans cette version des&nbsp;<\/em>Trois s\u0153urs<em>&nbsp;de Tchekhov. Pour parler, en effet, pas de voix, mais des mains et m\u00eame des corps dans leur globalit\u00e9. Timofe\u00ef Kouliabine, avec sa troupe de&nbsp;<\/em>La Torche Rouge&nbsp;<em>(Novossibirsk)<\/em>,<em>&nbsp;donne une nouvelle dimension, celle du silence, \u00e0 une \u0153uvre majeure de l\u2019auteur russe gr\u00e2ce \u00e0 un spectacle jou\u00e9 en langue des signes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un appartement de la campagne russe ne marquant aucune \u00e9poque pr\u00e9cise. Pas de murs, pas de fen\u00eatres, le paravent lui-m\u00eame n\u2019est plus qu\u2019un cadre vide. Seules deux portes s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour marquer les deux entr\u00e9es de la maison. Sont mat\u00e9rialis\u00e9s, sur le plateau, des espaces distincts&nbsp;: des chambres, une salle \u00e0 manger et un salon, d\u00e9finis par leurs meubles, comme une table \u00e0 manger, des lits, un berceau\u2026 Les costumes semblent venir du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, alors que certains accessoires nous ram\u00e8nent \u00e0 notre \u00e9poque : une t\u00e9l\u00e9vision, un IPad et des t\u00e9l\u00e9phones portables. Les murs, eux, sont rendus visibles par des bandes blanches coll\u00e9es au sol, d\u00e9limitant les diff\u00e9rents espaces. Le proc\u00e9d\u00e9 rappelle celui qu\u2019utilisait Lars von Trier dans&nbsp;<em>Dogville<\/em>&nbsp;en 2003. On voit tout en m\u00eame temps. On voit la vie. On voit la simplicit\u00e9. On voit l\u2019anecdote et l\u2019insignifiant.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un spectacle po\u00e9tique et tragique, qui se balance entre les bruits d\u2019une vie sans int\u00e9r\u00eat, le silence des gestes et les sons inarticul\u00e9s des acteurs, qui ont sp\u00e9cialement appris la langue des signes pour cette mise en sc\u00e8ne. Le spectacle n\u2019est donc pas compl\u00e8tement noy\u00e9 dans le silence. Au d\u00e9but du spectacle, Irina allume la t\u00e9l\u00e9vision, semble \u00e9merveill\u00e9e par le clip de Miley Cyrus,&nbsp;<em>Wreaking Ball<\/em>&nbsp;et bouge au rythme des vibrations. Puis, le tic-tac de l\u2019horloge, la vaisselle que l\u2019on range, les bruits des pas sur le parquet, Andrei au violon, racontent la vie, le temps qui passe et l\u2019ennui, la souffrance d\u2019une vie inint\u00e9ressante pour Irina, Masha et Olga, dont le r\u00eave de retourner \u00e0 Moscou ne sera jamais r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quasiment personne ne parle, tout le monde signe \u2013 la pi\u00e8ce est traduite en langue des signes russe. Ainsi, le corps est seule source de langage et de partage. Ironiquement, seul Feraponte, personnage malentendant de la pi\u00e8ce, est dot\u00e9 de la parole et ne comprend aucunement le langage des signes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant environ quatre heures, le&nbsp;bruit des \u00e9motions r\u00e8gne, intensifi\u00e9 par une langue silencieuse et d\u2019une grande th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Pour communiquer, il faut capter l\u2019attention et se regarder. Les corps se touchent alors pour prendre contact et les mouvements sont exacerb\u00e9s. C\u2019est une capture de moments de vie qui arrivent aux m\u00eames instants. L\u2019ouverture de l\u2019espace sc\u00e9nique et l\u2019utilisation du langage des signes permettent en effet la simultan\u00e9it\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements. Par exemple, lorsque les trois s\u0153urs discutent, Natacha, dans sa chambre, se fait un masque de beaut\u00e9, Andrei, dans une autre pi\u00e8ce, fait grincer son violon et d\u2019autres personnages dorment.<\/p>\n\n\n\n<p>La puissance de cette po\u00e9sie sign\u00e9e est encore plus forte dans le troisi\u00e8me acte de la pi\u00e8ce. Le feu ravage la ville alentour et voil\u00e0 les trois s\u0153urs enferm\u00e9es dans leur maison avec leur fr\u00e8re, Natacha, Anfissa, le b\u00e9b\u00e9 et tous les autres. Durant l\u2019incendie, les pannes de courant r\u00e9p\u00e9t\u00e9es obligent les personnages \u00e0 s\u2019\u00e9clairer avec la lampe de poche de leur t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab&nbsp;[L]a vie passe, elle ne reviendra jamais, jamais, jamais nous n\u2019irons \u00e0 Moscou&nbsp;\u00bb&nbsp;: Irina s\u2019effondre dans une douleur et une souffrance effroyables \u00e0 la lueur de la lampe de poche d\u2019Olga. Dans cette obscurit\u00e9, les mots sign\u00e9s d\u2019Irina deviennent presque inaccessibles pour le spectateur&nbsp;: on ressent la douleur secr\u00e8te de la benjamine, partag\u00e9e avec les deux autres s\u0153urs dans le plus grand secret.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une relecture novatrice et intime \u2013 port\u00e9e par le jeu et la technique impressionnante de l\u2019ensemble des acteurs \u2013 que propose ici Timofe\u00ef Kouliabine&nbsp;: une nouvelle vision du monde expirant d\u00e9crit par Tchekhov. L\u2019impression de dialogues en miettes et d\u2019incommunicabilit\u00e9 entre les personnages et le monde ext\u00e9rieur en sont encore accrus, les souffrances et l\u2019ennui endossent le r\u00f4le principal. Une prestation virtuose, bouleversante, qui ne peut laisser qui que ce soit indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Janvier 2019<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.comedie.ch\/fr\/les-trois-soeurs\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Anton Tchekhov \/ Mise en sc\u00e8ne de Timofe\u00ef Kouliabine \/ Com\u00e9die de Gen\u00e8ve \/ Janvier 2019 \/ Critique par Micha\u00ebl Rolli .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":15082,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,10,38],"tags":[243],"class_list":["post-15081","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-comedie","category-spectacle","tag-michael-rolli"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15081","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15081"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15081\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20437,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15081\/revisions\/20437"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15082"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15081"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15081"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15081"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}