{"id":15069,"date":"2021-04-26T11:12:09","date_gmt":"2021-04-26T09:12:09","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=15069"},"modified":"2024-12-12T14:52:35","modified_gmt":"2024-12-12T13:52:35","slug":"danse-delhi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/04\/danse-delhi\/","title":{"rendered":"Danse \u00ab Delhi \u00bb"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Danse \u00ab Delhi \u00bb<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte d\u2019Ivan Viripaev \/ Mise en sc\u00e8ne par C\u00e9dric Dorier (Les C\u00e9l\u00e9brants) \/ Initialement programm\u00e9 \u00e0 La Grange de Dorigny en avril 2021 \/ Captation vid\u00e9o du 28 octobre 2020 au Th\u00e9\u00e2tre Oriental-Vevey \/ Critique par Sarah Neu, Micha\u00ebl Rolli, Valentine Bovey, Darya Feral, Johanna Codourey, Clo\u00e9 Bensai, Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin et Ma\u00eblle Aeby . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-neu\/\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9c\u00e8s et ses variations<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_014-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15066\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_014-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_014-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_014-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_014-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_014.jpeg 1254w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Loin d\u2019\u00eatre un spectacle de danse,&nbsp;<\/em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;est une pi\u00e8ce en sept petites pi\u00e8ces, li\u00e9es les unes aux autres par un m\u00eame lieu, des personnages et des th\u00e9matiques communes, qui entra\u00eene le public, au gr\u00e9 de variations de jeu, sur le chemin rythm\u00e9 de la vie. Par cette \u00e9blouissante production, C\u00e9dric Dorier et la compagnie Les C\u00e9l\u00e9brants offrent la premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne en Suisse du texte de l\u2019un des chefs de file de la nouvelle dramaturgie russe Ivan Viripaev. Six personnages s\u2019y croisent, en qu\u00eate de sens face \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s aussi complexes que primaires, comme la perspective de leur propre mort ou celle d\u2019autrui .<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le ton neutre et froid d\u2019une salle d\u2019attente d\u2019h\u00f4pital qui forme l\u2019espace de jeu, dans lequel les personnages vont se succ\u00e9der dans les sept pi\u00e8ces. L\u2019antichambre comporte un rev\u00eatement de sol en lino gris sur lequel sont \u00e9parpill\u00e9es quelques chaises, dont la disposition diff\u00e8re \u00e0 chaque s\u00e9quence, ainsi qu\u2019une simple fontaine \u00e0 eau. L\u2019espace aux murs clairs se remplit et se vide \u00e0 mesure des entr\u00e9es et des sorties qui se font par l\u2019une des cinq portes marrons de l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne. Le d\u00e9coupage visuel des protagonistes, en v\u00eatements contemporains nettement taill\u00e9s, sur le fond sobre de cette salle \u00e9pur\u00e9e, pr\u00e9sente une proposition presque cin\u00e9matographique dans le ton des sc\u00e8nes de vie quotidienne peintes par Edward Hopper. Le metteur en sc\u00e8ne dit par ailleurs s\u2019\u00eatre inspir\u00e9 de l\u2019univers esth\u00e9tique du film \u201cNous, les vivants\u201d du r\u00e9alisateur su\u00e9dois Roy Andersson, dont l\u2019humour noir se d\u00e9gage de tableaux vivants film\u00e9s dans un climat particuli\u00e8rement froid. Ce d\u00e9cor d\u00e9pouill\u00e9 laisse de la place \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 des mots et des diff\u00e9rentes palettes de jeu qu\u2019il va accueillir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce lieu est propice aux r\u00e9v\u00e9lations, tensions et remises en question. Les pi\u00e8ces entrem\u00ealent les destins de six personnages, dont on a peu \u00e0 peu l\u2019impression de conna\u00eetre intimement les ressorts et les failles. On y rencontre une c\u00e9l\u00e8bre danseuse-chor\u00e9graphe (Catherine, dite Katia), sa m\u00e8re (Alina Pavlovna), une \u00ab&nbsp;femme \u00e2g\u00e9e&nbsp;\u00bb anciennement critique de ballet (L\u00e9ra), l\u2019amant de Katia (Andre\u00ef) et sa femme (Olga)&nbsp;; sans oublier l\u2019infirmi\u00e8re, qui annonce la mort des personnages hospitalis\u00e9s&nbsp;; puisque l\u2019auteur russe retire la vie, dans chacune des pi\u00e8ces, \u00e0 l\u2019un des protagonistes. La sp\u00e9cificit\u00e9 dramaturgique se trouve ici dans la structure du spectacle, dont les intrigues successives sont nou\u00e9es et d\u00e9nou\u00e9es selon une temporalit\u00e9 et une fable qui leur est propre, tout s\u2019ins\u00e9rant dans une logique de progression narrative globale. La relation d\u2019amour entre Katia et Andre\u00ef, ainsi que les th\u00e8mes de la mort et de la danse, tissent le fil qui traverse l\u2019ensemble des \u00e9pisodes, au-del\u00e0 des remaniements situationnels propres \u00e0 chaque pi\u00e8ce. Les s\u00e9quences se rejoignent \u00e9galement sur leur d\u00e9but et leur fin, entam\u00e9es successivement par l\u2019annonce du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un des personnages, et closes par la pr\u00e9sence insistante de l\u2019infirmi\u00e8re demandant une signature de l\u2019acte de d\u00e9c\u00e8s. En interm\u00e8de, les variations Goldberg viennent occuper m\u00e9lodieusement les transitions&nbsp;: habile clin d\u2019\u0153il du metteur en sc\u00e8ne, lequel envisage la pi\u00e8ce dans son ensemble comme un th\u00e8me et ses variations.<\/p>\n\n\n\n<p>Les variations de ton sont, sous tous types de formes, au c\u0153ur de la prouesse th\u00e9\u00e2trale exhib\u00e9e pour elle-m\u00eame, provoquant parfois une impression d\u2019incoh\u00e9rence. En effet, le jeu, qui flirte avec le surjeu, se pr\u00e9sente comme la d\u00e9monstration un peu appuy\u00e9e d\u2019une vaste palette de registres possibles accompagnant les variations dramaturgiques. Cette caract\u00e9ristique peut plaire ou d\u00e9plaire, mais a l\u2019int\u00e9r\u00eat de mettre en valeur l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des sentiments \u2212 ou l\u2019absence de sentiments \u2212 qu\u2019une annonce de d\u00e9c\u00e8s, de maladie ou de rejet amoureux peut susciter. La sp\u00e9cificit\u00e9 du format, dont les s\u00e9quences narratives sont remises \u00e0 z\u00e9ro entre chaque noir, contribue avec ces diff\u00e9rents degr\u00e9s de jeu, \u00e0 explorer les potentialit\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre et la richesse de ses modes de repr\u00e9sentations de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab&nbsp;danse Delhi&nbsp;\u00bb joue un r\u00f4le central aussi dans sa dimension symbolique tout au long de l\u2019\u0153uvre dramatique et sc\u00e9nique. Dans la pi\u00e8ce, on apprend que cette danse, qui n\u2019est jamais montr\u00e9e, est imagin\u00e9e et chor\u00e9graphi\u00e9e par la danseuse Katia \u00e0 la suite d\u2019un \u00e9pisode qu\u2019elle a v\u00e9cu \u00e0 Delhi, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, comme par un morceau de fer chauff\u00e9 \u00e0 blanc press\u00e9 sur son c\u0153ur,&nbsp;par le concentr\u00e9 de mis\u00e8re et de souffrance qu\u2019elle a rencontr\u00e9. La danse contient toute cette intensit\u00e9 et transfigure cette sc\u00e8ne de malheur en beaut\u00e9. Si elle ne prend jamais forme au sens propre, son \u00e9vocation accompagne toutefois tous les personnages \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de leur cheminement philosophique. Chacune des sept pi\u00e8ces aborde et discute par ce biais des th\u00e8mes relatifs au malheur et \u00e0 la condition humaine, parmi lesquels la douleur, l\u2019acceptation, la culpabilit\u00e9, l\u2019empathie. La pi\u00e8ce finale se pr\u00e9sente alors, apr\u00e8s une travers\u00e9e rythm\u00e9e d\u2019\u00e9motions fortes et de d\u00e9nouements int\u00e9rieurs, comme une forme d\u2019apaisement g\u00e9n\u00e9ral, rendu possible par la sublimation du malheur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-neu\/\">Sarah Neu<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les variations \u00ab Delhi \u00bb<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_056-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15089\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_056-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_056-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_056-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_056-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_056.jpeg 1254w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u00e9dric Dorier met en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce de l\u2019auteur russe Ivan Viripaev,&nbsp;<\/em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>\u00e0 l\u2019Oriental-Vevey et \u00e0 la Grange de Dorigny \u00e0 Lausanne. Danse intemporelle, sans suite logique ni chronologique, le spectacle, d\u00e9coup\u00e9 en sept pi\u00e8ces courtes, se construit et se d\u00e9construit en m\u00eame temps. L\u2019exp\u00e9rience \u00e9mouvante et cyclique propos\u00e9e par la troupe&nbsp;<\/em>Les C\u00e9l\u00e9brants&nbsp;<em>donne le sourire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une voix masculine annonce, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un m\u00e9tro parisien, le titre de la premi\u00e8re pi\u00e8ce, \u00ab&nbsp;Chaque mouvement&nbsp;\u00bb. Avec un fort bruit d\u2019interrupteur, la lumi\u00e8re s\u2019allume brusquement et l\u2019on d\u00e9couvre une salle d\u2019attente d\u2019h\u00f4pital. Une machine \u00e0 eau pleine, des chaises grises align\u00e9es, cinq portes ferm\u00e9es et Catherine, dite Katia (Anne-Catherine Savoy) assise, face aux spectateurs, souriante. L\u00e9ra (Carmen Ferlan) arrive et annonce la mauvaise nouvelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ta m\u00e8re est morte&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fa\u00e7on des&nbsp;<em>variations Goldberg&nbsp;<\/em>de Bach, l\u2019histoire propos\u00e9e se r\u00e9p\u00e8te et varie. Telle une musique qui tourne en boucle, les sept pi\u00e8ces r\u00e9it\u00e8rent le m\u00eame sch\u00e9ma&nbsp;: un personnage meurt \u2013 ou bien va mourir \u2013 et les r\u00e9actions face \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement se transforment, se modifient et ont une influence sur les relations entre les personnages. Voil\u00e0 la danse promise. Jamais montr\u00e9e ni m\u00eame sugg\u00e9r\u00e9e, elle est pourtant au c\u0153ur de l\u2019action. Cette danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb \u2013 comme elle est appel\u00e9e \u2013 est faite des souffrances et des douleurs humaines. Elle n\u2019est autre que l\u2019exhibition de la d\u00e9t\u00e9rioration des rapports entre les personnages&nbsp;et de leurs tourments, face \u00e0 la mort ou face \u00e0 un amour impossible. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas elle qui cr\u00e9e la danse, c\u2019est plut\u00f4t elle qui est cette danse m\u00eame \u00bb, \u00e9nonce l\u2019un des personnages \u00e0 propos de Katia. On pourrait dire de m\u00eame du spectacle&nbsp;: la danse est la pi\u00e8ce, et la pi\u00e8ce, une danse. \u00c0 la fa\u00e7on de Raymond Queneau, le spectacle est un<em>&nbsp;exercice de style<\/em>. Si le texte de Viripaev propose d\u00e9j\u00e0 cette gymnastique en imaginant des variations \u00e0 l\u2019action, C\u00e9dric Dorier fait le choix int\u00e9ressant d\u2019ajouter d\u2019autres types de variations, dans le jeu, dans l\u2019interpr\u00e9tation, dans le rythme et les ambiances. Les sept pi\u00e8ces se colorent alors de fa\u00e7ons diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette entreprise n\u2019est cependant pas sans risque. En faisant varier syst\u00e9matiquement le style de jeu de chacun des personnages ind\u00e9pendamment les uns des autres, le spectacle produit parfois des effets d\u2019incoh\u00e9rence. \u00ab&nbsp;La nouvelle est suppos\u00e9e \u00eatre horrible, pourtant je n\u2019\u00e9prouve pas de terreur \u00bb&nbsp;: la premi\u00e8re r\u00e9action de Katia face \u00e0 la mort de sa m\u00e8re est de se mettre \u00e0 rire sans pouvoir s\u2019arr\u00eater. Dans la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce, \u00e0 texte similaire ou presque mais dans un contexte diff\u00e9rent, elle se mure dans une col\u00e8re noire. Le jeu d\u2019Anne-Catherine Savoy varie avec une grande pr\u00e9cision d\u2019un registre \u00e0 l\u2019autre. Face \u00e0 elle, Andre\u00ef (Denis Lavalou), tout aussi pr\u00e9cis, se trouve dans un autre univers&nbsp;: tourn\u00e9 au ridicule, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un personnage de Ionesco, avec un maquillage exag\u00e9r\u00e9 et une coiffure d\u00e9faite, affubl\u00e9 d\u2019un costume dans lequel il ne semble pas \u00e0 l\u2019aise, il rappelle le pr\u00e9tendant maladroit de&nbsp;<em>La Demande&nbsp;<\/em>de Tchekhov. Surjouant le maladroit, comme l\u2019y invite le texte, il produit en outre des \u00e9carts de styles bien moins marqu\u00e9s d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019autre que les autres personnages, notamment sa ma\u00eetresse Katia, sans que l\u2019on ne comprenne r\u00e9ellement pourquoi. De m\u00eame, on peine \u00e0 saisir le sens de la sur-th\u00e9\u00e2tralisation, dans un autre registre encore, du personnage de l\u2019infirmi\u00e8re (Prune Beuchat, remarquable d\u2019\u00e9nergie par ailleurs). Le personnage est central, puisqu\u2019il est le seul \u00e0 appara\u00eetre dans les sept pi\u00e8ces. Si, dans les deux premi\u00e8res, son r\u00f4le semble relativement mineur, elle gagne en importance, sur le plan dramaturgique, dans les cinq derni\u00e8res. On pourrait m\u00eame voir peu \u00e0 peu dans cette jeune femme la danse elle-m\u00eame. L\u2019infirmi\u00e8re apporte la douleur (elle annonce la mort) et apaise les personnages (notamment dans la sc\u00e8ne finale), comme la chor\u00e9graphie \u00e9voqu\u00e9e de multiples fois, qui est faite des douleurs humaines. Pourtant, son \u00e9locution, qu\u2019on aurait imagin\u00e9e envo\u00fbtante et passionn\u00e9e, est ici exag\u00e9r\u00e9e et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment artificielle, accordant une attention \u00e0 la ponctuation et \u00e0 l\u2019articulation, parti-pris de mise en sc\u00e8ne qui semble fonctionner de fa\u00e7on autonome, et que l\u2019on ne parvient vraiment \u00e0 rattacher ni au r\u00f4le ni \u00e0 la dynamique des relations avec les autres. La sc\u00e8ne finale, dans laquelle l\u2019infirmi\u00e8re aide l\u2019un des personnages \u00e0 sombrer dans le sommeil et \u00e0 entrer dans cette danse infinie, laisse pour cette raison m\u00eame, un peu perplexe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cons\u00e9quence&nbsp;: le d\u00e9roulement absurde, cyclique et comiquement interminable du texte d\u2019Ivan Viripaev produit ici un effet de redondance. On le regrette d\u2019autant plus que plusieurs propositions int\u00e9ressantes sont avanc\u00e9es avant d\u2019\u00eatre oubli\u00e9es au fil du spectacle, comme celle qui consiste \u00e0 figer les personnages pour marquer les pauses et les silences \u2013 id\u00e9e originale mise en \u0153uvre dans les deux premi\u00e8res pi\u00e8ces, et qui semble appel\u00e9e par l\u2019absurde de la situation, mais qui ne r\u00e9apparaitra plus ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p>On sort n\u00e9anmoins du spectacle \u2013 ou plut\u00f4t de sa captation \u2013 avec le sourire, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9nergie d\u00e9bordante des com\u00e9diens. Mais c\u2019est surtout la finesse et la po\u00e9sie de la langue et de l\u2019humour du texte de Viripaev, avec ses \u00e9chos absurdes, qui amusent et r\u00e9jouissent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Eh bien, jouez maintenant !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_133-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15094\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_133-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_133-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_133-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_133-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_133.jpeg 1254w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une salle d\u2019attente d\u2019h\u00f4pital. Divers personnages \u00e0 divers moments de leur vie. Des boucles temporelles. Des \u00e9clats de rire et de grands pleurs. Une r\u00e9flexion sur les univers parall\u00e8les, et sur la multiplication des possibles narratifs. Dans la pi\u00e8ce en sept pi\u00e8ces&nbsp;<\/em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb<em>, C\u00e9dric Dorier et la Cie&nbsp;<\/em>Les C\u00e9l\u00e9brants<em>&nbsp;mettent en sc\u00e8ne le texte d\u2019Ivan Viripaev, encore jamais mont\u00e9 en Suisse&nbsp;: difficile d\u2019entrer dans cette danse \u00e9trange et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, qui prend le parti surprenant d\u2019une interpr\u00e9tation tragi-comique touchant au vaudeville bourgeois.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le texte \u00e9tait prometteur. L\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne l\u2019est aussi&nbsp;: une histoire aux accents tch\u00e9khoviens, saupoudr\u00e9e d\u2019une petite touche kafka\u00efenne qui suscite la curiosit\u00e9 des spectateur\u00b7rice\u00b7s. Assise dans une salle d\u2019attente, cr\u00e2nement, Katia apprend la mort de sa m\u00e8re. Contrairement aux attentes, elle ne ressent rien&nbsp;: un \u00ab&nbsp;anti-sentiment&nbsp;\u00bb, diagnostique-t-elle. Une vieille dame, proche de sa m\u00e8re, tente de lui proposer son aide, de la rassurer, s\u2019excitant \u00e0 mesure que sa prot\u00e9g\u00e9e s\u2019obstine \u00e0 rester calme. Mais Katia ne s\u2019en soucie gu\u00e8re&nbsp;: elle veut raconter l\u2019histoire de sa rencontre avec Andre\u00ef, \u00e0 Kiev, alors qu\u2019elle interpr\u00e9tait sur sc\u00e8ne sa merveilleuse danse, la danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb. Andre\u00ef d\u00e9barque, il apporte un bouquet et ses condol\u00e9ances, et Catherine finit, l\u00e0 comme \u00e7a, dans la salle d\u2019attente de l\u2019h\u00f4pital, par lui avouer son amour. Malheureusement, Andre\u00ef ne ressent pas la m\u00eame chose. Tr\u00e8s emprunt\u00e9, il s\u2019en va. \u00c0 ce moment, l\u2019infirmi\u00e8re arrive pour lui faire signer des papiers. Noir. Salutations.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 fini&nbsp;? Que le temps passe vite quand on s\u2019amuse&nbsp;! Ah, non, voil\u00e0 que cela recommence. Le d\u00e9cor n\u2019a pas chang\u00e9, si ce n\u2019est pour les \u00e9clairages et la disposition des chaises dans la salle d\u2019attente. Un peu comme le jeu des sept diff\u00e9rences&nbsp;: presque la m\u00eame sc\u00e8ne, presque les m\u00eames mots. Au d\u00e9but, le dispositif suscite l\u2019int\u00e9r\u00eat&nbsp;: la sc\u00e8ne que l\u2019on voit ici se d\u00e9roule-t-elle \u00e0 la place de la pr\u00e9c\u00e9dente ou avant&nbsp;? Est-ce que l\u2019indiff\u00e9rence de Katia face \u00e0 la mort de sa m\u00e8re est due \u00e0 son chagrin d\u2019amour&nbsp;? Mais ce chagrin a-t-il seulement eu&nbsp;<em>lieu&nbsp;<\/em>dans cet univers-l\u00e0&nbsp;? La grande force du texte de Viripaev, jeune dramaturge russe, est de proposer sept pi\u00e8ces en une seule. \u00c0 la fin de chaque proposition, il y a rupture dans la continuit\u00e9 du spectacle&nbsp;: le noir se fait, les acteur\u00b7rice\u00b7s saluent. Cependant, ce n\u2019est pas une r\u00e9elle mise \u00e0 z\u00e9ro&nbsp;: juch\u00e9e sur mon si\u00e8ge (derri\u00e8re mon \u00e9cran, mais faites un petit effort d\u2019imagination), je me souviens de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9. De plus, les \u00e9v\u00e9nements des pi\u00e8ces se r\u00e9pondent entre eux, par paires, avec comme fil conducteur la relation entre Katia et Andre\u00ef. D\u00e8s le d\u00e9but des ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9p\u00e9titions, la reprise d\u2019une des tirades de la premi\u00e8re pi\u00e8ce, une connivence s\u2019\u00e9tablit entre les acteur\u00b7rice\u00b7s et le public&nbsp;: tout le monde sait maintenant, plus ou moins, de quoi il sera question. Il ne s\u2019agit plus alors que d\u2019un jeu de variations.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Glenn Gould interpr\u00e8te Bach et ses variations, la force de son interpr\u00e9tation vient de la justesse et de la subtilit\u00e9 de son toucher. On ne peut pas varier sans une infime attention aux d\u00e9tails, \u00e0 ce qui change, sans prendre le temps de saisir, comme on go\u00fbte du bout des l\u00e8vres un plat, la subtilit\u00e9 de la nuance. Sinon, on appelle cela du d\u00e9calque, en dessin. Une translation, en g\u00e9om\u00e9trie. Ou alors un exercice de style, au th\u00e9\u00e2tre. Fatalement, lorsqu\u2019on propose \u00e0 des acteur\u00b7rice\u00b7s de multiplier l\u2019expression des sentiments et d\u2019interpr\u00e9ter des variations sur un m\u00eame th\u00e8me, on peut s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019ils et elles s\u2019amusent beaucoup en le faisant. Pour le public, cependant, un peu mal assis dans sa chaise (ou derri\u00e8re son \u00e9cran, mais ceci reste encore une fois anecdotique), l\u2019impression peut devenir d\u00e9sagr\u00e9ablement scolaire. Si la mise en sc\u00e8ne tente de montrer que le jeu d\u2019acteur\u00b7rice\u00b7s est issu du contexte dans lequel sont prononc\u00e9s les propos, alors cette d\u00e9monstration minimale est r\u00e9ussie. Mais qu\u2019en est-il de la transmission des \u00e9motions&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Touchant en effet au c\u0153ur de ce que cela fait d\u2019\u00eatre et de se sentir humain, le texte Viripaev fait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la compassion, \u00e0 la solidarit\u00e9, \u00e0 la col\u00e8re, \u00e0 la culpabilit\u00e9 et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la souffrance. Le d\u00e9sespoir et les grands discours expos\u00e9s dans un cadre banal, qui fait contraste avec ces \u00e9motions intenses, le th\u00e9\u00e2tre adore, et depuis Tchekhov au moins, on sait aussi que la com\u00e9die et la trag\u00e9die s\u2019effleurent souvent et que tout d\u00e9pend alors du jeu. C\u2019est ici que finalement la proposition achoppe : difficile d\u2019appr\u00e9cier les variations sans une incorporation nuanc\u00e9e, qui s\u2019\u00e9loigne du pur plaisir de l\u2019exercice de style (<em>et maintenant, jouez-moi la col\u00e8re<\/em>&nbsp;!) pour peindre quelque chose de moins d\u00e9finitif, de peut-\u00eatre plus r\u00e9aliste. On n\u2019est jamais enti\u00e8rement enrag\u00e9, enti\u00e8rement triste, enti\u00e8rement fou&nbsp;; m\u00eame un \u00ab&nbsp;anti-sentiment&nbsp;\u00bb n\u2019a pas autant de constance. La r\u00e9alit\u00e9 ne se trouve-t-elle pas dans les silences, les pauses, les clairs-obscurs du corps, et le rire aussi&nbsp;? En voulant parler des grands sentiments, on en oublie presque les affects<em>,&nbsp;<\/em>qu\u2019on ne trouve pas dans l\u2019exub\u00e9rance d\u2019un jeu vaudevillesque, au bord du m\u00e9lodrame. On oublie aussi les&nbsp;<em>\u00e9motions,&nbsp;<\/em>avec une palette de jeu effleurant le vaudeville, qui a tendance \u00e0 faire l\u2019\u00e9conomie de certaines subtilit\u00e9s du texte, et qui tire vers un comique presque clownesque, refl\u00e9t\u00e9 par le maquillage de Denis Lavalou (Andre\u00ef). La suite de la danse finit par fatiguer&nbsp;: des portes claquent, de grandes r\u00e9v\u00e9lations ont lieu, on hurle sous des chaises, on s\u2019insulte, on se r\u00e9concilie, on pleure. Mais tout cela reste finalement aseptis\u00e9 comme le d\u00e9cor d\u2019h\u00f4pital et m\u00e9canique comme les signatures des documents relatifs aux d\u00e9c\u00e8s, amen\u00e9s par l\u2019infirmi\u00e8re, qui ponctuent chaque pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours sur la danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb, qui prend chez Viripaev des dimensions m\u00e9taphysiques et spirituelles, devient ici un \u00e9l\u00e9ment aberrant dans ce monde perclus d\u2019ambitions, de terreurs et de souffrances tout ce qu\u2019il y a de plus pragmatique&nbsp;: un adult\u00e8re, des bouchons, des condol\u00e9ances, la mort d\u2019une m\u00e8re, un cancer, une critique sans voix, une infirmi\u00e8re corrompue. \u00c0 cet \u00e9gard m\u00eame si Anne-Catherine Savoy interpr\u00e8te avec une remarquable pr\u00e9sence le personnage de Katia, on aurait aim\u00e9 voir dans ses gestes et ses d\u00e9placements un peu de la gr\u00e2ce qui \u00e9tait imput\u00e9e \u00e0 son personnage. &nbsp;Toutes ces exhibitions de jeu et de registres finissent par rendre cette r\u00e9flexion sur le grand nuancier des sentiments humains un peu autot\u00e9lique. Du&nbsp;<em>sentiment,&nbsp;<\/em>certes. Le jeu s\u2019aveugle, et comme une machine emball\u00e9e, en oublie les&nbsp;<em>\u00e9motions<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/darya-feral\/\">Darya Feral<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Variations en s\u00e9rie<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_173-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15098\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_173-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_173-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_173-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_173-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/04\/big_173.jpeg 1254w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u00e9dric Dorier, avec la compagnie Les C\u00e9l\u00e9brants, devait pr\u00e9senter sur la sc\u00e8ne de l\u2019Oriental-Vevey puis \u00e0 la Grange de Dorigny (Lausanne)&nbsp;<\/em>Danse \u00ab\u2009Delhi\u2009\u00bb<em>, d\u2019apr\u00e8s le texte d\u2019Ivan Viripaev, mont\u00e9 en Suisse pour la premi\u00e8re fois. L\u2019\u0153uvre est compos\u00e9e de sept pi\u00e8ces, dans lesquelles les m\u00eames personnages \u2014 la danseuse Catherine, sa m\u00e8re Alina Pavlovna, la critique de danse Lera, l\u2019amant de Catherine Andre\u00ef, mari d\u2019Olga, et l\u2019infirmi\u00e8re \u2014 se retrouvent dans la salle d\u2019attente d\u2019un h\u00f4pital, pour \u00e9changer sur la mort de l\u2019un d\u2019eux, sur la danse \u00ab\u2009Delhi\u2009\u00bb, ou sur la relation adult\u00e8re d\u2019Andre\u00ef et de Catherine. Le metteur en sc\u00e8ne se saisit des potentialit\u00e9s qu\u2019offrent les r\u00e9p\u00e9titions et les variations dramaturgiques au sein des pi\u00e8ces pour faire alterner tonalit\u00e9s comiques et m\u00e9lodramatiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Ouf\u2009! C\u2019est tellement bizarre de ressentir \u00e7a. On ne sait m\u00eame pas comment r\u00e9agir\u2009\u00bb. Cette phrase est prononc\u00e9e par le personnage de Catherine (Anne-Catherine Savoy) dans les deux premi\u00e8res pi\u00e8ces, \u00e0 l\u2019annonce de la mort de sa m\u00e8re, mais dans des contextes diff\u00e9rents. Dans la premi\u00e8re, la com\u00e9dienne est assise, les jambes pos\u00e9es sur l\u2019accoudoir, dans une posture indolente, et, souriante, elle s\u2019exprime sur un ton l\u00e9ger, en fumant. Dans la deuxi\u00e8me, la nouvelle survient apr\u00e8s qu\u2019Andre\u00ef a rejet\u00e9 la d\u00e9claration d\u2019amour de Catherine. Le costume de la jeune femme n\u2019a pas chang\u00e9, mais ses cheveux sont attach\u00e9s. Lorsque Lera (Carmen Ferlan) annonce la mort, Catherine \u00e9carte sa main avec un grognement de rage. L\u2019actrice prononce sa r\u00e9plique sur un ton col\u00e9rique, traversant la sc\u00e8ne, s\u2019asseyant pour se relever imm\u00e9diatement. Le jeu marque cette fois l\u2019agitation du personnage. Carmen Ferlan, quant \u00e0 elle, pi\u00e9tine, parle plus rapidement, et prend un ton aigu. L\u2019interpr\u00e9tation du r\u00f4le de l\u2019infirmi\u00e8re est celle qui conna\u00eet la plus forte variation au cours du spectacle. Dans les premi\u00e8res pi\u00e8ces, Prune Beuchat accentue l\u2019articulation des r\u00e9pliques, et montre son personnage plus qu\u2019elle ne l\u2019incarne. La derni\u00e8re pi\u00e8ce marque une rupture dans son jeu. Assise avec la t\u00eate de Florence Quartenoud (Olga) sur ses genoux, elle lie ses phrases et semble partir dans l\u2019univers onirique de ses pens\u00e9es. En \u00e9voquant la danse \u00ab\u2009Delhi\u2009\u00bb, ses gestes prennent de l\u2019amplitude et de la fluidit\u00e9, cr\u00e9ant un effet presque hypnotique soutenu par la bande sonore. Sa transformation co\u00efncide avec un changement de d\u00e9cor\u2009: les murs de la salle se l\u00e8vent, les chaises sont empil\u00e9es, le plateau est d\u00e9gag\u00e9, et l\u2019\u00e9clairage est r\u00e9duit.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/darya-feral\/\">Darya Feral<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Danse Derviche<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_250-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15102\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_250-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_250-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_250-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_250-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_250.jpeg 1254w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans une salle d\u2019attente d\u2019h\u00f4pital,&nbsp;<\/em>Danse Delhi&nbsp;<em>propose d\u2019envisager sept fois la mort dans des configurations dramaturgiques diff\u00e9rentes. Sept pi\u00e8ces dans la pi\u00e8ce \u2013 un genre d\u2019exercice de style \u2013 o\u00f9 meurent tour \u00e0 tour les protagonistes, mais o\u00f9 les r\u00e9pliques, les relations entre les personnages et le pouvoir apaisant que provoque la narration de la fameuse danse Delhi se font \u00e9cho et produisent un effet de spirale. Les deux heures du spectacle permettent de prendre conscience du r\u00f4le que joue le contexte dans la mani\u00e8re dont chacun re\u00e7oit et accepte les nouvelles malheureuses.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est tellement bizarre de ressentir \u00e7a. On ne sait m\u00eame pas comment r\u00e9agir.&nbsp;\u00bb Et pourtant, cette deuxi\u00e8me r\u00e9plique de la premi\u00e8re pi\u00e8ce sera successivement jou\u00e9e de mani\u00e8re joyeuse, col\u00e9rique ou effondr\u00e9e par Anne-Catherine Savoy, dans le r\u00f4le de Catherine, qui au fil des sept pi\u00e8ces perd deux fois sa m\u00e8re, apprend une fois que cette derni\u00e8re est atteinte d\u2019un cancer, soutient son amant lorsque sa femme fait une tentative de suicide ou est elle-m\u00eame annonc\u00e9e comme morte. Avec Andre\u00ef (Denis Lavalou), L\u00e9ra (Carmen Ferlan), Alina (Helene Theunissen) et Olga (Florence Quartenoud), elle est l\u2019un des personnages qui font face \u00e0 l\u2019infirmi\u00e8re (Prune Beuchat) leur demandant de signer des papiers li\u00e9s \u00e0 la mort d\u2019un proche. Les com\u00e9diens proposent \u00e0 chaque fois un r\u00e9pertoire d\u2019\u00e9motions diff\u00e9rentes. Entre chaque proposition, un noir se fait, les acteurs s\u2019avancent et le public applaudit jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un signal sonore rappelle les artistes en coulisse pour commencer la pi\u00e8ce suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus des variations de jeu et dans la fable, la pi\u00e8ce propose des changements dans les genres dramatiques, les mouvements des com\u00e9dien.ne.s, les d\u00e9cors, les costumes, sur tous les plans de la mise en sc\u00e8ne finalement, ce qui permet d\u2019exposer les multiples potentialit\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre, cr\u00e9ant toutefois un&nbsp;<em>melting pot<\/em>&nbsp;parfois incoh\u00e9rent qui pousse \u00e0 s\u2019interroger sur les motivations de ces changements. En effet, les com\u00e9dien.ne.s endossent des r\u00f4les qui ne sont pas assortis au sein d\u2019une m\u00eame s\u00e9quence&nbsp;: quand Catherine est incarn\u00e9e par Anne-Catherine Savoy dans un registre naturaliste, Andrei (Denis Lavalou) semble, lui, sorti d\u2019une com\u00e9die, une sensation renforc\u00e9e par son maquillage tr\u00e8s marqu\u00e9, tandis que l\u2019infirmi\u00e8re&nbsp;(Prune Beuchat) \u00e9nonce son texte de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment artificielle. Ce contraste pourrait sans doute \u00eatre per\u00e7u comme un parti-pris coh\u00e9rent du spectacle si les personnages ne changeaient pas en outre de registre au sein d\u2019une m\u00eame s\u00e9quence&nbsp;: l\u2019infirmi\u00e8re est, par exemple, dans la derni\u00e8re pi\u00e8ce, tant\u00f4t ce personnage \u00e0 la diction artificielle, tant\u00f4t une femme douce \u00e0 la voix ber\u00e7ante qui apaise admirablement le spectateur. De m\u00eame, Catherine, cens\u00e9e \u00eatre la cr\u00e9atrice et l\u2019interpr\u00e8te de la fameuse danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb, qui n\u2019est jamais montr\u00e9e, ne poss\u00e8de aucune caract\u00e9ristique, dans ses gestes, qui pourrait rappeler cette activit\u00e9 de danseuse, tandis que les autres personnages, en particulier ceux de l\u2019infirmi\u00e8re et de la critique L\u00e9ra, se racontent cette danse avec po\u00e9sie et gr\u00e2ce, ponctuant leurs propos de mouvements de mains ou de jambes souples et doux. Comme si la mise en sc\u00e8ne n\u2019avait pas su trancher entre deux options, celle d\u2019\u00f4ter enti\u00e8rement cette danse \u00e0 la vue des spectateurs, et celle de la montrer un peu. Le spectacle rec\u00e8le ainsi une multitude de s\u00e9quences qui produisent un effet plaisant de fa\u00e7on autonome, mais perdent de leur superbe lorsqu\u2019elles sont confront\u00e9es les unes aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ces nombreuses propositions, de belles pistes sont explor\u00e9es comme le d\u00e9placement des chaises entre chaque pi\u00e8ce dans cette salle d\u2019attente d\u2019h\u00f4pital, qui permet des configurations sc\u00e9nographiques toujours diff\u00e9rentes, renforc\u00e9es par les changements dans la lumi\u00e8re \u2013 celle-ci diminue au fil de la repr\u00e9sentation \u2013, ou les variations de costumes pour le personnage de L\u00e9ra. Dans son ensemble, le spectacle charme tout de m\u00eame&nbsp;: il met en valeur le r\u00f4le de la mise en sc\u00e8ne et du jeu dans l\u2019interpr\u00e9tation du sens d\u2019un texte, puisque les situations et les r\u00e9pliques qui se r\u00e9p\u00e8tent invitent le spectateur \u00e0 des interpr\u00e9tations \u00e0 chaque fois diff\u00e9rentes.&nbsp;<em>En signant les papiers de l\u2019infirmi\u00e8re, c\u2019est le contexte qui risque de d\u00e9finir si nous nous sentirons d\u00e9vast\u00e9s, coupables ou apais\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cloe-bensai\/\">Clo\u00e9 Bensai<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Th\u00e9oriser le bonheur pour mieux le danser ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"422\" height=\"282\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Sans-titre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15118\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Sans-titre.jpg 422w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Sans-titre-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Sans-titre-250x167.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 422px) 100vw, 422px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Les C\u00e9l\u00e9brants, troupe lausannoise dirig\u00e9e par C\u00e9dric Dorier, met en sc\u00e8ne le texte de l\u2019auteur contemporain Ivan Viripaev, qui propose plusieurs sc\u00e9narios diff\u00e9rents d\u2019 une action. Si les r\u00f4les restent les m\u00eames tout au long du spectacle, celui-ci se d\u00e9veloppe en spirale et les personnages \u00e9voluent tout en reproduisant des situations et \u00e9nonc\u00e9s. Cinq femmes et un homme de diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations se confrontent ainsi \u00e0 la mort tant\u00f4t de l\u2019un, tant\u00f4t de l\u2019autre, \u00e0 huis-clos dans une salle d\u2019attente qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre un microcosme repr\u00e9sentatif des questionnements existentiels universels.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re curiosit\u00e9 de ce spectacle, c\u2019est sa structure&nbsp;: sept pi\u00e8ces qui n\u2019en forment qu\u2019une. Entre lesdites pi\u00e8ces, les lumi\u00e8res sont rallum\u00e9es, les com\u00e9diens saluent, et les d\u00e9cors sont l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9s. Chacune commence par l\u2019annonce du d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un des personnages et se termine par la signature de l\u2019acte, dans l\u2019h\u00f4pital gris\u00e2tre. L\u2019esth\u00e9tique des d\u00e9cors et costumes est inspir\u00e9e des productions cin\u00e9matographiques du r\u00e9alisateur su\u00e9dois Roy Andersson&nbsp;: murs p\u00e2les, couleurs ternes,&nbsp;minimalisme ; la froideur du d\u00e9cor, parfois lassant pour l\u2019\u0153il, est repr\u00e9sentative de l\u2019aspect exp\u00e9rimental des situations. Tout se passe comme si le metteur en sc\u00e8ne voulait tester l\u2019\u00eatre humain et ses \u00e9motions face \u00e0 des situations \u00e9motionnellement charg\u00e9es. Apparaissant habill\u00e9 en docteur \u00e0 l\u2019ultime fin du spectacle, il vient signaler qu\u2019il est l\u2019instance prom\u00e9th\u00e9enne, r\u00e9gissant la vie et la mort de ses personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet environnement aseptis\u00e9, les m\u00e9ditations et digressions \u00e9voquent parfois des souvenirs, des id\u00e9es \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 morbide. On parle souvent de bien autre chose que de la mort, m\u00eame si l\u2019on sait, alors que l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne pr\u00e9sente plusieurs portes align\u00e9es, que le tr\u00e9pas est juste l\u00e0, derri\u00e8re. La r\u00e9p\u00e9tition des \u00e9v\u00e8nements souligne le c\u00f4t\u00e9 absurde de la mort, elle qui est universelle et pourtant impalpable. L\u2019interchangeabilit\u00e9 des personnages confront\u00e9s \u00e0 cette exp\u00e9rience et aux r\u00e9actions qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re \u2013 ou ne g\u00e9n\u00e8re pas (la tristesse, la furie, le sentiment de vacuit\u00e9 ou l\u2019\u00e9merveillement), accentue encore cette absurdit\u00e9. Si les \u00e9motions des personnages sont un premier vecteur de transmission des questionnements face \u00e0 la mort, le texte \u00e9voque aussi des faits choquants : Auschwitz, la guerre en Irak, ou les abattoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infirmi\u00e8re et Katia, jou\u00e9es respectivement par Prune Beuchat et Anne-Catherine Savoy, nourrissent ces questionnements existentiels, en incarnant elles-m\u00eames deux formes presque \u00e9sot\u00e9riques de la connaissance. L\u2019infirmi\u00e8re, qui \u00ab&nbsp;viole l\u2019\u00e9thique&nbsp;\u00bb en recevant des pots-de-vin, est annonciatrice de la mort lorsqu\u2019elle passe les fatidiques portes. Elle c\u00f4toie les cadavres, et ambitionne un voyage en Inde pour apprendre \u00e0 \u00ab&nbsp;ma\u00eetriser&nbsp;\u00bb la pens\u00e9e de cette mort. Sa parent\u00e9 avec le monde des macchab\u00e9es contraste avec la personnalit\u00e9 vivante et lumineuse de Katia. Cette derni\u00e8re entend de la \u00ab&nbsp;musique&nbsp;\u00bb jaillir des poitrines et per\u00e7oit la beaut\u00e9 dans la vie organique et sociale de son \u00e9cosyst\u00e8me. Les bruits de moteurs, de klaxons, et les d\u00e9flagrations qui surviennent lors des noirs en fin de pi\u00e8ces \u00e9voquent le r\u00e9sidu de sa blessure, symboliquement caus\u00e9e par la douleur des habitants de New Delhi. Car, elle l\u2019explique, elle absorbe la douleur du monde de mani\u00e8re \u00e0 le purifier de sa laideur par l\u2019interm\u00e9diaire de la cr\u00e9ation artistique. Ambassadrice de la vie, elle finit par persuader l\u2019infirmi\u00e8re \u2013 ange de la mort \u2013 de la puissance de la compassion, et en fera sa messag\u00e8re. Son parti pris est clair&nbsp;: accepter la culpabilit\u00e9, c\u2019est la surpasser. Trouver la paix, c\u2019est lutter pour elle et non contre la douleur. Et dans tous les cas, il lui est imp\u00e9ratif de toujours rester connect\u00e9e au premier organe de la danse&nbsp;: le c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit bien que ces notions sont ch\u00e8res autant \u00e0 l\u2019auteur qu\u2019au metteur en sc\u00e8ne. Katia demandant rh\u00e9toriquement si \u00ab&nbsp;le bonheur d\u00e9pend des circonstances&nbsp;\u00bb am\u00e8ne forc\u00e9ment le spectateur \u00e0 entrevoir sa responsabilit\u00e9 personnelle quant \u00e0 son bonheur plut\u00f4t que de l\u2019attribuer \u00e0 la fluctuation des \u00e9v\u00e8nements. Si la d\u00e9marche, cependant, am\u00e8ne brillamment \u00e0 la contemplation intellectuelle, elle reste principalement r\u00e9flexive : les personnages crient, pleurent, rient aux \u00e9clats, mais une sorte d\u2019herm\u00e9tisme retient le spectateur de s\u2019affecter de la m\u00eame fa\u00e7on. Il est compliqu\u00e9 de mettre le doigt sur la cause de cette distance. Une identification limit\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition des dialogues, qui donne l\u2019impression d\u2019une identit\u00e9 similaire de tous les personnages, peut-\u00eatre&nbsp;? Ce sont des conceptions \u2013 l\u2019<em>id\u00e9e<\/em>&nbsp;de la compassion, de l\u2019attachement, de l\u2019amour, de l\u2019horreur, du malheur, qui semblent paradoxalement pr\u00e9dominer dans le spectacle, plus que des incarnations qui permettraient au spectateur de les ressentir en son for int\u00e9rieur sur un mode qu\u2019on pourrait appeler \u00ab&nbsp;cathartique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix conscient et assum\u00e9 de laisser la couleur de Delhi et la danse elle-m\u00eame \u00e0 notre imagination provoque une question&nbsp;: Dorier, en laissant peu d\u2019affects emporter son spectateur, veut-il illustrer le fait que th\u00e9oriser le bonheur n\u2019est pas suffisant pour le cr\u00e9er&nbsp;? La fin du spectacle et le lever des quatre murs pourraient laisser penser que, de m\u00eame que la cr\u00e9ation artistique commence et finit par le sommeil \u2013 selon les propos de l\u2019infirmi\u00e8re\u2013 le spectateur se r\u00e9veille d\u2019une vision \u00e9piphanique qui le poussera d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019action, au contraire des personnages prisonniers de leurs raisonnements.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cloe-bensai\/\">Clo\u00e9 Bensai<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\">Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une danse th\u00e9rapeutique ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1324\" height=\"876\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-25-a\u0300-16.24.49.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-15187\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-25-a\u0300-16.24.49.png 1324w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-25-a\u0300-16.24.49-300x198.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-25-a\u0300-16.24.49-1024x678.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-25-a\u0300-16.24.49-250x165.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/Capture-de\u0301cran-2021-05-25-a\u0300-16.24.49-768x508.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1324px) 100vw, 1324px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u00e9dric Dorier (Cie Les C\u00e9l\u00e9brants) met en sc\u00e8ne&nbsp;<\/em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb<em>, une pi\u00e8ce en sept courtes pi\u00e8ces du dramaturge russe Ivan Viripaev, dont l\u2019action se situe dans la salle d\u2019attente d\u2019un h\u00f4pital. Dans ce spectacle, \u00e0 mi-chemin entre m\u00e9lodrame philosophique et com\u00e9die satirique, six personnages se rencontrent, se retrouvent, s\u2019affrontent, se confrontent \u00e0 la mort et c\u00e9l\u00e8brent l\u2019art, l\u2019amour et la vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La critique n\u2019avait pas les mots pour \u00e9crire une critique car la danse \u00e9tait un miracle.&nbsp;\u00bb (<em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;pi\u00e8ce 5). Essayons cependant&nbsp;: le titre&nbsp;<em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la danse chor\u00e9graphi\u00e9e par Katia \u00e0 la suite du choc qu\u2019elle a \u00e9prouv\u00e9 face \u00e0 la mis\u00e8re humaine sur un march\u00e9 de Delhi. Katia est une grande danseuse dont l\u2019amant, Andre\u00ef, est mari\u00e9 \u00e0 Olga. Katia a une m\u00e8re, Alina Pavolvna, et une admiratrice, critique de danse, L\u00e9ra. Comme l\u2019action se passe \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, la ma\u00eetresse des lieux est une infirmi\u00e8re, sans pr\u00e9nom et sans lien, autre que professionnel, avec les autres personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>Le motif majeur de la pi\u00e8ce est l\u2019effet de sid\u00e9ration progressif cr\u00e9\u00e9 par la Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb sur les six personnages. Katia l\u2019a interpr\u00e9t\u00e9e, trois ont assist\u00e9 \u00e0 sa repr\u00e9sentation&nbsp;: la m\u00e8re, qui ne l\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9e, l\u2019amant qui a \u00e9t\u00e9 subjugu\u00e9, et la critique, qui y a d\u00e9couvert l\u2019essence m\u00eame de l\u2019art. Ces quatre personnages vont mourir. Quant \u00e0 l\u2019infirmi\u00e8re, elle apprend plus tard (pi\u00e8ce 4) l\u2019existence de cette danse par le r\u00e9cit qu\u2019en font les autres personnages, r\u00e9cit qu\u2019elle transmet elle-m\u00eame \u00e0 Olga, la derni\u00e8re initi\u00e9e (pi\u00e8ce 7). Ces deux personnages vont vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le motif mineur est l\u2019amour et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la relation extraconjugale entre Katia et Andre\u00ef qui provoque la d\u00e9sapprobation de la m\u00e8re, l\u2019admiration jalouse de L\u00e9ra et la tentative de suicide d\u2019Olga.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de cette pi\u00e8ce r\u00e9side surtout dans son architecture semblable \u00e0 un jeu de construction en sept courtes pi\u00e8ces qui forme une intrigue coh\u00e9rente bien que non chronologique. La composition joue quelquefois avec la temporalit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements&nbsp;: la m\u00e8re, par exemple, meurt dans la pi\u00e8ce 1 et intervient dans une autre figuration dans l\u2019action de la pi\u00e8ce 3. La narration inclut aussi des variations sur un m\u00eame motif (le r\u00e9cit de la danse selon les personnages dans les pi\u00e8ces 1 \u00e0 7), par contraste avec l\u2019ossature stable de l\u2019ensemble&nbsp;: chaque titre de pi\u00e8ce (<em>Chaque mouvement \/ A l\u2019int\u00e9rieur de la danse \/ Ressenti par toi \/ Avec calme et attention \/ Et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur \/ Et au d\u00e9but et \u00e0 la fin \/ Au fond et \u00e0 la surface du sommeil<\/em>) est \u00e9crit et annonc\u00e9 par une voix&nbsp;<em>off<\/em>&nbsp;comme venue d\u2019outre-tombe et chaque cl\u00f4ture de pi\u00e8ce est signal\u00e9e par le tomber de rideau et le salut des personnages. C\u00e9dric Dorier ponctue presque chaque fin d\u2019une pi\u00e8ce par un extrait des<em>&nbsp;Variations Goldberg<\/em>&nbsp;de Bach, comme pour renforcer la m\u00e9taphore entre variations dramaturgiques et musicales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lieu des sept pi\u00e8ces est certes unique, mais le d\u00e9cor&nbsp;subit quelques changements signifiants : les nombreuses chaises dans la salle d\u2019attente qui g\u00eanent ou, au contraire, permettent la circulation de la parole, disparaissent peu \u00e0 peu pour finir empil\u00e9es \u2013 \u00e0 l\u2019image des diff\u00e9rentes pi\u00e8ces \u2013 dans la pi\u00e8ce 7. Leurs positions varient dans chaque pi\u00e8ce, dans cet espace inhospitalier, dans ce lieu de passage pour cinq personnages en transit et une infirmi\u00e8re. Celle-ci incarne la messag\u00e8re de la mort administrative qu\u2019elle annonce aux proches, contre quelques billets, tandis qu\u2019ils signent l\u2019acte de d\u00e9c\u00e8s pour le transfert du corps \u00e0 la morgue sans autopsie. Et c\u2019est justement dans l\u2019\u00ab&nbsp;autopsie&nbsp;\u00bb, dans la dissection des cadavres que se situe un autre enjeu de la pi\u00e8ce&nbsp;: quel sentiment ont les personnages face \u00e0 la mort&nbsp;? Katia pr\u00e9tend \u00e9prouver une sorte d\u2019\u00ab&nbsp;anti-sentiment&nbsp;\u00bb face \u00e0 la mort de sa m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un cancer, un \u00ab&nbsp;crabe d\u2019eau douce&nbsp;\u00bb selon les mots d\u2019Alina Pavolvna qui pratique l\u2019humour noir pour supporter la vie, un \u00ab&nbsp;drame sans fin&nbsp;\u00bb. Les deux femmes s\u2019affrontent dans leur conception de l\u2019existence&nbsp;: selon Alina Pavolvna, sa fille a construit son soi-disant bonheur au prix du malheur des autres, en \u00e9laborant sa danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;la danse du malheur heureux&nbsp;\u00bb) et en vivant sa relation coupable avec Andre\u00ef (\u00ab&nbsp;l\u2019amour malheureux de deux bienheureux&nbsp;\u00bb). Katia est par de nombreux aspects une figure camusienne&nbsp;: comme Meursault, elle ne pleure pas \u00e0 la mort de sa m\u00e8re, elle choisit le salut par la cr\u00e9ation, le bonheur et l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que&nbsp;<em>Danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;nous propose \u00e9galement une mise en abyme sur la cr\u00e9ation et la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre de danse ou de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? La question de savoir si une \u0153uvre d\u2019art peut \u00e0 ce point changer ceux qui la cr\u00e9ent et ceux qui la regardent&nbsp;traverse la pi\u00e8ce, de m\u00eame que celle de lal\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une oeuvre qui na\u00eet du malheur d\u2019autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pi\u00e8ce 6, l\u2019infirmi\u00e8re reste seule avec son acte de d\u00e9c\u00e8s&nbsp;; dans la pi\u00e8ce 7 et finale, elle refuse l\u2019argent pour la premi\u00e8re fois. La com\u00e9dienne d\u00e9laisse au fil de la pi\u00e8ce son ton p\u00e9remptoire et son jeu m\u00e9canique. Elle ne joue plus l\u2019infirmi\u00e8re v\u00e9nale et distanci\u00e9e : elle est soignante, consolante, elle \u00ab&nbsp;s\u2019humanise&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce au r\u00e9cit de la danse. L\u2019infirmi\u00e8re et Olga, des seconds r\u00f4les en apparence, triomphent de la mort et trouvent l\u2019apaisement dans les bras l\u2019une de l\u2019autre, dans le rapprochement des corps et des \u00e2mes. Les deux femmes sont, chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, \u00ab&nbsp;transcend\u00e9es&nbsp;\u00bb par la danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb. A la fin du spectacle, les murs de la salle d\u2019attente se soul\u00e8vent, le d\u00e9cor s\u2019ouvre, comme une lib\u00e9ration, comme une ouverture vers le r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019instar de Viripaev, C\u00e9dric Dorier fait le choix judicieux de ne pas montrer la danse \u00ab&nbsp;Delhi&nbsp;\u00bb sur sc\u00e8ne, stimulant par l\u00e0-m\u00eame l\u2019imagination et l\u2019interpr\u00e9tation du lecteur-spectateur. Est-ce une chor\u00e9graphie ou une all\u00e9gorie, ou un peu des deux&nbsp;? La com\u00e9dienne qui interpr\u00e8te Katia n\u2019esquisse jamais un seul pas de danse et rien dans sa gestuelle et son maintien ne laisse deviner un pass\u00e9 de danseuse. C\u00e9dric Dorier travaille de mani\u00e8re impressionniste sur cet \u00e9v\u00e8nement fondateur en ajoutant une coloration sonore aux d\u00e9buts des pi\u00e8ces 3 \u00e0 6&nbsp;; on entend des bruits de rue qui figurent le chaos indien. Dans un autre registre, l\u2019infirmi\u00e8re (pi\u00e8ce 7) imagine quelques mouvements avec les bras et renverse le contenu d\u2019une poubelle remplie de papiers (les restes des actes de d\u00e9c\u00e8s&nbsp;?) sur sa t\u00eate afin d\u2019illustrer, de mani\u00e8re maladroite et ridicule, la nature de cette danse symbolique qui puise(rait) son inspiration dans l\u2019horreur pour toucher au c\u0153ur et au sublime.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisqu\u2019Ivan Viripaev situe la gen\u00e8se de sa danse en Inde, qu\u2019il d\u00e9coupe sa pi\u00e8ce en sept parties et qu\u2019il fait revivre les morts, on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019y voir un lien avec l\u2019hindouisme&nbsp;; une religion dans laquelle l\u2019\u00e2me passe par sept vies successives avant sa r\u00e9incarnation. Mais est-ce que ces sept pi\u00e8ces successives fournissent aux personnages l\u2019occasion de \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9lever spirituellement&nbsp;\u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu ne va pas dans ce sens, en particulier en ce qui concerne l\u2019h\u00e9ro\u00efne Katia&nbsp;(Anne-Catherine Savoy), qui se r\u00e9jouit du suicide d\u2019Olga car elle esp\u00e8re poss\u00e9der Andre\u00ef pour elle seule. Il est \u00e9galement difficile de croire en l\u2019amour romantique de ce couple, \u00e0 son coup de foudre originel quand les deux amants jouent, ou plut\u00f4t surjouent, \u00ab&nbsp;d\u00e9guis\u00e9s&nbsp;\u00bb avec des perruques \u2013 et ce, m\u00eame si le jeu de Denis Lavalou (Andre\u00ef) est remarquable lorsqu\u2019il est poss\u00e9d\u00e9 par la folie (pi\u00e8ce 6). A noter aussi, la justesse de Carmen Ferlan (L\u00e9ra) dont la pertinence des costumes contribue, par ailleurs, \u00e0 la coh\u00e9rence de la pi\u00e8ce. Alina Pavolvna, enfin, est un personnage complexe jou\u00e9 par H\u00e9l\u00e8ne Theunissen qui r\u00e9ussit vraiment \u00e0 \u00eatre cr\u00e9dible malgr\u00e9 l\u2019extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des situations et des tonalit\u00e9s de jeux impos\u00e9e par son r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se caract\u00e9rise par l\u2019invraisemblance de l\u2019intrigue et sa mise en sc\u00e8ne fr\u00f4le souvent l\u2019absurde&nbsp;; on y retrouve le comique m\u00e9taphysique d\u2019un Ionesco (C\u00e9dric Dorier a mis en sc\u00e8ne&nbsp;<em>Le Roi se meurt<\/em>&nbsp;en 2019) li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mystification de la mort. Par ailleurs, le metteur en sc\u00e8ne place cette citation d\u2019Ivan Viripaev en exergue de son spectacle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parce que je pense que le th\u00e9\u00e2tre est une forme \u00e9motionnelle du discours philosophique.&nbsp;\u00bb Ce discours philosophique lorgne du c\u00f4t\u00e9 de Camus et de Sartre avec un Andre\u00ef aux \u00ab&nbsp;mains sales&nbsp;\u00bb (<em>Les Mains sales<\/em>&nbsp;est du reste, une pi\u00e8ce \u00ab en sept tableaux \u00bb). Les dialogues interrogent le spectateur sur la question de la culpabilit\u00e9 individuelle (l\u2019adult\u00e8re, le suicide) ou collective en convoquant lourdement Auschwitz comme un \u00e9v\u00e9nement alliant douleur et horreur, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9pisode qui fut \u00e0 l\u2019origine de la danse \u00ab Delhi \u00bb \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e8mes de la pi\u00e8ce sont multiples&nbsp;: l\u2019acceptation d\u2019une fille par sa m\u00e8re, le choix de vivre sa passion artistique et amoureuse en d\u00e9pit des dilemmes \u00e9thiques et personnels, la conscience de notre finitude, la compassion face \u00e0 la douleur du monde, etc. Mais trop de th\u00e8mes disparates et d\u2019\u00e9motions contradictoires finissent par s\u2019auto-d\u00e9truire et le spectateur ne sait plus sur quel pied danser\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/frederique-sautin\/\">Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-aeby\/\">Ma\u00eblle Aeby<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faudra-t-il la voir pour le croire ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1254\" height=\"836\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_134.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15194\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_134.jpg 1254w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_134-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_134-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_134-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/05\/big_134-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1254px) 100vw, 1254px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alan Humerose<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Danse \u00ab Delhi \u00bb n\u2019est pas un spectacle de danse. Et en m\u00eame temps, la danse, ou plut\u00f4t cette danse-ci, est au centre de la pi\u00e8ce. Vous ne la verrez pas, mais l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9side dans le fait qu\u2019\u00e0 la fin, vous la comprendrez.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Vous \u00eates danseuse. Vous \u00eates danse. Vous \u00eates la fin de la danse.<\/em>&nbsp;<em>Danse \u00ab Delhi \u00bb<\/em>&nbsp;est un texte publi\u00e9 en 2011 par le dramaturge russe Ivan Viripaev, dont l\u2019\u00e9criture s\u2019inscrit dans un courant th\u00e9\u00e2tral relativement nouveau. Ce dernier se d\u00e9veloppe en Russie \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, en r\u00e9action \u00e0 une culture du th\u00e9\u00e2tre focalis\u00e9e sur les pi\u00e8ces classiques et monopolis\u00e9e par les institutions \u00e9tatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sont propos\u00e9s ici six personnages aux histoires entrem\u00eal\u00e9es : une critique de ballet (L\u00e9ra), son amie (Alina Pavlovna), la fille d\u2019Alina (Katia Pavlovna), l\u2019amant de Katia (Andre\u00ef) et la femme d\u2019Andre\u00ef (Olga). Seul un personnage est externe au petit groupe, l\u2019infirmi\u00e8re. Le texte est scind\u00e9 en sept parties, l\u2019action \u00e9tant \u00e0 chaque fois situ\u00e9e dans un salon d\u2019h\u00f4pital r\u00e9serv\u00e9 aux familles. Chacune de ces sections d\u00e9bute par l\u2019annonce d\u2019une mort et se termine sur une demande de signature de papiers administratifs. Elles ont \u00e9galement en commun la r\u00e9p\u00e9tition de th\u00e8mes, motifs et dialogues, parfois litt\u00e9ralement. En revanche, ces sections ne se suivent pas dans une lin\u00e9arit\u00e9 chronologique ; la pelote du temps fourche en dimensions parall\u00e8les, ce qui permet de proposer au lecteur un aper\u00e7u des r\u00e9actions et des priorit\u00e9s de chacun, confront\u00e9s \u00e0 des morts diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Car&nbsp;<em>Danse \u00ab Delhi \u00bb<\/em>&nbsp;est avant tout une pi\u00e8ce sur la mort, sur la r\u00e9action \u00e0 la mort d\u2019un proche, la culpabilit\u00e9 ou l\u2019absence de culpabilit\u00e9 lorsqu\u2019un \u00e9v\u00e8nement nous lie \u00e0 la mort de quelqu\u2019un, ou encore la prise de conscience de notre propre mortalit\u00e9. Viripaev offre un propos philosophique qu\u2019il d\u00e9veloppe dans les trajets \u00e9motionnels de ses personnages. Les dynamiques des relations entre ces derniers \u2013 adult\u00e8re, rapport compliqu\u00e9 entre m\u00e8re et fille, amiti\u00e9 d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, offrent des points de vue diff\u00e9rents. Dans cette salle d\u2019attente, la danse \u00ab Delhi \u00bb invent\u00e9e par Katia est finalement pr\u00e9sent\u00e9e comme un rem\u00e8de miracle, un proc\u00e9d\u00e9 permettant d\u2019atteindre la paix.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelque chose d\u2019atroce, une douleur aig\u00fce mais rapide puis la paix et la beaut\u00e9.<\/em>&nbsp;C\u2019est donc la danse, et par incidence, l\u2019art, qui sont ici offerts comme solution \u00e0 la souffrance&nbsp;; un moyen d\u2019accepter les horreurs du monde par sublimation. Et C\u00e9dric Dorier a raison de ne pas nous la montrer, cette chor\u00e9graphie. Car on ne peut pas faire miroiter au public une exp\u00e9rience bouleversante, si l\u2019on en croit la description qu\u2019en font les personnages de la pi\u00e8ce, qui semblent \u00eatre extr\u00eamement impact\u00e9s, de mani\u00e8re quasi surnaturelle, et \u00eatre certain qu\u2019une fois vue, la danse aura le m\u00eame effet \u00e9motionnel chez les spectateurs. Ainsi, apr\u00e8s avoir entendu raconter les bienfaits et la beaut\u00e9 de cette danse pendant aussi longtemps, l\u2019exp\u00e9rience \u00ab&nbsp;r\u00e9v\u00e9latrice&nbsp;\u00bb n\u2019aurait s\u00fbrement pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur des attentes pour le public et aurait chang\u00e9 la direction du propos.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cependant, selon moi, une incoh\u00e9rence entre d\u2019une part la mani\u00e8re dont est \u00e9voqu\u00e9e cette danse harmonieuse dans le texte lui-m\u00eame et dans les gestes des personnages qui en ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins, qui l\u2019imitent avec des mouvements lents, flottants et gracieux, et d\u2019autre part la gestuelle vive, brusque et la diction stricte de Katia, qui est cens\u00e9e en \u00eatre la cr\u00e9atrice et l\u2019interpr\u00e8te. Ce contraste a eu pour effet chez moi de rendre douteuse l\u2019existence, dans la fiction, de la danse \u00ab Delhi \u00bb. Est-ce le but ? Peut-\u00eatre C\u00e9dric Dorier souhaite-t-il montrer que la catharsis associ\u00e9e \u00e0 cette danse n\u2019est qu\u2019un fantasme \u2013 mais en ce cas comment interpr\u00e9ter le d\u00e9nouement de la pi\u00e8ce, qui en montre l\u2019effet apaisant ?<\/p>\n\n\n\n<p>La fin du spectacle, justement, permet de montrer les bienfaits de la danse \u00ab Delhi \u00bb de mani\u00e8re plus concr\u00e8te. En effet, dans les parties pr\u00e9c\u00e9dentes, les personnages semblent garder, d\u2019une s\u00e9quence \u00e0 l\u2019autre, une certaine coh\u00e9rence psychologique avant qu\u2019une crise ne chamboule leur mani\u00e8re de penser. Ainsi, si l\u2019action est r\u00e9initialis\u00e9e \u00e0 chaque salut des com\u00e9diens, une \u00e9volution est tout de m\u00eame perceptible, confirmant la n\u00e9cessit\u00e9 de jouer l\u2019ensemble des sections dans cet ordre. Or dans la derni\u00e8re partie, le personnage de l\u2019infirmi\u00e8re, qui jusqu\u2019alors \u00e9tait incarn\u00e9e par un jeu plut\u00f4t franc, une diction assur\u00e9e et le regard souvent adress\u00e9 au public, prend soudainement une douceur et une profondeur nouvelles. Lors de mon visionnage de la pi\u00e8ce, j\u2019ai eu un moment d\u2019incompr\u00e9hension face \u00e0 ce changement \u00e9trange, avant de comprendre que dans ce dernier tableau, contrairement aux pr\u00e9c\u00e9dents, l\u2019infirmi\u00e8re a vu Katia danser de ses propres yeux, et que c\u2019est ce qui explique sa transformation totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les th\u00e8mes plut\u00f4t lourds, C\u00e9dric Dorier parvient \u00e0 cr\u00e9er un spectacle tr\u00e8s dynamique. Le d\u00e9cor fixe de la salle d\u2019attente d\u2019h\u00f4pital se m\u00e9tamorphose \u00e0 chaque \u00ab acte \u00bb apr\u00e8s un ballet de chaises. L\u2019exploration et l\u2019utilisation de ces derni\u00e8res par les com\u00e9diens soutiennent leur interpr\u00e9tation \u00e9nergique, ils n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 se cacher dessous ou \u00e0 se percher dessus. Le ton est majoritairement comique, exag\u00e9r\u00e9, presque sur-jou\u00e9 chez certains com\u00e9diens. Les r\u00e9p\u00e9titions des m\u00eames dialogues dans des contextes diff\u00e9rents prennent une signification diff\u00e9rente ; cela est bien marqu\u00e9 et a pour effet d\u2019interpeller le spectateur qui les reconna\u00eet. Le va-et-vient rapide entre des \u00e9tats \u00e9motionnels extr\u00eames provoque le rire. Le format finit toutefois par \u00eatre lassant dans sa redondance, au cours des sept pi\u00e8ces successives comprenant chacune leur noeud, leur crise et leur d\u00e9nouement.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que le spectacle propos\u00e9 par C\u00e9dric Dorier est \u00e9nergique \u00e0 en ressusciter les morts. Il invite finement \u00e0 la r\u00e9flexion, notamment quant aux effets th\u00e9rapeutiques de l\u2019art mais \u00e9galement \u00e0 la dimension \u00e9thique de l\u2019utilisation (voire de l\u2019exploitation) d\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues par certains et mises \u00e0 profit par d\u2019autres sous couvert de faire de l\u2019art. Il propose \u00e9galement un mode de r\u00e9silience g\u00e9n\u00e9ral bas\u00e9 sur la compassion et l\u2019acceptation de la douleur. Ce spectacle sera utile notamment aux angoiss\u00e9s, aux parents, aux coupables, et aux artistes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Avril 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/maelle-aeby\/\">Ma\u00eblle Aeby<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/%C3%A9v%C3%A8nement\/danse-dehli\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d\u2019Ivan Viripaev \/ Mise en sc\u00e8ne par C\u00e9dric Dorier (Les C\u00e9l\u00e9brants) \/ Initialement programm\u00e9 \u00e0 La Grange de Dorigny en avril 2021 \/ Captation vid\u00e9o du 28 octobre 2020 au Th\u00e9\u00e2tre Oriental-Vevey \/ Critique par Sarah Neu, Micha\u00ebl Rolli, Valentine Bovey, Darya Feral, Johanna Codourey, Clo\u00e9 Bensai, Fr\u00e9d\u00e9rique Sautin et Ma\u00eblle Aeby .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":15072,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[240,239,244,222,307,243,235,241],"class_list":["post-15069","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-cloe-bensai","tag-darya-feral","tag-frederique-sautin","tag-johanna-codourey","tag-maelle-aeby-2","tag-michael-rolli","tag-sarah-neu","tag-valentine-bovey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15069","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15069"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15069\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20439,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15069\/revisions\/20439"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15072"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15069"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15069"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15069"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}