{"id":14997,"date":"2021-03-16T18:40:20","date_gmt":"2021-03-16T17:40:20","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14997"},"modified":"2025-02-09T16:44:55","modified_gmt":"2025-02-09T15:44:55","slug":"marie-stuart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/03\/marie-stuart\/","title":{"rendered":"Marie Stuart"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Marie Stuart<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s l\u2019oeuvre de Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller \/ Par la Cie Les D\u00e9biteurs \/ Mise en sc\u00e8ne par J\u00e9r\u00f4me Junod \/ La Grange de Dorigny \/ Mars 2021 \/ Critique par Valentine Bovey . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Mars 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le pouvoir a-t-il un genre ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14995\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/MARIE-STUART_\u00a9Ariane-Catton-\u2013-Cie-Les-Debiteurs-80.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Ariane Catton<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Aller au th\u00e9\u00e2tre en temps de pand\u00e9mie est devenu un \u00e9trange privil\u00e8ge. Dans la salle quasiment d\u00e9serte de la Grange de Dorigny, public (uniquement des professionnel\u00b7le\u00b7s du th\u00e9\u00e2tre) et com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s se faisaient face ce soir-l\u00e0 en nombre presque \u00e9gal. Marcher dans une nuit de d\u00e9but mars, seule, pour aller voir une pi\u00e8ce sur les rapports conflictuels entre deux grandes reines du XVI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, Marie Stuart et Elizabeth I<sup>\u00e8re<\/sup>, m\u2019avait d\u2019abord sembl\u00e9 particuli\u00e8rement absurde \u2013 les enjeux d\u2019une cour royale et de complots sanglants paraissent si loin des masques et des d\u00e9sinfectants. Et pourtant, les enjeux apparemment politiques mais surtout f\u00e9ministes de&nbsp;<\/em>Marie Stuart<em>, \u00e9crite au tournant du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle par Friedrich Schiller, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s n\u2019avoir jamais \u00e9t\u00e9 aussi actuels gr\u00e2ce \u00e0 la mise en sc\u00e8ne sensible et haletante de J\u00e9r\u00f4me Junod et de sa compagnie Les D\u00e9biteurs, dans un texte l\u00e9g\u00e8rement adapt\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je ne veux pas que vous parliez de la faiblesse de mon sexe en ma pr\u00e9sence&nbsp;\u00bb. C\u2019est la parole s\u00e8che d\u2019Elizabeth I<sup>\u00e8re<\/sup>, en plein conciliabule avec ses&nbsp;<em>Lords<\/em>. Sur la sc\u00e8ne, deux robes d\u2019\u00e9poques pos\u00e9es chacune sur un pi\u00e9destal, face au public, l\u2019une \u00e0 gauche et l\u2019autre \u00e0 droite, dans lesquelles les com\u00e9diennes viennent glisser leurs mains et positionner leur t\u00eate afin d\u2019incarner leur personnage. Anne-Catherine Savoy joue la Reine d\u2019Angleterre, m\u00e9prisante. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, la robe de Marie Stuart, momentan\u00e9ment inhabit\u00e9e, comme une pr\u00e9sence. L\u2019immobilit\u00e9 induite par ce dispositif de jeu mat\u00e9rialise les contraintes qui p\u00e8sent sur la vie des deux reines, leur pouvoir tout entier signifi\u00e9 par ce costume d\u2019apparat, autant puissance que prison. Petra Staduan, convaincante et touchante dans le r\u00f4le d\u2019une Marie Stuart fi\u00e8re malgr\u00e9 sa posture mis\u00e9rable \u2013 elle est retenue prisonni\u00e8re \u2013, r\u00e9ussit le tour de force de nous faire \u00e9prouver le caract\u00e8re rebelle et insoumis de son personnage alors m\u00eame que le dispositif ne permet de voir que son visage et ses mains. Les deux reines sont engag\u00e9es dans un duel \u00e0 mort. En effet, Marie Stuart, exil\u00e9e en Angleterre \u00e0 cause d\u2019affaires politiques sanglantes dans son propre pays, est catholique, et \u00e0 cause de cela consid\u00e9r\u00e9e comme un danger par sa cousine anglaise, protestante, qui craint un soul\u00e8vement catholique dans son royaume. Dans ce contexte de guerre de religions, plusieurs hommes agissent autour d\u2019elles pour arriver \u00e0 leurs fins. Qu\u2019ils soient intrigants, amoureux, fascin\u00e9s ou d\u00e9go\u00fbt\u00e9s, toutes leurs actions s\u2019organisent autour de ces deux figures f\u00e9minines qui luttent contre des d\u00e9terminations qu\u2019elles n\u2019ont pas choisies.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne met en lumi\u00e8re avec succ\u00e8s la dimension f\u00e9ministe \u2013 contre toute attente \u2013 de la pi\u00e8ce \u00e9crite en 1800 par Schiller en exposant le rapport que la soci\u00e9t\u00e9 entretient aux femmes de pouvoir, avec quelques clins d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 (\u00ab&nbsp;Ah, les hommes, tous des porcs&nbsp;!&nbsp;\u00bb) qui en radicalisent les enjeux. Cette interpr\u00e9tation rafra\u00eechissante du texte de Schiller rel\u00e8gue au second plan la dimension religieuse et la r\u00e9flexion sur la justice pour mieux explorer le rapport entre le pouvoir et ces deux figures de femmes. \u00c9lizabeth I<sup>\u00e8re<\/sup>&nbsp;est press\u00e9e par l\u2019injonction de se marier pour donner enfin un h\u00e9ritier \u00e0 la Couronne, et se retrouve oblig\u00e9e de sacrifier son amour pour une strat\u00e9gie d\u2019alliance afin de consolider une paix fragile entre la France et l\u2019Angleterre. Sa pudeur, sa froideur inflexible et son refus de s\u2019abandonner aux plaisirs de la chair en font un miroir parfait de sa cons\u0153ur et ennemie. Marie Stuart, au contraire, repr\u00e9sente la femme fatale, qui laisse dans son sillage des amoureux transis, des amants assassin\u00e9s et divers soup\u00e7ons de complots. Catholique, associ\u00e9e par ses ennemis au vice et au plaisir, elle incarne cette figure objet de discours misogynes, qui repr\u00e9senterait un danger pour l\u2019ordre public et la soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019il faudrait donc absolument mettre hors d\u2019\u00e9tat de nuire.<\/p>\n\n\n\n<p>La distribution ouvre encore d\u2019autres pistes d\u2019interpr\u00e9tation en associant des personnages que tout oppose, jou\u00e9s par les m\u00eames com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s&nbsp;: Rapha\u00ebl Vachoux, alternant entre le r\u00f4le du catholique fanatique Mortimer, et celui du rus\u00e9 et manipulateur Lord Burleigh, ennemi jur\u00e9 de \u00ab&nbsp;la Stuart&nbsp;\u00bb, change de corporalit\u00e9 avec autant d\u2019aisance qu\u2019il change \u2013 litt\u00e9ralement \u2013 de veste. En face, Mathieu Ziegler effectue le m\u00eame d\u00e9doublement, entre le chevalier Paulet et le comte Leicester. Ce double jeu est partag\u00e9 par les actrices, Petra Staduan incarnant aussi le vieux d\u00e9fenseur de Marie Stuart, le comte de Shrewsbury, et Anne-Catherine Savoy la fid\u00e8le nourrice de la reine d\u2019\u00c9cosse, Anna. Dans cette zone floue de la justice, entre l\u2019annonce de la sentence et son ex\u00e9cution, le d\u00e9doublement de chaque visage montre bien la duplicit\u00e9 n\u00e9cessaire pour jouer au jeu de la cour. Manquer \u00e0 cela pourrait bien entra\u00eener la mort\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Mars 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/valentine-bovey\/\">Valentine Bovey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/%C3%A9v%C3%A8nement\/marie-stuart\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019oeuvre de Fr\u00e9d\u00e9ric Schiller \/ Par la Cie Les D\u00e9biteurs \/ Mise en sc\u00e8ne par J\u00e9r\u00f4me Junod \/ La Grange de Dorigny \/ Mars 2021 \/ Critique par Valentine Bovey .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14998,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[241],"class_list":["post-14997","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-valentine-bovey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14997","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14997"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14997\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20450,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14997\/revisions\/20450"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14998"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14997"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14997"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14997"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}