{"id":14983,"date":"2021-03-15T20:41:37","date_gmt":"2021-03-15T19:41:37","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14983"},"modified":"2025-02-09T16:46:13","modified_gmt":"2025-02-09T15:46:13","slug":"notre-cabane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/03\/notre-cabane\/","title":{"rendered":"Notre cabane"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Notre cabane<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">\u00c9criture et mise en sc\u00e8ne par Maria Da Silva \/ Sc\u00e9nographie par Fanny Courvoisier, lumi\u00e8res par Vicky Althaus et costumes par Maria Muscalu \/ du 5 au 7 mars 2021 \/ Th\u00e9\u00e2tre de L\u2019\u00c9tincelle \u2013 Gen\u00e8ve \/ Critique par Johanna Codourey et Michael Rolli . <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 mars 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En for\u00eat, tout simplement<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14981\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-768x513.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-1536x1025.jpeg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus.jpeg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Vicky Althaus<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Deux cochons et un loup ne font habituellement pas bon m\u00e9nage, mais dans le spectacle de Maria Da Silva,<\/em>&nbsp;Notre Cabane<em>, les trois animaux d\u00e9cident de se c\u00f4toyer afin de construire ensemble un environnement agr\u00e9able \u00e0 leur survie. Pr\u00e9sent\u00e9e en filage professionnel \u00e0 l\u2019\u00c9tincelle, maison du quartier de la Jonction, \u00e0 Gen\u00e8ve, devant un public r\u00e9duit en raison des restrictions sanitaires, cette pi\u00e8ce pour enfants sait aussi s\u00e9duire les adultes en mettant en sc\u00e8ne la repr\u00e9sentation d\u2019un monde en d\u00e9croissance, pr\u00f4n\u00e9 m\u00eame \u00e0 travers l\u2019utilisation du d\u00e9cor.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Deux cochons, Brindille (Isabela De Moraes Evangelista) et Vieille branche (Mathias Glayre), sont contraints de quitter leur maison pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019abattoir apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s par Gros pilier qui \u00ab&nbsp;ne pense qu\u2019au profit&nbsp;\u00bb. En qu\u00eate d\u2019une pleine libert\u00e9, ils se retrouvent dans la for\u00eat, o\u00f9 ils rencontrent un animal (Ainara Lopez) que le spectateur imagine \u00eatre un loup gr\u00e2ce \u00e0 son cri, mais qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre autre chose, \u00ab&nbsp;car il n\u2019a pas de grandes oreilles&nbsp;\u00bb et ne mange pas les deux protagonistes&nbsp;: un animal d\u00e8s lors imaginaire, habitant de la for\u00eat, qui, hormis ces trois cris de loup, garde le silence durant toute la pi\u00e8ce. Il devient le compagnon des deux autres et, ensemble, ils partent \u00e0 la chasse et construisent une cabane qui repr\u00e9sentera leur maison. Avec quelques adresses au public,&nbsp;<em>Notre Cabane<\/em>, invite \u2013 d\u00e8s son titre inspir\u00e9 du livre de Marielle Mac\u00e9,&nbsp;<em>Nos cabanes<\/em>&nbsp;\u2013 \u00e0 faire de cet espace non seulement la maison des trois protagonistes, mais aussi celle des spectateur.trice.s et \u00e9voque une forme de ZAD dans un univers de contes pour enfants, \u00e9voquant et d\u00e9tournant celui des<em>&nbsp;Trois petits cochons<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle repr\u00e9sente avec une grande pr\u00e9cision la gestuelle des animaux et leur comportement, tout particuli\u00e8rement lors de la rencontre avec le loup o\u00f9 les deux com\u00e9diennes se reniflent et dansent ensemble \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une rencontre canine. Les d\u00e9placements du loup, une forme de danse souple compos\u00e9e de mouvements libres assez envo\u00fbtants, \u00e9voquent efficacement l\u2019animalit\u00e9, de m\u00eame que, pour les cochons, les doigts en V qui forment un sabot et la pr\u00e9sence de tics porcins comme le grattage d\u2019oreille. Au point qu\u2019on peine \u00e0 saisir, lorsque les deux com\u00e9diens happ\u00e9s notamment par la construction de la cabane renoncent provisoirement \u00e0 cette gestuelle, tandis que le troisi\u00e8me, qui joue le loup, reste parfaitement animal, ce qui justifie l\u2019irruption de ce d\u00e9s\u00e9quilibre. Ces cochons semblent certes d\u2019embl\u00e9e plus humains que le loup&nbsp;: ils parlent, chantent et parfois m\u00eame d\u00e9tournent des slogans de manifestation (\u00ab&nbsp;solidarit\u00e9 avec toute la basse-cour&nbsp;\u00bb), leur donnant un caract\u00e8re revendicateur tant sur le plan social qu\u2019\u00e9cologique, et teintant ainsi la pi\u00e8ce d\u2019une touche engag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent dans un d\u00e9cor de for\u00eat artificiel: les cinq arbres du plateau sont faits de lianes en caoutchouc noires&nbsp;; une grande b\u00e2che noire, une couverture de survie, une grande feuille de plastique dur et quelques morceaux de treillis militaires r\u00e9partis au sol mat\u00e9rialisent un sol de feuilles. Ces \u00e9l\u00e9ments servent \u00e9galement \u00e0 faire tous les bruitages, la pluie \u00e9tant r\u00e9alis\u00e9e par la couverture de survie tandis que la b\u00e2che pi\u00e9tin\u00e9e produit le bruit des feuilles \u00e9cras\u00e9es en for\u00eat. Ils sont aussi tous utilis\u00e9s pour la construction de la cabane&nbsp;: on assiste \u00e0 un vrai recyclage du plateau, rien n\u2019est laiss\u00e9 l\u00e0 dans une perspective uniquement esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va de m\u00eame pour la lumi\u00e8re&nbsp;: aucune r\u00e9gie n\u2019est employ\u00e9e pour le spectacle, ce sont les acteurs qui allument ou \u00e9teignent les n\u00e9ons verts, jaunes, orange ou blancs tr\u00e8s chauds qui se trouvent sur la sc\u00e8ne et dans le public. Ce principe provoque parfois des courts temps de latence dus \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver ou d\u2019appuyer sur l\u2019interrupteur. Ces lumi\u00e8res cr\u00e9ent une atmosph\u00e8re nocturne et tr\u00e8s sylvestre qui manifeste sur le plan esth\u00e9tique cette m\u00eame ambition de d\u00e9croissance. La mise en sc\u00e8ne r\u00e9pond d\u00e8s lors directement aux pr\u00e9occupations \u00e9cologiques per\u00e7ues dans le discours des personnages.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>Au milieu de leurs jeux d\u2019enfants \u2013 1, 2, 3 Soleil, course poursuite et bien d\u2019autres \u2013 les trois animaux, surtout les deux cochons, se m\u00e9tamorphosent peu \u00e0 peu : de cr\u00e9atures inqui\u00e8tes, ils s\u2019adaptent \u00e0 leur nouveau milieu pour finalement se \u00ab&nbsp;connecter avec leurs cousins sauvages, les sangliers&nbsp;\u00bb. Un nouveau chapitre semble alors s\u2019ouvrir, portant sur leur qu\u00eate de nourriture, mais un noir de fin, surgissant au c\u0153ur de cette qu\u00eate, laisse le spectateur surpris. Reste que les cochons ont r\u00e9ussi leur travail&nbsp;: avec leur devise \u00ab&nbsp;pas mieux avant que maintenant&nbsp;\u00bb, ils semblent pr\u00f4ner un mode de vie au plus proche de la nature, plus simple. Le spectacle renforce l\u2019envie des enfants de cr\u00e9er leur cabane en for\u00eat\u2026 et ravive m\u00eame ce d\u00e9sir chez les adultes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 mars 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 mars 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Deux petits cochons + un loup<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14981\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-768x513.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus-1536x1025.jpeg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/03\/NC_02_\u00a9VickyAlthaus.jpeg 1798w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Vicky Althaus<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Il \u00e9tait une fois trois enfants s\u2019amusant avec presque rien pour cr\u00e9er presque tout. Telle est la fable du nouveau spectacle des D\u00e9nominateurs Communs,&nbsp;<\/em>Notre Cabane<em>, \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Maria Da Silva. L\u2019histoire d\u2019un conte qui n\u2019en \u00e9tait pas un. L\u2019histoire ludique du recyclage nourrissant l\u2019imaginaire des enfants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La peur ne remplit pas le ventre&nbsp;! \u2013 Non, mais elle donne faim.&nbsp;\u00bb. C\u2019est une histoire d\u2019app\u00e9tit. Un app\u00e9tit animal et imaginatif. L\u2019espace est simple&nbsp;: une grande b\u00e2che noire recouvre le sol du plateau, des cordes et des c\u00e2bles \u00e9lectriques tombent des cintres autour de quelques ampoules et n\u00e9ons de r\u00e9cup\u2019. Des feuilles d\u2019aluminium ou de plastique jonchent le sol. Le d\u00e9cor est plant\u00e9. Nous sommes dans une for\u00eat recycl\u00e9e. Les personnages, tout droit sortis du conte des trois petits cochons, se meuvent dans cet espace qui devient leur terrain de jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le collectif genevois des D\u00e9nominateurs Communs m\u00e8ne une d\u00e9marche po\u00e9tique, cherchant \u00e0 mettre en exergue \u00ab&nbsp;la relation du vivant \u00e0 son milieu&nbsp;\u00bb. En janvier 2020, les artistes men\u00e9s par la metteuse en sc\u00e8ne Maria Da Silva \u2013 dipl\u00f4m\u00e9e de mise en sc\u00e8ne \u00e0 la Manufacture \u2013 et le paysagiste Nicolas Dutour \u2013 sorti de la HES de Gen\u00e8ve \u2013 exp\u00e9rimentent du th\u00e9\u00e2tre hors-les-murs, cr\u00e9ent des ateliers et m\u00e8nent des&nbsp;<em>workshops&nbsp;<\/em>avec l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve autour de la question de l\u2019espace naturel comme m\u00e9dium sc\u00e9nique.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur nouvelle cr\u00e9ation&nbsp;<em>Notre cabane \u2013<\/em>&nbsp;qu\u2019ils pr\u00e9sentent dans la maison de quartier de la Jonction \u00e0 Gen\u00e8ve \u2013 est dans le droit fil de ces actions. La fable est simple et charmante&nbsp;: deux des trois petits cochons ont quitt\u00e9 leur maison de paille et de terre pour vivre une vie sauvage. Dans leur qu\u00eate, ils tombent groins \u00e0 museau, avec le grand m\u00e9chant loup. Pas de panique&nbsp;! Celui-ci est v\u00e9g\u00e9tarien. Les deux petits cochons trouveront en lui un parfait compagnon de jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si on disait que le papier d\u2019alu, \u00e7a serait comme la pluie&nbsp;? Et si on disait que le public \u00e9tait dans la for\u00eat, lui-m\u00eame&nbsp;? Et si on disait que nos deux petits cochons, \u00e7a seraient Isabela De Moraes Evangelista, dipl\u00f4m\u00e9e de la Manufacture en 2018, et Mathias Glayre,&nbsp;sorti de la Section Professionnelle d\u2019Art Dramatique de Lausanne (SPAD) en 2002, habill\u00e9s de vestes rose saumon sans manches, de collants et de bonnets ?<\/p>\n\n\n\n<p>Rien d\u2019animal en eux ni sur eux, \u00e0 l\u2019exception des oreilles de cochon et des grognements. Le corps humain est, lui, mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve&nbsp;: le dos arrondi, les doigts \u00e9cart\u00e9s, appuy\u00e9s sur leurs quatre pattes, la communication est l\u00e0&nbsp;; peu de texte, mais de la gestuelle. Face aux mouvements maladroits, grotesques et clownesques, mais pour le moins ludiques et amusants des cochons, la gr\u00e2ce des mouvements dansants du loup \u2013 interpr\u00e9t\u00e9 par Ainara Lopez \u2013 est d\u2019autant plus remarquable. \u00c0 pas de loup, Loulou se d\u00e9place dans son costume noir pr\u00e8s du corps. L\u00e0 aussi, rien de l\u2019animal, si ce n\u2019est une fausse fourrure grise et noire sur son avant-bras, qu\u2019il l\u00e8chera plusieurs fois. Le spectacle produit une plaisante imagerie visuelle et sonore. Si les cochons cherchent \u00e0 manger et que le loup fait de m\u00eame, c\u2019est l\u2019app\u00e9tit de notre imagination d\u2019enfant qui est pleinement rassasi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucune bande enregistr\u00e9e n\u2019est \u00e0 entendre. L\u00e0 aussi, les corps des com\u00e9diens et notre imagination sont sollicit\u00e9s pour donner vie \u00e0 l\u2019ambiance sonore : ainsi, par le frottement et le froissement des feuilles d\u2019alu et de plastique, l\u2019orage se fait mena\u00e7ant&nbsp;; par le tapotement de deux doigts sur la paume, les gouttes de pluie tombant sur le sol se font entendre. La bouche, quant \u00e0 elle, sera le vent, les oiseaux et les cris des trois animaux. Le hurlement du loup est sonore et strident face aux grognements discrets et ridicules des cochons. Ces derniers sont aussi les seuls \u00e0 \u00eatre dot\u00e9s de la parole&nbsp;: le loup se terre, lui, dans un langage inarticul\u00e9, c\u2019est lui le sauvage. J\u2019y vois la repr\u00e9sentation d\u2019un jeu d\u2019enfants&nbsp;: deux enfants jouent \u00e0 \u00eatre les petits cochons de l\u2019histoire et imaginent un protagoniste fantasmatique. Si, dans le conte original, ils sont mang\u00e9s par un loup cruel car ils sont paresseux, ici ils apprennent, d\u00e9couvrent et s\u2019amusent. Les enfants de la salle trouveront tout cela ludique et les parents, charmant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle nous perd un peu lorsque la r\u00e9alit\u00e9, pendant quelques minutes, rattrape la fiction. Alors que Brindille, Vieille Branche et Loulou se retrouvent et s\u2019amusent sous la grande b\u00e2che noire, voil\u00e0 que tout s\u2019arr\u00eate. La b\u00e2che s\u2019aplanit au sol et les deux cochons en sortent, sur leurs deux pattes arri\u00e8re, leurs oreilles d\u00e9faites, tombantes, \u00e0 nouveau humains. Voil\u00e0 alors, semble-t-il, des com\u00e9diens qui, avec une certaine complicit\u00e9, construisent une cabane, \u00e0 l\u2019aide des c\u00e2bles, des cordes, de la b\u00e2che et des autres \u00e9l\u00e9ments jonchant le sol.&nbsp;Mais le loup, lui, continue \u00e0 se comporter comme un animal. Il aide, un peu, n\u2019usant d\u2019aucune d\u00e9licatesse, jette un coussin et continue \u00e0 se mouvoir \u00e0 pas de loup. Ce double niveau provoque une rupture non seulement entre les personnages, qui ne semblent plus \u00e9voluer dans la m\u00eame histoire, mais aussi dans notre regard&nbsp;: s\u2019il s\u2019agit de montrer la fabrique du spectacle, pourquoi le faire \u00e0 moiti\u00e9&nbsp;? Qui sommes-nous cens\u00e9s percevoir&nbsp;? Les animaux&nbsp;? Les humains d\u00e9guis\u00e9s&nbsp;? Les com\u00e9diens ?<\/p>\n\n\n\n<p>Assis dans une cabane confortable, les deux com\u00e9diens remettent leurs oreilles roses et reprennent leur r\u00f4le de cochons. Repartant dans la fable, l\u2019instinct animal \u2013 l\u2019instinct imaginatif \u2013 est alors de retour. Il s\u2019agit maintenant de manger et donc de chasser. On a le plaisir de repartir avec eux dans la fiction, avec le seul regret de voir ce plaisir interrompu par l\u2019extinction des lumi\u00e8res, qui termine la pi\u00e8ce abruptement en nous laissant un peu sur notre&nbsp;<em>faim.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 mars 2021<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/mqj.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9criture et mise en sc\u00e8ne par Maria Da Silva \/ Sc\u00e9nographie par Fanny Courvoisier, lumi\u00e8res par Vicky Althaus et costumes par Maria Muscalu \/ du 5 au 7 mars 2021 \/ Th\u00e9\u00e2tre de L\u2019\u00c9tincelle \u2013 Gen\u00e8ve \/ Critique par Johanna Codourey et Michael Rolli .<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14981,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[222,243],"class_list":["post-14983","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-johanna-codourey","tag-michael-rolli"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14983"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14983\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22110,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14983\/revisions\/22110"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14981"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}