{"id":14909,"date":"2021-01-21T13:15:07","date_gmt":"2021-01-21T12:15:07","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14909"},"modified":"2025-01-29T11:49:27","modified_gmt":"2025-01-29T10:49:27","slug":"entretien-avec-julia-haenni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/01\/entretien-avec-julia-haenni\/","title":{"rendered":"Entretien avec Julia Haenni"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00a9 Mali Lazell<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de l&rsquo;op\u00e9ration In\u00e9dits textes dramatiques, en collaboration avec le journal&nbsp;<em>Le Courrier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un entretien autour du texte de la pi\u00e8ce :<br><em>Don Juan. Des hommes us\u00e9s<\/em> \/ De Julia Haenni \/ R\u00e9alis\u00e9 et traduit de l\u2019allemand par Johanna Codourey, le 8 janvier 2021, Lausanne, colline de Montriond \/ <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2020\/07\/19\/dom-juan-des-hommes-uses\/\">Plus d\u2019infos (Le Courrier)<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2021\/01\/lhomme-jete-a-la-mer\/\">Voir aussi la critique sur <em>Don Juan. Des hommes us\u00e9s<\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-image-14907\">\n<figure class=\"alignright\"><img alt=\"\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2021\/01\/thumb__640_1000_0_0_auto-167x200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14907\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mali Lazell<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Johanna Codourey&nbsp;: Pourquoi avoir choisi\u2009le th\u00e8me de la virilit\u00e9 avec votre nouvelle cr\u00e9ation Don Juan. Esch\u00f6pfte M\u00e4nner ? Votre position est-elle critique concernant les discours actuels sur ce th\u00e8me ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Julia Haenni&nbsp;: J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait trois pi\u00e8ces sur le r\u00f4le des femmes [NDR&nbsp;: <em>W\u00f6lfinnen<\/em>, 2015 ; <em>Frau im Wald<\/em>, 2017&nbsp;; <em>Frau verschwindet<\/em>, 2019]. Les r\u00f4les propos\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre sont tr\u00e8s unidimensionnels. Les r\u00f4les masculins fa\u00e7onnent les histoires et les femmes ne font qu\u2019y r\u00e9agir. Elles sont toujours passives et assument un r\u00f4le de victime. Elles repr\u00e9sentent aussi souvent des prostitu\u00e9es et sont toujours tr\u00e8s sexualis\u00e9es. Quand on est une femme, quand on ne se retrouve plus dans cette image, on ne veut pas la reproduire. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on se demande quel r\u00f4le choisir (pour les auditions, par exemple). C\u2019est pourquoi j\u2019ai voulu \u00e9crire des pi\u00e8ces o\u00f9 les femmes et leurs histoires sont au centre. J\u2019ai aussi toujours voulu en \u00e9crire sur les hommes, parce que, dans ma vision du f\u00e9minisme, ils participent aussi au changement. C\u2019est aussi un probl\u00e8me pour les hommes : qui est-ce que je veux \u00eatre, qui est-ce que je peux \u00eatre, qu\u2019est-ce que je n\u2019ai pas le droit d\u2019\u00eatre\u2009? Il y a une crainte de ne pas \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 socialement. Toutes ces normes de genre cr\u00e9ent beaucoup de pression et restreignent bon nombre de gens. Nous [NDR : avec l\u2019\u00e9quipe de cr\u00e9ation, dont la dramaturge du spectacle Anouk Gyssler] avons fait beaucoup de recherches sur le sujet. <em>Don Juan<\/em> touche \u00e0 la fa\u00e7on dont il faut aimer et vivre, s\u2019il faut adh\u00e9rer aux normes ou non. La pi\u00e8ce originale [de Tirso de Molina]&nbsp;a \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9e par de nombreux hommes, mais une seule fois par une femme, moi. Ainsi c\u2019est aussi un geste politique d\u2019avoir choisi <em>Don Juan<\/em> maintenant. Je trouve la pi\u00e8ce <em>Don Juan<\/em> de Tirso de Molina int\u00e9ressante. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de Faust, c\u2019est <em>le<\/em> r\u00f4le masculin o\u00f9 l\u2019on ne parle pas de sentiments, et je change cela dans ma pi\u00e8ce. Lorsqu\u2019il s\u2019agit de \u00ab\u2009machos\u2009\u00bb, ces hommes qui ont toutes les femmes, les Don Juan, les hommes montrent un m\u00e9lange de l\u00e9g\u00e8re admiration et de rejet. C\u2019est la m\u00eame chose pour tous les sexes&nbsp;: tu trouves difficile la fa\u00e7on dont les choses sont socialement \u00e9tablies, mais tu veux en m\u00eame temps que les gens t\u2019aiment, te trouvent sexy et tu ne peux pas honn\u00eatement dire que tu t\u2019en fiches. Si on l\u2019accepte, on a d\u00e9j\u00e0 fait un bout du chemin&#8230; Et ce sujet, on peut l\u2019aborder avec beaucoup d\u2019humour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>JC&nbsp;: Pourquoi le silence augmente-t-il dans la seconde moiti\u00e9 de votre pi\u00e8ce&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JH&nbsp;: La pi\u00e8ce est un peu en deux parties. La premi\u00e8re partie consiste \u00e0 se d\u00e9barrasser des st\u00e9r\u00e9otypes. Cette partie est une vraie com\u00e9die. La deuxi\u00e8me partie se pose la question&nbsp;: \u00ab\u2009Si on les rejette, qui est-on\u2009?&nbsp;\u00bb On se le demande aussi en tant que femme. Toutes ces cat\u00e9gories auxquelles on essaye d\u2019\u00e9chapper en se disant \u00ab&nbsp;je veux juste \u00eatre moi\u2009\u00bb, c\u2019est un va-et-vient constant o\u00f9 l\u2019on ne peut pas dire&nbsp;: \u00ab\u2009Maintenant, je suis moi\u2009\u00bb. On se demande aussi&nbsp;: \u00ab\u2009Comment suis-je quand les autres me regardent\u2009?\u2009\u00bb et un th\u00e9\u00e2tre est l\u2019endroit id\u00e9al pour cela.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>JC : A la fin de votre pi\u00e8ce, Don Juan saute dans la mer pour \u00ab redevenir un poisson comme un autre \u00bb\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JH&nbsp;: La partie sur la plage de Tarragona est tr\u00e8s symbolique, \u00ab\u2009m\u00e9tadiscursive\u2009\u00bb, car elle expose tant l\u2019erreur de Don Juan avec ce naufrage, qui est un signe de Dieu, que (dans ma pi\u00e8ce) une critique&nbsp;: \u00ab&nbsp;cela ne marche plus\u2009\u00bb, ni l\u2019image masculine ni le texte original, notamment la mani\u00e8re dont Don Juan charme une p\u00eacheuse \u00e0 ce moment-l\u00e0. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que Don Juan ne serait pas meilleur que les autres et j\u2019ai choisi les poissons parce qu\u2019ils n\u2019ont pas de sexe, sont de couleurs diff\u00e9rentes et ainsi, tout le monde peut s\u2019identifier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><em><strong>JC&nbsp;: Pourquoi ne pas avoir mis une voix f\u00e9minine dans la pi\u00e8ce \u2013 m\u00eame \u00e0 la fin\u2009?<\/strong> <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>JH&nbsp;: Les femmes occupent en fait ici les postes de direction&nbsp;: mise en sc\u00e8ne, dramaturgie. Les hommes doivent ainsi faire ce que nous leur demandons et dire ce que j\u2019ai \u00e9crit. La voix f\u00e9minine existe donc d\u00e9j\u00e0, en quelque sorte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>JC&nbsp;: Les didascalies sont \u00e9crites \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un r\u00f4le, elles donnent des indications sur les personnages et leur action, mais elles portent aussi une voix critique sur les propos des com\u00e9diens. Comment envisagez-vous la mise en sc\u00e8ne des didascalies\u2009?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JH : Nous les avons laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9 lors de la mise en sc\u00e8ne [NDR : au Theater Tuchlaube de Aarau et \u00e0 la Schlachthaus Theater de Berne, en f\u00e9virer 2020]. Si vous vous contentez de lire la pi\u00e8ce, vous ne r\u00e9alisez pas que les femmes sont \u00e9galement au centre du projet. Par cette voix, le \u00ab f\u00e9minin \u00bb intervient tout de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>JC&nbsp;: Ces personnages ou ces voix, qui se confondent relativement facilement, sont-ils interchangeables&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JH : J\u2019\u00e9cris les r\u00e9pliques sans les attribuer \u00e0 des personnages. J\u2019aime les ensembles, les ch\u0153urs, sans personnages phares. De cette fa\u00e7on, personne ne porte l\u2019argumentation. Dans cette version de la pi\u00e8ce, la m\u00eame personne est celle qui veut le plus \u00eatre Don Juan et celle qui raconte l\u2019histoire de la discoth\u00e8que [NDR : le personnage a abandonn\u00e9 un flirt \u00e0 cause d\u2019un sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9]\u2026 C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on pourrait aussi \u00ab\u2009psychologiser\u2009\u00bb : celui qui est le plus faible dans la vie r\u00e9elle veut aussi le plus jouer le Don Juan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>JC&nbsp;: Vous remerciez Georg B\u00fcchner et Virginie Despentes au d\u00e9but de votre pi\u00e8ce. Quel est votre rapport \u00e0 ces deux auteurs\u2009?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>JH : J\u2019ai lu <em>King Kong Theorie<\/em> et j\u2019ai ador\u00e9. Cela porte sur la question des genres et de la virilit\u00e9. Elle a servi d\u2019inspiration pour la liste [de souhaits inavou\u00e9s car socialement d\u00e9nigr\u00e9s] \u00e0 la fin de ma pi\u00e8ce, tout comme l\u2019\u00e9crivaine Laurie Penny. Et j\u2019ai utilis\u00e9 cette citation de Georg B\u00fcchner juste comme \u00e7a. J\u2019ai choisi des auteurs c\u00e9l\u00e8bres que j\u2019ai cit\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises &#8211; donc B\u00fcchner et Tirso de Molina, et par ricochet Moli\u00e8re ou Frisch &#8211; et je les ai m\u00e9lang\u00e9s, comme une forme d\u2019\u00ab&nbsp;empowerment&nbsp;\u00bb, o\u00f9 la voix f\u00e9minine r\u00e9\u00e9crit un peu le tout. Cette citation liminaire vient de <em>Lenz<\/em>, qui questionne ce qui est \u00ab\u2009normal\u2009\u00bb ou non et repr\u00e9sente un homme tr\u00e8s sensible. Cette vie normative est encore tr\u00e8s pr\u00e9sente aujourd\u2019hui et revient sans cesse dans le livre, \u00e7a faisait sens pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Julia Haenni est repr\u00e9sent\u00e9e par L\u2019Arche \u2013 agence th\u00e9\u00e2trale. <a href=\"https:\/\/www.arche-editeur.com\/\">www.arche-editeur.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Johanna Codourey. <\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":19089,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[222],"class_list":["post-14909","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-johanna-codourey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14909","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14909"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14909\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21491,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14909\/revisions\/21491"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19089"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14909"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14909"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14909"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}