{"id":14805,"date":"2020-11-21T15:48:39","date_gmt":"2020-11-21T14:48:39","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14805"},"modified":"2025-02-09T16:55:00","modified_gmt":"2025-02-09T15:55:00","slug":"societe-en-chantier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2020\/11\/societe-en-chantier\/","title":{"rendered":"Soci\u00e9t\u00e9 en Chantier"},"content":{"rendered":"\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-post-title\">Soci\u00e9t\u00e9 en Chantier<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9ation de Stefan Keagi (Rimini Protokoll) \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (hors les murs : Palais de Beaulieu) \/ du 23 au 28 octobre 2020 \/ Critique par Clo\u00e9 Bensa\u00ef. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 octobre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cloe-bensai\/\">Clo\u00e9 Bensa\u00ef<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab Rude besogne \u00bb sur le chantier de Kaegi<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"346\" height=\"228\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/Sans-titre.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14803\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/Sans-titre.png 346w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/Sans-titre-300x198.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/Sans-titre-250x165.png 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 346px) 100vw, 346px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Jean-Louis Fernandez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Messieurs-dames, bienvenue sur notre chantier&nbsp;: nous vous rappelons que c\u2019est un endroit dangereux et vous prions, de ce fait, de respecter les marquages au sols, consignes de s\u00e9curit\u00e9 et de garder vos casques lorsqu\u2019ils sont requis. \u00bb Le spectacle de Stefan Kaegi, du collectif Rimini Protokoll, est, une fois encore, une exp\u00e9rience vivante dont nous sommes \u00e0 la fois les destinataires et les moteurs. A travers un parcours initiatique, le public est sensibilis\u00e9 aux diff\u00e9rents enjeux du monde de la construction et prend conscience de l\u2019interd\u00e9pendance et de la disparit\u00e9 des points de vue des acteurs qui y travaillent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En entrant dans le Palais Beaulieu, c\u2019est au milieu d\u2019un v\u00e9ritable chantier que se retrouve le visiteur. Container, grue, palettes, sacs de ciment et casques jaunes agr\u00e9mentent la spacieuse Halle num\u00e9ro 10. En circulant \u00e0 travers les diff\u00e9rents p\u00f4les du spectacle, les spectateurs d\u00e9couvrent les acteurs de l\u2019am\u00e9nagement du territoire&nbsp;: investisseurs, entrepreneurs,&nbsp;<em>transparency<\/em>&nbsp;(membres du bureau anti-corruption), avocats, ouvriers, responsables des ressources humaines, d\u00e9veloppeurs urbains et travailleurs immigr\u00e9s pr\u00e9sentent tour \u00e0 tour leur quotidien et proposent une participation y r\u00e9pondant. Le public, divis\u00e9 en huit groupes, est guid\u00e9 \u00e0 travers les diff\u00e9rents ateliers, o\u00f9 il passe \u00e0 chaque fois quelques minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisant l\u2019inspiration de ses spectacles dans des probl\u00e9matiques actuelles, Kaegi s\u2019int\u00e9resse ici au travail, dans tous ses aspects et m\u00e9lange, comme \u00e0 son habitude, le monde de la fiction et le monde r\u00e9el. Les acteurs de l\u2019am\u00e9nagement du territoire sont ici tant\u00f4t incarn\u00e9s par des com\u00e9diens professionnels, tant\u00f4t par de v\u00e9ritables \u00ab&nbsp;experts du quotidien&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019image de Alvaro Rojas-Nieto, artisan colombien qualifi\u00e9 dans le domaine de la construction, de Laurent Keller, jouant pour le p\u00f4le des Ressources humaines son propre r\u00f4le de professeur en biologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, ou encore de Matias Echanove, urbaniste chez Urbz de Gen\u00e8ve \u00e0 Mumbai.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voyageons ainsi de l\u2019a\u00e9roport de Berlin jusqu\u2019\u00e0 la capitale indienne, du mus\u00e9e des Confluences lyonnais au barrage d\u2019Ituango en Colombie, le tout en passant, de temps en temps, par la place de la Riponne \u00e0 Lausanne. Chacun des projets nous ouvre les yeux sur des aberrations d\u2019ordre technique (des ventilations non test\u00e9es avant leur mise en usage), \u00e9conomiques (le secteur public forc\u00e9 de financer des structures m\u00e9talliques qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 command\u00e9es), citoyennes (des habitants expuls\u00e9s au profit d\u2019un nouvel am\u00e9nagement territorial), sociales (des ouvriers ne quittant pas m\u00eame le chantier pour se reposer, faisant la sieste sur des serviettes, dans la poussi\u00e8re) et financi\u00e8res (contraints de travailler au noir, les ouvriers se voient refuser leur paie en fin de mois). La multiplicit\u00e9 des points de vue rend d\u2019autant plus saisissant le regard parfois simpliste, voire manich\u00e9en, que les diff\u00e9rents acteurs portent les uns sur les autres, tendant \u00e0 se diaboliser mutuellement. Devant ces diff\u00e9rentes facettes du travail et ces multiples personnages, on pense au constat que formulait Zola \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, et qui transpire de l\u2019\u0153uvre de Kaegi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne faut point conclure que le peuple tout entier est mauvais, car mes&nbsp;<a href=\"https:\/\/dicocitations.lemonde.fr\/citation.php?mot=personnages\">personnages<\/a>&nbsp;ne sont pas mauvais, ils ne sont qu\u2019ignorants et g\u00e2t\u00e9s par le milieu de rude besogne [\u2026] o\u00f9 ils vivent&nbsp;\u00bb (Pr\u00e9face de&nbsp;<em>L\u2019Assommoir<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe de l\u2019itin\u00e9rance et de la participation active demand\u00e9e aux visiteurs permet, imm\u00e9diatement, de se sentir impliqu\u00e9. Il existe dans la construction des rotations entre les ateliers, des mouvements et des pr\u00e9sentations orales des animateurs une sorte de synchronisation magique. Au moment o\u00f9, dans l\u2019atelier des travailleurs immigr\u00e9s, se forme le tableau des hommes se couchant sur le chantier en se rappelant leur pays natal, ce m\u00eame tableau est int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019atelier des d\u00e9veloppeurs urbains et repr\u00e9sente les ouvriers de Mumbai, dormant \u00e0 m\u00eame la rue. Quand l\u2019animateur du p\u00f4le&nbsp;<em>transparency&nbsp;<\/em>se retrouve \u00e0 jeter une salve de billets pour illustrer son propos, ces billets atterrissent directement dans la main des visiteurs du p\u00f4le \u00ab&nbsp;investisseurs&nbsp;\u00bb, qui cherchent justement \u00e0 injecter des ressources dans leurs projets. Cette synchronisation physique renforce la coh\u00e9rence des discours qui se construisent entre les diff\u00e9rents p\u00f4les : ces investisseurs, dans un container, sont, selon les ateliers, d\u00e9crits comme de sanglants politiciens ou d\u2019importants PDG. Le tout est expos\u00e9 avec un regard ironique et humoristique, mettant les participants en situation de \u00ab&nbsp;combattre&nbsp;\u00bb les adversaires \u00e9conomiques \u00e0 coup de pied, de ventiler un conduit avec des pancartes, ou d\u2019\u00eatre compar\u00e9s, \u00e0 leur insu, \u00e0 une colonie de fourmis d\u00e9sorient\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment-l\u00e0, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le spectateur n\u2019est plus spectateur que l\u2019\u0153uvre fonctionne. En effet, le public est mis \u00e0 contribution pour proposer une strat\u00e9gie d\u2019investissement ou emmagasiner jargon d\u2019ing\u00e9nierie et de macro\u00e9conomie. Un spectateur curieux, m\u00eame temporairement distrait au d\u00e9part, se laissera rapidement prendre au jeu dynamique du spectacle. En dansant, en d\u00e9pla\u00e7ant des poutres de bois et en exer\u00e7ant son oreille \u00e0 l\u2019espagnol parl\u00e9 sur les chantiers, il remettra en question l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9conomique, politique et social actuel et de son fonctionnement. Il aura m\u00eame l\u2019occasion de proposer lui-m\u00eame des id\u00e9es, notamment au p\u00f4le d\u2019urbanisme, o\u00f9 on lui demandera comment am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie lausannoise.&nbsp; Par une d\u00e9marche qui refuse la passivit\u00e9 des spectateurs, Kaegi semble en effet vouloir rendre attentive une population \u00e0 des conflits qui se nouent juste l\u00e0, sous ses yeux. \u00ab Combien d\u2019entre vous habitent dans une ville ? \u00bb demande Echanove face \u00e0 un groupe dont les trois quarts agitent la main. \u00ab Bien. Maintenant : combien d\u2019entre vous ont d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 un conseil d\u2019urbanisme citoyen ? \u00bb Chacun regarde son voisin avec curiosit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Entrant dans le sujet du spectacle par une perspective essentiellement technique et focalis\u00e9e sur un point pr\u00e9cis de l\u2019am\u00e9nagement du territoire, on trouve rapidement de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00e9largir ce point de vue aux enjeux pratiques des autres domaines li\u00e9s. Cette approche technique devient ainsi sociale, puis, de plus en plus, humaine, voire \u00e9thique. C\u2019est finalement l\u2019agencement de l\u2019espace qui, tout au long du spectacle, permet de questionner la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: diff\u00e9rentes probl\u00e9matiques, diff\u00e9rents lieux, diff\u00e9rents points de vue sont associ\u00e9s. Se superposent \u00e9galement actualit\u00e9 et jeu th\u00e9\u00e2tral. La sc\u00e8ne dite \u00ab&nbsp;finale&nbsp;\u00bb o\u00f9 tous les groupes casqu\u00e9s se retrouvent ensemble, unis spatialement face aux diff\u00e9rents animateurs, exprime le besoin de communication. Les machines s\u2019arr\u00eatent et le travail aussi. Les oreilles s\u2019activent, les corps \u00e9galement, pour s\u2019aligner \u00e0 ceux des autres dans une danse all\u00e8gre. La synchronisation nous a \u00e9t\u00e9 transmise en quelques heures. Et ce n\u2019est finalement pas si difficile\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 octobre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cloe-bensai\/\">Clo\u00e9 Bensa\u00ef<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/societe-en-chantier-0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation de Stefan Keagi (Rimini Protokoll) \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy (hors les murs : Palais de Beaulieu) \/ du 23 au 28 octobre 2020 \/ Critique par Clo\u00e9 Bensa\u00ef.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14806,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[240],"class_list":["post-14805","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-cloe-bensai"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14805"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14805\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20457,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14805\/revisions\/20457"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14806"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14805"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}