{"id":14771,"date":"2020-11-03T18:52:29","date_gmt":"2020-11-03T17:52:29","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14771"},"modified":"2025-02-09T16:55:31","modified_gmt":"2025-02-09T15:55:31","slug":"le-conte-des-contes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2020\/11\/le-conte-des-contes\/","title":{"rendered":"Le Conte des contes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Conte des contes<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s le texte de Giambattiste Basile \/ Conception et mise en sc\u00e8ne par Omar Porras \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 27 octobre au 22 novembre 2020 \/ Critique par M\u00e9lanie Carrel et Clo\u00e9 Bensa\u00ef. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre  2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">M\u00e9lanie Carrel&nbsp;<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il faut de tout pour faire un conte<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/1_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14769\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/1_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/1_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/1_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/1_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/1_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1.jpg 1049w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mario Del Curto<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Pour ses trente ans, le Teatro Malandro pr\u00e9sente une adaptation du&nbsp;<\/em>Conte des contes&nbsp;<em>de Giambattiste Basile mise en sc\u00e8ne par Omar Porras. M\u00e9langeant le grotesque et le sublime, ce spectacle embarque son public dans un monde loufoque pour une exploration de l\u2019art de raconter. A d\u00e9couvrir jusqu\u2019au 22 novembre 2020 au TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>L\u2019\u00eatre humain est fondamentalement un colporteur d\u2019histoires, des histoires que nous avons besoin d\u2019inventer, d\u2019entendre, de partager\u2026 La sc\u00e8ne du TKM est redevenue, ce mardi 28 octobre 2020, l\u2019espace de tous les possibles imaginables et imaginaires. Apr\u00e8s sept mois d\u2019attente, la premi\u00e8re du&nbsp;<em>Conte des contes&nbsp;<\/em>a pu avoir lieu devant un public avide de magie th\u00e9\u00e2trale<em>.&nbsp;<\/em>Cette adaptation de l\u2019\u0153uvre du m\u00eame nom de Giambattiste Basile nous rappelle l\u2019importance de r\u00eaver et de faire r\u00eaver dans un monde qui pousse \u00e0 la m\u00e9lancolie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait une fois, dans une belle demeure situ\u00e9e au creux d\u2019une for\u00eat, une riche famille : les Carnesino. Monsieur et Madame Carnesino et leurs enfants, Prince et Secondine, attendent avec impatience l\u2019arriv\u00e9e du Docteur Basilio. Celui-ci va tenter de soulager Prince, souffrant de m\u00e9lancolie, au moyen de sa th\u00e9rapie r\u00e9volutionnaire: la gu\u00e9rison par les contes. Avec l\u2019aide de toute la famille ainsi que du personnel de la maison, l\u2019extravagante nourrice Caradonia Italia et le cuisinier masqu\u00e9 Corvetto Filadoro, les histoires vont d\u00e9filer sur sc\u00e8ne pour le plus grand plaisir du public. Car bien que souffrant des cons\u00e9quences d\u2019un autre virus que celui de la m\u00e9lancolie, nous avons, nous aussi, bien besoin de nous \u00e9vader, ne serait-ce qu\u2019un instant, de la morosit\u00e9 des temps qui courent. Prince, c\u2019est un peu nous.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne est d\u2019une pr\u00e9cision sans faille. Des r\u00e9pliques et mouvements des personnages jusqu\u2019aux lumi\u00e8res et \u00e0 la sc\u00e9nographie, tout est rythm\u00e9 et chor\u00e9graphi\u00e9.&nbsp;<em>Le conte des contes&nbsp;<\/em>est une grande partition complexe jou\u00e9e \u00e0 la fois par les com\u00e9diens et les techniciens, \u00e0 la fois par les corps, les projecteurs, les rideaux et les d\u00e9cors, se rassemblant dans une danse d\u2019effets sp\u00e9ciaux. Toute cette musicalit\u00e9 est port\u00e9e par les compositions de Christophe Fossemalle et de Philippe Gouin. Que ce soit par des sons, de la musique d\u2019ambiance ou les chansons, interpr\u00e9t\u00e9es avec justesse et talent par les com\u00e9diens, la cr\u00e9ation sonore transporte subtilement les personnages et le public \u00e0 travers les diff\u00e9rents niveaux et ambiances du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le Docteur Basilio, personnage pr\u00e9cieux semblant sorti tout droit d\u2019un cabaret baroque, qui tire les ficelles du spectacle et dirige la mise en abyme. Tel un marionnettiste, il manie les objets, les d\u00e9cors et les personnages \u00e0 sa guise pour faire \u00e9merger les contes. Dans une atmosph\u00e8re \u00e0 la fois grotesque, tragique et sublime se succ\u00e8dent de nombreuses fables dont certaines int\u00e8grent et d\u00e9tournent des figures bien connues comme Cendrillon, La Belle au bois dormant ou le Petit Chaperon rouge. Gare aux surprises !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au-del\u00e0 d\u2019un floril\u00e8ge de r\u00e9cits,&nbsp;<em>Le conte des contes&nbsp;<\/em>du Teatro Malandro est une r\u00e9flexion sur l\u2019art de raconter. Lecture \u00e0 voix haute, jeu de r\u00f4le, stand-up, slam, th\u00e9\u00e2tre de marionnettes et d\u2019objets, \u00e9mission de radio\u2026 Les artistes jouent et d\u00e9jouent les codes de ces diff\u00e9rentes formes et proposent une variation de formats stimulante. Il en est de m\u00eame pour le ton. Le spectacle fait se succ\u00e9der sans transition une sc\u00e8ne parodique et un slam anti-capitaliste \u00e9cologiste, faisant passer le public du rire \u00e0 un s\u00e9rieux pouvant m\u00eame s\u2019apparenter \u00e0 du recueillement.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est que&nbsp;<em>Le conte des contes&nbsp;<\/em>ne m\u00e9nage pas son public. Les changements d\u2019ambiance, d\u2019esth\u00e9tique et de ton plus que fr\u00e9quents ne lui laissent pas le temps de devenir passif. T\u00e9moin d\u2019une f\u00eate th\u00e9\u00e2trale, il est m\u00eame convi\u00e9 \u00e0 joindre sa voix \u00e0 celle des personnages pour chanter l\u2019alphabet, un exercice d\u2019articulation plus p\u00e9rilleux que ce que l\u2019on pourrait croire\u2026 Constamment stimul\u00e9, le spectateur prend un plaisir enfantin \u00e0 comprendre et d\u00e9couvrir de quelle mani\u00e8re les diff\u00e9rentes parties du spectacle sont construites. \u00ab&nbsp;Comment est-ce racont\u00e9?&nbsp;\u00bb est ici une question bien plus centrale que celle de savoir&nbsp;<em>ce qui<\/em>&nbsp;est racont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Port\u00e9 par des artistes aux multiples talents, \u00e0 la fois com\u00e9diens, musiciens et danseurs,&nbsp;<em>Le conte des contes&nbsp;<\/em>emm\u00e8ne son public dans un monde plein de contrastes, parfois violent, parfois doux, mais toujours magique. Et lorsque Prince finit par gu\u00e9rir gr\u00e2ce aux contes, nous remarquons qu\u2019\u00e0 travers lui, c\u2019est nous que le Docteur Basilio a soign\u00e9s. Le baume au c\u0153ur, nous sortons de la salle avec la certitude que le th\u00e9\u00e2tre est un refuge dont l\u2019\u00eatre humain ne peut se passer. Un rappel n\u00e9cessaire en ces temps de crise\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre  2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">M\u00e9lanie Carrel&nbsp;<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre  2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cloe-bensai\/\">Clo\u00e9 Bensa\u00ef<\/a><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/melanie-carrel\/\">&nbsp;<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand on aime, on conte<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/3_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14776\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/3_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/3_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/3_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/3_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/11\/3_Conte-des-contes_TKM-1049x700-1.jpg 1049w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mario Del Curto<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>C\u2019est timides que les spectateurs masqu\u00e9s du TKM ont abattu leurs fauteuils rouges, ce mardi soir, pour assister \u00e0 la nouvelle cr\u00e9ation d\u2019Omar Porras. Pieds nus sur sc\u00e8ne lors de l\u2019ouverture du spectacle, ce dernier proposait, dans une pi\u00e8ce adapt\u00e9e de l\u2019\u0153uvre m\u00e9di\u00e9vale de Giambattista Basile, fameux pr\u00e9curseur de Perrault et Grimm, une th\u00e9rapie par le conte. Ce soir, c\u2019est par une multiplicit\u00e9 de tonalit\u00e9s et de couleurs ainsi que par une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans les nuances de jeu que s\u2019est d\u00e9marqu\u00e9e cette cr\u00e9ation, offrant \u00e0 son public transi un rem\u00e8de \u00e0 la m\u00e9lancolie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue de d\u00e9part est issue du&nbsp;<em>Pentamerone<\/em>, recueil napolitain du d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle r\u00e9dig\u00e9 par Giambattista Basile&nbsp;: une famille, inqui\u00e8te pour son enfant sempiternellement accabl\u00e9, cherche un moyen de ramener la gaiet\u00e9 sur son visage. Arrive ici pour ce faire un docteur original, invent\u00e9 par Porras, qui enjoint p\u00e8re, m\u00e8re, bonne et s\u0153ur \u00e0 raconter des histoires au souffrant. Les personnages ont des allures empreintes de fantaisie&nbsp;\u2013 couettes pour la jeune fille, cheveux rouges ou crini\u00e8re dor\u00e9e pour les parents \u2013 auxquelles r\u00e9pond un jeu accentu\u00e9, avec mouvements chor\u00e9graphi\u00e9s et r\u00e9pliques simultan\u00e9es. Instruments d\u2019une m\u00e9tafiction, ils assument diff\u00e9rentes positions&nbsp;: du r\u00f4le de narrateur \u00e0 celui de personnages des contes, les protagonistes incarnent tant\u00f4t un roi, tant\u00f4t une princesse, un serpent, une mar\u00e2tre. Les histoires sont connues de tous, bien qu\u2019elles apparaissent chez Basile dans une version parfois l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente de celle qui est racont\u00e9e aux enfants d\u2019aujourd\u2019hui. Porras, entrem\u00ealant les intrigues et motifs de diff\u00e9rents contes au sein d\u2019une m\u00eame histoire, joue ainsi avec les attentes et souvenirs des spectateurs. Assez familiers avec les r\u00e9cits pour comprendre l\u2019ironie, la transgression et les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019intertextualit\u00e9, les spectateurs se laissent agr\u00e9ablement surprendre par les tournures parfois inattendues des p\u00e9rip\u00e9ties.<\/p>\n\n\n\n<p>Les motifs visuels li\u00e9s \u00e0 l\u2019univers des contes sont pr\u00e9sents d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans la salle&nbsp;: la sc\u00e8ne, \u00e9pur\u00e9e, laisse d\u2019abord voir un simple lustre devant une porte, au loin. On se voit d\u00e9j\u00e0 dans une demeure enchant\u00e9e en for\u00eat. Au fur et \u00e0 mesure, le d\u00e9cor s\u2019accro\u00eet et devient toujours plus extravagant&nbsp;: chandeliers, pianos, voilages, puis confettis, \u00e9tincelles, serpentins, viennent tour \u00e0 tour agr\u00e9menter les diff\u00e9rents tableaux. La pr\u00e9sence quasi constante du livre de Basile sur sc\u00e8ne, guide litt\u00e9raire, rappelle le fil rouge du spectacle. En chair et en os, c\u2019est le personnage du docteur, appel\u00e9 Basile \u00e0 l\u2019image de l\u2019auteur m\u00e9di\u00e9val, qui se fait le m\u00e9diateur des interactions.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019univers visuel est de plus en plus color\u00e9 au fur et \u00e0 mesure de la gu\u00e9rison du jeune Prince, c\u2019est d\u2019abord dans la cruaut\u00e9 des contes de Basile que se d\u00e9veloppe l\u2019intrigue. Cervelles roses en guise de d\u00eener, lambeaux de viandes pendus dans des abattoirs glauques, d\u00e9pe\u00e7ages de lapins et autres r\u00e9jouissances du m\u00eame type apparaissent sur sc\u00e8ne. Bruts, sanglants, morbides, ce sont les contes qui le sont, \u00e0 l\u2019image du vif d\u00e9cor du spectacle. Liant crudit\u00e9 de la chair et crudit\u00e9 du propos, ils th\u00e9matisent l\u2019inceste et le viol, la s\u00e9questration, la mutilation, ainsi que l\u2019accouchement et le mariage dans leurs aspects les plus r\u00e9vulsants. Terreur et piti\u00e9&nbsp;: le spectateur est rapidement saisi. Ce n\u2019est pourtant pas une trag\u00e9die qui se joue ce soir au TKM. L\u2019humour vient en effet souvent contrebalancer l\u2019horreur des faits, tant par un comique de geste exceptionnellement d\u00e9velopp\u00e9 que par les ruptures du quatri\u00e8me mur, cr\u00e9ant un d\u00e9licieux d\u00e9calage entre univers du conte et r\u00e9f\u00e9rences culturelles contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont bien les passages entre le monde du docteur et celui des contes qu\u2019il \u00e9voque, ainsi que les fronti\u00e8res parfois poreuses qui les s\u00e9parent, qui soutiennent l\u2019attention du spectateur. Fumig\u00e8nes, paillettes, et costumes color\u00e9s permettent de plonger dans l\u2019univers des contes avec d\u00e9lice, puis de se retrouver \u00e0 nouveau dans la maison des Carnesio sans savoir exactement \u00e0 quel moment on y est revenu. Les apostrophes au public, et la participation ponctuelle qui lui est demand\u00e9e \u2013 pour r\u00e9citer, par exemple, l\u2019alphabet \u2013 renvoient les spectateurs \u00e0 l\u2019enfance et leur permettent, dans une \u0153uvre accessible et entra\u00eenante, de s\u2019amuser v\u00e9ritablement, m\u00eame assis dans un fauteuil. Tant la tension entre d\u00e9go\u00fbt et \u00e9merveillement que l\u2019aspect enfantin de certaines sc\u00e8nes ou encore l\u2019humour tendre ou piquant contribuent \u00e0 une esth\u00e9tique tr\u00e8s proche de celle de Tim Burton&nbsp;: on retrouve dans le personnage de la soubrette quelque chose de Winona Ryder, et dans celui de Basile, un soup\u00e7on de Johnny Depp. C\u2019est un monde un peu terrifiant, mais surtout merveilleux, dans lequel on aimerait prolonger son s\u00e9jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages hauts en couleur et le jeu original des com\u00e9diens viennent encore renforcer l\u2019aspect divertissant de l\u2019\u0153uvre. Philippe Gouin, compositeur, avec Christophe Fossemalle, de la musique de la pi\u00e8ce, offre dans le r\u00f4le du docteur une exceptionnelle prestation, tant par sa gestuelle que par l\u2019ironie grin\u00e7ante de son personnage, sa g\u00eane attendrissante et ses talents de danseur et chanteur latino. Simon Bonvin, dans le r\u00f4le du fils m\u00e9lancolique est au violoncelle&nbsp;; Audrey Saad, qui joue du piano et chante, rend d\u00e9licieusement caricatural le personnage de Secondine, binoclarde aux accents chuintants&nbsp;; Mirabelle Gremaud et Jeanne Pasquier, parfois belles-s\u0153urs au rire diabolique, d\u2019autres fois sensuelles danseuses de charleston ou de cabaret, brillent de leurs diff\u00e9rents talents. M\u00eame le m\u00e9tal vient rejoindre ce large panel de genres musicaux en surgissant \u00e0 travers la prestation d\u2019un curieux guitariste \u00e9lectrique\u2026 Dans ce spectacle plurig\u00e9n\u00e9rique et pluriculturel, on joue en fran\u00e7ais, on parle en anglais, on danse en italien, et on chante en espagnol. M\u00eame quand les paroles, pour faire rire la galerie, n\u2019ont ni queue ni t\u00eate&nbsp;! Il y a des gags qui marchent dans toutes les langues et dans toutes les cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>En marge de cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la violence des histoires nous ram\u00e8ne cependant \u00e0 des questions d\u00e9licates, invoquant une tradition litt\u00e9raire et sociale moins bien-pensante qu\u2019aujourd\u2019hui. L\u2019adaptation d\u2019une \u0153uvre d\u2019il y a quatre si\u00e8cles pose la question de ce qui est repr\u00e9sentable \u2013 et parfois cautionn\u00e9 \u2013 dans l\u2019art d\u2019aujourd\u2019hui, que ce soit sur les planches ou \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Le choix, dans un premier temps, d\u2019un gar\u00e7on pour jouer le r\u00f4le de l\u2019enfant malade est parlant : pourquoi, en effet, devrait-il toujours s\u2019agir de jeunes filles \u00e9plor\u00e9es \u00e0 sauver ? Lorsqu\u2019on lit ensuite l\u2019histoire de \u00ab la Belle Endormie \u00bb, sur laquelle le roi cueille, alors qu\u2019elle dort, les d\u00e9lices de l\u2019amour, la m\u00e8re de famille referme violemment son exemplaire pour corriger l\u2019outrageuse po\u00e9sie du style : \u00ab il la viole \u00bb. Elle poursuit ensuite l\u2019histoire \u00e0 sa guise, laissant le grimoire scell\u00e9, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Giambattista. Porras, qui choisit de garder sur sc\u00e8ne nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e9c\u0153urants, barre n\u00e9anmoins la route \u00e0 la violence de genre et montre ainsi l\u2019\u00e9volution de la biens\u00e9ance au th\u00e9\u00e2tre. Il laisse en effet le champ libre \u00e0 l\u2019horreur visuelle lorsqu\u2019il s\u2019agit de montrer le sanglant, mais refuse par principe de montrer l\u2019atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 f\u00e9minine, qui n\u2019est que sugg\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Timides, disais-je, \u00e9taient les spectateurs du TKM, distanci\u00e9s, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans la salle. Alors que Porras nous accueillait avec toute la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 caract\u00e9ristique de son spectacle, clamant \u00ab que c\u2019est bon d\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui ! \u00bb, il a tr\u00e8s vite donn\u00e9 \u00e0 comprendre que l\u2019enjeu de la soir\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas d\u2019\u00e9chapper \u00e0 un virus trop actuel, mais bien de se gu\u00e9rir de ce que ce m\u00eame virus a fait \u00e0 notre gaiet\u00e9, \u00e0 notre confiance et \u00e0 notre passion pour le th\u00e9\u00e2tre. Face \u00e0 des com\u00e9diens qui ne se lamentent pas, mais au contraire, int\u00e8grent la probl\u00e9matique sanitaire \u00e0 leur jeu sc\u00e9nique (port ponctuel du masque, d\u00e9sinfection comique des mains etc.), le public a \u00e9t\u00e9 contraint de s\u2019enthousiasmer de la m\u00eame fa\u00e7on. Il a appris ce soir que m\u00eame en temps de pand\u00e9mie, conter, c\u2019est donner.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>27 octobre  2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/cloe-bensai\/\">Clo\u00e9 Bensa\u00ef<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/le-conte-des-contes-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s le texte de Giambattiste Basile \/ Conception et mise en sc\u00e8ne par Omar Porras \/ TKM \u2013 Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 27 octobre au 22 novembre 2020 \/ Critique par M\u00e9lanie Carrel et Clo\u00e9 Bensa\u00ef.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14772,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[240,309],"class_list":["post-14771","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-cloe-bensai","tag-melanie-carrel-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14771","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14771"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14771\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20459,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14771\/revisions\/20459"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14772"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14771"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14771"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14771"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}