{"id":14728,"date":"2020-10-13T15:00:03","date_gmt":"2020-10-13T13:00:03","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14728"},"modified":"2025-02-09T16:56:12","modified_gmt":"2025-02-09T15:56:12","slug":"here-and-now","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2020\/10\/here-and-now\/","title":{"rendered":"HERE AND NOW"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">HERE AND NOW<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne de Tr\u00e2n Tran \/ TLH \u2013 Sierre \/ du 8 au 10 octobre 2020 \/ Critiques par Charlyne Genoud et Johanna Codourey. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/charlyne-genoud\/\">Charlyne Genoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Attentes latentes<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"573\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2-1024x573.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14725\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2-1024x573.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2-300x168.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2-250x140.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2-768x430.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2-1536x859.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/HereAndNowCapture2.png 1856w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Yann B\u00e9tant<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>HERE &amp; NOW<em>&nbsp;demande \u00e0 son public de r\u00e9pondre \u00e0 une question essentielle : \u00ab Pourquoi \u00eates-vous venu\u00b7e au th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui ? \u00bb En choisissant parmi des r\u00e9ponses affich\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, le\u00b7la spectateur\u00b7trice d\u00e9termine le spectacle qui va suivre. Tr\u00e8s dynamique, Tr\u00e2n Tran a plus d\u2019un tour dans son sac \u2013 ou plus d\u2019un accessoire dans les bo\u00eetes en carton qui bordent la sc\u00e8ne \u2013 pour r\u00e9pondre aux attentes de son public. Mais au-del\u00e0 de son aspect ludique et de son concept original, le spectacle th\u00e9matise aussi la dimension f\u00e9d\u00e9ratrice de la culture.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dur de savoir ce qui constitue le d\u00e9but de&nbsp;<em>HERE &amp; NOW<\/em>. Une fois le public (restreint) install\u00e9 dans les rangs du th\u00e9\u00e2tre des Halles de Sierre, aucun changement d\u2019\u00e9clairage ne nous en indique le commencement. La conceptrice et com\u00e9dienne Tr\u00e2n Tran entre en sc\u00e8ne discr\u00e8tement, suivie d\u2019un personnage incarnant son ombre, comme si elles se promenaient l\u00e0, par hasard, avec pour bruit de fond les conversations des spectateur\u00b7trice\u00b7s n\u2019ayant pas encore compris que la machine de&nbsp;<em>HERE &amp; NOW<\/em>&nbsp;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en marche. Ce n\u2019est que plus tard que l\u2019on r\u00e9alise que la pi\u00e8ce n\u2019a pas de fronti\u00e8res strictes. Le spectacle a en effet commenc\u00e9 en passant le pas de la porte du th\u00e9\u00e2tre, ou peut-\u00eatre avant, sur la route menant \u00e0 Sierre, voire m\u00eame au moment de la r\u00e9servation du billet. Car ce que&nbsp;<em>HERE &amp; NOW<\/em>&nbsp;th\u00e9matise, c\u2019est ce qui nous m\u00e8ne vers les planches, ce que nous en attendons, ce que nous y cherchons, pour finalement d\u00e9router nos expectatives par un coup de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la vari\u00e9t\u00e9 des r\u00e9ponses projet\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cran, apr\u00e8s une introduction qui pose les bases du jeu qui va suivre, chacun trouvera son bonheur puisqu\u2019il est m\u00eame autoris\u00e9 \u2013 voire recommand\u00e9 \u2013 par Tr\u00e2n Tran de crier haut et fort des r\u00e9ponses comme \u00ab parce que j\u2019y \u00e9tais oblig\u00e9\u00b7e \u00bb ou \u00ab pour du sexe \u00bb. Laissant la place \u00e0 l\u2019individualit\u00e9 de chacun, la multitude de r\u00e9ponses propos\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cran, que choisissent tour \u00e0 tour de clamer des membres du public, vient finalement soulever un paradoxe : va-t-on au th\u00e9\u00e2tre et se m\u00ealer \u00e0 une foule pour se reconna\u00eetre ? Pour se retrouver dans des r\u00e9ponses anticip\u00e9es sur un \u00e9cran au fond de la salle ? Le concept introduit ainsi un questionnement sur la place de l\u2019individu au milieu d\u2019une assistance. Dans ce projet qui d\u00e9die sa premi\u00e8re partie \u00e0 nos attentes, on est alors fort supris\u00b7e du d\u00e9tournement op\u00e9r\u00e9 en fin de spectacle. Les trois interpr\u00e8tes de la compagnie lausannoise du&nbsp;<em>Toast<\/em>&nbsp;ont en effet d\u00e9cid\u00e9 de faire passer un message tout autre dans les derni\u00e8res minutes de repr\u00e9sentation. Alors que nous avions cru pouvoir succomber \u00e0 nos caprices et \u00ab avoir le contr\u00f4le \u00bb \u2013 \u00e0 l\u2019image de l\u2019une des r\u00e9ponses possibles du jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 que la pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne \u2013 le dispositif sert finalement \u00e0 nous faire r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la raison d\u2019\u00eatre de la culture. Le coup de th\u00e9\u00e2tre est bien l\u00e0 : le jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 se d\u00e9mant\u00e8le petit \u00e0 petit pour laisser la place \u00e0 un discours autrement plus s\u00e9rieux et moins attendu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>A posteriori<\/em>, les pr\u00e9mices de cette chute peuvent se percevoir tout au long du spectacle. On les rep\u00e8re notamment dans un jeu sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du statut de Tr\u00e2n Tran, qui semble s\u2019interpr\u00e9ter elle-m\u00eame, en tant que com\u00e9dienne. D\u00e8s le d\u00e9but, elle pr\u00e9cise la prononciation de son pr\u00e9nom et se pr\u00e9sente par des vid\u00e9os humoristiques. Son investissement force celui de son public et la place qui est laiss\u00e9e \u00e0 son identit\u00e9 \u00ab r\u00e9elle \u00bb fait \u00e9cho \u00e0 celle que la pi\u00e8ce offre aux spectateur\u00b7trice\u00b7s. Sur la base de cette \u00e9galit\u00e9 entre la sc\u00e8ne et la salle \u2013 comme le sugg\u00e8re d\u2019ailleurs l\u2019\u00e9clairage identique de ces deux zones \u2013 l\u2019accent semble \u00eatre mis sur l\u2019union de ces deux entit\u00e9s. D\u00e8s lors, la performance appara\u00eet comme le moyen de reconna\u00eetre le moment pr\u00e9sent, o\u00f9 public et artistes se rencontrent. Le titre correspond ainsi parfaitement \u00e0 cette cr\u00e9ation qui accroche ses spectateur\u00b7trice\u00b7s du d\u00e9but \u00e0 la fin :&nbsp;<em>HERE &amp; NOW<\/em>&nbsp;requiert toute leur attention et leur interdit la passivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Conduit\u00b7e\u00b7s \u00e0 s\u2019investir dans le spectacle comme s\u2019ils ou elles avaient \u00e9t\u00e9 debout \u00e0 la place des trois com\u00e9diennes, les spectateur\u00b7trice\u00b7s auront besoin d\u2019un peu de recul pour saisir toute la profondeur d\u2019une pi\u00e8ce qui semble \u00e0 premi\u00e8re vue relever du seul comique. Une fois pass\u00e9 l\u2019\u00ab ici et maintenant \u00bb, la question initiale pos\u00e9e par&nbsp;<em>HERE &amp; NOW<\/em>&nbsp;para\u00eet trouver sa r\u00e9ponse dans une vision tr\u00e8s nette de la culture : sa dimension unificatrice. La fin inattendue de la pi\u00e8ce fait donc converger toutes les r\u00e9ponses possibles vers un d\u00e9nouement tr\u00e8s tendre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/charlyne-genoud\/\">Charlyne Genoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Here and rire\u2026<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"717\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/Capture-de\u0301cran-2020-10-13-a\u0300-14.42.22-1024x717.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14732\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/Capture-de\u0301cran-2020-10-13-a\u0300-14.42.22-1024x717.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/Capture-de\u0301cran-2020-10-13-a\u0300-14.42.22-286x200.png 286w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/Capture-de\u0301cran-2020-10-13-a\u0300-14.42.22-243x170.png 243w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/Capture-de\u0301cran-2020-10-13-a\u0300-14.42.22-768x538.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/10\/Capture-de\u0301cran-2020-10-13-a\u0300-14.42.22.png 1274w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Yann B\u00e9tant<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans un cadre qui rappelle les jeux vid\u00e9o, Tr\u00e2n Tran \u2013 prononc\u00e9 \/tian-tian\/ \u2013 propose une cr\u00e9ation partiellement improvis\u00e9e&nbsp;<\/em><em>au th\u00e9\u00e2tre Les Halles de Sierre. Reprise du stand up du m\u00eame nom cr\u00e9\u00e9 par Ellen Degeneres, le spectacle, par la parodie et le recours \u00e0 diff\u00e9rents supports, d\u00e9nonce les discriminations li\u00e9es au genre et \u00e0 la sexualit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une sc\u00e8ne compos\u00e9e de deux espaces distincts \u2013 un cercle de la taille de la com\u00e9dienne et un grand rectangle, marqu\u00e9s au sol par une bande blanche \u2013 Tr\u00e2n Tran, artiste vietnamienne, pr\u00e9sente un spectacle au rythme tr\u00e8s contrast\u00e9. \u00c0 l\u2019aide d\u2019un \u00e9cran g\u00e9ant plac\u00e9 en arri\u00e8re-sc\u00e8ne, de cartons dispos\u00e9s en tas c\u00f4t\u00e9 cour, d\u2019une voix&nbsp;<em>off<\/em>&nbsp;(qui sera la seule voix de la pi\u00e8ce), et d\u2019une com\u00e9dienne en complet noir mat\u00e9rialisant l\u2019ombre de l\u2019artiste, Tr\u00e2n Tran, silencieuse, \u00e9labore une pi\u00e8ce aux allures de jeu vid\u00e9o dans laquelle le spectateur est libre de choisir les sc\u00e8nes qu\u2019il veut voir repr\u00e9senter : son mode de jeu. Un ensemble de propositions, pr\u00e9sent\u00e9es comme relevant de trois niveaux de jeu, permet au spectacle de prendre vie en fonction des choix. Sous la forme d\u2019improvisations (tout de m\u00eame bien balis\u00e9es), la pi\u00e8ce se veut plut\u00f4t l\u00e9g\u00e8re et divertissante m\u00eame si l\u2019artiste ins\u00e8re, \u00e7a et l\u00e0, quelques r\u00e9flexions sur le genre \u2013 la condition f\u00e9minine par exemple \u2013 en retra\u00e7ant notamment l\u2019histoire du clitoris au cours d\u2019une br\u00e8ve sayn\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce d\u00e9bute par une petite autobiographie \u00e0 la tonalit\u00e9 parodique, avec, notamment, la pr\u00e9sentation des proches de Tr\u00e2n Tran par le biais d\u2019une vid\u00e9o de leurs f\u00eates un peu loufoques : six membres de sa famille r\u00e9alisent une petite chor\u00e9graphie traditionnelle vietnamienne au bord du lac L\u00e9man, avant d\u2019entonner un chant en espagnol dans des d\u00e9guisements traditionnels mexicains, et de finalement parodier la c\u00e9l\u00e8bre chanson de&nbsp;<em>La Reine des neiges<\/em>&nbsp;\u00ab Lib\u00e9r\u00e9e, d\u00e9livr\u00e9e<em>&nbsp;<\/em>\u00bb<em>.<\/em>&nbsp;La com\u00e9dienne donne donc tout de suite le ton de la pi\u00e8ce et le public est d\u00e9j\u00e0 charm\u00e9 \u2013 ou plut\u00f4t hilare. Une cr\u00e9ation aux airs de show t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 du dimanche soir, dans laquelle l\u2019artiste caricature constamment la culture populaire et artistique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, comme par exemple le cirque ou certaines mises en sc\u00e8ne d\u00e9jant\u00e9es \u00e0 l\u2019instar de la&nbsp;<em>Conqu\u00eate de l\u2019inutile<\/em>&nbsp;d\u2019Oscar Gomez Mata.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ensuite au tour du public d\u2019entrer graduellement dans le jeu sur la base d\u2019une question pos\u00e9e d\u00e8s l\u2019introduction, simple mais essentielle \u00e0 l\u2019existence du th\u00e9\u00e2tre : pourquoi sommes-nous, spectateurs, venus voir cette pi\u00e8ce ce soir ? Des propositions, vari\u00e9es, sont affich\u00e9es sur l\u2019\u00e9cran du fond pendant que la com\u00e9dienne attend c\u00f4t\u00e9 jardin dans son petit cercle, avec un sourire niais dans un mouvement r\u00e9p\u00e9titif de marche sur place qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re au fur et \u00e0 mesure que sont propos\u00e9s diff\u00e9rents \u201cniveaux\u201d de r\u00e9ponses.&nbsp; Le spectateur est lui aussi de plus en plus sollicit\u00e9 : au niveau un, il est spectateur-observateur, choisissant de \u00ab ne pas tout comprendre \u00bb, de \u00ab d\u00e9couvrir une histoire \u00bb, ou encore \u00ab d\u2019\u00eatre surpris \u00bb.&nbsp; D\u00e8s le deuxi\u00e8me niveau, il participe activement au d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce, en criant, suivant les consignes de la voix&nbsp;<em>off<\/em>, s\u2019il veut signaler qu\u2019il est venu pour \u00ab soutenir les artistes \u00bb. Dans le dernier niveau, la com\u00e9dienne accorde sa confiance au public entier qui, par deux fois, est amen\u00e9 \u00e0 la guider dans l\u2019espace, notamment gr\u00e2ce \u00e0 des bruits pr\u00e9d\u00e9finis du type \u00ab yipii, woopwoop \u00bb. \u00c0 tous les niveaux, c\u2019est tant\u00f4t la com\u00e9dienne elle-m\u00eame qui se meut dans la zone centrale, tant\u00f4t le personnage repr\u00e9sentant son ombre qui prend place dans le rectangle blanc ; quelquefois la r\u00e9gie assombrit l\u2019espace du public, mais plus souvent, elle laisse les projecteurs allum\u00e9s, affaiblissant le quatri\u00e8me mur et incitant \u00e0 un plus grand investissement des spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers ces petites sc\u00e8nes, qui durent parfois quelques secondes seulement, la com\u00e9dienne sollicite surtout les \u00e9motions du spectateur, majoritairement son rire, mais aussi sa tristesse. C\u2019est le cas lorsqu\u2019elle joue l\u2019option :&nbsp;<em>je suis venu au th\u00e9\u00e2tre ce soir \u00ab pour voir quelqu\u2019un pleurer \u00bb<\/em>. Tr\u00e2n Tran pleure alors sur sc\u00e8ne, dans son cercle, en regardant son ombre danser sur une musique m\u00e9lancolique et entra\u00eene avec elle les larmes du public qui laisse un temps, une fois la chanson termin\u00e9e, avant de reprendre le jeu et de choisir une nouvelle proposition. C\u2019est le cas aussi lorsque la voix&nbsp;<em>off<\/em>&nbsp;raconte quelques anecdotes autobiographiques de l\u2019artiste, comme sa frustration et son sentiment d\u2019\u00eatre d\u00e9sempar\u00e9e face aux violences gratuites qu\u2019elle subit \u00e0 cause de son orientation sexuelle ; celles-ci lui permettent de revenir sur l\u2019une des th\u00e9matiques centrales du spectacle, un peu laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 dans la plupart des autres \u00abimprovisations \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur, entre deux \u00e9clats de rire, montant de niveaux, tend peut-\u00eatre \u00e0 se demander o\u00f9 compte nous emmener la com\u00e9dienne et ce qu\u2019elle veut signifier \u00e0 travers ce spectacle. Mettant fin au jeu vid\u00e9o, Tr\u00e2n Tran reprend alors place dans le rectangle et la voix&nbsp;<em>off<\/em>&nbsp;expose soudainement les raisons qui l\u2019ont men\u00e9e \u00e0 un tel projet. Encha\u00eenant tr\u00e8s rapidement les allusions \u2013 Stone Wall, les femmes trans noires,&nbsp;<em>Boys don\u2019t cry<\/em>, et bien d\u2019autres \u2013 elle mentionne l\u2019influence d\u2019Ellen Degeneres, exclue d\u2019une \u00e9mission pour son homosexualit\u00e9. Suivant la philosophie de cette humoriste am\u00e9ricaine, Tr\u00e2n Tran tente ainsi d\u2019aborder la cause des minorit\u00e9s LGBT+ et des femmes \u00ab&nbsp;avec le sourire&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que par le \u00ab&nbsp;tragique&nbsp;\u00bb qu\u2019elle trouve trop commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Son message est donn\u00e9 : \u00ab Be kind to one another \u00bb lance la voix&nbsp;<em>off<\/em>&nbsp;\u00e0 un public cens\u00e9, \u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation, s\u2019offrir un peu d\u2019amour \u2013 bien s\u00fbr, pas en se prenant dans les bras comme l\u2019aurait d\u00e9sir\u00e9 l\u2019artiste (et comme l\u2019annonce l\u2019\u00e9cran), mais en portant des lunettes plac\u00e9es sous les si\u00e8ges, qui diffractent la lumi\u00e8re de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er des c\u0153urs sur toutes les bougies et guirlandes pr\u00e9sentes d\u00e9sormais sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que l\u2019explication d\u00e9taill\u00e9e de sa d\u00e9marche, dans la sc\u00e8ne finale, rende le propos de la pi\u00e8ce un peu rebattu, le spectacle offre un merveilleux instant de joie et de d\u00e9tente. La meilleure explication de notre pr\u00e9sence \u00e0 cette pi\u00e8ce, parmi toutes les propositions possibles, pourrait \u00eatre simplement :&nbsp;<em>pour passer un bon moment<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/johanna-codourier\/\">Johanna Codourey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tlh-sierre.ch\/evenements\/here-now#credits-module\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne de Tr\u00e2n Tran \/ TLH \u2013 Sierre \/ du 8 au 10 octobre 2020 \/ Critiques par Charlyne Genoud et Johanna Codourey.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14724,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,14],"tags":[238,222],"class_list":["post-14728","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-les-halles","tag-charlyne-genoud","tag-johanna-codourey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14728"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20462,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14728\/revisions\/20462"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14724"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}