{"id":14715,"date":"2020-09-30T13:18:54","date_gmt":"2020-09-30T11:18:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14715"},"modified":"2025-02-10T14:11:16","modified_gmt":"2025-02-10T13:11:16","slug":"danses-pour-une-actrice-valerie-dreville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2020\/09\/danses-pour-une-actrice-valerie-dreville\/","title":{"rendered":"Danses pour une actrice (Val\u00e9rie Dr\u00e9ville)"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Danses pour une actrice (Val\u00e9rie Dr\u00e9ville)<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Concept J\u00e9r\u00f4me Bel \/ Com\u00e9dienne Val\u00e9rie Dr\u00e9ville \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 24 septembre au 3 octobre 2020 \/ Critique par Simon Henein. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 septembre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-henein\/\">Simon Henein<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce qui se joue en danse<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14710\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/09\/jerome_bel_6_HD-1612x1075-3.jpg 1612w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 J\u00e9r\u00f4me Bel<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le dispositif retenu par le chor\u00e9graphe J\u00e9r\u00f4me Bel pour ce solo est simple&nbsp;: demander \u00e0 une com\u00e9dienne de renom de transmettre des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019histoire de la danse au travers d\u2019un expos\u00e9 vivant, racont\u00e9 en gestes et en mots sur un plateau de th\u00e9\u00e2tre, avec un minimum d\u2019artifices, pour tenter d\u2019\u00e9chapper aux leurres aveuglants de la virtuosit\u00e9&nbsp;: soustraire la prouesse technique, ajouter le jeu th\u00e9\u00e2tral et trouver la profondeur de la danse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tout est dit lorsqu\u2019entre sur le plateau, passant dans le dos du technicien de salle encore en train de donner ses instructions pratiques au public, une femme en training, chaussettes blanches et sandales Birkenstock. L\u2019espace est nu&nbsp;; seules une chaise, une table avec une petite r\u00e9gie lumi\u00e8re et une gourde seront l\u00e0 pour soutenir ce solo qui s\u2019annonce d\u00e9sertique. Sous une lumi\u00e8re halog\u00e8ne uniforme, la rencontre avec Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, com\u00e9dienne mythique qui a jou\u00e9 sous la direction des plus grands metteurs en sc\u00e8ne contemporains, se pr\u00e9sente comme celle que nous aurions faite en venant visiter les locaux du th\u00e9\u00e2tre et en tombant par hasard sur une actrice effectuant sa ni\u00e8me s\u00e9ance de travail. La voil\u00e0 qui profiterait de notre visite pour nous parler de son rapport \u00e0 la danse au travers de ses souvenirs et de ce qu\u2019elle en d\u00e9couvre ces jours-ci au contact du chor\u00e9graphe J\u00e9r\u00f4me Bel. Celui-ci, annonce-t-elle, a choisi de lui enseigner des passages de danses du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle qu\u2019il consid\u00e8re comme dot\u00e9s de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9loquence de grands textes de la litt\u00e9rature th\u00e9\u00e2trale&nbsp;\u00bb. Elle commence par des r\u00e9miniscences de ses cours de danse classique qu\u2019elle raconte en quelques mots, puis illustre en ex\u00e9cutant, tant bien que mal, quelques pas de chat, sissonnes et d\u00e9boul\u00e9s. Une fois son haut de training d\u00e9pos\u00e9 sur la chaise en guise de transition, elle ex\u00e9cute une d\u00e9monstration de danse moderne sous la forme d\u2019une improvisation dat\u00e9e du jour, de l\u2019heure et du lieu que nous partageons, et qui se termine par la sonnerie de son smartphone. Elle s\u2019adresse \u00e0 nous directement pour s\u2019assurer que nous allons bien malgr\u00e9 nos masques et nous explique en quoi l\u2019attention au corps que lui apporte ce travail sur la danse donne un souffle pour l\u2019actrice qu\u2019elle est, nourrit son imaginaire, sa fantaisie. \u00ab&nbsp;Fin du prologue. \u00bb Elle consacre \u00e0 pr\u00e9sent cinq minutes pour communiquer oralement le contenu de la feuille de salle, qui par choix \u00e9cologique, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9e. \u00ab&nbsp;Nous pouvons commencer.&nbsp;\u00bb Elle ajuste elle-m\u00eame l\u2019intensit\u00e9 des lumi\u00e8res et entame un passage d\u2019Isadora Duncan de 1905, une premi\u00e8re fois en silence, puis une seconde sur la musique de Chopin. Les d\u00e9monstrations continuent ainsi, \u00e9voquant Pina Bausch, Simone Forti, Kazuo Ohno et d\u2019autres. Le final est une s\u00e9quence de quelques minutes chor\u00e9graphi\u00e9e par elle-m\u00eame, nous dit-elle, qu\u2019elle pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne et dans lequel elle fait, debout, une lente r\u00e9volution sur place dans une posture fixe, o\u00f9 m\u00eame ses globes oculaires semblent saisis par l\u2019immobilit\u00e9. Elle termine en faisant un noir depuis la r\u00e9gie, puis en saluant le public \u00e0 trois reprises avant de renfiler veste de training et sandales et de repartir d\u2019o\u00f9 elle \u00e9tait venue.<\/p>\n\n\n\n<p>La tension du spectacle vient de la relative inexp\u00e9rience de la com\u00e9dienne qui conna\u00eet peu le sujet aussi bien en termes th\u00e9oriques ou historiques qu\u2019en pratique. Son amateurisme assum\u00e9 vient entraver les images qu\u2019elle rapporte, ou, plus positivement, vient lib\u00e9rer leur contenu de leurs dimensions formelle et esth\u00e9tique. Ce qu\u2019elle \u00e9voque sur le plateau a subi un double filtrage radical explicite&nbsp;: d\u2019une part celui de la s\u00e9lection, par J\u00e9r\u00f4me Bel, des \u00ab&nbsp;grandes&nbsp;\u00bb chor\u00e9graphies de l\u2019histoire de la danse \u2013 qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 faite sans ironie, et, d\u2019autre part, celui de la seconde main assum\u00e9e par la com\u00e9dienne sur un savoir qui lui a \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment superficielle.&nbsp;Ainsi, des \u00e9crans opaques et d\u00e9formants sont empil\u00e9s volontairement entre le spectateur et les s\u00e9quences originales de danse que Val\u00e9rie Dr\u00e9ville&nbsp;<em>relate<\/em>&nbsp;\u2013 ce projet de&nbsp;<em>raconter<\/em>&nbsp;la danse disant bien tout le paradoxe du projet. Ce proc\u00e9d\u00e9 est men\u00e9 \u00e0 son paroxysme lorsque la danse ne nous parvient plus que sous la forme d\u2019onomatop\u00e9es et gesticulations produites par la com\u00e9dienne en train de visionner des captations vid\u00e9o sur le petit \u00e9cran de son smartphone. Que reste-t-il \u00e0 \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb de la danse \u00e0 travers de si \u00e9pais rideaux&nbsp;? Pourtant quelque chose percole encore, car si \u00e9voquer quelques gestes maladroits permet de faire revivre en nous une chor\u00e9graphie, c\u2019est probablement le signe qu\u2019ils portent en eux, aussi pauvres soient-ils en regard de l\u2019\u0153uvre, quelque chose d\u2019essentiel, comme les g\u00e8nes peuvent porter en eux la beaut\u00e9 d\u2019un \u00eatre vivant. Si nous avons pu \u00ab&nbsp;voir de la danse&nbsp;\u00bb sur le plateau de Vidy ce soir-l\u00e0, cela ne peut-\u00eatre qu\u2019au travers de certaines de ses propri\u00e9t\u00e9s les plus essentielles, capables de subsister \u00e0 l\u2019h\u00e9catombe. Ces s\u00e9diments en sont la preuve. Ce travail r\u00e9v\u00e8le la solidit\u00e9 des grandes \u0153uvres de la danse en montrant qu\u2019elles ne se r\u00e9sument pas \u00e0 la virtuosit\u00e9 de leur interpr\u00e9tation gestuelle ou \u00e0 leur perfection formelle. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exercice est propre et tenu jusqu\u2019au bout. Notre attention, agripp\u00e9e \u00e0 la gaucherie des gestes dont on se demande s\u2019il faut les interpr\u00e9ter au sein d\u2019une fiction jou\u00e9e par l\u2019actrice, ou comme la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une femme ing\u00e9nue en la mati\u00e8re, reste soutenue. Si le spectacle cherche \u00e0 rester sur ce fil pour questionner le hiatus entre le jeu th\u00e9\u00e2tral et la danse, alors il y parvient. Mais c\u2019est au prix du potentiel qu\u2019il aurait eu de nous \u00e9mouvoir. En effet, le contrat que signe le com\u00e9dien avec le public sur le mode du&nbsp;<em>jeu<\/em>&nbsp;est diff\u00e9rent de celui que signe le danseur, qui ne repose pr\u00e9cis\u00e9ment pas sur l\u2019\u00e9cart entre l\u2019intention du geste et son ex\u00e9cution. Naviguer de mani\u00e8re ambigu\u00eb entre ces deux pactes cr\u00e9e une tension intellectuellement int\u00e9ressante, mais fait de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019actrice, que la situation de danse aurait pu exposer de fa\u00e7on f\u00e9conde, un r\u00f4le comme un autre : elle joue la maladroite ou fait semblant d\u2019improviser. Si, au lieu de rester sur cette ambivalence, elle avait dans\u00e9 comme l\u2019ont fait par exemple les danseurs amateurs de la pi\u00e8ce&nbsp;<em>Gala&nbsp;<\/em>(J. Bel, 2015), ou les personnes en situation de handicap de la pi\u00e8ce&nbsp;<em>Disabled Theater<\/em>&nbsp;(J. Bel, 2012), elle aurait pu nous entra\u00eener avec elle plus en profondeur dans le grand \u00e9cart qu\u2019elle s\u2019est risqu\u00e9e \u00e0 vivre sous nos yeux sur sc\u00e8ne, celui de tenter de jouer comme on danse. Nous aurions alors d\u2019autant mieux per\u00e7u le contraste entre danse et th\u00e9\u00e2tre, entre physicalit\u00e9 et imaginaire, entre mouvement et parole, ainsi que la virtuosit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, manifeste sur la sc\u00e8ne \u2013 et pr\u00e9suppos\u00e9e par le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>24 septembre 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/simon-henein\/\">Simon Henein<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/danses-pour-une-actrice-valerie-dreville\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Concept J\u00e9r\u00f4me Bel \/ Com\u00e9dienne Val\u00e9rie Dr\u00e9ville \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 24 septembre au 3 octobre 2020 \/ Critique par Simon Henein.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14716,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[234],"class_list":["post-14715","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-simon-henein"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14715"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14715\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20463,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14715\/revisions\/20463"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14716"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}