{"id":14602,"date":"2020-05-30T09:00:16","date_gmt":"2020-05-30T07:00:16","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14602"},"modified":"2025-02-09T16:57:02","modified_gmt":"2025-02-09T15:57:02","slug":"a-lheure-du-confinement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2020\/05\/a-lheure-du-confinement\/","title":{"rendered":"\u00c0 l\u2019heure du confinement&#8230;"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">\u00c0 l\u2019heure du confinement&#8230;<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Dans le contexte de fermeture des th\u00e9\u00e2tres, entre mars et juin 2020, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s de l\u2019Atelier critique et de La Manufacture ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 travailler sur des captations de spectacles cr\u00e9\u00e9s ou jou\u00e9s en Suisse romande. C\u2019est l\u2019occasion pour l\u2019Atelier critique de promouvoir les sites des compagnies, des th\u00e9\u00e2tres et de certains r\u00e9seaux de\u2026 <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Sekunden sp\u00e4ter<\/em>&nbsp;<em>(zog sich die Gestalt in die Schatten zur\u00fcck<\/em>) \/ Cie Nicole Seiler \/ du 7 au 12 mars 2017 \/ Arsenic \u2013 Centre d\u2019art sc\u00e9nique contemporain&nbsp; \/ Captation D\u00e9tours Film \u2013 Bastien Genoux \/ Visible sur le site de la compagnie, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.nicoleseiler.com\/fr\/download\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.nicoleseiler.com\/fr\/download\/&nbsp;<\/a>ou sur Vim\u00e9o&nbsp;: URL :&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/219090322\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/vimeo.com\/219090322<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <strong>B\u00e9n\u00e9dicte Amsler Denogent<\/strong> (La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sekunden sp\u00e4ter<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/NicoleSeiler_Sekunden_287_cGregory_Batardon-300x200.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14599\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/NicoleSeiler_Sekunden_287_cGregory_Batardon-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/NicoleSeiler_Sekunden_287_cGregory_Batardon-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/NicoleSeiler_Sekunden_287_cGregory_Batardon-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/NicoleSeiler_Sekunden_287_cGregory_Batardon-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/NicoleSeiler_Sekunden_287_cGregory_Batardon.jpg 1260w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Gregory Batardon<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>A<em>vec&nbsp;<\/em>Sekunden Sp\u00e4ter \u2026 zog sich die Gestalt in die Schatten zur\u00fcck<em>, Nicole Seiler nous plonge le temps d\u2019une heure dans un spectacle chor\u00e9graphi\u00e9 port\u00e9 par la voix de S\u00e9verine Skierski ainsi que par les mouvements des deux performeurs \u2013 danseurs \u2013 Anne Delahaye et Christophe Jaquet. Nicole Seiler s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la dualit\u00e9 entre l\u2019image r\u00e9elle et virtuelle, \u00e0 la relation entre le visuel et l\u2019auditif et tente, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9flexion sur les moyens technologiques qui nourrit son travail, de montrer l\u2019invisible, de convoquer l\u2019imaginaire et de faire appara\u00eetre les fant\u00f4mes du pass\u00e9 sur la sc\u00e8ne. Pour cela, elle explore en particulier la force de suggestion d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 utilis\u00e9 pour personnes malvoyantes&nbsp;: l\u2019audiodescription.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Deux rideaux de velours Puccini descendent \u00e0 l\u2019aplomb du sol. Leurs trajectoires sont perpendiculaires et leur croisement distant.&nbsp;\u00bb Tels sont les premiers mots qui r\u00e9sonnent \u00e0 l\u2019ouverture de&nbsp;<em>Sekunden sp\u00e4ter<\/em>, prononc\u00e9s par cette Voix off qui accompagnera le spectateur. Elle poursuit en d\u00e9crivant pr\u00e9cis\u00e9ment le d\u00e9cor ainsi que son \u00e9clairage. Puis \u00ab un homme et une femme entrent dans l\u2019espace \u00bb. Leur apparence, leurs v\u00eatements, chacun de leurs gestes seront d\u00e9peints avec la m\u00eame minutie. La femme et l\u2019homme marchent, traversent l\u2019espace, pivotent de gauche \u00e0 droite, se rapprochent, s\u2019\u00e9loignent, esquissent tant\u00f4t des mouvements de bras saccad\u00e9s \u2013 des \u00ab amorces de battements d\u2019aile \u00bb \u2013 tant\u00f4t des mouvements de balance ou en spirale, permettant \u00e0 la danse d\u2019appara\u00eetre et aux gestes de s\u2019harmoniser. Puis la lumi\u00e8re blanche, pr\u00e9sente depuis le d\u00e9but du spectacle, baisse en intensit\u00e9 laissant les ombres des deux com\u00e9diens, auparavant imperceptibles, appara\u00eetre sur les rideaux de velours et sur la moquette grise du sol. Les corps ne sont plus seuls : ils partagent d\u00e9sormais le plateau avec leurs ombres.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la Voix, souvent abrupte, se s\u00e9pare progressivement de ce qui est visible sur sc\u00e8ne cr\u00e9ant ainsi une tension entre l\u2019image et le texte didascalique. Ensuite c\u2019est l\u2019image elle-m\u00eame qui gr\u00e9sille aux yeux du spectateur&nbsp;: les ombres projet\u00e9es ne correspondent plus aux deux corps pr\u00e9sents. Elles sont en retard sur les mouvements des com\u00e9diens et trop nombreuses sur le plateau. De plus en plus, entre les ombres et les corps, la dissociation se fait sentir. L\u2019angoisse prend alors le spectateur : \u00e0 qui appartiennent toutes ces ombres&nbsp;? Sont-elles seulement en retard \u2013 ou en avance&nbsp;? Convoquent-elles des figures absentes&nbsp;? Des souvenirs&nbsp;? Des d\u00e9sirs&nbsp;? Nicole Seiler parvient \u00e0 tracer une fine limite entre l\u2019absence et la pr\u00e9sence et le spectateur est ainsi berc\u00e9 entre ce qui lui est donn\u00e9 de voir et ce qu\u2019il ne voit plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis les deux performeurs s\u2019immobilisent debout, face aux rideaux de velours Puccini, face \u00e0 leurs ombres, qui, elles, n\u2019en finissent pas de danser&nbsp;: elles envahissent l\u2019espace. La Voix continue de d\u00e9crire des mouvements, peut-\u00eatre m\u00eame dicte-t-elle des gestes, que les performeurs n\u2019ex\u00e9cutent plus, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un bruit fracassant vienne imposer un noir plateau. En r\u00e9apparaissant, la lumi\u00e8re blanche d\u00e9voile les corps de l\u2019homme et de la femme inertes, couch\u00e9s par terre. Deux empreintes de pas s\u2019avancent alors seules sur la moquette grise. Deux, puis quatre, puis des dizaines qui recouvrent le sol et les deux com\u00e9diens de traces noires. Les traces devenant presque rats ou insectes rongeant les morts. Les ombres comme prenant possession du vivant. D\u00e9vorant le vivant. L\u2019engloutissant.<\/p>\n\n\n\n<p>A moins que \u2013 peut-\u00eatre \u2013 ces marques ne retracent l\u2019itin\u00e9raire exact des d\u00e9placements de cette heure de spectacle et de ses r\u00e9p\u00e9titions. Comme des souvenirs, des empreintes de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, des inscriptions de ce qui a \u00e9t\u00e9 sur les surfaces photosensibles de la sc\u00e8ne. Une preuve que le spectacle a eu lieu, que la vie s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9e. L\u2019ombre comme rappel, photographie, archive, gravure, comme symbole du souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Po\u00e8me sensible pour l\u2019absent, pour l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, pour ce que l\u2019on ne voudrait pas oublier&nbsp;; c\u2019est la question importante de la m\u00e9moire qui touche au sortir de ce spectacle \u2013 ou \u00e0 la fin de cette captation, n\u2019amoindrissant curieusement en rien la force du questionnement : comment va-t-on se souvenir de cette heure qui a, comme les corps, disparu dans l\u2019ombre (<em>zog sich die Gestalt in die Schatten zur\u00fcck<\/em>)&nbsp;? Comment va-t-on se souvenir de sa vie&nbsp;? Les traces de notre passage sur cette terre restent-elles \u00e9ternellement inscrites quelque part ? Le geste que je produis a-t-il d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait&nbsp;? Ne suis-je moi-m\u00eame qu\u2019un fant\u00f4me, que l\u2019ombre, que l\u2019incarnation \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la description d\u2019un autre ?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <strong>B\u00e9n\u00e9dicte Amsler Denogent<\/strong> (La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em>&nbsp;\/ Texte de Fran\u00e7ois Gremaud \/ D\u2019apr\u00e8s Jean Racine \/ Mise en sc\u00e8ne de Fran\u00e7ois Gremaud \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ en ligne jusqu\u2019au 30 d\u00e9cembre 2020 \/ R\u00e9alisation de Simranjit Singh \/&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.theatre-contemporain.net\/spectacles\/Phedre-22659\/ensavoirplus\/idcontent\/104846\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.theatre-contemporain.net\/spectacles\/Phedre22659\/ ensavoirplus\/idcontent\/104846<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ph\u00e8dre !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14621\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x-1536x1023.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_vidy_237_2x.jpg 1576w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Loan Nguyen<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Seul en sc\u00e8ne, le com\u00e9dien Romain Daroles joue celui qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 parler de&nbsp;<\/em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<em>, une com\u00e9die contemporaine, mettant en sc\u00e8ne une fa\u00e7on d\u2019orateur qui raconte, \u00ab&nbsp;d\u2019une fa\u00e7on plus ou moins enjou\u00e9e&nbsp;\u00bb, la trag\u00e9die&nbsp;<\/em>Ph\u00e8dre<em>&nbsp;de Jean Racine, qu\u2019il finira par interpr\u00e9ter. De quoi passer un moment divertissant et instructif en compagnie du com\u00e9dien, qui excelle dans tous ses r\u00f4les. Le spectacle de Fran\u00e7ois Gremaud, cr\u00e9\u00e9 en 2018 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, est accessible en ligne jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019<\/em><em>Seul en sc\u00e8ne, le com\u00e9dien Romain Daroles joue celui qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 parler de&nbsp;<\/em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<em>, une com\u00e9die contemporaine, mettant en sc\u00e8ne une fa\u00e7on d\u2019orateur qui raconte, \u00ab&nbsp;d\u2019une fa\u00e7on plus ou moins enjou\u00e9e&nbsp;\u00bb, la trag\u00e9die&nbsp;<\/em>Ph\u00e8dre<em>&nbsp;de Jean Racine, qu\u2019il finira par interpr\u00e9ter. De quoi passer un moment divertissant et instructif en compagnie du com\u00e9dien, qui excelle dans tous ses r\u00f4les. Le spectacle de Fran\u00e7ois Gremaud, cr\u00e9\u00e9 en 2018 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, est accessible en ligne jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En cette p\u00e9riode \u00e9trange durant laquelle les portes des salles de spectacle demeurent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment closes, le th\u00e9\u00e2tre tente de continuer d\u2019exister \u00e0 travers les \u00e9crans. Bien que l\u2019ambiance si particuli\u00e8re de la salle de spectacle manque cruellement durant le visionnage, les nombreuses captations mises \u00e0 disposition en ligne sont une porte ouverte sur de belles d\u00e9couvertes. Tel est le cas de&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;!,<\/em>&nbsp;un spectacle cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy en 2018 et qui avait \u00e9t\u00e9 encens\u00e9 lors du Festival d\u2019Avignon en 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intriguant point d\u2019exclamation, dans le titre, s\u2019\u00e9claire tr\u00e8s vite&nbsp;: ce n\u2019est pas une \u00e9ni\u00e8me actualisation de la pi\u00e8ce classique de Jean Racine qui se joue devant nos yeux \u2013 ou derri\u00e8re notre \u00e9cran. Dirig\u00e9 par Fran\u00e7ois Gremaud, le jeune com\u00e9dien Romain Daroles transforme la trag\u00e9die de 1677 en v\u00e9ritable com\u00e9die \u00e0 travers un monologue dynamique qui durera, comme il l\u2019annonce d\u2019embl\u00e9e, pr\u00e9cis\u00e9ment une heure et quarante minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entr\u00e9e de Romain Daroles, livre en main, sur un plateau que n\u2019occupe qu\u2019une simple table blanche pos\u00e9e sur un sol blanc, laisse d\u2019abord penser que s\u2019engagera une conf\u00e9rence sur&nbsp;<em>Ph\u00e8dre<\/em>. Mais au fil des jeux de mots, des d\u00e9tours et des clins d\u2019\u0153ils \u00e0 des chansons populaires \u2013 qui, bien que parfois faciles, sont toujours bienvenus \u2013, le com\u00e9dien entra\u00eene peu \u00e0 peu le public au c\u0153ur m\u00eame de la pi\u00e8ce, qu\u2019il finit par raconter et, de plus en plus, jouer, en se glissant dans la peau des diff\u00e9rents protagonistes. Entre conf\u00e9rencier et interpr\u00e8te, Romain Daroles offre un spectacle amusant et plein d\u2019\u00e9nergie, qui r\u00e9ussit la prouesse remarquable de tenir son public en haleine, alors m\u00eame que l\u2019acteur se retrouve coinc\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un \u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un ton qui ne cesse de faire sourire, le com\u00e9dien se lance dans un panorama g\u00e9n\u00e9alogique de la mythologie antique, racontant en plusieurs \u00e9pisodes les aventures rocambolesques des anc\u00eatres de Ph\u00e8dre. \u00c0 tout moment, enthousiaste, il s\u2019interrompt pour souligner la beaut\u00e9 des alexandrins de Racine et apporter des explications sur certaines notions du th\u00e9\u00e2tre grec antique et sur les th\u00e9ories d\u2019Aristote.<\/p>\n\n\n\n<p>Romain Daroles en vient finalement \u00e0 jouer l\u2019ensemble des huit personnages. Avec son livre comme seul \u00e9l\u00e9ment de costume, qui servira aussi bien \u00e0 repr\u00e9senter la barbe de Th\u00e9ram\u00e8ne que la couronne de Ph\u00e8dre, la tunique de Th\u00e9s\u00e9e ou la m\u00e8che d\u2019Hippolyte \u2013 \u00ab&nbsp;parce qu\u2019il est jeune&nbsp;\u00bb \u2013, le com\u00e9dien apporte \u00e0 chacun de ses r\u00f4les quelques traits d\u00e9licieux. Nous retrouvons ainsi une Oenone \u00e0 l\u2019accent du sud, un Th\u00e9s\u00e9e aux allures de rockeur rappelant un peu Johnny Hallyday, un Th\u00e9ram\u00e8ne \u00e2g\u00e9 et constamment essouffl\u00e9, ou encore une Panope \u00e0 la gestuelle aguicheuse. Tandis que Racine n\u2019offrait qu\u2019un r\u00f4le tout \u00e0 fait secondaire \u00e0 cette derni\u00e8re, le spectacle s\u2019amuse de cette inutilit\u00e9 et la rend comique en cr\u00e9ant un personnage en relief, dont on attend impatiemment les entr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le v\u00e9ritable point fort de ce spectacle se situe dans sa structure g\u00e9n\u00e9rale. En entrant sur sc\u00e8ne, Romain Daroles annonce qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 jouer une pi\u00e8ce contemporaine appel\u00e9e&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em>, dans laquelle un com\u00e9dien pr\u00e9tend jouer une pi\u00e8ce contemporaine qui porte ce titre\u2026 et finit par rejouer la&nbsp;<em>Ph\u00e8dre<\/em>&nbsp;de Racine. La mise en abyme atteint son apog\u00e9e lors de la distribution au public du texte de&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation. On y d\u00e9couvre que les derni\u00e8res paroles de Romain Daroles elles-m\u00eames, qui expliquent ce qu\u2019il a fait durant le spectacle mais aussi ce qu\u2019il est en train de dire en direct et qui semble parfaitement improvis\u00e9, y sont not\u00e9es en toutes lettres. Un v\u00e9ritable coup de g\u00e9nie, une construction \u00e0 la<em>&nbsp;Inception<\/em>&nbsp;dans laquelle il devient difficile de d\u00e9m\u00ealer le vrai du faux, le&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;<\/em>du&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si plusieurs des personnages meurent \u00e0 la fin \u2013 c\u2019est annonc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but \u2013 Fran\u00e7ois Gremaud r\u00e9ussit \u00e0 transformer la trag\u00e9die&nbsp;<em>Ph\u00e8dre<\/em>&nbsp;en&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em>, une com\u00e9die contemporaine p\u00e9tillante. Un processus similaire \u00e0 celui des Fondateurs, qui revisitaient en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e sur le mode burlesque le&nbsp;<em>Tartuffe<\/em>&nbsp;et le&nbsp;<em>Dom Juan<\/em>&nbsp;de Moli\u00e8re. Il semblerait que, ces derniers temps, la sc\u00e8ne romande offre l\u2019opportunit\u00e9 de red\u00e9couvrir joyeusement quelques-unes des \u0153uvres majeures du r\u00e9pertoire classique fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Ne plus rien dire<\/em>&nbsp;\/ Texte et mise en sc\u00e8ne de Jo\u00ebl Maillard \/ Captation vid\u00e9o : Alexandre Morel, Gwenna\u00ebl Bolomey. Disponible sur le site de la compagnie SNAUT, URL : https:\/\/www.snaut.ch\/ne-plus-rien-dire\/ ou sur Vim\u00e9o, URL :&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/117405187\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/vimeo.com\/117405187<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Ang\u00e8le Arnaud<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ne plus rien dire<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"737\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08-1024x737.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14627\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08-1024x737.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08-278x200.png 278w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08-236x170.png 236w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08-768x553.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08-1536x1105.png 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-05-a\u0300-08.55.08.png 1668w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christian Bovey<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Rien voir,<em>&nbsp;pi\u00e8ce dans le noir pour deux spectateurs, et avant&nbsp;<\/em>Pas grand-chose plut\u00f4t que rien,&nbsp;<em>une accumulation de pas-tout-\u00e0-fait rien,&nbsp;<\/em>Ne plus rien dire<em>, \u00ab&nbsp;monologue pour un cercle de parole&nbsp;\u00bb, s\u2019inscrit lui aussi dans un projet plus vaste&nbsp;: le&nbsp;<\/em>Cycle des rien<em>. Cr\u00e9\u00e9 en 2012 dans la salle de l\u2019ancien Cin\u00e9ma Eldorado \u00e0 Lausanne, le spectacle fut repris en 2014, entre autres, \u00e0 La Chaux-de-Fonds au Centre de culture ABC (Temple Allemand)&nbsp;; c\u2019est l\u00e0, le 14 novembre, qu\u2019une repr\u00e9sentation fut film\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Entre les murs d\u00e9cr\u00e9pis du Temple Allemand, sur le parquet en bois, on entend claquer les talons, les chaises qui s\u2019entrechoquent, le brouhaha habituel d\u2019un d\u00e9but du spectacle. Les spectateurs sont assis en cercle, inscrits au c\u0153ur du dispositif sc\u00e9nique. Install\u00e9e sur l\u2019une des chaises, une femme (Jo\u00eblle Fontannaz) prend la parole pour pr\u00e9senter son \u00ab projet \u00bb&nbsp;; elle permet au public de comprendre qu\u2019il forme un cercle de parole o\u00f9 chacun est invit\u00e9 \u00e0 raconter l\u2019histoire d\u2019un \u00ab inach\u00e8vement \u00bb. La femme tire d\u2019un grand cabas en plastique une bo\u00eete en fer dont elle fait sauter le couvercle maladroitement. La bo\u00eete rappelle les bo\u00eetes \u00e0 biscuits de l\u2019artiste plasticien Christian Boltanski, qui disait, \u00e0 propos de son \u0153uvre&nbsp;<em>Les archives (1965-1988),&nbsp;<\/em>\u00ab&nbsp;garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont c\u00f4toy\u00e9s, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit autour de nous \u00bb. Ici, il s\u2019agit des archives, (une cassette audio, des cartes postales, des manuscrits, des dessins) et des souvenirs partag\u00e9s avec un autre personnage (\u00ab il \u00bb). Qui est \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb&nbsp;? Un homme qui a d\u00e9cid\u00e9 de quitter le monde. Pas de mani\u00e8re brutale en se donnant la mort, mais lentement en \u00ab&nbsp;d\u00e9gradant&nbsp;\u00bb petit \u00e0 petit les liens qui l\u2019unissent au monde et aux autres. Cesser de parler fait partie de ce processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux personnages \u2013 \u00ab il \u00bb le muet, pr\u00e9tendument absent, et \u00ab elle \u00bb, la narratrice qui l\u2019a connu \u2013 r\u00e9duits \u00e0 des pronoms, comme chez Nathalie Sarraute ou Jon Fosse, comme chez Samuel Beckett surtout dont Jo\u00ebl Maillard est un admirateur inconditionnel. \u00ab Elle \u00bb, narratrice du n\u00e9ant, vient ici pour dire celui qui n\u2019a plus de voix, pour t\u00e9moigner et essayer de donner sens \u00e0 son entreprise. &nbsp;\u00c9clair\u00e9 par une douche de lumi\u00e8re, \u00ab il \u00bb (Jean-Nicolas Dafflon) appara\u00eet lentement au milieu du spectacle ; il \u00e9tait assis l\u00e0, dans le cercle, depuis le d\u00e9but. La femme porte la seule voix du texte mais elle n\u2019est pas la seule en sc\u00e8ne puisqu\u2019elle est accompagn\u00e9e par ce \u00ab il \u00bb muet, mais aussi par la technique sc\u00e9nique. \u00c0 plusieurs reprises, le mutisme prend en effet la forme d\u2019une musique, d\u2019une amplification sonore, d\u2019une variation d\u2019\u00e9clairage. L\u2019homme n\u2019a plus de voix mais il a un corps, mis en lumi\u00e8res, en sons, en images, en \u00e9critures et en objets (gr\u00e2ce aux contributions de Sarah Andr\u00e9, Christian Bovey, Chiara Petrini et Vincent Debl\u00fce).<\/p>\n\n\n\n<p>Durant cette pi\u00e8ce sans dialogue, le&nbsp;<em>drama&nbsp;<\/em>au sens aristot\u00e9licien est absent, ou au moins suspendu. Certes, il y a le projet de cet homme, mais rien ne se r\u00e9alise. \u00c0 d\u00e9faut de p\u00e9rip\u00e9ties ou d\u2019\u00e9l\u00e9ments perturbateurs, le dispositif sc\u00e9nique agit comme une lentille grossissante&nbsp;: l\u2019intime prend de l\u2019importance au sortir des bo\u00eetes de Pandore. L\u2019histoire port\u00e9e par la narratrice est faite d\u2019une s\u00e9rie de petites fables ou d\u2019exercices de disparition&nbsp;: instructions, actions, sc\u00e9narios,&nbsp;<em>happenings<\/em>&nbsp;qui \u00e9voquent les avant-gardes (dada, le surr\u00e9alisme, Fluxus\u2026). Au fil des documents qu\u2019elle puise dans son sac, la com\u00e9dienne captive peu \u00e0 peu le cercle de parole. Elle joue avec la distance r\u00e9duite qui la s\u00e9pare de ses voisins, fait des pauses, plonge son regard dans les yeux d\u2019un interlocuteur de hasard.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 que l\u2019homme muet se l\u00e8ve et commence \u00e0 disposer le contenu des bo\u00eetes dans l\u2019espace. Les fragments d\u2019un r\u00e9cit discontinu entrent ainsi dans une composition chaque soir diff\u00e9rente (comme en t\u00e9moignent les images du g\u00e9n\u00e9rique de fin de la captation). C\u2019est finalement une installation, entre art contemporain et art brut, qui se cr\u00e9e dans l\u2019espace d\u00e9limit\u00e9 par le cercle de parole ; une carte mentale que l\u2019homme muet construit et partage en direct et dans laquelle les spectateurs n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 vagabonder, une fois les applaudissements termin\u00e9s. On peut y voir aussi le labyrinthe mental de Jo\u00ebl Maillard lui-m\u00eame \u2013 assis sur l\u2019une des chaises \u2013 et la mise en sc\u00e8ne de sa propre recherche. Une recherche du rien par le rien, de l\u2019art par le petit, du th\u00e9\u00e2tre par le vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la derni\u00e8re vision donn\u00e9e au spectateur, celle d\u2019un effondrement des murs qui l\u2019entourent, ce n\u2019est pas un \u00ab&nbsp;message&nbsp;\u00bb ou une \u00ab proph\u00e9tie \u00bb que Jo\u00ebl Maillard cherche \u00e0 imposer. Il propose de d\u00e9placer le regard du spectateur, de lui donner un autre point de vue sur la vie et surtout sur le th\u00e9\u00e2tre. Refusant le spectaculaire au sens de ce qui est grandiose, mais choisissant de transmettre une histoire qui permet moins de&nbsp;<em>comprendre<\/em>, que de&nbsp;<em>prendre avec soi<\/em>, voire de&nbsp;<em>prendre pour soi<\/em>. Car finalement, c\u2019est un r\u00e9cit sans fin qui est donn\u00e9 \u00e0 voir puisque \u00ab&nbsp;c\u2019est jamais fini, il faut toujours recommencer \u00e0 chaque minute tu dois continuer \u00e0 ne plus rien dire et plus le temps passe plus la parole menace&nbsp;\u00bb. Une occasion de s\u2019observer, de r\u00eaver et de se questionner sur son propre silence de spectateur.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Ang\u00e8le Arnaud<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>On va tout dallasser Pamela \/&nbsp;<\/em>Texte et mise en sc\u00e8ne de Marielle Pinsard \/ Captation vid\u00e9o&nbsp;: Matthieu Moerlen (Mr Jadis, Maison de production), Disponible sur Vim\u00e9o, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/198837568\/05e9ed2d60\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/vimeo.com\/198837568\/05e9ed2d60<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Lou Golaz<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On va tout dallasser Pamela<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14632\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/6W2A3997-HR.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Samuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec&nbsp;<\/em>On va tout dallasser Pamela,&nbsp;<em>l\u2019auteure et metteure en sc\u00e8ne Marielle Pinsard propose un spectacle d\u00e9jant\u00e9 et haut en couleur sur la drague \u00ab \u00e0 l\u2019africaine \u00bb. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019elle s\u2019attache \u00e0 confronter les deux cultures occidentales et africaines, avec un ton humoristique, tranchant, parfois cynique, pla\u00e7ant l\u2019audience face \u00e0 ses pr\u00e9jug\u00e9s et \u00e0 sa bonne conscience. La cr\u00e9ation eut lieu en 2016 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne et le spectacle tourna ensuite au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais de Gen\u00e8ve ainsi qu\u2019au Th\u00e9\u00e2tre du Tarmac \u00e0 Paris (co-producteurs du spectacle avec Vidy). La captation a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e au Tarmac, au mois de d\u00e9cembre 2016.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sir de cr\u00e9er ce spectacle est n\u00e9 en 2007 au cours d\u2019un voyage effectu\u00e9 par Marielle Pinsard au Burkina Fasso dans le but de monter un projet autour de \u00ab&nbsp;l\u2019homme et la b\u00eate&nbsp;\u00bb. Comme elle ne manque pas de se faire draguer \u00e0 cette occasion, elle s\u2019int\u00e9resse instantan\u00e9ment \u00e0 la franchise du langage et des m\u00e9thodes d\u2019approche. Pour composer l\u2019\u00e9quipe de&nbsp;<em>On va tout dallasser Pamela<\/em>, Marielle Pinsard s\u2019est plus tard rendue au B\u00e9nin, au Cameroun, en C\u00f4te d\u2019Ivoire\u2026. Elle rassemble ainsi deux com\u00e9diennes et quatre com\u00e9diens africains, un DJ belge et une danseuse suisse allemande, qui vont tous contribuer, par leurs improvisations, \u00e0 l\u2019\u00e9criture du spectacle. Celui-ci se pr\u00e9sente comme une \u0153uvre collective compos\u00e9 de s\u00e9quences de t\u00e9moignages, de danses, de ch\u0153urs et de musiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie est domin\u00e9e par une immense t\u00eate de singe, noire et brillante, cubiste et&nbsp;<em>high-tech&nbsp;;&nbsp;<\/em>elle a des yeux rouges lumineux et une gueule qui parfois s\u2019ouvre au gr\u00e9 de la musique. \u00c0 son sommet, DJ Fess\u00e9 le Singe est perch\u00e9 avec ses platines. Des&nbsp;<em>standers<\/em>&nbsp;sont plac\u00e9s \u00e0 jardin et \u00e0 cour, tr\u00e8s utilis\u00e9s car les com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s ne cessent de se changer pour arborer toutes sortes de costumes color\u00e9s et \u00ab&nbsp;clich\u00e9s&nbsp;\u00bb. La t\u00eate de singe monumentale est plac\u00e9e au lointain, offrant une large place aux performances. Le spectacle est en effet d\u00e9coup\u00e9 en s\u00e9quences qui mettent chacune \u00e0 l\u2019honneur un\u00b7e com\u00e9dien\u00b7ne qui se pr\u00e9sente, raconte une anecdote personnelle, transmet un vocabulaire de fa\u00e7on didactique, d\u00e9crit des pratiques. En ouverture, DJ Fess\u00e9 le Singe, en peignoir rouge, chapka de fourrure et Adidas, dans une chor\u00e9graphie savante, se fait mettre des claques aux fesses. Chaman\u00e9, de Marseille, parle ensuite de&nbsp;<em>broutage<\/em>&nbsp;(l\u2019arnaque sur le net)&nbsp;; Tichou le duc du&nbsp;<em>Nouchi<\/em>&nbsp;(la langue de la drague dans les rues d\u2019Abidjan)&nbsp;; Carol des jeux de regard et des attributs vestimentaires. Les transitions musicales entre les s\u00e9quences sont particuli\u00e8rement soign\u00e9es, si bien que la tension et l\u2019attention ne retombent pas. L\u2019atmosph\u00e8re joyeuse et solaire du d\u00e9but change avec la s\u00e9quence, plus angoissante, de Nina, la com\u00e9dienne suisse allemande. Le spectacle s\u2019aventure alors sur les terrains d\u00e9licats du m\u00e9tissage, du mariage mixte et des aprioris culturels. Le foisonnement et l\u2019explosivit\u00e9 du d\u00e9but sont toujours l\u00e0, mais la violence sous-jacente \u00e0 la drague se d\u00e9ploie&nbsp;: d\u00e9gradation de la femme, racisme, manipulation, viol. Le spectacle commence \u00e0 tanguer entre atmosph\u00e8re d\u00e9tendue et constat d\u00e9rangeant sur l\u2019\u00e9tat des relations hommes-femmes, Occidentaux-Africains. Sur un rythme irr\u00e9prochable, Marielle Pinsard construit le portrait fragment\u00e9 d\u2019une Afrique qui drague, qui \u00ab broute \u00bb, qui viole, qui entourloupe, le tout avec une inventivit\u00e9 et une classe sans pareille et sur fond de guerre et de dette coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le tableau final, il y a trop de costumes, trop de sons, trop de lumi\u00e8res, trop de mouvements, trop d\u2019effets&nbsp;! C\u2019est l\u2019enlisement de la machine m\u00eame du spectacle et de son esth\u00e9tique. Dans un climax interminable qui confine \u00e0 l\u2019insupportable, la silhouette de Carol, en robe traditionnelle et coiffe d\u2019escrime, pieds nus, erre au lointain. Elle traverse le plateau avec lenteur, contraignant progressivement la musique \u00e0 s\u2019att\u00e9nuer&nbsp;; toute la distribution est attir\u00e9e \u00e0 sa suite dans une sorte de procession alors que monte la sublime chanson \u00ab&nbsp;Strange Fruit&nbsp;\u00bb chant\u00e9e par Nina Simone. Cette fin transporte toute l\u2019effusion accumul\u00e9e au travers du spectacle dans la d\u00e9chirante beaut\u00e9 de cette chanson embl\u00e9matique du combat pour la d\u00e9fense des droits civiques dans les ann\u00e9es 1960. Par sa puissance d\u00e9nu\u00e9e de tout artifice, cette voix donne du sens \u00e0 toutes les s\u00e9quences pr\u00e9c\u00e9dentes et termine un spectacle effervescent dans la douleur et le calme.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Lou Golaz<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Please, continue (Hamlet)<\/em>&nbsp;\/ Conception Roger Bernat et Yan Duyvendak \/ Captation vid\u00e9o&nbsp;: videocraft.ch \/ Disponible sur le site de la compagnie Yan Duyvendak, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/duyvendak.com\/works\/all\/videos\">https:\/\/duyvendak<\/a><a href=\"https:\/\/duyvendak.com\/works\/all\/videos\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">.<\/a><a href=\"https:\/\/duyvendak.com\/works\/all\/videos\">com\/works\/all\/videos<\/a>. Voir aussi&nbsp;<em>Le Cas Hamlet<\/em>, documentaire de David Daurier, URL&nbsp;: https:\/\/vimeo.com\/132149907.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Arcadi Radeff<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Please, continue (Hamlet)<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"681\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee-1024x681.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14637\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee-768x511.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee-1536x1022.jpg 1536w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/mf_009_jim_lee.jpg 1623w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Jil Lee<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Avec&nbsp;<\/em>On va tout dallasser Pamela,&nbsp;<em>l\u2019auteure et metteure en sc\u00e8ne Marielle Pinsard propose un spectacle d\u00e9jant\u00e9 et haut en couleur sur la drague \u00ab \u00e0 l\u2019africaine \u00bb. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019elle s\u2019attache \u00e0 confronter les deux cultures occidentales et africaines, avec un ton humoristique, tranchant, parfois cynique, pla\u00e7ant l\u2019audience face \u00e0 ses pr\u00e9jug\u00e9s et \u00e0 sa bonne conscience. La cr\u00e9ation eut lieu en 2016 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \u00e0 Lausanne et le spectacle tourna ensuite au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais de Gen\u00e8ve ainsi qu\u2019au Th\u00e9\u00e2tre du Tarmac \u00e0 Paris (co-producteurs du spectacle avec Vidy). La captation a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e au Tarmac, au mois de d\u00e9cembre 2<\/em>Please, continue (Hamlet)<em>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le 8 novembre 2011 au Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli, \u00e0 Gen\u00e8ve. Depuis, la pi\u00e8ce ne cesse de tourner un peu partout dans le monde. (La captation mise \u00e0 disposition sur le site de la compagnie a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e le 2 octobre 2012, au Tribunal de commerce de Marseille.) Le titre du spectacle reste marqu\u00e9, \u00e0 son origine, par les documentaires sur les proc\u00e8s militaires du camp de Guantanamo. Yan Duyvendak se rappelle que \u00ab&nbsp;les juges n\u2019arr\u00eataient pas de r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 ces pauvres types, qui pour la plupart ne parlaient m\u00eame pas anglais,&nbsp;<\/em>please, continue<em>&nbsp;! \u00bb. Au cours du processus de cr\u00e9ation, la critique de la \u00ab&nbsp;justice d\u2019exception \u00bb a fait place \u00e0 un questionnement sur la justice ordinaire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 2009, \u00e0 Gen\u00e8ve, dernier canton o\u00f9 il existait encore, la population approuve \u00e0 64,2% des voix l\u2019abolition du jury populaire. En 2011, alors que le nouveau code de proc\u00e9dure p\u00e9nale suisse unifi\u00e9 est introduit, Yan&nbsp;Duyvendak et Roger Bernat mettent les jur\u00e9s \u00e0 l\u2019honneur dans un spectacle qui s\u2019inspire des&nbsp;<em>mock trials&nbsp;<\/em>(proc\u00e8s simul\u00e9s). \u00c0 l\u2019occasion de chaque repr\u00e9sentation, de vrais acteurs du monde judiciaire de la r\u00e9gion sont invit\u00e9s \u00e0 juger Hamlet. Dans le dossier de presse, on peut lire : \u00ab&nbsp;Dans une banlieue d\u00e9favoris\u00e9e, lors d\u2019une f\u00eate de mariage, un jeune homme tue le p\u00e8re de sa petite amie. Seule une personne est t\u00e9moin de la sc\u00e8ne : la m\u00e8re du jeune homme. Presque trois ans plus tard, le proc\u00e8s s\u2019ouvre. Pour pr\u00e9server l\u2019anonymat des personnes mises en cause, leurs noms ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des noms de fiction&nbsp;: le pr\u00e9venu s\u2019appelle Hamlet ; la victime Polonius ; la plaignante et d\u00e9sormais ex-petite amie du pr\u00e9venu Oph\u00e9lie ; la m\u00e8re Gertrude. Hamlet jure que c\u2019est un accident et plaide l\u2019homicide involontaire. De son c\u00f4t\u00e9, Oph\u00e9lie souhaite obtenir la peine maximale pour le meurtrier de son d\u00e9funt p\u00e8re.&nbsp;\u00bb En termes de processus de cr\u00e9ation, bien s\u00fbr, c\u2019est l\u2019\u00e9pisode de l\u2019Acte III du&nbsp;<em>Hamlet<\/em>&nbsp;de Shakespeare qui a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en fait divers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle rassemble dix acteurs&nbsp;: le pr\u00e9sident, l\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019avocat de la d\u00e9fense, l\u2019avocat de la partie civile, l\u2019huissier, l\u2019expert psychiatre, l\u2019expert m\u00e9dico-l\u00e9gal (facultatif) et trois com\u00e9diens professionnels qui interpr\u00e8tent Gertrude, Oph\u00e9lie et Hamlet. Pendant les trois heures que durera la \u00ab repr\u00e9sentation \u00bb du proc\u00e8s, ils vont s\u2019affronter autour d\u2019un dossier d\u2019instruction compos\u00e9 de proc\u00e8s-verbaux, d\u2019expertises psychiatriques, de photographies du lieu du crime, d\u2019un rapport du m\u00e9decin l\u00e9giste\u2026 L\u2019affaire rec\u00e8le de nombreuses lacunes, contradictions, quasi invraisemblances sciemment forg\u00e9es par les artistes pour interdire toute \u00e9vidence. Le public n\u2019ayant pas acc\u00e8s au dossier se forgera un avis sur la capacit\u00e9 des dix acteurs \u00e0 imposer leur version des \u00e9v\u00e9nements, \u00e0 convaincre par la puissance de leur performance. \u00c0 chaque repr\u00e9sentation, les personnalit\u00e9s s\u2019adaptent les unes aux autres, les questions et les r\u00e9ponses s\u2019improvisent sur la base d\u2019un dossier partag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du spectacle, Yan Duyvendak explicite les r\u00e8gles du jeu et annonce qu\u2019on d\u00e9l\u00e9guera le choix du verdict \u00e0 une dizaine de personnes tir\u00e9es au sort dans le public. Les spectateurs sont donc non seulement invit\u00e9s \u00e0 r\u00e9agir \u00e9motionnellement au spectacle du proc\u00e8s, mais aussi \u00e0 unir leurs efforts cognitifs \u00e0 ceux des magistrats et des com\u00e9diens. Ici, la justice est montr\u00e9e comme une action humaine, administr\u00e9e par un fragile ensemble d\u2019individus r\u00e9unis par le hasard. On ne r\u00eave pas \u00e0 la Justice id\u00e9ale, on vise une justice possible, une justice&nbsp;<em>suffisamment<\/em>&nbsp;<em>bonne<\/em>. Rappelons que dans la pi\u00e8ce de Shakespeare, Hamlet est condamn\u00e9 \u00e0 mort sans jugement (lui-m\u00eame ignore la sentence dont le roi d\u00e9l\u00e8gue l\u2019ex\u00e9cution \u00e0 son alli\u00e9 anglais).&nbsp;<em>Please, continue (Hamlet)<\/em>&nbsp;offre l\u2019occasion de r\u00e9parer ce jugement exp\u00e9ditif et d\u2019\u00e9valuer en conscience un acte qui ne fait dans la trag\u00e9die l\u2019objet d\u2019aucun examen.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de beaucoup de spectacles \u00ab \u00e0 messages \u00bb se voulant politiques en pr\u00eachant des convaincus, celui-ci offre r\u00e9ellement une exp\u00e9rience politique \u00e0 ses spectateurs en les mettant aux prises avec l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des actions et l\u2019inaccessibilit\u00e9 des intentions humaines. \u00c0 la fin de la soir\u00e9e, Yan Duyvendak \u00e9num\u00e8re, apr\u00e8s l\u2019annonce du verdict, les d\u00e9cisions des jurys pr\u00e9c\u00e9dents&nbsp;: elles varient de l\u2019acquittement \u00e0 la condamnation \u00e0 douze ans d\u2019emprisonnement. \u00c0 ceux qui s\u2019indigneraient d\u2019une telle diversit\u00e9, rappelons que chaque soir, au gr\u00e9 des improvisations, c\u2019est un autre \u00ab Hamlet \u00bb qui est jug\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>Arcadi Radeff<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Nous\/1&nbsp;<\/em>\/ Concept et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Gorgerat \/ Cie Jours tranquilles \/ du 12 au 24 f\u00e9vrier 2019 \/ Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \/ Captation Marc Olivetta \/ Disponible sur le site de la compagnie, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/jourstranquilles.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/jourstranquilles.com\/<\/a>&nbsp;et sur Vim\u00e9o, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/323697062\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/vimeo.com\/323697062<\/a>. Voir aussi le documentaire&nbsp;<em>S\u00e9miopathe<\/em>, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/330065261\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/vimeo.com\/330065261<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>D\u00e9lia Antonio<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Nous\/1<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Albert-1024x576-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14643\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Albert-1024x576-1.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Albert-1024x576-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Albert-1024x576-1-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Albert-1024x576-1-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le 13 juin 2016, Fabrice Gorgerat a \u00e9t\u00e9 intimement secou\u00e9 par l\u2019annonce du massacre d\u2019Orlando (la nuit du 12 juin, 49 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es dans une bo\u00eete de nuit gay). Le lendemain, la police annon\u00e7ait que le tueur \u00e9tait \u00ab un homosexuel refoul\u00e9 \u00bb. Fabrice Gorgerat raconte qu\u2019il s\u2019est senti, dans un premier temps, rassur\u00e9 par cette explication, avant de r\u00e9aliser \u00e0 quel point cette r\u00e9action \u00e9tait motiv\u00e9e par un \u00ab&nbsp;r\u00e9flexe d\u2019autoprotection&nbsp;\u00bb alors qu\u2019il fallait, tout au contraire, accepter l\u2019angoisse et r\u00e9sister aux explications simples. &nbsp;Le projet&nbsp;<\/em>Nous\/1<em>&nbsp;\u00e9tait en train de na\u00eetre.<\/em><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Du 12 au 24 f\u00e9vrier 2019,&nbsp;<em>Nous\/1&nbsp;<\/em>a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \u00e0 Lausanne&nbsp;; le spectacle devait \u00eatre repris du 16 au 20 mars 2020 au Th\u00e9\u00e2tre du Gr\u00fctli \u00e0 Gen\u00e8ve. &nbsp;La captation mise en ligne sur le site de la compagnie a \u00e9t\u00e9 film\u00e9e le 20 f\u00e9vrier au 2.21. Lors de s\u00e9ances d\u2019improvisation collectives, les performeurs ont entrepris un lourd travail d\u2019incorporation&nbsp;du meurtrier, des victimes et des (t\u00e9l\u00e9)spectateurs&nbsp;; puis la d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise de confier \u00e0 chacun\u00b7e la responsabilit\u00e9 d\u2019une partie du spectacle. Celui-ci est donc d\u00e9coup\u00e9 en quatre&nbsp;<em>soli<\/em>&nbsp;autonomes pr\u00e9sentant une autre mani\u00e8re de vivre et de sonder l\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u2019Orlando.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier solo,&nbsp;<em>\u00ab 1. C\u00e9dric&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;est un texte \u00e9crit et interpr\u00e9t\u00e9 par le com\u00e9dien C\u00e9dric Leproust. Apr\u00e8s avoir fait part au public de son incapacit\u00e9 \u00e0 comprendre les motivations du tueur, il raconte un \u00e9pisode de son enfance. Un jour, sans savoir pourquoi, il a saisi une poule par les pattes, l\u2019a frapp\u00e9e contre un mur \u00e0 de nombreuses reprises, l\u2019a achev\u00e9e avec une fourche, puis il en a saisi une autre\u2026 puis une autre\u2026 Devant les yeux des spectateurs, le personnage en gilet tricot\u00e9 se transforme en tueur. Tuer des poules, tuer des hommes, qu\u2019est-ce que cela a de commun&nbsp;? Le faisceau de lumi\u00e8re se referme sur lui. La question r\u00e9sonne dans le noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me solo&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;2. Fiamma&nbsp;<\/em>\u00bb est une performance trash \u00e0 la Paul McCarthy. Le d\u00e9cor d\u00e9centr\u00e9 se compose d\u2019une table, avec un ordinateur portable, une pizza dans un carton et des accessoires dans un tiroir ; le tout sera utilis\u00e9 afin de cr\u00e9er des images film\u00e9es en direct par la cam\u00e9ra de l\u2019ordinateur. Fiamma Camesi se maquille, se d\u00e9guise et danse devant son \u00e9cran, sur fond de&nbsp;<em>house<\/em>&nbsp;<em>music<\/em>. Ses doigts transforment la pizza en piste de danse festive et progressivement en sc\u00e8ne de tuerie. Le public, dont le regard oscille entre corps de profil \u00e0 jardin et gros plans projet\u00e9s au fond de la sc\u00e8ne, est le voyeur de la fabrique d\u2019un sc\u00e9nario pervers.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me partie,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;3. Ben&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;est une chor\u00e9graphie du danseur de hip-hop Ben Fury. Des phrases d\u00e9filent sur le mur, dans le noir et le silence. Le texte raconte le t\u00e9moignage d\u2019un bless\u00e9, couch\u00e9 sur la piste de danse, qui concentre toute son attention sur la nappe liquide ti\u00e8de puis glac\u00e9e qui recouvre le sol. \u00c9clair\u00e9 par une douche de lumi\u00e8re et accompagn\u00e9 d\u2019une musique&nbsp;<em>house<\/em>, le danseur repr\u00e9sente un corps qui danse, tombe, se rel\u00e8ve ; ses gestes sont brefs, ses mouvements pr\u00e9cis, saccad\u00e9s, quasi abstraits \u2013 son visage reste inexpressif, comme s\u2019il \u00e9tait \u00e0 la fois un danseur et tous les danseurs, les vivants et les morts.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la quatri\u00e8me et derni\u00e8re s\u00e9quence,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;4. Albert&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;Albert Ibokwe Khoza est assis dans un grand fauteuil face public. La projection de films documentaires tatoue son corps imposant d\u2019oiseaux, de reptiles et de fleurs, cr\u00e9ant une chim\u00e8re magnifique et sur sc\u00e8ne comme une installation vid\u00e9o. Aux sons brouill\u00e9s de cha\u00eenes d\u2019infos, il mange, boit et fume avec une gr\u00e2ce infinie. Enfin, il rompt le quatri\u00e8me mur et, d\u2019une voix douce, accuse les spectateurs d\u2019\u00eatre coupables de tout&nbsp;(du r\u00e9chauffement climatique, des discriminations, de la pauvret\u00e9, du 11 septembre\u2026) mais tout \u00e0 la fois de ne rien contr\u00f4ler du tout. Souriant toujours, il termine avec ces mots : \u00ab&nbsp;<em>I\u2019m fine\u2026 but you, you my<\/em><em>&nbsp;friends, are fucked&nbsp;!<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base des improvisations de ses performeurs, Fabrice Gorgerat pr\u00e9sente une composition aux ar\u00eates vives. Comme dans ses spectacles pr\u00e9c\u00e9dents, le corps est dans tous ses \u00e9tats, la performance est interdisciplinaire, mais l\u2019assemblage des quatre angles (qu\u2019il appelle dans un entretien des \u00ab&nbsp;plaques&nbsp;\u00bb) permet d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 quatre mani\u00e8res de ressentir dans sa chair l\u2019absurdit\u00e9 du massacre : celui de C\u00e9dric se raconte en tueur fou, Fiamma se fantasme en meurtrier m\u00e9diatique, Ben montre le corps brid\u00e9 des victimes&nbsp;et Albert philosophe comme un Bouddha. Le spectateur n\u2019aura pas de r\u00e9ponse \u00e0 la question&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;pourquoi cet attentat&nbsp;?&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em>Il est invit\u00e9 \u00e0 entrer en r\u00e9sonance avec le corps de tous les acteurs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, de tous les acteurs du spectacle et \u00e0 r\u00e9aliser, au plus profond de lui, comme le dit pos\u00e9ment Albert,&nbsp;<em>that, one day, we\u2019re all gonna die.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<strong>D\u00e9lia Antonio<\/strong>&nbsp;(La Manufacture)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Nous\/1&nbsp;<\/em>\/ Concept et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Gorgerat \/ Cie Jours tranquilles \/ du 12 au 24 f\u00e9vrier 2019 \/ Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \/ Captation Marc Olivetta \/ Disponible sur le site de la compagnie, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/jourstranquilles.com\/\">https:\/\/jourstranquilles.com\/<\/a>&nbsp;et sur Vim\u00e9o, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/323697062\">https:\/\/vimeo.com\/323697062<\/a>. Voir aussi le documentaire&nbsp;<em>S\u00e9miopathe<\/em>, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/330065261\">https:\/\/vimeo.com\/330065261<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un \u00e9clectisme bouleversant (<em>Nous\/1<\/em>)<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/nous-1-3-1280x720-1-1024x576-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20390\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/nous-1-3-1280x720-1-1024x576-1.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/nous-1-3-1280x720-1-1024x576-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/nous-1-3-1280x720-1-1024x576-1-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/05\/nous-1-3-1280x720-1-1024x576-1-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 DR<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En 2016, un homme ouvre le feu dans une bo\u00eete de nuit LGBTQI+ d\u2019Orlando, faisant cinquante morts. La monstruosit\u00e9 de cet acte est le point de d\u00e9part de <\/em>Nous\/1, <em>cr\u00e9\u00e9 par Fabrice Gorgerat en 2019. Y sont \u00e9voqu\u00e9s l\u2019horreur des attentats et l\u2019horreur d\u2019une civilisation ou plut\u00f4t d\u2019une humanit\u00e9 perdue, d\u00e9chue, que l\u2019on peine \u00e0 saisir. Comment comprendre de tels actes&nbsp;? Comment les justifier&nbsp;? Ce sont l\u00e0 les questions centrales qui forment cet ensemble de quatre performances faisant appel \u00e0 des m\u00e9dia diff\u00e9rents.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \u00e0 Lausanne que <em>Nous\/1<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 que le spectacle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 film\u00e9 le 20 f\u00e9vrier 2020, les repr\u00e9sentations pr\u00e9vues ailleurs la m\u00eame ann\u00e9e, notamment au Gr\u00fctli \u00e0 Gen\u00e8ve, ayant \u00e9t\u00e9 annul\u00e9es en raison des conditions sanitaires. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de ce travail est l\u2019attentat de 2016 dans une bo\u00eete de nuit \u00e0 Orlando, lors duquel cinquante personnes ont perdu la vie. Fabrice Gorgerat et les com\u00e9diens qui participent au projet tentent de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cet acte \u00e0 l\u2019aide d\u2019improvisations, qui donneront vie aux diff\u00e9rentes actions de chaque com\u00e9dien. Comment le comprendre&nbsp;? Comment se mettre \u00e0 la place de l\u2019assaillant&nbsp;? Ou encore, comment le vivre&nbsp;? Le spectacle se construit petit \u00e0 petit et prend vie autour de quatre performances tr\u00e8s diff\u00e9rentes, qui r\u00e9fl\u00e9chissent le m\u00eame th\u00e8me&nbsp;: l\u2019horreur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle, interpr\u00e9t\u00e9 par la Compagnie<em> Les Jours Tranquilles<\/em>, se caract\u00e9rise par son approche nouvelle et \u00e9clectique de la performance th\u00e9\u00e2trale. Donnant carte blanche aux diff\u00e9rent.es.s com\u00e9dien.nes, l\u2019exercice se veut libre dans l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il propose. Gr\u00e2ce \u00e0 la pratique d\u2019improvisation initiale, chacun.une des artistes a pu trouver sa fa\u00e7on propre d\u2019exprimer et de transmettre ce qu\u2019il a ressenti. Diff\u00e9rentes formes sont mobilis\u00e9es, du monologue aux medias num\u00e9riques, en passant par la danse. Le spectacle d\u2019une petite heure est une richesse d\u2019id\u00e9es novatrices.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9dric (Leproust) ouvre le spectacle. \u00c0 travers un monologue puissant, adress\u00e9 au public, il s\u2019interroge sur l\u2019acte de l\u2019assaillant. La d\u00e9marche est paradoxale, en&nbsp; ce qu\u2019elle cherche \u00e0 trouver une explication \u00e0 l\u2019horreur et \u00e0 la mettre en mots. On retiendra la violence de ses paroles et de son souvenir d\u2019enfance, lorsqu\u2019il tuait les poules&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai tu\u00e9 des poules comme il a tu\u00e9 des p\u00e9d\u00e9s&nbsp;\u00bb. Le com\u00e9dien, auteur de ce texte, le prononce avec une certaine difficult\u00e9, une crainte et une douleur tr\u00e8s personnelles &#8211; il d\u00e9clare d\u2019ailleurs \u00eatre lui-m\u00eame concern\u00e9 en tant qu\u2019 homosexuel &#8211; qui le rendent profond\u00e9ment bouleversant.<\/p>\n\n\n\n<p>Fiamma Camesi s\u2019amuse avec la technologie, utilisant la webcam int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 m\u00eame son ordinateur et la vid\u00e9o d\u2019un concert <em>live<\/em> dont elle ne gardera que l\u2019audio. Assise \u00e0 une table en avant-sc\u00e8ne, elle danse devant sa cam\u00e9ra (dont l\u2019image est projet\u00e9e en arri\u00e8re-sc\u00e8ne). Elle rejoue des sc\u00e8nes d\u2019insouciance, de jeunesse et d\u2019amusement&nbsp;: elle danse, s\u2019accroche des bandeaux dans les cheveux, manipule des gyrophares \u2013 qui rappellent les lumi\u00e8res de bo\u00eete de nuit \u2013 et peu \u00e0 peu se d\u00e9guise en meurtrier. L\u2019instant de folie est interrompu brusquement. Seuls les gyrophares restent sur la table. La musique est coup\u00e9e. Des enregistrements d\u2019appels de d\u00e9tresse \u00e0 la police inondent l\u2019espace. Entre isolement et folie, cette performance ne nous laisse pas indiff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des mouvements fr\u00e9n\u00e9tiques, comme poss\u00e9d\u00e9 par des spasmes de douleurs, Ben (Fleury) danse ensuite sur une musique oppressante, faite d\u2019\u00e0-coups \u00e9lectroniques. Le corps dit tout. Faiblement \u00e9clair\u00e9s par un spot unique, les mouvements du com\u00e9dien font \u00e9cho au texte projet\u00e9 avant le d\u00e9but de sa chor\u00e9graphie&nbsp;: baign\u00e9 dans une flaque de bi\u00e8re, il se d\u00e9crit le bras d\u00e9chir\u00e9, se vidant de son sang et s\u2019imbibant de bi\u00e8re. Ses gestes reforment le texte et les mots la chor\u00e9graphie. De petits mouvements de t\u00eate brusques, des spasmes et son bras qui semble chercher \u00e0 quitter son corps forment, ici, une po\u00e9sie visuelle et macabre.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se cl\u00f4t sur Albert Ibokwe Khoza qui, assis dans un fauteuil en cuir, face au public, regarde la t\u00e9l\u00e9vision. On entend les discours de diff\u00e9rents journalistes et m\u00e9dias prononc\u00e9s en anglais. Diff\u00e9rentes cha\u00eenes et \u00e9missions s\u2019entrem\u00ealent rendant la compr\u00e9hension difficile. C\u2019est cela, la force de cette derni\u00e8re performance. Le com\u00e9dien construit son tableau autour du gavage m\u00e9diatique. Dans la p\u00e9nombre, uniquement \u00e9clair\u00e9 par des images de nature et d\u2019oiseaux aux couleurs r\u00e9tro, Albert se gave de nourriture, de cigarette et d\u2019alcool. \u00ab&nbsp;Everything is your fault&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;: il termine son exercice en s\u2019adressant au public en anglais, le d\u00e9non\u00e7ant ouvertement et l\u2019accusant des actes perp\u00e9tr\u00e9s, lui reprochant d\u2019\u00eatre incapable de comprendre la soci\u00e9t\u00e9 et mu par une croyance infond\u00e9e d\u2019\u00eatre capable de tout ma\u00eetriser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La force de <em>Nous\/1<\/em> de Fabrice Gorgerat repose sur l\u2019\u00e9clectisme qui sous-tend la d\u00e9marche et les moyens utilis\u00e9s. C\u2019est un savant m\u00e9lange d\u2019expression d\u2019horreur et d\u2019incompr\u00e9hension, une repr\u00e9sentation lors de laquelle on perd peu \u00e0 peu pied. Sur le mode de la performance, ce <em>happening<\/em> th\u00e9\u00e2tral nous appelle \u00e0 la r\u00e9flexion en imaginant quatre fa\u00e7ons diff\u00e9rentes d\u2019appr\u00e9hender un tel acte. Sans jamais donner de r\u00e9ponse \u00e0 la question des causes du massacre d\u2019Orlando, il propose \u00e0 chacun un m\u00e9dium pour appr\u00e9hender l\u2019horreur, dans une forme de catharsis qui pourrait se fonder sur la parole, le corps, la technologie ou encore la philosophie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/michael-rolli\/\">Micha\u00ebl Rolli<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle :<br><em>Seule la mer<\/em>&nbsp;\/ D\u2019apr\u00e8s le roman d\u2019Amos Oz \/ Adaptation par Marie-C\u00e9cile Ouakil et Denis Maillefer \/ Mise en sc\u00e8ne par Denis Maillefer \/ Disponible sur le site de la compagnie, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.theatre-en-flammes.ch\/category\/spectacles\/seule-la-mer\/\">https:\/\/www.theatre-en-flammes.ch\/category\/spectacles\/seule-la-mer\/<\/a>&nbsp;et sur Vim\u00e9o, URL&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/vimeo.com\/channels\/251961\/89480546\">https:\/\/vimeo.com\/channels\/251961\/89480546<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Seule la mer<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1813\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14648\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06.png 1813w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06-300x200.png 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06-1024x678.png 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06-250x165.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06-768x508.png 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2020-06-09-a\u0300-16.33.06-1536x1017.png 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1813px) 100vw, 1813px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Catherine Monney<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Alors que les th\u00e9\u00e2tres esp\u00e8rent pouvoir rouvrir leurs portes \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, les captations de spectacles accessibles en ligne permettent aux spectateurs de patienter jusqu\u2019\u00e0 la saison prochaine. Le spectacle&nbsp;<\/em>Seule la mer<em>&nbsp;se trouve sur la toile depuis plus de six ans. C\u2019est en 2014, en effet, que le metteur en sc\u00e8ne Denis Maillefer adaptait au th\u00e9\u00e2tre le roman de l\u2019auteur isra\u00e9lien Amos Oz.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une sc\u00e8ne situ\u00e9e en hauteur et d\u00e9coup\u00e9e en \u00ab cin\u00e9mascope \u00bb, sept personnages se tiennent debout, face public. Ils s\u2019appr\u00eatent \u00e0 rejouer des bribes d\u2019existence qu\u2019un narrateur, omnipr\u00e9sent et bienveillant, tressera ensemble (Pierre-Isa\u00efe Duc). Tous les acteurs effectuent \u00e0 vue le montage du spectacle en d\u00e9pla\u00e7ant des panneaux qui coulissent en bord de sc\u00e8ne. Ce dispositif sc\u00e9nographique (con\u00e7u par Yangalie Kohlbrenner) permet de modifier \u00e0 tout instant le cadre de sc\u00e8ne, ouvrant des fen\u00eatres comme autant de champs et de hors-champs, troublant la vision parfois par des stores \u00e0 lamelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire prend place dans la ville de Bat Yam, en Isra\u00ebl. Albert Danon (Roberto Molo), un homme d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, se retrouve seul apr\u00e8s la disparition de Nadia, sa femme, emport\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment par la maladie. N\u00e9anmoins, Nadia (Anne Alvaro) vient parler en tr\u00e8s gros plan, triste et sereine, gr\u00e2ce \u00e0 des projections vid\u00e9o. Albert et Nadia ont eu un fils, Rico (C\u00e9dric Leproust), parti au Tibet pour trouver un sens \u00e0 son existence suite \u00e0 la mort de sa m\u00e8re. Il laisse derri\u00e8re lui une amoureuse volage, Dita (Caroline Imhof), qui d\u00e9cide d\u2019emm\u00e9nager chez Albert avec qui elle d\u00e9veloppera une relation ambigu\u00eb. La situation d\u00e9pla\u00eet \u00e0 Bettine (Jacqueline Corpataux), une voisine esseul\u00e9e qui convoitait Albert. \u00c0 ce tableau s\u2019ajoutent le superficiel Guigui (Baptiste Morisod), meilleur ami de Rico et amant occasionnel de Dita, un producteur de cin\u00e9ma v\u00e9reux (Jo\u00ebl Maillard) et Maria (L\u00e9a Pohlhammer), une prostitu\u00e9e pleine de sagesse que Rico rencontre \u00e0 Katmandou. Tous ces \u00eatres bris\u00e9s soufflent sur les braises de leur d\u00e9sir d\u2019aimer et de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une beaut\u00e9 rare, la sc\u00e9nographie est accompagn\u00e9e par un travail \u00e9poustouflant de la lumi\u00e8re et des projections (Laurent Junod) \u2013 qu\u2019on regrette de ne pouvoir admirer qu\u2019\u00e0 travers un petit \u00e9cran. La sc\u00e8ne semble ainsi transport\u00e9e tant\u00f4t sur les sommets de l\u2019Himalaya en pleine nuit, tant\u00f4t au milieu d\u2019une soir\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 au Nord d\u2019Isra\u00ebl. Parfois, l\u2019ouverture de sc\u00e8ne est enti\u00e8rement occult\u00e9e par les volets et laisse place \u00e0 un vaste paysage d\u00e9sert. Malgr\u00e9 la d\u00e9tresse des personnages, une grande qui\u00e9tude domine le plateau, entretenue par Nadia et par le narrateur, renforc\u00e9e par la chanteuse lausannoise Billie Bird qui, situ\u00e9e hors du cadre de plain-pied avec la salle, laisse flotter sa voix suave sur quelques notes jou\u00e9es au piano ou \u00e0 la guitare. Il est vrai que toutes ces m\u00e9diations visuelles et sonores parviennent \u00e0 estomper la m\u00e9diocrit\u00e9 des personnages&nbsp;et les spectateurs se livrent \u00e0 l\u2019indulgence en reconnaissant, dans leurs actions discutables, les traces de leur propre d\u00e9tresse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Seule la mer<\/em>&nbsp;est un roman empreint de m\u00e9lancolie que Denis Maillefer a parfaitement su mat\u00e9rialiser sur la sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale. L\u2019origine litt\u00e9raire du spectacle est subtilement manifest\u00e9e par les phrases projet\u00e9es qui introduisent chacune des courtes s\u00e9quences qui s\u2019encha\u00eenent avec le rythme des vagues qui se succ\u00e8dent sans fin sur un rivage.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Une critique sur la captation du spectacle&nbsp;:<br><em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em>&nbsp;\/ Texte de Fran\u00e7ois Gremaud \/ D\u2019apr\u00e8s Jean Racine \/ Mise en sc\u00e8ne de Fran\u00e7ois Gremaud \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ en ligne jusqu\u2019au 30 d\u00e9cembre 2020 \/ R\u00e9alisation de Simranjit Singh \/&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.theatre-contemporain.net\/spectacles\/Phedre-22659\/ensavoirplus\/idcontent\/104846\">https:\/\/www.theatre-contemporain.net\/spectacles\/Phedre22659\/ ensavoirplus\/idcontent\/104846<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/avi-cagin\/\">Av\u00ee Cagin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ph\u00e8dre !<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\" id=\"attachment_14599\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1080\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14657\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03.jpg 1920w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03-300x169.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03-250x141.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03-768x432.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/06\/phedre_francois_gremaud_03-1536x864.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Loan Nguyen<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au temps du confinement, quel meilleur moyen de se divertir que d\u2019en apprendre plus sur l\u2019un des grands classiques du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais ? Fran\u00e7ois Gremaud propose un spectacle plein d\u2019humour, d\u00e9guis\u00e9 en cours sur la pi\u00e8ce de Jean Racine. Avec beaucoup d\u2019habilet\u00e9, la trag\u00e9die classique est mise en lumi\u00e8re sans pour autant faire de l\u2019ombre \u00e0 la proposition comique. Avec un seul com\u00e9dien sur sc\u00e8ne et un minimalisme total au niveau du d\u00e9cor, le pari est tenu : en direct ou par captation,&nbsp;<\/em>Ph\u00e8dre&nbsp;!&nbsp;<em>retient toute l\u2019attention du spectateur qui se laisse emporter dans une aventure th\u00e9\u00e2trale tr\u00e8s particuli\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ph\u00e8dre&nbsp;!<\/em>, c\u2019est un peu&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;<\/em>de Jean Racine, avec quelque chose en plus&nbsp;: une conf\u00e9rence sur cette trag\u00e9die, canon du genre, qui s\u2019\u00e9carte pourtant de plus en plus, sur le fond et sur la forme, d\u2019une conf\u00e9rence standard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;conf\u00e9rencier&nbsp;\u00bb se propose de nous parler d\u2019une \u00ab&nbsp;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre contemporaine, et m\u00eame plus pr\u00e9cis\u00e9ment une com\u00e9die qui met en sc\u00e8ne une fa\u00e7on d\u2019orateur qui, se proposant justement de parler de cette pi\u00e8ce (un petit peu comme [il] le fai[t] en ce moment), finit par raconter de mani\u00e8re plus ou moins enjou\u00e9e une autre pi\u00e8ce\u2026&nbsp;\u00bb. La com\u00e9die en question est celle de Gremaud&nbsp;; mais c\u2019est&nbsp;<em>Ph\u00e8dre<\/em>&nbsp;(sans point d\u2019exclamation\u2026) qu\u2019il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de raconter. Imperceptiblement, l\u2019orateur transforme sa pr\u00e9sentation en un commentaire ludique du chef d\u2019\u0153uvre de Racine, jusqu\u2019\u00e0 en jouer des passages avec tant\u00f4t de l\u2019\u00e9motion, tant\u00f4t de la distance humoristique. Romain Daroles, qui joue son propre r\u00f4le, nous emm\u00e8ne \u00e9galement jusqu\u2019aux origines mythologiques de l\u2019histoire de Ph\u00e8dre et Hippolyte, ce qui est toujours passionnant pour un public friand de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>On sent que Gremaud a un grand amour du th\u00e9\u00e2tre, et qu\u2019il cherche \u00e0 le partager avec le public. Ce spectacle a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 dans des classes de gymnase et a su beaucoup plaire aux jeunes \u00e9l\u00e8ves. Les enseignants pr\u00e9sentaient Daroles comme un conf\u00e9rencier en bonne et due forme, sans mentionner l\u2019aspect \u00ab&nbsp;m\u00e9ta&nbsp;\u00bb du spectacle qui allait se d\u00e9rouler devant les yeux des gymnasiens \u00e9bahis. Un excellent moyen d\u2019int\u00e9resser ces jeunes gens \u00e0 la trag\u00e9die de Racine, qu\u2019ils \u00e9tudient dans le cadre de leurs cursus. Si tous les cours de fran\u00e7ais ressemblaient \u00e0 un spectacle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Vers la fin du spectacle, le texte est distribu\u00e9 aux spectateurs, qui d\u00e9couvrent avec \u00e9tonnement que ce qui semble en partie improvis\u00e9 par l\u2019orateur est un texte tr\u00e8s m\u00e9ticuleusement d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit&nbsp;; ce texte remplit alors une fonction d\u2019accompagnement ludique du jeu, qui permet aussi au public de prendre conscience du r\u00f4le qu\u2019incarne depuis le d\u00e9but ce personnage : dispositif simple et qui cr\u00e9e pourtant une surprise dont on est ravi.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme,&nbsp;<em>Ph\u00e8dre&nbsp;!&nbsp;<\/em>est un spectacle au concept innovant et au sujet atemporel. Il pla\u00eet aux passionn\u00e9s de litt\u00e9rature classique comme aux amateurs de com\u00e9die contemporaine&nbsp;: un spectacle complet, marquant et dynamique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>Printemps 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/avi-cagin\/\">Av\u00ee Cagin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le contexte de fermeture des th\u00e9\u00e2tres, entre mars et juin 2020, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s de l\u2019Atelier critique et de La Manufacture ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 travailler sur des captations de spectacles cr\u00e9\u00e9s ou jou\u00e9s en Suisse romande. C\u2019est l\u2019occasion pour l\u2019Atelier critique de promouvoir les sites des compagnies, des th\u00e9\u00e2tres et de certains r\u00e9seaux de diffusion. Les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s ont profit\u00e9 du confinement \u2013 \u00e0 toute chose malheur est bon \u2013 pour r\u00e9viser quelques chapitres de la vie th\u00e9\u00e2trale des ann\u00e9es pass\u00e9es. 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