{"id":14237,"date":"2020-03-19T18:14:10","date_gmt":"2020-03-19T17:14:10","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=14237"},"modified":"2025-02-09T16:57:59","modified_gmt":"2025-02-09T15:57:59","slug":"peer-ou-nous-ne-monterons-pas-peer-gynt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2020\/03\/peer-ou-nous-ne-monterons-pas-peer-gynt\/","title":{"rendered":"Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Concept et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Gorgerat \/ La Grange de Dorigny \/ du 25 au 29 f\u00e9vrier 2020 \/ Critiques par No\u00e9 Maggetti, Judith Marchal, Alicia Carron, Monique Kountangni, Jade Lambelet, Av\u00ee Cagnin, Stella Wohlers et Fadri Gumy. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Reconstruire le monde ?<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"426\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14235\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1.jpg 640w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La Grange de Dorigny a accueilli fin f\u00e9vrier un spectacle de Fabrice Gorgerat qui ne suit pas&nbsp;<\/em>Peer Gynt&nbsp;<em>\u00e0 la lettre, mais utilise l\u2019\u0153uvre comme base pour \u00e9voquer des th\u00e9matiques particuli\u00e8rement actuelles sur le rapport de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 l\u2019espace qu\u2019il occupe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019indique le titre du spectacle, la derni\u00e8re cr\u00e9ation de Fabrice Gorgerat n\u2019est pas \u00e0 proprement parler une adaptation de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>. Le drame d\u2019Henrik Ibsen est bien pr\u00e9sent dans cette mise en sc\u00e8ne, mais comme un mat\u00e9riau parmi beaucoup d\u2019autres, mobilis\u00e9 ponctuellement pour nourrir un propos sur la difficult\u00e9 d\u2019exister dans un monde en plein effondrement, marqu\u00e9 par le r\u00e9chauffement climatique, et sur l\u2019\u00e9ventuelle possibilit\u00e9 de reconstruire un espace viable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle se pr\u00e9sente comme un agencement de s\u00e9quences se d\u00e9ployant en parall\u00e8le ou l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre dans diff\u00e9rentes zones d\u2019un plateau dont tous les \u00e9l\u00e9ments sont en constant mouvement. Tout commence par une r\u00e9union des diff\u00e9rents protagonistes autour d\u2019une table pour manger des cr\u00eapes, avant que l\u2019un d\u2019eux ne propose une lecture d\u2019un passage de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>. S\u2019ensuivront une performance de chant au micro, l\u2019imitation survolt\u00e9e d\u2019une cr\u00e9ature surnaturelle se roulant dans de l\u2019eau r\u00e9pandue sur une b\u00e2che, ou encore un moment autofictionnel pendant lequel un personnage narre plusieurs histoires contradictoires suppos\u00e9es t\u00e9moigner chacune de la mort de sa m\u00e8re. Ces diff\u00e9rents moments, plus ou moins inspir\u00e9s de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>, ont pour points communs d\u2019une part de traiter d\u2019une forme d\u2019incompr\u00e9hension et de solitude face \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 de la destruction de la terre-m\u00e8re par la soci\u00e9t\u00e9 moderne, et d\u2019autre part de mettre en sc\u00e8ne diff\u00e9rentes tentatives de retrouver une place dans un monde en train de flancher.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plateau participe ainsi pleinement de la construction du propos du spectacle, au point que l\u2019une des com\u00e9diennes n\u2019a pas d\u2019autre r\u00f4le que de contribuer \u00e0 ses transformations. En effet, cet espace charg\u00e9 d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019accessoires \u2013 une table et des chaises, un micro, des r\u00e9cipients en verre, des cylindres de bois, mais \u00e9galement un r\u00e9servoir contenant de l\u2019eau ou encore un renard empaill\u00e9 \u2013, est sans cesse adapt\u00e9 aux besoins particuliers des diff\u00e9rentes performances qui s\u2019y succ\u00e8dent. Le dispositif sc\u00e9nique fonctionne ainsi comme une forme de laboratoire, v\u00e9ritable terrain d\u2019exp\u00e9rimentation modelable \u00e0 souhait qui se met au service de chaque sayn\u00e8te interrogeant de mani\u00e8re originale notre rapport \u00e0 une nature en plein affaissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la constitution de la sc\u00e8ne en espace privil\u00e9gi\u00e9 sur lequel on peut agir pour tenter de l\u2019occuper au mieux repr\u00e9sente la dimension centrale du spectacle, elle se double d\u2019une certaine ironie portant sur la mani\u00e8re dont les humains se comportent face aux difficult\u00e9s que rencontre la plan\u00e8te aujourd\u2019hui. Ainsi, le spectacle semble se moquer des fromages vegan ou d\u2019une conception du bien-\u00eatre impliquant la sacralisation des pierres ou d\u2019\u00e9l\u00e9ments naturels. Cette forme de cynisme semble parfois en contradiction avec un autre message du spectacle, qui para\u00eet de prime abord vouloir offrir une v\u00e9ritable lueur d\u2019espoir face \u00e0 une situation dramatique. \u00c0 moins qu\u2019elle ne probl\u00e9matise plut\u00f4t la n\u00e9cessit\u00e9 de toujours questionner nos choix et notre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit de reconstruire le monde et de s\u2019\u00e9merveiller devant lui, d\u00e9marche ambivalente que le th\u00e9\u00e2tre de Fabrice Gorgerat semble permettre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/noe-maggetti\/\">No\u00e9 Maggetti<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une catastrophe aux mille facettes<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"333\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14241\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1.jpg 500w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1-250x167.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00c0 la fin du mois de f\u00e9vrier, Fabrice Gorgerat pr\u00e9sentait sa derni\u00e8re cr\u00e9ation \u00e0 la Grange de Dorigny. En se basant sur un texte d\u2019Henrik Ibsen, le metteur en sc\u00e8ne confronte son public \u00e0 l\u2019urgence climatique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La catastrophe, voil\u00e0 un sujet qui semble inspirer Fabrice Gorgerat et sa compagnie Jours tranquilles. Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, avec l\u2019aide de scientifiques, comme l\u2019anthropologue Yoann Moreau ou le biologiste Alain Kaufmann, la troupe r\u00e9interpr\u00e8te les classiques pour les confronter aux probl\u00e8mes actuels de l\u2019anthropoc\u00e8ne. Ainsi, par exemple, l\u2019accident de Fukushima fut-il compar\u00e9 \u00e0 la violence de M\u00e9d\u00e9e dans&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e\/Fukushima&nbsp;<\/em>en 2013 et l\u2019ouragan Katrina entrait-il en r\u00e9sonnance avec un&nbsp;<em>Tramway nomm\u00e9 d\u00e9sir<\/em>&nbsp;dans&nbsp;<em>Blanche\/Katrina<\/em>&nbsp;en 2018. Avec&nbsp;<em>Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt<\/em>, l\u2019\u00e9quipe se concentre aujourd\u2019hui sur les bouleversements quotidiens dus au changement climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, le Peer Gynt de l\u2019auteur norv\u00e9gien se transforme en antih\u00e9ros de l\u2019\u00e9cologie. Seules certaines parties de la pi\u00e8ce originale sont n\u00e9anmoins conserv\u00e9es, comme l\u2019oraison fun\u00e8bre d\u2019un personnage surnomm\u00e9 le \u00ab&nbsp;guerrier tranquille&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;double invers\u00e9 de Peer Gynt&nbsp;\u00bb, qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester chez lui pour travailler sa terre au lieu s\u2019engager dans de grandes aventures.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans v\u00e9ritable lin\u00e9arit\u00e9, le spectacle pr\u00e9sente une succession discontinue d\u2019actions, \u00e0 l\u2019image du reste de l\u2019encha\u00eenement des \u00e9pisodes dans le drame initiatique original. Impossible, donc, de r\u00e9sumer le spectacle sous la forme d\u2019une \u00ab&nbsp;histoire&nbsp;\u00bb. D\u00e9butant par des discussions d\u2019une famille paysanne frapp\u00e9e \u00e0 la fois par la globalisation et par l\u2019alt\u00e9ration des \u00e9cosyst\u00e8mes \u2013 sc\u00e8ne bas\u00e9e sur le documentaire&nbsp;<em>La Vie moderne<\/em>&nbsp;de Raymond Depardon (2008) \u2013, le spectacle pr\u00e9sente une suite de s\u00e9quences apparemment ind\u00e9pendantes les uns des autres, \u00e0 mi-chemin entre la performance et l\u2019installation.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous les poutres de la Grange de Dorigny, une odeur apaisante d\u2019encens accueille les spectatrices et spectateurs qui s\u2019installent. Sur sc\u00e8ne, beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e9voquent un temple du bien-\u00eatre : lumi\u00e8re chaude et tamis\u00e9e, fleurs s\u00e9ch\u00e9es, bougies et branches de bouleau. Une sc\u00e9nographie dans laquelle va se concentrer tout le sens \u2013 plus m\u00e9taphorique que narratif \u2013 du spectacle. C\u2019est un v\u00e9ritable tableau vivant qui \u00e9volue et se transforme devant les yeux du public. Tables et morceaux de bois sont d\u00e9plac\u00e9s d\u2019une zone \u00e0 l\u2019autre du plateau, des installations lumineuses prennent forme ici ou l\u00e0, tandis qu\u2019un petit syst\u00e8me hydraulique est mis en place pour cr\u00e9er un bassin qui se remplit petit \u00e0 petit.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun personnage n\u2019est v\u00e9ritablement tenu pendant la dur\u00e9e du spectacle. Catherine Travelletti passe ainsi du r\u00f4le de danseuse \u00e0 celui de chanteuse (entonnant un refrain sur Bolsonaro en portugais), en passant par celui d\u2019une chroniqueuse radio annon\u00e7ant un bulletin astrologique. Mathieu Montanier raconte diff\u00e9rentes versions de la mort de sa m\u00e8re de mani\u00e8re absurde, sur un ton simple et sinc\u00e8re avant de rev\u00eatir le manteau de fourrure de Peer. Fiamma Camesi, dans le m\u00eame costume, joue la m\u00e8re de celui-ci, entre autres incarnations de troll ou de cuisini\u00e8re tent\u00e9e par le lait v\u00e9g\u00e9tal. Le chanteur Albert Khoza tient, quant \u00e0 lui, un r\u00f4le tout \u00e0 fait particulier&nbsp;: il observe ce qui se d\u00e9roule, souvent sceptique ou surpris par les diff\u00e9rentes \u00e9nergies qui l\u2019entourent. S\u2019exprimant uniquement en anglais, et se faisant \u00e0 l\u2019occasion traduire des r\u00e9pliques, il se charge d\u2019interludes musicaux enivrants en enregistrant sa voix \u00e0 l\u2019aide d\u2019une Loop Station. Et puis il y a Mathilde Aubineau, qui ne dit mot durant toute la repr\u00e9sentation. Peu voyante mais essentielle au bon fonctionnement du spectacle, elle tient le r\u00f4le de constructrice, installe, d\u00e9place ou r\u00e9ajuste les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de la sc\u00e9nographie.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin d\u2019offrir une vision apocalyptique du monde, Fabrice Gorgerat laisse au contraire poindre une lueur d\u2019espoir. Les cinq interpr\u00e8tes assemblent les morceaux restants d\u2019une plan\u00e8te d\u00e9truite pour en constituer un ensemble harmonieux qui finit par fonctionner. La catastrophe est en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9e, \u00e0 nous de recoller les morceaux pour une construction nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/judith-marchal\/\">Judith Marchal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alicia-carron\/\">Alicia Carron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un monde \u00e0 construire<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"522\" height=\"392\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14249\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL.jpg 522w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL-266x200.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL-226x170.jpg 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La Grange de Dorigny accueille la derni\u00e8re cr\u00e9ation de Fabrice Gorgerat<\/em>,&nbsp;Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt<em>. La compagnie Jours tranquilles s\u2019empare de la sc\u00e8ne de ce th\u00e9\u00e2tre pour emporter les spectateurs dans un voyage d\u00e9routant, fourmillant et inspirant. Du texte d\u2019Henry Ibsen, une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re de cr\u00e9er un monde nouveau \u00e0 partir des ressources disponibles, m\u00eame les plus d\u00e9risoires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019eau, de la mousse, des bougies, tous les \u00e9l\u00e9ments, ou presque, sont d\u00e9j\u00e0 rassembl\u00e9s sur sc\u00e8ne. Le tout prend vie gr\u00e2ce \u00e0 des com\u00e9diens aux ressources in\u00e9puisables. La sc\u00e8ne prend alors la forme d\u2019un grand terrain de jeu, un v\u00e9ritable laboratoire d\u2019exp\u00e9riences les plus diverses. Un univers de tous les possibles s\u2019ouvre. Et puis tout se meut et se transforme pour cr\u00e9er des constructions les plus impr\u00e9visibles les unes que les autres, les performeurs laissent libre cours \u00e0 leur imagination.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt<\/em>, le spectacle s\u2019\u00e9tend bien plus loin que l\u2019espace de la sc\u00e8ne. Le metteur en sc\u00e8ne Fabrice Gorgerat invite \u00e0 croire que rien n\u2019est perdu. Si le tableau qui se pr\u00e9sente au spectateur au d\u00e9but de la pi\u00e8ce peut prendre vie, alors le monde tel qu\u2019il semble vou\u00e9 \u00e0 la destruction peut rena\u00eetre. La sc\u00e8ne est le terreau fertile o\u00f9 toutes les exp\u00e9riences sont envisageables.<\/p>\n\n\n\n<p>Les com\u00e9diens sont \u00e0 la fois, ponctuellement, personnages de la pi\u00e8ce d\u2019Ibsen et performeurs continuellement. Un chant envo\u00fbtant s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne&nbsp;; puis, un cri animal jaillit du plus profond des entrailles d\u2019une com\u00e9dienne de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Un personnage t\u00e9moigne de la mort de sa m\u00e8re, selon plusieurs versions diff\u00e9rentes. Le discours est inspir\u00e9 de la pi\u00e8ce d\u2019origine tout en symbolisant la mort de la plan\u00e8te. Le com\u00e9dien est assis \u00e0 la limite entre l\u2019espace sc\u00e9nique et celui le public. La fronti\u00e8re est mince entre personnages et acteurs, entre la sc\u00e8ne et le terrain d\u2019exp\u00e9rimentation, entre l\u2019art et la vie, entre&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>&nbsp;et l\u2019actualit\u00e9. Si on peut faire des cr\u00eapes, prendre sa douche et cr\u00e9er une fontaine dans un th\u00e9\u00e2tre, alors plus rien n\u2019emp\u00eache, \u00e0 l\u2019inverse, d\u2019ajouter une touche de magie, de beaut\u00e9 ou d\u2019art dans notre quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9flexions sont directement souffl\u00e9es au spectateur sans qu\u2019il saisisse pour autant une intrigue compl\u00e8tement coh\u00e9rente.&nbsp;<em>Peer ou, nous ne monterons par Peer Gynt&nbsp;<\/em>: le myst\u00e8re du spectacle d\u00e9bute avec cet oxymore. Le spectateur se rend compte au fil du spectacle qu\u2019il ne s\u2019agit pas de suivre l\u2019histoire de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>. Il se lance donc peu \u00e0 peu dans un voyage extraordinaire dont il ne connait pas la destination. Chaque \u00e9pisode, chaque performance, chaque dialogue et chaque tableau d\u00e9route et emm\u00e8ne dans une nouvelle direction. Rien n\u2019est achev\u00e9, tout est en croissance, reste en puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor et les personnages sont sans cesse en mouvement, ils ne sont que de passage. Il semble moins important de s\u2019y attacher que d\u2019accompagner les processus engag\u00e9s. D\u00e8s lors que cette volont\u00e9 de maitrise est surmont\u00e9e, il ne reste plus au public qu\u2019\u00e0 se laisser surprendre par l\u2019inventivit\u00e9 des personnages et \u00e0 les suivre dans leurs cr\u00e9ations. A partir des mat\u00e9riaux dispos\u00e9s sur les c\u00f4t\u00e9s de la sc\u00e8ne, ils construisent de petits \u00e9difices et en exploitant leurs habilet\u00e9s individuelles, ils cr\u00e9ent des performances. Ainsi, leurs ressources deviennent infinies. Ils nous prouvent que de la beaut\u00e9 et de la po\u00e9sie peuvent na\u00eetre dans chaque entreprise, tant que celle-ci est tourn\u00e9e vers la vie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alicia-carron\/\">Alicia Carron<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Y a que les routes qui sont belles<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"522\" height=\"393\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/656633_3bPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14254\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/656633_3bPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL.jpg 522w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/656633_3bPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL-266x200.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/656633_3bPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL-226x170.jpg 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Fabrice Gorgerat revient \u00e0 la Grange de Dorigny avec un spectacle dont le dispositif sc\u00e9nique dense et riche invite \u00e0 explorer d\u2019autres voies puisque le constat est clair : le vieux monde est mort. Vive le monde nouveau !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En p\u00e9n\u00e9trant dans la salle, le public d\u00e9couvre une sc\u00e8ne charg\u00e9e d\u2019objets divers et occup\u00e9e par cinq personnes assises autour d\u2019une grande table, le tout \u00e9clair\u00e9 en son centre par une lumi\u00e8re tamis\u00e9e. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan de ce plateau charg\u00e9, se dresse un grand \u00e9cran qui projette, en noir et blanc, une for\u00eat qui semble signaler d\u2019entr\u00e9e de jeu que le salut viendra par la nature, celle-l\u00e0 m\u00eame que notre soci\u00e9t\u00e9 malm\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>De la for\u00eat et de la terre, il ne sera dit que peu de choses explicites. Le personnage interpr\u00e9t\u00e9 par Mathieu Montanier s\u2019interroge, au d\u00e9but du spectacle, sur une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle \u00ab&nbsp;un agriculteur, \u00e7a servira bient\u00f4t plus \u00e0 rien&nbsp;\u00bb (en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un documentaire de Raymond Depardon datant de 2008)&nbsp;; il pense alors \u00e0 son oncle, un paysan qui s\u2019est \u00f4t\u00e9 la vie, et il partage avec le public la lecture d\u2019un extrait du texte d\u2019Henrik Ibsen qui d\u00e9peint un \u00ab&nbsp;guerrier tranquille&nbsp;\u00bb qui lui ressemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mat\u00e9riel sc\u00e9nique est un m\u00e9lange d\u2019un d\u00e9cor inspir\u00e9 par&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>, d\u2019un espace quotidien (une cuisine) et d\u2019une sorte de laboratoire. Mais certains \u00e9l\u00e9ments (branches, b\u00fbches, animaux empaill\u00e9s, manteaux de fourrure, etc.) illustrent sans doute une mani\u00e8re de vivre qui repose sur le pr\u00e9l\u00e8vement excessif et irrespectueux de ressources naturelles de la terre, ce qui cause les maux \u00e9cologiques (re)connus aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Face au constat que cet extractivisme est la cause de la disparition des \u00e9cosyst\u00e8mes, Fabrice Gorgerat et ses com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s optent, dans un (ultime&nbsp;?) \u00e9lan vital, pour l\u2019exploration de voies diverses permettant de r\u00e9enchanter le monde. Ils proposent, en lieu et place du r\u00e9cit des aventures de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>, une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences po\u00e9tiques. La sc\u00e8ne repr\u00e9sente un laboratoire grandeur nature dans lequel chaque com\u00e9dien\u00b7ne invite, \u00e0 sa mani\u00e8re, le public \u00e0 prendre au s\u00e9rieux une entreprise qui peut prendre des formes \u00e9tranges : dans un moment de solitude, Fiamma Camesi s\u2019interroge sur les vertus du lait v\u00e9g\u00e9tal en faisant sauter des cr\u00eapes&nbsp;; Albert Khoza teste, de son c\u00f4t\u00e9, une approche rituelle et musicale&nbsp;; Catherine Travelletti s\u2019essaie au coaching astrologique. Mathieu Montanier questionne les vertus attribu\u00e9es aux pierres et min\u00e9raux, tandis que Mathilde Aubineau \u2013 guerri\u00e8re tranquille \u2013 s\u2019affaire \u00e0 construire du lien et veille aux fonctionnement des installations qu\u2019elle compose et d\u00e9compose sans bruit durant tout le spectacle. Ce faisant, tous et toutes s\u2019accordent pour s\u2019opposer fermement \u00e0 la violence, \u00e0 l\u2019exploitation, \u00e0 la croissance et pour enterrer un mode de vie qui ne leur para\u00eet plus admissible.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses alternatives sont \u00e9voqu\u00e9es. Fabrice Gorgerat et son \u00e9quipe se gardent d\u2019exposer une quelconque r\u00e9ponse dogmatique et fig\u00e9e. Ils n\u2019ont aucunement la pr\u00e9tention d\u2019offrir la panac\u00e9e. Une seule certitude&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous ne monterons par&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>&nbsp;\u00bb affirme le titre du spectacle. L\u2019ancien monde patriarcal incarn\u00e9 par&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>&nbsp;n\u2019a plus voix au chapitre. \u00c0 chacun\u00b7e d\u2019entrer dans la danse et d\u2019adopter individuellement les gestes propices au renouveau \u2013 ou non. Le spectacle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre salu\u00e9 pour cette invitation \u00e0 regarder vers l\u2019avenir en osant r\u00e9inventer un \u00ab&nbsp;collectif&nbsp;\u00bb autre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/monique-kountangni\/\">Monique Kountangni<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un grand laboratoire<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"522\" height=\"392\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14249\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL.jpg 522w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL-266x200.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/807404_3cPeer-Gynt-\u00a9-Fabrice-Ducrest-UNIL-226x170.jpg 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En ne montant pas&nbsp;<\/em>Peer Gynt<em>, Fabrice Gorgerat refuse le geste d\u2019adaptation d\u2019un texte \u00e0 la sc\u00e8ne et se sert du plateau comme un lieu de questionnement des mani\u00e8res contemporaines d\u2019habiter un monde en crise. Une d\u00e9marche au c\u0153ur de l\u2019actualit\u00e9 et de l\u2019urgence \u00e9cologique qui r\u00e9fl\u00e9chit et d\u00e9ploie spatialement une philosophie de l\u2019effondrement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019indique par la n\u00e9gative le titre du spectacle, l\u2019histoire de&nbsp;<em>Peer Gynt&nbsp;<\/em>n\u2019est ni montr\u00e9e ni m\u00eame racont\u00e9e. Elle fonctionne comme&nbsp;<em>pr\u00e9<\/em>-texte et son personnage comme un contre-mod\u00e8le. C\u2019est principalement le plateau, sans cesse r\u00e9am\u00e9nag\u00e9 par les cinq com\u00e9dien\u00b7ne\u00b7s, qui soutient et m\u00e9taphorise la port\u00e9e discursive du spectacle&nbsp;: retrouver un rapport sain et en harmonie avec la Terre, r\u00e9habiter et redonner sens \u00e0 un monde au bord de l\u2019effondrement. En ce sens, l\u2019univers sylvestre et communautaire reconstitu\u00e9 sur sc\u00e8ne prend \u00e0 contrepied les attitudes de Peer Gynt, ardent explorateur avide d\u2019aventures, de d\u00e9couvertes et d\u2019argent. \u00c0 partir de l\u00e0, le dispositif sc\u00e9nique devient l\u2019essence m\u00eame du projet qui travaille l\u2019espace non plus comme le support d\u2019une histoire \u00e0 raconter, mais comme un mat\u00e9riau physique et s\u00e9mantique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9cor englobant \u00e9voquant tout \u00e0 la fois un lieu reposant de bien-\u00eatre et un grand laboratoire abrite une petite communaut\u00e9 de cinq personnes. Le plateau se divise en plusieurs secteurs r\u00e9agenc\u00e9s selon les besoins des performances, rituels ou autres op\u00e9rations, de la danse enrag\u00e9e d\u2019une cr\u00e9ature fantastique \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie musicale embaum\u00e9e d\u2019effluves de sauge ; du bulletin astrologique \u00e0 l\u2019\u00e9num\u00e9ration des vertus des pierres. Sans lin\u00e9arit\u00e9, les tableaux se pr\u00e9sentent comme autant de tentatives pour repenser notre relation \u00e0 la nature et nos mani\u00e8res d\u2019agir sur elle. Non sans ironie, certes, sur ces \u00ab m\u00e9thodes de reconqu\u00eate \u00bb du lien \u00e0 la Terre : mais peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 aussi une injonction \u00e0 temp\u00e9rer l\u2019actuel besoin, si effr\u00e9n\u00e9, de donner sens au monde ?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jade-lambelet\/\">Jade Lambelet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/avi-cagin\/\">Av\u00ee Cagin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le sens de la confusion<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"333\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14241\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1.jpg 500w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/Peer-Gynt_11-500x333-1-250x167.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En f\u00e9vrier dernier, les lumi\u00e8res s\u2019allumaient \u00e0 La Grange de Dorigny sur le nouveau spectacle de Fabrice Gorgerat<\/em>. Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt<em>&nbsp;suscite chez les spectateurs un questionnement sur le sens des actions qui se d\u00e9roulent sous ses yeux, et par l\u00e0-m\u00eame invite \u00e0 une recherche de sens \u00e0 un niveau plus m\u00e9taphysique. L\u2019utilisation de l\u2019espace joue un r\u00f4le primordial dans ce spectacle sans fil chronologique ni intrigue, dont tout l\u2019int\u00e9r\u00eat repose dans l\u2019exploration qu\u2019il mat\u00e9rialise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Peer Gynt<\/em>, drame d\u2019Henrik Ibsen publi\u00e9 en 1867 puis mis en musique par Edvard Grieg, relate la qu\u00eate de r\u00e9ussite du personnage \u00e9ponyme. Le texte original transpara\u00eet ici de mani\u00e8re fantomatique dans certaines sc\u00e8nes \u2013 mais le titre ne ment pas&nbsp;: ils n\u2019ont pas mont\u00e9&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>. Fabrice Gorgerat pr\u00e9sente un spectacle tout \u00e0 fait original, travers\u00e9 par des pr\u00e9occupations actuelles et habit\u00e9 par des personnages tr\u00e8s contemporains. L\u2019agencement du spectacle, compos\u00e9 de diff\u00e9rents tableaux qui s\u2019encha\u00eenent sans lien apparent, peut surprendre. Les acteurs incarnent successivement diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons de leur personnage, sans que celles-ci ne forment une personnalit\u00e9. L\u2019exp\u00e9rience repose surtout sur la perception de fils th\u00e9matiques, comme l\u2019exploration de soi \u2013 qui rappelle la qu\u00eate de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>&nbsp;\u2013 et la red\u00e9couverte de son propre environnement. Les personnages semblent explorer leurs limites et leurs personnalit\u00e9s en ayant recours aux diff\u00e9rents objets dispos\u00e9s sur la sc\u00e8ne. Celle-ci est encombr\u00e9e : \u00e0 l\u2019avant, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et sur les c\u00f4t\u00e9s, des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors s\u2019entrem\u00ealent. Les personnages n\u2019entrent pas en interaction avec tous ces objets, si bien que certains d\u2019entrent eux laissent le public perplexe jusqu\u2019au bout. On a tout d\u2019abord du mal \u00e0 comprendre o\u00f9 l\u2019on se trouve et ce qui se fait. \u00c0 mesure que le spectacle avance, on comprend que la sc\u00e8ne ne repr\u00e9sente pas un endroit en particulier, mais cherche \u00e0 cr\u00e9er un espace modulable \u00e0 l\u2019infini. Ainsi, le dispositif sc\u00e9nique est lui-m\u00eame porteur d\u2019un propos : il traduit une volont\u00e9 de construction des personnages tandis que tout s\u2019effondre autour d\u2019eux, et il leur permet d\u2019interagir avec leur \u00ab monde \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On est hypnotis\u00e9 par cette multitude de possibilit\u00e9s d\u00e8s le deuxi\u00e8me tableau&nbsp;: c\u00f4t\u00e9 cour, Fiamma Camesi et Catherine Travellettti font des cr\u00eapes, tandis qu\u2019Albert Khoza et Mathilde Aubineau mettent en place une sorte de rituel c\u00f4t\u00e9 jardin. Soudain, l\u2019image de Fiamma Camesi qui se douche est projet\u00e9e sur le mur \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne. Tout cela pendant que Mathieu Montanier lit un extrait du texte de&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>, qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 suivre, tant il y a de choses \u00e0 regarder et \u00e0 entendre. Le spectateur peut parfois ressentir une perte de sens dans cette confusion ; on pense notamment \u00e0 cette projection de la douche qui rompt quelque peu l\u2019unit\u00e9 entre les diff\u00e9rentes actions simultan\u00e9es des personnages qui habitent le plateau. Mais dans la confusion, il y a une demande de recherche du sens, et c\u2019est ce qui fait le charme du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus de la surcharge visuelle, l\u2019ou\u00efe est mobilis\u00e9e de fa\u00e7on tr\u00e8s marqu\u00e9e : la sc\u00e8ne est anim\u00e9e d\u2019une musique toujours path\u00e9tique, tant\u00f4t en arri\u00e8re-plan, comme une bande-son cin\u00e9matographique, tant\u00f4t au premier plan, lorsqu\u2019elle est chant\u00e9e par l\u2019un des personnages. La voix puissante d\u2019Albert Khoza r\u00e9sonne comme s\u2019il \u00e9tait en concert, et l\u2019usage de la&nbsp;<em>loop pedal<\/em>&nbsp;sur sc\u00e8ne plonge le spectateur dans une v\u00e9ritable exp\u00e9rience sensorielle. Tous les stimuli produisent un c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s performatif, et ce, d\u00e8s les premi\u00e8res minutes. Comme&nbsp; la composition originale d\u2019Edvard Grieg, qui a travers\u00e9 les \u00e9poques et continue d\u2019impressionner de nos jours, la musique ne se contente pas ici d\u2019accompagner le jeu des acteurs, mais souligne et m\u00eame engendre l\u2019\u00e9motion du spectacle. Il ne suffit pas de le voir, il faut aussi savoir l\u2019\u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/avi-cagin\/\">Av\u00ee Cagin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/stella-wohlers\/\">Stella Wohlers<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Se retrouver soi-m\u00eame dans la sauvagerie<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"426\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14235\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1.jpg 640w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Fabrice Gorgerat d\u00e9construit le drame du norv\u00e9gien Henrik Ibsen pour pr\u00e9senter \u00e0 La Grange de Dorigny, pr\u00e8s de la for\u00eat du m\u00eame nom, un spectacle sur la qu\u00eate de soi-m\u00eame, dans un d\u00e9cor sauvage.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un tas de b\u00e2tons de bois, un renard empaill\u00e9 et des manteaux de fourrure&nbsp;: les objets pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne de&nbsp;<em>Peer, ou nous ne monterons pas Peer Gynt<\/em>&nbsp;\u00e9voquent un espace sauvage int\u00e9gr\u00e9 dans un cadre apprivois\u00e9. Les manteaux sont suspendus dans une penderie et les objets sont dispos\u00e9s sur de longues tables. Le spectacle ne cesse de manifester une tension entre civilisation et sauvagerie, avec un mouvement g\u00e9n\u00e9ral de basculement \u2013 ou de retour \u2013 vers cette derni\u00e8re : des verres, plac\u00e9s sur le sommet de plots en bois se retrouvent \u00e9clat\u00e9s au sol par un effet de tremblement de terre. Une com\u00e9dienne (Fiamma Camesi), d\u2019abord observ\u00e9e, par le biais d\u2019une vid\u00e9o, prenant soin d\u2019elle sous la douche, appara\u00eet plus tard sur le plateau en b\u00eate f\u00e9roce, elle grogne, rumine et nous y retrouvons toute une m\u00e9nagerie. C\u2019est la sauvagerie de l\u2019animal qui choque et interpelle le public, comme si la com\u00e9dienne elle-m\u00eame tentait d\u2019amener cette b\u00eate \u00e0 la vie et d\u2019y unir son personnage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image de la pi\u00e8ce de 1867 relatant les aventures de Peer Gynt parti dans une qu\u00eate de lui-m\u00eame \u00e0 travers diverses aventures, la pi\u00e8ce de Fabrice Gorgerat est compos\u00e9e de diff\u00e9rents \u00e9pisodes dont le lien est parfois difficile \u00e0 saisir. Ce sont cependant les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor et le traitement de l\u2019espace qui conf\u00e8rent \u00e0 la pi\u00e8ce son unit\u00e9. En effet, les objets ne servent pas uniquement \u00e0 donner au cadre une atmosph\u00e8re sauvage et myst\u00e9rieuse, mais permettent aux personnages d\u2019avancer dans leur qu\u00eate en explorant les diverses facettes de leur&nbsp;<em>moi<\/em>. L\u2019espace devient un terrain de jeu, il est d\u00e9construit pour \u00eatre ensuite reconstruit. Alors qu\u2019il n\u2019a pas le droit \u00e0 la parole, un personnage f\u00e9minin (incarn\u00e9 par Mathilde Aubineau) est pr\u00e9sent uniquement pour modifier cet espace et s\u2019y int\u00e8gre au point de faire lui-m\u00eame partie du d\u00e9cor. C\u2019est peut-\u00eatre dans l\u2019union de cet humain avec des objets de la nature que r\u00e9side tout le message de cette pi\u00e8ce. L\u2019homme doit se retrouver dans le lien avec le sauvage. Par l\u2019utilisation de cet espace et la fusion avec celui-ci, la tension dispara\u00eet et laisse place \u00e0 une harmonie.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle-ci s\u2019impose au spectateur lorsque tous les personnages se rassemblent autour d\u2019un point d\u2019eau qu\u2019ils ont construit. De l\u2019eau traverse par des tuyaux plusieurs r\u00e9cipients \u00e0 diff\u00e9rentes hauteurs et se retrouve dans un \u00e9tang miniature construit en direct sur la sc\u00e8ne. Celui-ci est ensuite entour\u00e9 de bougies, gr\u00e2ce auxquelles les com\u00e9diens tentent d\u2019allumer du bois. Le feu qui allume le bois, l\u2019eau qui coule depuis une \u00e9l\u00e9vation, le feu et la terre, l\u2019eau et l\u2019air&nbsp;: cette union des quatre \u00e9l\u00e9ments invite \u00e0 m\u00e9diter sur nos liens avec la nature. Une tentative de parvenir \u00e0 des gestes certes innocents, mais sauveurs&nbsp;: allumer un feu et se r\u00e9unir autour d\u2019un point d\u2019eau. Dans cette perspective d\u2019harmonie, le jeu de construction du d\u00e9cor refl\u00e8te celui qu\u2019a effectu\u00e9 Fabrice Gorgerat sur&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/stella-wohlers\/\">Stella Wohlers<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fadri-gumy\/\">Fadri Gumy<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Gorgerat, etc\u2026<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"426\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14235\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1.jpg 640w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-250x166.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2020\/03\/topelement-1-624x415.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Fabrice Ducrest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Fin f\u00e9vrier 2020, p\u00e9riode r\u00e9volue o\u00f9 tous les th\u00e9\u00e2tres \u00e9taient encore ouverts, la Grange de Dorigny accueillait sur ses planches la derni\u00e8re cr\u00e9ation en date de Fabrice Gorgerat et sa Cie Jours tranquilles d\u2019apr\u00e8s un texte d\u2019Henrik Ibsen&nbsp;:&nbsp;<\/em>Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa toute nouvelle cr\u00e9ation pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la Grange de Dorigny, Fabrice Gorgerat embrasse pleinement l\u2019air du temps en r\u00e9actualisant&nbsp;<em>Peer Gynt<\/em>&nbsp;&nbsp;\u2013 \u00e9crite en 1866 par le c\u00e9l\u00e8bre dramaturge norv\u00e9gien Henrik Ibsen \u2013 pour en extraire l\u2019essence et la mati\u00e8re premi\u00e8re d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019identit\u00e9 et le sens de la vie \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la plan\u00e8te nous enjoint \u00e0 retarder l\u2019\u00e9ch\u00e9ance fatidique pour notre esp\u00e8ce. Fabrice Gorgerat semble, aujourd\u2019hui, \u00eatre un habitu\u00e9 des spectacles \u00e0 tournure catastrophique, par exemple&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e\/Fukushima&nbsp;<\/em>en 2013 et&nbsp;<em>Blanche\/Katrina&nbsp;<\/em>en 2018, r\u00e9cemment condens\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s ensemble sous le m\u00eame titre&nbsp;:&nbsp;<em>L\u2019Art et la Science, un appel en catastrophe<\/em>. Sachant s\u2019entourer de scientifiques tels que le biologiste Alain Kaufmann et l\u2019anthropologue Yoann Moreau pour venir nourrir un discours plus r\u00e9flexif que narratif, Fabrice Gorgerat entend bien l\u00e2cher son propre cri d\u2019urgence face \u00e0 la destruction de l\u2019homme par l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Monologue ordinaire pendant la pr\u00e9paration de cr\u00eapes (Fiamma Camesi), lectures endiabl\u00e9es de passages tir\u00e9s de&nbsp;<em>Peer Gynt&nbsp;<\/em>(Mathieu Montagner), rugissements du roi des Trolls subitement surgi du texte (Fiamma Camesi), performance musicale au micro (Albert Ibokwe Khoza), bulletin astrologique \u00e0 la radio (Catherine Travaletti)&nbsp;: chaque sc\u00e8ne, aussi anti-catastrophiste que singuli\u00e8re, r\u00e9sonne comme l\u2019\u00e9cho d\u2019un cri, pouss\u00e9 au plus profond d\u2019une grotte, quand toute issue est hors de la vue. Dans un m\u00e9lange de stup\u00e9faction et d\u2019espoir, de crainte et de solitude, les personnages de la pi\u00e8ce participent \u00e0 une composition litt\u00e9raire, musicale et visuelle o\u00f9 chacun aura son instant de pr\u00e9dilection. Il s\u2019agit de retremper l\u2019individu dans l\u2019espace m\u00eame qu\u2019il occupe, de lui faire prendre conscience que le sujet de la recherche est \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb avant d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;eux&nbsp;\u00bb pour, finalement, laisser place au \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb, \u00e0 la naissance d\u2019une communaut\u00e9. Le dispositif sc\u00e9nique, v\u00e9ritable cabinet de curiosit\u00e9, est assembl\u00e9 et mis en marche, pourrait-on dire, par une com\u00e9dienne silencieuse (Mathilde Aubineau) dont l\u2019unique fonction est de faire \u00e9voluer le d\u00e9cor de la sc\u00e8ne au rythme des moments de fulgurance et d\u2019apaisement. D\u00e9cor dynamique, presque vivant o\u00f9 la mati\u00e8re premi\u00e8re est distill\u00e9e, broy\u00e9e, m\u00e9lang\u00e9e, mang\u00e9e, Fabrice Gorgerat en a fait le sixi\u00e8me personnage de sa pi\u00e8ce, personnage-total \u00e0 l\u2019image de Ga\u00efa, entit\u00e9 autonome par excellence, qui doit s\u2019accommoder de cet \u00eatre, p\u00e9tri d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s et de difficult\u00e9s&nbsp;: l\u2019Homme et la Femme dans toute leur splendeur, leur d\u00e9ch\u00e9ance et leur possible recr\u00e9ation. De quoi faire se retourner dans sa tombe \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire se r\u00e9veiller \u2013 Henrik Ibsen s\u2019il pouvait assister \u00e0 cette grande r\u00e9ussite esth\u00e9tique et existentielle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 f\u00e9vrier 2020<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fadri-gumy\/\">Fadri Gumy<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/%C3%A9v%C3%A8nement\/peer-ou-nous-ne-monterons-pas-peer-gynt\/?instance_id=280\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Concept et mise en sc\u00e8ne de Fabrice Gorgerat \/ La Grange de Dorigny \/ du 25 au 29 f\u00e9vrier 2020 \/ Critiques par No\u00e9 Maggetti, Judith Marchal, Alicia Carron, Monique Kountangni, Jade Lambelet, Av\u00ee Cagnin, Stella Wohlers et Fadri Gumy.<\/p>\n","protected":false},"author":1001835,"featured_media":14238,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[231,232,230,202,227,225,205,233],"class_list":["post-14237","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-alicia-carron","tag-avi-cagin","tag-fadri-gumy","tag-jade-lambelet","tag-judith-marchal","tag-monique-kountangni","tag-noe-maggetti","tag-stella-wohlers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14237","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001835"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14237"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14237\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20467,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14237\/revisions\/20467"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14238"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}